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Full text of "Revue de l'art chrétien"



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tfttétien, publiée 



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S^^ jpïïbellc gfcie. — %oim ni. 





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% br cggcr toutes \t$ communications te l atWits à ta ^E^ircC' 
tion au J>ccrctaire fac la ïScbu c, rue fiogal e 26, %\ lit. 

S'ocim M gt^ausugtm, apegclfe, SDc 25rôutocrlt 01". 




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4> jjnrniGsnnt toiiG les trois iiiaiG. 
aS™'^ année. — 4"" %!tm. 
[Came III (xxxve hc la caïicction). 

^ 1"= livraison. — Jantjicr 1883. 

Ei iiiiiinii r^ i'''*'''*'" n n>J'iif iirn i^fiau X ft ii 'rri Triini jLairT:] '■'■«''UTLAj ÇCPt'ui ^rriTTi^^ 
1 1 1 1 n 1 1»! [.'^ tru m ini r'.'^ rT^tTimir- ittin7 ryT? ' ■ ' iitimiiir-ii iiii myy^t r-'i iit|| ^iTi r"i rTTVTTirTTr r ' 



[ÎJ.jiim.' [Îj JiriTTTTT rsi 



Iï!e JSj)mboltgme ti)rétten au ICI' mtlt, ti^aprèg 

les poèmes îie ©rudence, (Bccmicr article.) ^:3)®^:^$®<^5gx^ 




E symbolisme est la re- 
présentation d'une idée 
au moyen d'une image 
interposée entre elle et 
l'esprit. Le symbole est 
autre chose que la com- 
paraison. Celle-ci a pour 
butd'exprimeruneidéeen plaçant près d'elle 
un objet qui, par ses similitudes ou même 
par ses différences, aide à la comprendre. 
Dans le symbole, au contraire, l'image ne 
se sépare pas de l'idée et fait corps avec 
elle.. « Jésus-Christ ressemble à un bon 
pasteur, et les chrétiens ressemblent à ses 
brebis, » — voilà des comparaisons. 
«Jésus-Christ est le bon pasteur, nous 
sommes ses brebis, » — voici des symboles. 
La comparaison suppose deux opérations 
de l'esprit, le symbole les ramène à une 
seule. Dans le symbole, l'idée et l'image se 
confondent, s'appliquent l'une sur l'autre, à 



la manière de ces draperies qui moulent de 
leurs plis souples et de leur fin tissu les 
belles formes des statues grecques. L'image 
transparente couvre et révèle à la fois 
l'idée, elle en dessine les contours, elle en 
tempère l'éclat ; elle lui donne plus de relief 
en la voilant. 

Le symbolisme est naturel à l'homme : 
il supplée aux ressources trop restreintes 
du langage, et substitue au mot sec, à 
l'expression abstraite et parlois inintelli- 
gible une forme concrète, familière et vi- 
vante. La comparaison est le plus souvent 
le résultat d'un art savant, d'une réflexion 
profonde, le symbolisme naît naturellement 
sur les lèvres de l'enfant, de l'homme du 
peuple, du sauvage. Il faut être déjà familier 
avec le travail de la pensée pour comparer 
entre elles deux idées : l'image se développe 
spontanément dans les cerveaux naïts et 
l'idée n'en sort, pour ainsi dire, que vêtue. 



iRctiiic De ract cbrcticn. 



Le symbolisme n'est pas seulement le 
langage naturel des individus et des peuples 
enfants : il peut devenir aussi l'un des mo- 
des les plus élevés d'exprimer la pensée et 
servir à rendre les idées les plus profondes 
ou les plus sublimes. De là son rôle con- 
sidérable dans la littérature et l'art reli- 
gieux. Il est le langage naturel de l'art, 
quand celui-ci veut traduire autre chose que 
des faits concrets, et devenir le truchement 
d'idées abstraites. De même dans la litté- 
rature, quand elle doitexprimer par des mots 
les mystèresdivinsdevant lesquels l'espritse 
prosterne et viennent expirer toutes les 
ressources du langage humain, les dogmes 
ineffables qui laissent les plus grands génies 
muets ou balbutiants. Comme ces mystères 
et ces dogmes ne sont point l'apanage 
réservé d'un petit nombre de philosophes, 
mais le patrimoine du genre humain, il de- 
vient nécessaire de les traduire par des 
images assez simples pour frapper l'esprit 
des petits et des ignorants, tout en demeu- 
rant assez nobles pour ne point défigurer 
ou dénaturer d'aussi hautes idées. Même 
s'ils avaient été destinés à ne point sortir 
d'un étroit cénacle de disciples privilégiés, 
les dogmes chrétiens eussent dû, en raison 
de leur sublimité, se revêtir souvent de 
symboles. Platon n'enveloppe-t-il pas d'i- 
mages les plus hautes parties de sa philo- 
sophie, bien qu'elle ne soit pas destinée au 
vulgaire ? A plus forte raison, révélés non 
seulement aux théologiens et aux docteurs, 
mais à la femme, à l'esclave, à l'ouvrier, à 
l'enfant, les mystères encore plus élevés du 
christianisme doivent-ils tempérer par le 
symbole l'éclat de leurs rayons, rendre sen- 
sibles par l'image les abstractions nécessai- 
res de leurs définitions, rapprocher ainsi 
des plus humbles esprits une religion telle- 
ment profonde qu'un saint Augustin, un 
saint Thiinias ou un Bossuet consumera sa 



vie entière à l'étudier, tellement simple 
cependant en son essence qu'un enfant 
pourra l'embrasser d'un coup d'œil, si on la 
lui présente dans un langage et sous une 
forme appropriés à son intelligence. 

Telle est une des raisons du rôle considé- 
rable joué par le symbolisme dans l'art et 
dans la littérature du christianisme : la 
profondeur des mystères chrétiens et la 
nécessité de les rendre accessibles à tous. 
Il en est une autre, qui tient aux origines 
historiques de notre religion. 

Dans la conception chrétienne de l'his- 
toire, le Christ divise en deux les annales 
du monde, comme une montagne centrale 
dont le double versant regarderait le passé 
et l'avenir. D'un côté tout monte vers son 
sommet, de l'autre tout en descend. Les 
livres sacrés où les chrétiens lisent l'histoire 
de leurs croyances se composent de deux 
parties ou, selon le terme reçu, deux 
Testaments : le premier contient les événe- 
ments qui ont préparé ou annoncé la venue 
du« Désiré des Nations», le second raconte 
sa vie, sa mort, son œuvre. Beaucoup de 
faits rapportés dans l'Ancien Testament 
peuvent être, bien que réels, considérés 
comme la prophétie de ceux du Nouveau. 
« Ces choses ont eu lieu en figure de nous, » 
dit saint Paul racontant plusieurs événe- 
ments de l'histoire du peuple choisi pour 
conserver la notion du monothéisme et 
préparer une famille au Messie futur. De 
là, dans les temps chrétiens, une tendance 
des meilleurs esprits à se reporter en 
arrière, vers l'Ancien Testament, pour y 
trouver des images applicables aux dogmes 
cvangéliques et y contempler le Dieu fait 
honune dans le miroir des prophéties. La 
Bible fournit ainsi aux docteurs, aux lettrés, 
aux artistes des premiers siècles de notre 
ère les éléments d'un immense symbo- 
lisme. 



ïLc %|)mt)olismc chrétien au i\i' siècle, D'après les poèmes De PruD 



« Le Seigneur nous est apparu deux 
« fois, — dit le grand poète du IV^ siècle, 
« Prudence, — en premier lieu dans les 
« livres, puis réellement ; la foi le vit d'a- 
« bord, ensuite il se montra dans la 
« vérité de sa chair et de son sang ('). » 
Les âmes religieuses et poétiques se plai- 
saient à refaire en sens inverse le chemin 
parcouru, se servant, pour peindre Jésus- 
Christ, des images dont la Bible s'était 
servie pour l'annoncer, et, selon un autre 
mot de notre poète, « recherchant dans les 
« vieux récits et dans les faits antiques les 
« types des derniers événements ('). » 

Je n'essaierai point de tracer ici, même 
à grands traits, l'histoire de l'antique sym- 
bolisme chrétien, tel qu'il se développe 
dans les écrits des Pères de l'Eglise et 
s'épanouit sous la main des peintres, des 
sculpteurs, des mosaïstes qui ont décoré les 
catacombes et les basiliques. Je me propose 
de l'étudier seulement dans les poèmes de 
Prudence. Le poète de Théodose et d'IIo- 
norius n'a pas enrichi de créations nouvelles 
le symbolisme chrétien. Le cycle symbo- 
lique déjà formé au IV^ siècle ne se re- 
trouve même pas tout entier dans son 
œuvre. Des faits de l'Ancien ou du Nouveau 
Testament dans lesquels la littérature 
sacrée et l'art religieux de son temps 
voyaient des symboles, sont racontés par 
lui comme de simples épisodes historiques, 
dont il se borne à dégager quelquefois une 
leçon morale, sans mettre en relief leur 
valeur idéale ou typique ('). Mais si Pru- 

1. Nos qui Dominum libris et corpore jam bis 
\"i(limiis ante fide, mox carne et sanj;uine coram. 

Prudence, .Ipot/u-ûsis, 217, 218. 

2. Ergo ex futuris prisca jam cepit fabula, 
Factoque primo res notata est ultima. 

\à.,Hamattigcnia, Praefatio, 25, 26. 

3. \'oir Prudence, Cathemerinon, ix, 31, 40, 46, 64, 69 ; 
X, 69 ; Apotheosis, 147; Psychomachia, Prxfatio, 1-8, 
162; Dictochaeon, 11, 32, 134, 177; Péri Stephaiton, x, 
945- 



cnce. 



dence n'a pas donné place dans ses vers à 
tout le symbolisme en vigueur au IV^ siè- 
cle, il a toujours marché d'accord avec les 
écrivains et surtout les artistes de ce temps, 
en ce sens qu'il ne lui arrive jamais de 
reprendre et de rajeunir un symbole tombé 
en désuétude et abandonné par eux. Ainsi 
parmi les images assez nombreuses sous 
lesquelles il se plait à représenter la per- 
sonne du Christ, n'apparait jamais le 
signe arcane du Poisson, l'iXQYC, si célèbre 
aux premiers siècles, encore employé quel- 
quefois par les Pères de l'Eglise postérieurs 
à Prudence, mais abandonné par les artistes 
dès la fin du règne de Constantin ('). 
Même quand il raconte le miracle de la 
multiplication des pains et des poissons, 
Prudence désigne les pains comme symbole 
eucharistique et ne donne aucune valeur 
emblématique au.x poissons. Les vers de 
notre poète portent donc bien leur date, et, 
en matière de symbolisme, ne manifestent 
de sa part ni recherche d'archaïsme ni 
tentative d'innovation : dans leur clair mi- 
roir se reflètent seulement les peintures, les 
sculptures, les mosaïques des dernières 
catacombes ou des premières basiliques. 
C'est un fleuve qui roule majestueusement, 
emportant dans ses ondes l'image des mo- 
numents que l'art du IV^ siècle élève de 
tous côtés à la gloire du Christ. Les sym- 
boles particuliers à l'époque des persécu- 
tions n'y paraissent pas, si l'âge de la paix 
ne les a conservés et rajeunis. Prudence est 
l'homme de son temps: il ne faut demander 
à ses œuvres que la pensée, l'art, le sym- 
bolisme du siècle de Théodose, — et on 
ne les y trouvera même pas tout entiers. 

Jésus-Christ, — les sacrements, — la 
croix, — les apôtres, — les martyrs, — 
l'âme, — le corps : — tels sont les princi- 

I. De Rossi, De christianis titulis IX0YN exltihcniihus, 
p. 4-15. (Paris, 1855; extrait <\\\ Spicil. SoUsm.x. III.) 



Eeuue De ract cijrcticn. 



paux sujets dont Prudence a parlé dans le 
langage voilé du symbole. 

I. 

DIEU, dit Prudence, ne peut être vu en 
lui-même: il se manifeste par sonVerbe. 
Toutes les apparitions de la Divinité ont 
montré au monde le Verbe divin. « Oui- 
« conque raconte avoir vu Dieu, a vu le 
« Fils : c'est le Fils qui, splendeur du Père, 
« se révèle sous des formes que puisse 
« percevoir l'œil de l'homme ('). » D'accord 
en ceci avec beaucoup d'anciens Pères de 
l'Église ('), Prudence attribue au Verbe 
divin les théophanies et même quelques- 
unes des plus solennelles apparitions angé- 
liques racontées dans l'Ancien Testament. 
Ainsi, quand Moïse au désert vit Dieu 
dans le buisson ardent, c'est le Verbe qui 
se manifeste devant ses yeux sous cette 
forme. 

Prudence a deux fois décrit cette grande 
scène biblique. « Une flamme semblait 
« brûler les broussailles : Dieu voltigeait 
« parmi les épines aiguës, un feu qui ne 
« consume pas s'agitait au milieu de leur 
« piquante chevelure, afin de montrer que 
« Dieu devait descendre un jour dans la 
« chair épineuse de l'homme, couverte des 
« épaisses broussailles du crime, et devenue 
« douloureuse sous l'aiguillon du péché {^). » 
L'apparition qui frappa d'un saint respect 
les yeux de Moïse est donc celle de la 

1. Quisquis hominum vidisse Deum memoratur, ab ipso 
Infusum vidit natum: nam Filius hoc est 

Çuod de Pâtre micans se prajstitit inspiciendum 
Per species, quas possit homo comprendere visu. 

Apothcosis, 22-25. 

2. Petau, Dogm. Theol., De Trinitatc, viii, 2. cf. De 
Rossi, Bull, diarcheol. crisL, 1883, p. 93. 

3 ...... Sentum visa est excita cremare 

Flamma rubum : Deus in spinis volutabat acutis, 
Vulnificasque comas innoxius ignis agebat, 
Ksset ut exemplo Deus inlapsurus in artus 
Spinifcros, sudibus quos texunt ciimina densis 
Et peccata malis hirsuta doloribus implent. 

A-polheosis, 55-60. 



deuxième personne de la Sainte Trinité, 
<i la lumière image de Dieu, le Verbe Dieu, 
« Dieu sous la figure du feu ('). » 

« Moïse, dit ailleurs Prudence, a vu dans 
« le buisson ardent Dieu tout en flammes, 
« entouré d'une éclatante lumière. Heureu.x 
<( qui mérita de contempler dans le buisson 
« sacré le maître du ciel, et reçut l'ordre de 
« dénouer sa chaussure de peur de souiller 
« le lieu saint (°) ! » Moïse se déchaussant 
pour s'approcher du buisson ardent est 
quelquefois représenté dans les monuments 
des premiers siècles ('). Plusieurs Pères de 
l'Eglise ont vu dans ce trait de la vie du 
législateur hébreu une image des renonce- 
ments du Baptême, du courage avec lequel 
le catéchumène doit se dépouiller de ses 
péchés et de ses vices avant d'approcher du 
sacrement de la Régénération (f). Cette 
interprétation symbolique s'explique aisé- 
ment, si l'on reconnaît avec Prudence dans 
le buisson ardent une image du Verbe, de 
Celui qui a institué le sacrement auquel les 
anciens donnaient le nom d'illumination, 
'^')\-\,'ju.y. y). 

1. Ergo nihil visum est, nisi qiiod sub came videndum, 
Lumen imago Deo, verbum Deus et Deus ignis, 
Qui sentum nostri peccamen corporis implet. 

//'/,/., /I-73. 

2. Moyses ncmpe Deum spinifcro in rubo 
Vidit conspicuo lumine fiammeum. 
Félix qui meruit sentibus in sacris 
Cœlestis solii viserc principem, 
Jussus nexa pedum vincula solvere 

Ne sanctum involucris poUueret locuni. 

Cal/icmeriuoil, \, 31-36. 

3. IIi^ siècle, catacombe de Domitille (Garrucci, Sloyia 
delParte crist., pi. XXD ; — III^ siècle, catacombe 
de Calliste (Ibid., pl.XVIII;DeRossi, ^fl;«(î Sotlcrratiea, 
t. II, pi. B ; t. III, pi. IX) ; — IV' siècle, catacombe de 
Sainte .'\gnes (GaiTucci, pi. LX) ; catacombe de Cyriaque 
(De Rossi Bull, dl archcol. crist., 1876, pi. VIII) ; deux 
sarcophages du musée de Latran. 

4. Martigny, Dict. des antiq. chrét. 2° édition, art. 
Moïse, p. 473. 

5. S. Justin, Apolog. II ; .S. Grégoire de Nazianze, .SV;- 
mo il! siinctii lumina; S. Cyrille de Jérusalem, Pro- 
catcchesis, i ; S. Jean Chrj-sostome, /// / Tliess. hoiiiilid 
IX, I. 



Le sî?mt)olismc chrétien au it)^ siècle, D'après Ic0 poèmes ne PruDence. 



C'est encore le Verbe divin qu'il faut 
voir dans la colonne de feu pendant la nuit, 
de nuée pendant le jour, qui marchait en 
tête des Israélites dans le désert, et, selon 
l'Exode, était « Dieu lui-même guidant 
« son peuple ('). » Prudence en parle après 
avoir décrit le buisson ardent. « Ce feu, dit- 
il, un noble peuple, protégé par les méri- 
tes de ses ancêtres, mais impuissant, accou- 
tumé à vivre sous des maîtres barbares, 
va, libre désormais, le suivre dans les 
déserts : partout où ils portent leurs pas et 
leur camp, pendant la nuit azurée, un rayon 
plus brillant que le soleil les précède de son 
éclat et les conduit {"). » L'art contempo- 
rain de Prudence s'est plusieurs fois inspiré 
de ce sujet. Des sarcophages chrétiens du 
IV<= ou V^ siècle montrent, devançant les 
Israélites en marche, une colonne lumineuse, 
reconnaissable aux flammes qui couronnent 
son chapiteau {^). La colonne a été prise 
par l'art chrétien comme symbole de Jésus- 
Christ (•'); dans le petit poème attribué à 
saint Damase, où sont rassemblés en sept 
vers les titres donnés par les anciens au 
Verbe fait chair, figure celui de Columna {^). 
C'est encore le Verbe, dit Prudence, que 
vit Moïse sur le mont Sinaï, quand il monta 
y recevoir les tables de la loi. « Celui 
« qui devait apporter aux hommes la loi 
« divine reçut l'ordre de s'approcher, il s'en- 
<{ tretint avec le Seigneur comme avec un 

1. Exode, xni, 21. 

2. Hune ignem populus sanguinis inclyti 
Majorum meritis tutus et inipotens, 
Suetus sub dominis vivere barbaris, 
Jam liber seqiiiturlonga par avia : 

Qui gressum moverant,castraque ca-iul;e 
Noctis per médium concita moverant, 
Plebem pervigilem fulgure prasvio 
Ducebal radiis sole micantior. 

Ctitlumoinon, V, 37-44. 

3. Edmond Le lîlant, Insct. chrci. de la Gaule, t. I, 
p. 167, note; Martigny, Dict., art. Colonne, p. 190. 

4. Ou de l'Église; voir Martigny, 1. c. 

5. S Damase, Cariii. \'I;*dans Aligne, Patrol. lai., 
t. XIII, col. 378. 



1. Prudence, Apot/ieosis, 32-48. 

2. Genèse, .\xxii, 24-30. 

3. Hoc colluctantis tractarunt bracchia Jacob. 

Apot/i., 31. 

4. Callitiiniiiioii, 73-80. 

5 Ha'c nos docent imagines 

Hominem tenebris obsitum, 
Si forte non cédai Dco, 
Vires rebellis pcrdcre. 

Jbùl., S5-S8. 



« ami, mêla ses paroles aux discours sacrés, 
« et sentit que sous une apparence humaine 
« il voyait le Christ : mais, voulant plus 
« encore, il tendit son esprit jusqu'à des 
« vœux interdits à l'homme, demandant ce 
« que ne peuvent les mortels, voir le Christ 
« dans toute sa grandeur, dépouillé des 
« voiles corporels. Après de longs entre- 
« tiens avec son Maître : « Je demande, dit- 
•■< il enfin, qu'il me soit permis, ô Dieu, de 
« vous connaître tout à fait; » le Seigneur 

O 

« répondit: «Je permettrai aux justes de me 
« voir par derrière, non de me voir tel que 
« je suis. » Comment exprimer plus claire- 
« ment que le Verbe ne peut être vu .s'il ne 
« prend une forme étrangère? qu'il peut, 
« quand il le veut, se montrer aux yeux | 
« terrestres avec notre figure, tandis que le 
« Père demeure invisible? et que souvent 
« il a revêtu l'apparence des anges ou des 
« hommes, afin de se faire voir sous une 
« image (') ? » 

C'est ainsi que, selon Prudence, l'ange 
qui, dit un mystérieux récit de la Genèse (=), 
lutta toute une nuit avec Jacob, n'était autre 
que le Verbe divin : « Il fut pressé par les 
« bras du lutteur Jacob (s). » Aussi, après 
avoir plus longuement raconté ailleurs cette 
lutte d'où Jacob sortit affaibli et blessé {'), 
le poète ajoute-t-il : «Ces images nous font 
« voir que l'homme rebelle, plongé dans les 
« ténèbres, perdra ses forces s'il refuse de 
« céder à Dieu (=). » 

Avant d'éprouver Jacob, le Verbe divin 
était déjà apparu à Abraham sous la figure 



îRcDiic De l'3rt cïji'Cticn. 



d'une v( trinité d'anges ('). » — « Abraham, 
« père d'une race généreuse, hôte mortel du 
« Christ qui daignait dès lors visiter la 
« terre, le vit rayonner dans une triple figu- 
« re ('). » Cette théophanie a été rarement 
représentée dans l'ancien art chrétien : elle 
se rencontre pour la première fois dans les 
peintures exécutées par l'ordre de saint /\m- 
broise, au milieu du I V*^ siècle, dans une ba- 
silique de Milan (^),se retrouve un siècle plus 
tard dans les mosaïques de la nef de Sainte- 
Marie-Majeure (■•), puis, cent ans après, 
dans celles de Saint-Vital de Ravenne [^). 
Au contraire, l'art chrétien a souvent 
reproduit une apparition non moins mysté- 
rieuse racontée au livre de Daniel. Quand 
trois jeunes hébreux, après avoir refusé 
d'adorer une idole élevée par Nabuchodo- 
nosor, eurent été plongés dans une four- 
naise ardente, « un ange du Seigneur des- 
« cendit avec eux dans les flammes, les 
« écarta, fit souffler dans la fournaise com- 
« me un vent de rosée, et le feu ne les tou- 
« cha point {°). » Nabuchodonosor étant 
venu voir ses victimes, les trouva chantant 
dans la fournaise; mais, au lieu de trois, 
quatre personnes s'y tenaient debout. « Je 
vois, s'écria-t-il, quatre hommes marchant 
libres au milieu des flammes, et le quatrième 
ressemble au Fils de Dieu ('). » Je n'ai 
point à rechercher ici quelle signification ce 
mot pouvait présenter à l'esprit du roi de 
Babylone : l'art chrétien l'entendit dans son 

1. Mox et triformis angelorum trinitas 
Senis revisit hospitis mapalia. 

Prudence, Psychomachia, praîfatio, 45, 46. 

2. Hoc vidit princeps generosi seminis Abram, 
Jam tune dignati terras invisere Christi 
Hospes homo, in tripliceni nunien radiasse figuram. 

Apolheosis, 28-30. 

3. Dislicha in picturas sacras in basilica .linhrosiana, 
dans Biraghi, Inni sinceri di S. Ambroi;io, Rome, 1862. 

4. Barbet de Jouy, Les mosaïques chrétiennes de Rome, 
p. 12. 

5. Ciampini, Vêlera inonumenla, t. I, pi. xx. 

6. D.\NiEi,, m, 49, 50. 

7. Ibid., 92. 



sens littéral, et, sur plusieurs monuments 
où un personnage est représenté à côté des 
trois hébreu.x — vêtus ordinairement, com- 
me le dit Prudence, d'habits orientaux aux 
larges plis et coiffés de tiares assyriennes('), 
— ce n'est pas un ange, mais Jésus-Christ 
qui apparaît. Le personnage qui accompa- 
gne les trois martyrs, dans les deux seules 
peintures où l'artiste l'ait introduit, n'a aucun 
attribut qui le désigne particulièrement pour 
un ange (^) : dans un bas relief du IV^ siècle, 
il porte même un volume à la main, attribut 
souvent donné au Christ , jamais aux 
anges; un fond de coupe le montre touchant 
les flammes avec la verge du commande- 
ment, du geste habituel du Christ multi- 
pliant les pains ou guérissant le paralytique, 
sujet représenté sur le même verre; un 
ivoire du V^ siècle le représente étendant 
la croix au dessus de la fournaise ; enfin, dans 
une peinture de catacombe, le Sauveur des 
jeunes hébreux n'a pas la forme humaine, 
mais celle de la colombe, qui, nous le verrons, 
était un symbole du Christ ['). « La four- 
« naise haletante, fait dire Prudence à Na- 
« buchodonosor,a reçu trois hommes seule- 
« ment; or, bravant les vapeurs et les feux, 
« en voici un quatrième: c'est leFilsdeDieu, 
« je le confesse, et, vaincu, je l'adore ("•) ; » 
et, plus loin : « Le Fils, ce n'est pas dou- 
« teux, est l'auteur de ce miracle; celui que 
« je vois est Dieu même, le Fils unique de 
« Dieu (5). » 

1. Barbaricos... sinus Assyrias... tiaras... Apotheo- 

sis, 143, 145- 

2. Catacombe de .Saint-Hermis l'Garrucci, pi. I.XXXII, 
i); — catacombe de Callixte (Ue Rossi, A'ûina So/ler- 
ranea, t. MI. pi. XV). 

3. Martigny, Dict.des ant.chr,'t.,7i\\.. He'breux, p. 339,340. 

4. Nempe, ait, o procercs, tria vasta incendia anhelis 
Accepere vires fornacibus, additus unus 

Ecce vapori feros rLdens intersccat ignés. 
Filius ille Dei est, fateorque et victus adoro. 

Apotheosis, 133-135. 

5. Filius, haud dubium est, agit ha:c miracula rerum, 
(2uem video, Deus ipse, Dei certissima proies. 

Ibid. 138, 139. _J 



Le ^pmboUsme chrétien au i\}' siècle, D'après les poèmes De pruDcnce. 7 



II. 

LE Buisson ardent, la Colonne lumi- 
neuse, les Anges qui visitèrent 
Abraham, Jacob et les trois martyrs 
Hébreux, ne sont pas les seules figures de 
l'Ancien Testament dans lesquelles Pru- 
dence reconnaisse le Christ. Il considère 
encore Moïse et David comme des types 
du Sauveur. 

Prudencevoit dans l'épisode de Moïse en- 
fant,sauvé des eaux quand tous les Juifs de 
son âge y périssaient, une image de l'enfant 
Jésus échappant à la fureur d'Hérode et au 
massacre des innocents. « A quoi a servi ce 
« forfait ? en quoi ce crime a-t-il été utile à 
« Hérode.'' Seul au milieu de tant de funé- 
« railles le Christ est sauvé... Ainsi avait 
« échappé jadis aux absurdes édits du Pha- 
« raon celui qui était la figure du Christ, 
« Moïse, le libérateur de son peuple ('). » Le 
poète continue le parallèle entre le chef in- 
spiré de la Loi ancienne et le chef divin de la 
Loi nouvelle : il montre Moïse faisant passer 
le peuple à travers les eaux de la mer Rouge, 
comme Jésus-Christ le fera passer à travers 
celles du Baptême, et priant les bras étendus 
en forme de croix, pendant le combat d' Israël 
contre Amalec (-) ; il conclut ainsi : « N'est- 
« il pas permis de reconnaître le Christ 
« dans les actes de ce grand homme (^) ? » 
Plusieurs de ces épisodes de l'Ancien et du 
Nouveau Testament ont été reproduits par 

I. Quid proficit tantum nefas, 

(juid crimcn Herodem juvat.' 
Unus tôt inter funera 
Impune Christus tollitur. 



Sic stulta Pharaonis mali 
Edicta qiiondam fugerat, 
Chrisii figuram prœferens, 
Moyses, receptor civium. 

CiitheiHi-riiion, xn, 133-136, 141-144. 

2. Cathenierinon, XU, 165-172. 

3. Licet ne Christu.m noscere 
Tanii per exemplum viri? 

Ibid., 157, 157. 



l'art chrétien; ainsi, le massacre des Inno- 
cents se voit sur un sarcophage ('), et le 
passage de la mer Rouge a été assez sou- 
vent représenté par les sculpteurs des pre- 
miers siècles {^); mais je les trouve tous 
groupés, comme dans les vers de Prudence, 
sur les tableaux en mosaïque exécutés à 
Sainte-Marie-Majeure, peu d'années après 
la mort du poète. La zone inférieure du 
grand arc est occupée par une vaste compo- 
sition représentant, avec une certaine ani- 
mation, le massacre des Innocents; parmi 
les mosaïques se déroulant autour de la 
nef, on reconnaît, entre autres traits de 
l'Ancien Testament, Moïse sauvé des eaux, 
le passage de la mer Rouge, Moïse priant 
sur la montagne les bras étendus pendant 
le combat entre les Hébreux et les 
Amalécites, Josué traversant le Jourdain 
et introduisant le peuple d'Israël dans 
la terre promise, — Josué, hic Jésus 
verior, image du Sauveur, d'après Pru- 
dence (5). 

David, vainqueur de Goliath, est aux 
yeux des Pères de l'Église un symbole du 
Christ vainqueur du démon (^). Il est re- 
présenté quelquefois, sa fronde à la main, 
dans les peintures, les bas reliefs, les mo- 
saïques et les ivoires (^). Mais nulle part 
dans l'art primitif n'apparaît la figure de 
David assis sur son trône, symbole naturel 
de la royauté du Christ. Cependant, si 
comme nous le croyons, les quatrains du 



1. Martigny, Diction.^ art. Innocents, p. 353. 

2. Edm. Le V>\-AX).\.,Sarcoph. chrél.ant. delà ville d'Arles, 
p\.XXXl ; Carrucci, Sloriadell' arlecfis/., p\. CCCIX, 4; 
RoUer, Ca/acomfies de Rome, pi. L\'I, i ; LXIX, i. 

3. Cathemeruion, XU, 173-184. 

4. Voir les textes patrologiqiics dans Kraus, Real Encykl. 
der christ. Allcrt., art. David, p. 345. 

5. Kraus, 1. c; Martigny, art. David, p. 240; Edmond 
Le Blant, Sarcoph. chiét. ant. delà ville d'Arles, pi. XX ; 
Les Ras Reliefs des sarcophui^es ehrélietis et des liturgies 

fuHihûires, dans la Re^>. arc/u'ol., t. X.X.W'III, (1879), 
p. 240 



8 



iacDue De r^rt cbrcticn. 



Dittochaeon ont été composés par Prudence 
pour servir de légendes aux peintures ou 
aux mosaïques d'une basilique inconnue, ce 
sujet aurait été représenté une fois au 
moins dans les monuments reliçrieux de la 
fin du IV= siècle. Un de ces petits poèmes 
est intitulé Rcgmim David ; en voici la 
traduction : « Voyez étinceler les royaux 
« insignes du bon David, le sceptre, 
« l'huile, la corne, le diadème, la pourpre, 
« l'autel. Tout cela convient au Christ, la 
« chlamyde et la couronne, le sceptre de la 
« puissance, la corne de la croix, l'autel, 
« le rameau d'olivier ('). » Jésus-Christ 
est, en effet, le Roi par excellence, et le titre 
de Roi figure dans l'énumération des 
noms donnés au Sauveur par les premiers 
chrétiens (^). 

III. 

TELS sont les principaux symboles 
du Christ, empruntés par Prudence 
à l'Ancien Testament ; voyons quels em- 
blèmes du Sauveur le poète demande au 
Nouveau. 

« Je suis la lumière du monde, » a dit 
Jésus-Christ if). Les premiers siècles chré- 
tiens ont adoré le Sauveur sous ce titre, 

1. Regia mitifici fulgentinsignia David ; 
Sceptrum, rt/t?«;«, cornu, diadema et ptirpura et ara, 
Oinnia conveniunt Chris ro, chlamys atque coroiia, 
Virga potestatis, cornu crucis, altar, olivuin. 

Dit/ocliacon, XX. 
La corne pleine d'huile servant au sacre des rois, ^ 
laquelle fait ici allusion Prudence (olciim, cornu), c'tait 
encore à la fin du IV'' siècle conservée à Jérusalem. 
Une relation d'un voyage aux saints lieux en 367, 
récemment découverte par M. Gamurrini dans la biblio- 
thèque d'Arezzo, dit que pendant l'adoration de la croix 
sur le Golgotha, le vendredi r.aint, le diacre tenait la corne 
du sacre (Studi e Docuinenti di Storia e Diritio, 1884, 
p. 102). Cette corne avait probablement été apportée à K orne 
par Titus avec les objets provenant du temple de Jérusa- 
lem, et rendue .\ l'église du Martyrium par Constantin. 
Elle se voyait encore au temps du voyage vulgairement 
attribué h Antonin de Plaisance, peu avant la destruction 
des églises de Jérusalem par Cosrhoès. 

2. S. Uamase, Carin. vi. 

3. S. Jean, vin, 12 ; Cf. ix, 5 ; xn, 35, 46. 



auquel les esprits avaient été déjà préparés 
par les symboles du Buisson ardent, de la 
Colonne de feu. Il n'est pas seulement la 
lumière de ceux qui vivent sur la terre, il est 
aussi le soleil qui éclaire et réjouit les âmes 
de ceux qui l'ont quittée. « Puisse ma mère 
« goûter un bon repos, je t'en conjure, ô 
« Lumière des morts, » s'écrie l'auteur de la 
célèbre épitaphe d'Autun ('). Au début du 
petit poème Damasien que j'ai déjà cité, le 
titre de « Lumière » est donné à Jésus- 
Christ (''). Prudence s'adresse au Sauveur 
en ces termes : 

« Bon maître, créateur de l'étincelante 
« lumière, tu nous apprends à chercher 
« le soir une étincelle en heurtant les 
« pierres oia reposent les semences du 
(i feu; afin que l'homme sache que l'espoir 
« de la lumière est pour lui caché dans 
« le corps solide du Christ, qui voulut 
« être appelé la pierre inébranlable, et 
« qui donne naissance à tous nos petits 
« feux (3). » 

Prudence mélange ici deux symboles. 
« Jésus-Christ est la pierre, )y peira mitcin 
erat Christîis, a dit saint Paul {■*) et répète 
après lui saint Damase (=) ; mais au lieu 
que de cette pierre le poète fasse couler 
sous la versfe de Moïse l'eau symbole de la 
vie divine, sujet si souvent représenté par 



1. ET EYAOI MHTHP CE AITAZOVIVI, <l>i2cT0 
f-).\j\ONTÛN. Corp. inscr. grac.,ïV, gSgo; Edm.Le lîlant, 
liitcr. chrét. de la Gaule, t. I, n° 4. 

2. Migne, Patrol. Int., t. XIII, col. 39S. 

3. Inventor rutili, dux bone, luminis 



Incussu silicis lumina nos tamen 
Monstras saxigeno semine qu.'erere: 
Ne nesciat homo speni sibi luminis 
In CrlKlSTl solido corpore conditam. 
Oui dici stabilem se voluit petram, 
Nostris igniculis unde genus venit. 

Ciithcinerinon, V, 1,7-12. 

4. I Cor. X, 4. 

5. Virga, columna, manus, /<•/;<», Filius Emmanuelque. 
S. Damase, Carm.W. 



le %pmôoïisme chrétien au i\i' 0iècle, li'après les poèmes ne Iprun 



tnce. 



le premier art chrétien (') et chanté par 
Prudence lui-même ('), ici c'est l'étincelle de 
la grâce, c'est la lumière même du Christ 
qu'il en suscite. Par cette hardie coiupéné- 
tration de deux symboles, il semble que 
Prudence ait eu la pensée de mettre le 
dogme chrétien en regard des superstitions 
mithriaques, si puissantes encore à l'époque 
où il écrit (3), et, aux images du dieu 
persan, que ses statues représentent quel- 
quefois jaillissant de la pierre mère, 
petra genitrix, comme l'étincelle jaillit 
du silex (■•), ait opposé le symbole victo- 
rieux du Christ, la pierre inébranlable sur 
laquelle est fondée l'Eglise et d'où émane 
la vraie lumière. 

Jésus-Christ n'a pas seulement dit de 
lui-même : « Je suis la lumière ; » il a ajouté : 
« Je suis le Bon Pasteur (^). » L'antiquité 
chrétienne aimait à se le représenter sous 
cette naïve et touchante figure. Dans les 
peintures des catacombes, sur les sarco- 
phages, sur les lampes, dans les rares sta- 
tues des premiers siècles (°), le Bon Pasteur 
apparaît doux, mélancolique, presque tou- 
jours jeune et gracieux ; sur ses épaules il 
rapporte la brebis errante, quelquefois 
même le bouc impur, et souvent les brebis 

1. Vingt-deux fois dans les peintures des catacombes 
romaines, du II'-' au V'^ siècle ; vingt et une fois sur les 
sarcophages du musi^e de Latran ; très fréquemment sur 
les verres à figures dorées. 

2. Cathemerinon, V, 89-92 ; Psycliomachia, 371-373. 

3. Beugnot, Histoire de la destruction du pagmiisme en 
Occident, t. I, p. 155-161, 272-273, 334, 336, 373-375- 

4. S. Justin, Apo/., I, 66 ; Dialoi;. cuni Tryph., 70. Cf. 
la statuette de la caverne mithriaque découverte sous la 
basilique de St-Clémcnt de Rome. Elle a été reproduite 
par M. Roller, dans la RcTue arc/u'ol., t. X.XIV( 1872), p. 71. 

5. S. Jean, x, 1-17. 

6. Cinq statues du Bon Pasteur à Rome, une à Constan- 
tinople, une à Séville, une au musée de Patissia ; Bii/l. 
di archcol. crist., 1869, p. 47 ; 1870, p. 150 ; Kev. arc/u'ol., 
t. .X.X.XII (1876), p. 297. Eusèbe parle yDe vita Constan- 
tini, m, 49J d'une statue du Bon Pasteur en bronze doré, 
érigée à Constantinople. Quant aux représentations du 
Bon Pasteur dans les peintures, les bas reliefs, etc., je 
n'essaie pas de les énumérer : elles sont innombrables. 



fidèles se pressent autour de lui, car « il les 
connaît et elles le connaissent ('). » La 
poésie ne pouvait oublier cette belle image. 
Prudence a chanté en vers charmants le 
Bon Pasteur allant, à travers l'épaisse forêt, 
rechercher la brebis fugitive, dont la toison 
s'est accrochée aux ronces du chemin : il la 
rapporte à la bergerie ensoleillée, aux 
vertes prairies, aux bois de palmiers et de 
lauriers (^). Sur une lampe chrétienne trou- 
vée dans les ruines d'Ostie, la bersferie 
dont parle Prudence est représentée par 
une petite hutte, dans laquelle entre une 
des brebis, tandis que le Pasteur en porte 
une autre sur ses épaules, et qu'une troi- 
sième s'approche de lui (^). Les poètes 
chrétiens du V^ et du Vie siècle ont, après 
Prudence, célébré Jésus-Christ sous la 
même figure. « Que le sentier de la vie, dit 
Sedulius, me conduise dans l'enceinte où, 
sous la conduite du blanc agneau, fils de la 
brebis vierge, le candide troupeau entre 
tout entier {*). » Fortunat montre le Pas- 
teur rappelant ses brebis de peur des loups, 

1. S. Jean, X, 15. 

2. Ille ovem morbo résident gregique 
Perditam sano maie dissipantem 
Vellus adfixis vepribus per hirtœ 

Uevia sylvie, 

Impiger pastor revocat lupisque 
Gestat exclusis liumeros gravatus, 
Inde purgatam revehens aprico 
Reddit ovili : 

Reddit et pratis viridique campo. 
Vibrât impexis ubi nulla lappis 
Spina, necgermen sudibus perarniat 
Carduus horrena : 

Sedfrequenspalmis nemus et retiexa 
Vernat herbarum coma, tum perennis 
Gurgitem vivis vitreum fluentis 
Laurus obumbrat. 

Cathemerinon, vui, 33-4S. 

3. Bull, di archcol. crist., 1870, pi. I. 

4 Sémite vit;e 

Ad caulas me ruris agat, qua servat am(unum 
Pastor ovile bonus, qua vellere pni.'vius albo 
Virginis agnus ovis, grexque omnis candidus intrat. 
Sedulius, Carmen pasc/iale, I, Invocatio 



lO 



IRcu uc Qc rart cbrcticn. 



et celles-ci qui, « reconnaissant sa voix, ac- 
courent pleines d'amour auprès de lui ('). » 

IV. 

PRUDENCE nous fait connaître trois 
autres symboles du Christ : l'agneau, 
la colombe, le coq. 

Célébrant dans une des plus belles 
hymnes du Cathemci-inon la réconcilia- 
tion universelle qui devait suivre la nais- 
sance du Christ, et se souvenant à la fois 
d'Isaïe et de Virgile, le poète chrétien 
s'écrie : 

« L'agneau, ô miracle ! commande aux 
« lions, et, tombée du ciel, la colombe pour- 
« suit à travers les nuages et les vents les 
<3; aigles féroces. Vous êtes pour moi, ô 
« Christ, la puissante colombe à laquelle 
« cède l'oiseau gorgé de sang, l'agneau 
« d'une blancheur de neige qui défend du 
« loup la bergerie et soumet le tigre à son 

« joug (0- » 

Je n'ai pas besoin de rappeler ici les nom- 
breux textes de l'Ancien et du Nouveau 
Testament désignant le Sauveur du monde 
par le symbole de l'agneau, et célébrant 
ainsi dans une même image son sacrifice et 
sa douceur (^). Depuis les plus anciennes 
peintures des catacombes jusqu'aux mosaï- 
ques du moyen âge, l'agneau apparaît dans 
tous les monuments de l'art religieux, tan- 

1. Fortunat, 0pp., I, U, 13. 

2. Agnus enim vice mirifica 
Ecce leonibus imperitat, 
Exagitansque truces aquilas 
Per vaga nubila perque notos 
Sidère lapsa columba fugat. 

Tu mihi, Christe, columba potens, 
Sanguine pnsta cui cedit avis, 
Tu niveus per ovile tuum 
Agnus hiare lupum prohibes 
Sub juga tigridis ora premens. 

Cathemerinon, III, 1 6 1 - 1 70. 

3. Gen., IV, 4; EXOD., xu, 3 ; XXIX, 36 ; Jcrémie, 
ni, 7 ; S. Jean, l, 29 ; IPctri, l, 19 ; Apocal., XII, 8. 



tôt soutenant la houlette pastorale et le vase 
de lait, symbole de l'eucharistie, tantôt de- 
bout sur un tertre d'où s'échappent quatre 
fleuves, symboles des quatre évangélistes, 
tantôt portant le nimbe et la croix, tantôt 
couché sur cette croix, une fois même, dans 
un bas relief du IV^ siècle, frappant le ro- 
cher avec la verge de Moïse, recevant de 
Dieu les tables de la Loi, ressuscitant Lazare 
et multipliant les pains ('). De même que 
l'agneau, la colombe est un des symboles 
les plus fréquemment employés par l'art 
chrétien, et depuis les peintures de la crypte 
de Lucine, datant de la fin du I^i^ siècle ou 
du commencement du II ^ jusqu'aux mo- 
saïques de la basilique de Saint-Clément, 
qui appartiennent au XI 11^ siècle, on la 
retrouve sur toute espèce de monuments. 
Mais elle y représente le plus souvent soit 
le Saint-Esprit, soit l'âme chrétienne ; rare- 
ment elle est prise, conune dans les vers 
de Prudence, pour un symbole du Christ. 
Cependant Martigny cite d'après Cavedoni 
l'image, moulée sur une lampe, d'une 
colombe dont la tête est surmontée 
d'une croix et qui porte dans son bec un 
rameau d'olivier: « Il n'est pas douteux, 
écrit le savant archéologue, que, se pré- 
sentant avec ce double attribut de la croix 
et de l'olivier, cette colombe ne soit ici 
le symbole de Jksus-Ciikist, de qui 
saint Paul a dit (Co/oss., i, 20) qu'il 
pacifie par le sang de sa croix la terre et 
les cieux ("). » 

Prudence a encore comparé Notre-Sei- 
gneur au coq matinal. Son cri arrache les 
hommes au sommeil ; il a réveillé la cons- 
cience endormie de saint Pierre : c'est 
l'image du Souverain Juge, devant lequel 
tous comparaîtront au sortir du sommeil de 
la mort. € L'oiseau messager du jour chante 



1. Martigny, Die/., art. Agneau, p. 26-29. 

2. Martigny, art. Colombe, p. 187. 



iLc %)pmtJOli.smc cbrctien au iw siècle. D'après les poèmes Oe PruDence. 1 1 



« la lumière prochaine ; déjà le Christ qui 
« réveille les âmes nous rappelle à la vie... 
« Cette voix que font entendre les oiseaux, 
« debout sur le toit de la maison, un peu 
« avant le lever du soleil, est une figure de 
« notre Juge ('). » Le coq est souvent 
oravé sur les marbres chrétiens, soit à côté 
de Pierre, soit seul (-). « Le chant du coq, 
« dit encore Prudence, est le signe de 
« l'espérance promise, par laquelle, délivrés 
« du sommeil, nous attendons la venue 
« de Dieu {'^). » Résurrection, envisagée 
comme un sujet de crainte, car nous 
serons jugés, — d'espoir, car notre Juge 
est en même temps notre Sauveur, — 
tel est le sens de ce symbole. Mais la 
résurrection se fera par la puissance du 
Christ; c'est lui, « premier né d'entre les 
morts, » qui nous tirera du tombeau, et 
voilà pourquoi le coq, emblème de la résur- 
rection, est en même temps l'emblème de 
celui qui nous ressuscitera. Sur une gemme 
publiée par Perret, au-dessus du coq posé 
sur un rameau est gravé le monogramme 
du Christ (■•). 

Un dernier symbole du Christ est 
donné par Prudence. « Je suis A et Û, le 
« premier et le dernier, le commencement 

I. Aies diei nuntius 

Lucem propinquam prajcinit : 
Nos excitator mentium 
Jam Christus ad vitam vocat. 



Vo\ ista qua strepunt aves, 
Stantes sub ipso culmine, 
Paulo antequam lux emicet, 
Nostri figura est Judicis. 

Cathejuerinon, I, 1-4, 13-16. 

2. Aringhi, Roma siib/erranca, t. I, pp. 297, 319, 613 ; 
t. II, p. 399; Martigny, Die/., art. Coq, p. 205 ; art. Renie- 
ment de S. Pierre, p. 696 ; RoUer, Catacombes de Rome, 
pi. VIII, LXXXI, 2, 3; LXXXII, 1,2; LXXXVII, 4. 

3. Hoc esse signum prœscii 
Norunt repromissit spei, 
Qua nos soporis liberi 
Speramus adventum Uei. 

Calheinerinon I, 45-48. 

4. Perret, Catacombes de Rome, t. IV, pi. XVI, 29. 



« et la fin, » dit Jésus à saint Jean dans la 
vision finale de l'Apocalypse ('). Les Pères 
de l'Église ont commenté ce mystérieux 
symbole du Verbe fait homme ("). L'art 
chrétien l'a reproduit sur toute espèce de 
monuments, pierres tombales, peintures, 
mosaïques, monnaies {^). Prudence à son 
tour l'a chanté dans cette belle prière au 
Christ qu'il \n'(\X.\A(t Hynnims omiiis /ions : 
« Né du cœur du Père, avant le commen- 
« cernent du monde, appelé A et O, il est la 
« source et le terme de tout ce qui est, fut 
« et sera (*). » Prudence a peut-être pris un 
plaisir particulier à célébrer dans ses vers 
ce symbole sacré. En efiet, bien qu'on en 
puisse trouver des exemples antérieurs au 
I Ve siècle, il semble avoir été choisi comme 
un signe de ralliement pour les orthodoxes 
dans les pays infestés par l'hérésie arienne. 
Prudence était Espagnol, et l'Espagne est 
un des pays où l'arianisme s'est maintenu le 
plus longtemps. Kraus fait remarquer que 
sur 288 inscriptions chrétiennes d'Espao-ne 
recueillies par Hubner, 43 sont accom- 
pagnées de l'A et de l'û, tandis qu'en Angle- 
terre, pays qui ne connut pas l'arianisme, 
sur 229 inscriptions 5 seulement présentent 
ce symbole (=). Prudence, ardent champion 

1. Apoc, XXII, 13. Cf. XXI, 6. 

2. Voir les te.xtes dans Kraus, Real Encyckl. de> 
Christl. Alterth., art. Au, p. 60, 61. 

3. Martigny, Dict., art, Aii, p- 50, 51; Smith, Dictio- 
nary of Christian antiguities, p. i ; Kraus, Real En- 
cyckl., p. 60-62. 

4. Corde natus ex Parentis, ante mundi exordium, 
Alplia et <2 cognoniinatus, ipse fons et clausula 
Omnium quas sunt, fuerunt, quaeque post futura sunt. 

Cathemerinon, ix, 10-12. 
5. Kraus, p. 6r. — Je dois dire cependant que M. Edm. 
Le Blant refuse de voir dans la présence de l'A et 
de \W sur les marbres d'Espagne un signe d'orthodoxie : 
il rappelle que les monnaies de Constance, l'un des fauteurs 
de l'arianisme, portent ce symbole. Journal des savants, 
juin 1S73, p. 360. — Contra : Ramurez, dans Burchard, 
Epis/. a<l Ciampin. ; Flores, Espagna Sajp-ada, t. XI 11, 
p. 169 ; Millin, Voyage dans le midi de la France, t. 111, 
p. 167. 



12 



IRctJue De part cïjtctien. 



de la divinité du Christ, à la défense de 
laquelle il a consacré tout son poème de 
XApotheosis, dut inscrire avec enthousiasme 
dans ses vers ces lettres sacrées, que beau- 
coup de ses compatriotes ordonnaient de 



graver sur leurs tombes en témoignage de 
la pureté de leur foi. 

Paul Allard. • 
(A suivre.) 




j «4» •4' •^^ •!? «vt? •$» fi" «1^ ij» ''^■' «4» "î" »>^'> "J" ^^ fi" "^J^" ^'' ^'i '^^'' "^^ "J" «v^^ »>|.'' "!:' rj." "I* «i" •$» »$'> •$» 'i" '«1'* "î" »$' «i" «i" 5 



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tiiiilîZ^ 



Hnciens iboires sculptés, s^ïs^i 



îit ; ^ :■ it.' :^^t;î^j;^_î^ ^^ :,;^i^^ 



fTTi -fTr '♦Tr' '♦tT' 'tTr 'TTr -rrr 'tTt' -TTr 'fT*' '♦T*' 'TTT' '•T*' '♦IT' '*ÎT' ''Ï*' 'TEt' ■'T^ 'TTr ''T^'iTr '•T*' 'TT^ 'Wr 'TT' 

Jlc triptyque f)p?antin De la collection 
BarfaauiUe, à Hrras. 







I. 

A spécialité de monuments, ob- 
jectif de ce travail, est, selon 
toute probabilité, une invention 
byzantine. Les plus anciens 
exemplaires d'icônes triples à 
volets mobiles, triptyques, ou mieux (a'^'7'f//^j'- 
l'ides (qui a l'aspect des portes saintes 
= it'/coç, Sûpa, ûdo;,) sculptées en ivoire, appar- 
tiennent à l'art grec médiéval. Les Latins, 
qui connurent d'abord les diptyques, puis 
les tableaux à compartiments juxtaposés, 
adoptèrent assez tard une innovation due au 
génie oriental. On rencontre fréquemment 
des portions de triptyques byzantins, soit 
isolées, soit employées à la reliure des 
manuscrits ; d'habiles truqueurs — il y en 
a toujours eu, et il y en aura jusqu'à la 
consommation des siècles — ont même 
reconstruit des agiothyrides au moyen de 
débris hétérogènes ; mais il est rare de 
trouver un échantillon intact, tel qu'il sortit 
de l'atelier : ces pièces-là, on les cite. 

J'avais eu depuis longtemps l'heureuse 
chance de pouvoir étudier à mon aise le 
splendide et très authentique morceau dont 
la reproduction phototypée est ci-jointe. 
Acquis, vers les premières années du siècle 
courant, par un amateur éclairé d'Arras, 
M. de Beugny de Pommeras, notre ivoire, 
à la mort de celui-ci, passa dans le cabinet 
de M. Harbaville ('), l'un de ses gendres : 

1. M. Harbaville, décédé en 1866, fut l'un des membres 
les plus érudits de l'Académie d'Arras et le président à 
vie de la Commission des monuments du Pas-de-Calais. 



les héritiers de M. Harbaville possèdent 
aujourd'hui l'objet, et, insensibles aux offres 
les plus brillantes, ils ne se montrent nulle- 
ment disposés à l'aliéner. 

Peu de connaisseurs, disons-le en passant, 
ont joui du privilège dont on m'a si géné- 
reusement gratifié. Hormis Didron aîné et 
M. Victor Gay, aucun savant étranger à la 
ville d'Arras n'a, que je sache, obtenu l'accès 
d'un trésor caché sous le boisseau, et n'a été 
mis à même d'en apprécier la haute valeur ; 
en conséquence, la présente notice, texte et 
planches, peut-elle,sans trop d'amour-propre, 
réclamer de justes droits à la nouveauté. 

Dès 1867, un habile praticien d'Arras, 
M. Charles Desavary, avait photographié 
le triptyque à mon intention. Les clichés 
ayant souffert d'un accident, la famille Har- 
baville a bien voulu m'autoriser à recom- 
mencer l'opération, avec les procédés actuels 
qui donnent une image plus nette et facilitent 
la besogne mécanique du phototypeur ('). 
Confiés au talent éprouve de M. E. Aubry, 
de Bruxelles, les nouveaux clichés ont 
produit un résultat, sinon parfait, du moins 
très satisfaisant. 

Parmi les ouvrages qu'il a publiés, citons en première 
ligne le Mémorial historique et archéologique. Aujourd'hui, 
malgré les progrès de la science et la continuelle décou- 
verte de monuments nouveaux, aucun auteur ne saurait 
aborder l'Artois sans recourir au modeste savant, dont 
l'œuvre, imprimée en 1S42, étonne par le nombre de re- 
cherches qu'elle a nécessitées. Ces recherches, alors assez 
difficiles, exigèrent beaucoup de temps et de patience. 

I. Je dois des remerciments particuliers à MM. Henri 
et Rémi Trannin, petits-fils de M. Harbaville ; tous deux 
m'ont prêté un concours des plus efficaces. Le second a 
mis à ma disposition son expérience de photographe ; 
l'aîné, docteur ès-scienccs et mon collègue à l'Académie 
d'Arras, m'a fait remarquer certains menus détails très 
importants au fond, et qui, sans lui, m'auraient peut-être 
échappé. 



1SS5. — 1"^ Livraison. 



14 



iRetiuc De rart cbrcticn. 



Dans quelles circonstances un précieux 
monument byzantin prit-il la route del'ouest; 
comment vint-il échouer obscurément en 
Artois ? A de telles questions on ne saurait 
guère répondre que par des hypothèses ; 
il eût été préférable de s'en abstenir, mais 
je suis obligé d'émettre ici les miennes, car 
elles aideraient au besoin à la solution d'un 
intéressant problème. 

Trois causes motiveraient le transfert de 
notre ivoire en Occident : le commerce ; le 
pillage de Constantinople, en 1204, par les 
Croisés ; l'émigration grecque, à la suite de 
la conquête turque, en 1453. 

De ces causes, il faudra d'abord éliminer 
la dernière qui ne me semble pas même 
discutable. Les émigrés du XV*^ siècle 
abordèrent tous en Italie, et les menus 
objets emportés dans leur fuite, manuscrits, 
bijoux, œuvres d'art, ne sont guère sortis 
de ce pays que pour enrichir des collections 
princières. Alors une pièce aussi remar- 
quable que le triptyque Harbaville n'aurait 
pu échapper aux investigations de Gori, le 
plus ardent dénicheur d'ivoires sculptés qui 
fût jamais. Le savant florentin a bien su 
trouver, chez un particulier de Todi, une 
réplique, très postérieure en date et très 
inférieure en style, de la merveille qu'Arras 
abrite aujourd'hui ('); il s'est passionné pour 
une copie, et il n'aurait pas découvert le 
type original au cas où cette pièce eût 
reposé dans les régions comprises entre les 
Alpes et la Mer Ionienne ? Une telle né- 
gligence serait trop invraisemblable pour 
que l'on crût à sa possibilité. 

La provenance commerciale est au con- 
traire parfaitement admissible. Depuis le 
VI 11"= siècle jusqu'à la catastrophe inaugu- 
ratrice du XI II'^, Constantinople, trait 
d'union qui reliait l'Europe à l'Asie, alimenta 

I. Voy. Thésaurus vet. diptych., t. III, pi. xxiv et xxv. 
Aujourd'hui au Musée chrétien du Vatican. 



l'Occident de toutes les superfluités du luxe. 
Dans les magasins du Bosphore, à côté des 
importations hindoues, persanes, égyptien- 
nes, s'entassaient les produits des fabriques 
de la ville impériale ; la vogue de ces der- 
niers était si grande, qu'alors l'article By- 
zance jouait le rôle actuel de l'article Paris. 
Les tissus historiés ou brodés, l'orfèvrerie, 
la joaillerie, la glyptique, les émaux, les 
ivoires, étaient les spécialités attractives de 
l'industrie byzantine. A l'instar de Dieppe, 
Constantinople avait ses ateliers de tailleurs 
d'images en ivoire (èXî^ayrojpyô;), où des 
élèves plus ou moins habiles reproduisaient 
à nombreux exemplaires, soit une copie 
exacte, soit une variante des compositions 
du maître. L'ofticine de l'ivoirier byzantin 
étalait aux yeux du client des diptyques, 
des agiothyrides, des cassettes, et aussi des 
panneaux isolés à sujets religieux, que l'on 
faisait monter à sa fantaisie, et que l'on 
appliqua souvent à la couverture des manus- 
crits. Nous savons qu'Halitgaire, évêque 
de Cambrai, ambassadeur, en 828, de Louis 
le Débonnaire auprès de Michel le Bègue, 
rapporta de sa mission des panneaux en 
ivoire destinés à servir de reliure ('). 

Les épisodes du sac de 1 204 doivent 
également se prendre en sérieuse considé- 
ration. Au milieu de féroces sauvages, dont 
l'ineptie et la brutalité dépassaient de fort 
loin tout ce que nos guerres modernes — 
en Chine et ailleurs — offrent de plus 
odieux, émergèrent çà et là des hommes 
intelligents, qui parvinrent à soustraire aux 
rapaces conquérants beaucoup de reliques 
importantes et divers objets de haute valeur 
artistique. L'histoire a enregistré les noms 

I. Le Glay, Caincraciiin christ., p. 14. Unde ipse multa 
et preciosa sanctorum pignora, sancti videlicet protomar- 
tyris Stcpliani, CosiTi;c, Anthimi Niconiediensis episcopi 
et Theodori martyris, qu;»; in ecclesia B. Mariiu continen- 
tur adhuc asportavit, necnon et tabulas eburneas, quibus 
libri cooperti ibidem esse spectantur. Baldéric, Chron. 
Camer. et Atreb. 1. I, c. 40. 



anciens iijoircs sculptes. 



15 



de quelques sauveteurs et dressé la liste 
d'une certaine quantité d'épaves (') ; plu- 
sieurs existent encore qui ont été signalées, 
mais il en reste assurément d'autres non 
déterminées jusqu'à présent : pourquoi le 
triptyque Harbaville ne serait-il pas rangé 
parmi ces dernières ? 

En définitive, la sonmie intégrale des 
objets de piété byzantins, que les acquisi- 
tions pacifiques ou les violences belliqueuses 
amenèrent dans nos régions occidentales, 
échut aux églises et aux établissements 
monastiques; on ne saurait ailleurs en suivre 
la piste. 

Ce fait essentiel admis, le sort ultérieur 
de notre ivoire devient facile à établir. 
Lorsque, à la fin du XVII I^ siècle, la 
France et la Belgique virent décréter la 
confiscation des propriétés ecclésiastiques, 
maintes œuvres d'art, de faibles dimensions,, 
ou que leur matière ne condamnait pas trop 
directement au creuset, furent adjugées à 
vil prix, sinon emportées comme souvenirs 
par leurs légitimes propriétaires, chanoines 
ou religieux expulsés. Les adjudicataires 
étaient pour la plupart des spéculateurs; 
quant aux membres du clergé, le butin, que 
la nécessité ne les obligea pas d'aliéner eux- 
mêmes, se vendit généralement ensuite 
après leur décès (''). 

J'ai intentionnellement groupé une série 
de détails, oiseux en apparence, utiles en 

1. Voy. Ernst aus'm Weerth, Das Sieges/c; le comte 
Riant, Exiiviœ Const.; l'abbd Lalore, Le trésor de Clair- 
vaux j Origines de Vorfevr. cloisonnée, t. I, p. 342; Ex- 
posa, rétrosp. en iSSo, p. 88 ; etc. etc. 

2. Les exemples sont trop nombreux pour que je m'ar- 
rête à en signaler. La grande majorité des objets d'art 
médiéval, que possèdent les collections publiques ou pri- 
vées, n'a pas d'autre origine que les diverses formes de 
spoliation révolutionnaire. — Conjointement avec les bro- 
canteurs et les religieux, quelques personnes pieuses con- 
coururent au sauvetage; quand le culte catholique fut ofli- 
ciellcment rétabli, elles remirent leurs picces, soustraites 
ou acquises, soit aux curés, soit à l'évêque diocésain. Ces 
restitutions ne touchent aucunement à notre triptyque. 



réalité parce qu'ils amènent une conclusion. 
N'importe la position sociale de la personne 
qui céda le triptyque à M. de Pommeras, il 
me semble hors de doute que ce morceau, 
avant de tomber au.x mains du dernier 
vendeur, séjourna longuement dans un 
trésor d'église. Or, il serait contraire à tous 
les usages du temps jadis qu'un pareil chef- 
d'œuvre eût été omis sur les anciens inven- 
taires, documents d'intérêt capital, dont une 
partie est publiée, mais dont beaucoup 
attendent encore leur mise en lumière : le 
cas actuel renvoie au.x textes inédits. 

Suivant une probabilité bien voisine de 
la certitude, notre monument n'a jamais vu 
l'Italie. A l'aube du XIX^ siècle, les bro- 
canteurs parisiens avaient trop à faire chez 
eux pour exploiter la province. L'Angleterre 
et l'Allemagne sont essentiellement conser- 
vatrices. Où donc trouver ailleurs qu'en 
Belgique et dans la France septentrionale, 
si riches et si effrontément dépouillées, 
l'asile, peut-être obscur ('), qui abrita le 
triptyque jusqu'à la Révolution ? La localité 
où M. de Pommeras rencontra son ivoire, 
localité sans doute peu éloignée d'Arras, à 
supposer qu'elle ne fût pas Arras même, 
plaiderait déjà en faveur d'une réponse 
affirmative. 

D'après mon sentiment personnel, émis 
avec toutes les réserves qu'exige une simple 
hypothèse, le cercle des recherches pro- 
posées à la science s'étendrait, dans sa plus 
large expansion, de l'Authie à la Meuse. 
Je crois néanmoins qu'on pourrait le res- 
treindre davantage et ne pas pousser l'ex- 
ploration au delà de la Flandre française, 
du Hainaut, de l'Artois et du Ponthieu. 
Maintenant qu'une fidèle image de l'objet 

I. Il est parfaitement certain que cet asile a échappé 
aux investigations des Jésuites, des Bénédictins et aussi 
de Gori, qui pourtant s'était mis en relations avec toute 
l'Europe savante. 



i6 



iRctiuc oc rart cbrcticn 



est soumise aux érudits, il sera facile à 
reconnaître derrière la plus laconique men- 
tion ('). 

II. 

DU terrain conjectural, si attrayant à 
cultiver mais si fréquemment stérile, 
passons au domaine positif; il est vaste, 
curieux et assez intelligible pour que nous 
y obtenions quelques succès. 

Rectangle formé de trois panneaux dis- 
tincts, historiés au droit et au revers, notre 
triptyque ouvert offre un développement de 
of"282. Le panneau central, accru de deux 
plinthes rapportées, mesure o'"242 de haut 
sur 0^142 de large. Dimensions des volets : 
H. o'"2i7 ; L. o™07o. Au Hanc externe du 
volet gauche est ménagé un étroit batte- 
ment destiné à recouvrir la solution de con- 
tinuité lorsqu'on ferme le meuble. Ce batte- 
ment est alors maintenu par un taquet 
(biguet, tourniquet) d'argent ciselé, pro- 
tomes de lion et de chien adossés, fixé à la 
plinthe inférieure. Quatre charnières, aussi 
d argent, encastrées, sans rivets appréciables, 
dans la tranche des panneaux, réunissent 
les éléments du système et permettent de 
les replier à volonté. Deux petits pitons du 
même métal, à têtes polyédriques que tra- 
verse un cordon de suspension, sont fichés 
aux extrémités de la plinthe supérieure. La 
contemporanéité du travail de sculpture et 
des accessoires métalliques étant certaine, 
il en résulte que l'objet fut, dès son origine, 
accroché contre une muraille et qu'il n'eut 
jamais d'autre destination. 

Un bandeau horizontal divise en deux 
registres la face du panneau central. En 
haut apparaît le Christ assis, barbu, che- 

I. Dans sapins simple expression, l'article del'inven- 
taire pourrait être formulé ainsi: « Un petit tableau d'ivoire 
avec les images du Sauveur et des saints et des inscrip- 
tions grecques. — Tabula eburiicaparTa eu m imaginibiis 
Salvatoris et sanetoruin et littcris grœcis. » 



velure retombant sur les épaules; sa tête est 
ceinte d'un nimbe crucifère orlé de perles; 
il a pour vêtements une longue robe et le 
palliiDit : des solece à courroies chaussent 
ses pieds. De la main droite le Sauveur 
bénit à la manière grecque; la gauche sou- 
tient un codex richement relié et muni de 
fermoirs. La figure repose sur une cathedra 
magnifique: dossier arrondi; montants droits, 
cylindriques, annelés, ornés de rais de 
cœur disposés en étages, avec des bouquets 
pour amortissement; coussin brodé; élégant 
scabellîiiu (ûttotto'Iiov) décoré d'une arcature à 
colonnettes géminées. Au-dessus des épau- 
les, les sigles IC XC; à là hauteur de la tête, 
deux bustes d'anges, tenant des disques, 
émergent de médaillons circulaires, encadrés 
d'un bourrelet chargé d'étoiles gravées. 

Deux personnages debout, légèrement 
inclinés, mains ouvertes et tendues dans 
l'attitude de la prière, accostent le Christ. 
A droite,saint Jean- Baptiste, A 1(1) O 11P(5) 
APOMOC; vestis talai'is ; amictus à limbe 
rayé, couvrant le dos ; soleœ. A gauche, la 
Sainte Vierge, MP 0V. Elle porte la .y/^/rt; une 
sorte de châle frangé voile sa tête, enve- 
loppe sa poitrine et ses bras pour descendre 
ensuite presque jusqu'à terre ('); aux pieds, 
des calceoli. Les seabella consistent en ta- 
blettes carrées, tranche garnie d'un filet de 
perles. 

L'attribution de la gauche à la Vierge 
est si fréquente sur les monuments byzan- 
tins, quand la Mère de Dieu y figure à côté 
du Christ, en face du Précurseur, que le 
moine Denys, rédacteur, au XV'= siècle, du 
Guide de la peinture, crut devoir prescrire 
comme règle absolue cette disposition ico- 

I. Il y a là une réminiscence de l'antique. A Rome, les 
deux sexes avaient l'habitude de se draper ainsi, particu- 
lièrement dans les cdrémonies religieuses ou funèbres, et 
lorsqu'ils étaient en deuil. \'oy. Ricli. Dict des untiq., 
p. 604 et 697, fig. : Duru)-, liist. des Romains, nouv. dd., 
t. VI, p. 106, statue de Julia Donina, musée du Louvre. 




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17 



nographique. «Au centre, le Pantocrator 
au milieu des anges; du côté de l'orient (à 
gauche), la Sainte Vierge les mains éten- 
dues: vis-à-vis d'elle, du côté de l'ouest (à 
droite), le Précurseur ('). » Mais les règles 
subissent toujours des infractions; de nom- 
breux exemples, antérieurs à Denys ou 
même ses contemporains, prouvent qu'une 
grande latitude était laissée aux artistes 
sur le chapitre des préséances célestes. 
Les œuvres byzantines, dont suit une liste 
dressée au courant de la plume, montrent 
la Vierge à droite et le Précurseur à gauche: 
Mosaïque du porche, à l'église de Grotta 
Ferrata ; Evangéliaire grec de l'abbaye de 
Fiorenzuola ; hiérothèque de Cortone : pan- 
neau d'ivoire au musée chrétien du V^atican; 
autre panneau d'ivoire, collection de M. Du- 
rillon, à Lyon; ivoire très ancien publié par 
Paciaudi; sculpture en marbre, à Saint-Marc 
de Venise ; dalmatique impériale.au trésor de 
Saint-Pierre du Vatican ; tableau du XII !« 
siècle, jadis à l'abbaye de Sainte-Gene- 
viève de Paris ; peinture athonienne, XIV^ 
ou XVe siècle, musée chrétien, à Rome ; 
triptyque et tableau russes d'époques assez 
récentes (^). En voilà plus qu'il ne faut 
pour s'assurer que la règle formulée par le 
Gîiide de la pemture n'était pas de rigueur 
avant la rédaction de ce livre, et que, depuis 
lors, on s'est au besoin permis de l'en- 
freindre. 

Le registre inférieur comporte cinq per- 
sonnages debout; tous sont barbus, nimbés, 

1. Didron, Manuel d'iconographie chrét., p. 424. 

2. Gaaelle archéoL, 18S3, pi. Lvni, p. 350; Gori, ouv. 
cit<^,t. III, pi. XII, n" 2, XVIII et XI ; J. B. Giraud, L'expos. 
r^lrosp. de Lyon en iSyy, pi. lll-iv, fig. 4 ; Paciaudi, De 
ci/l/u S. Joannis Bapt. antiqnit. christ., p. 181 et l ; 
Annales arclu'ol., 1. 1, pi. à la p. 152; Bayet, L'art byzant., 
fifî. 72, p. 218; Bock, Kieinod. des heil. rihn. Reiches, 
pi. XVIII et p. 107 ; Acta SS. Mail, t. I, pi. à la p. LXI; 
D'Agincourt, Hist. de Fart, t. V, pi. XCI ; Ch. Lenormant, 
Très, de mimism. etdeglypt.. Bas-reliefs et ornem. 2'' part, 
pi. III, fig. 4; Rez'. atchéol. 1857; Cahier, Caractéris- 
tiques des saints, t. I, p. 33, pi. 



chaussés de soleœ, uniformément vêtus, à 
l'antique mode grecque, de la robe talaire 
(/l'rw TToà'/io/;;) et du pallium {y.-jxzo/.r) drapé 
d'une manière différente pour chaque figure. 

Au milieu, saint Pierre, O A nGTPOC; 
chevelure fournie, barbe taillée en rond. A 
la droite du Prince des Apôtres, qui est im- 
médiatement placé sous le Christ, saint 
Jean l'Évangéliste, O A lûU f-)GOAoruC, 
front dégarni, barbe épaisse et pointue. Puis 
vient saint Jacques le Majeur, A L\KÛDs 
frère du précédent, front couvert, longue 
barbe. A gauche de saint Pierre apparaît 
saint Paul, O A IIAVAUC, chauve, longue 
barbe bifide. Enfin saint André, O A 
AAAPGAC, chevelure et barbe élégamment 
bouclées ('). Saint Pierre, saint Jacques 
et saint André tiennent le volumen ; un 
riche codex est l'attribut de saint Jean et 
de saint Paul, fondateurs de la théologie 
chrétienne. Un chapelet (astragale) court 
sur la tranche des scabella ; saint Pierre 
a un marche-pied spécial, les autres n'en 
ont qu'un pour deux. 

Un cordon de trèfles, alternativement 
disposés en sens inverse, prolonge le ban- 
deau médian; un motif analogue, mais en 
feuilles de vigne, terminé et interrompu par 
trois médaillons circulaires, décore les plin- 
thes extrêmes. En bas, ces médaillons en- 
cadrent une rose quadrilobée; en haut, des 
bustes barbus dont les noms sont inscrits 
sur la tranche : Jérémie, iGpGmIn Elie O A 
HAIAC, Isaïe, ICAIAC. Saint Élie (') cor- 

1. Les prescriptions du Guide de la peinture ne sont 
pas exactement conformes à l'iconographie du triptyque: 
« Saint Pierre, vieillard, barbe arrondie : saint Jean, vieil- 
lard chauve, grande barbe peu épaisse ; saint Jacques, 
jeune, barbe naissante ; saint Paul, chauve, barbe jonci- 
forme ; saint André, vieillard, cheveux frisés, barbe bifide.» 
Manuel, etc., p. 299 et 300. Tous nos personnages offrent 
les caractères de l'âge mûr; aucun n'a le type véritable- 
ment sénile, encore moins celui de la jeunesse. 

2. L'Eglise grecque place au 20 juillet la fête de saint 
Élie ; on devait ce jour-1^ s'abstenir d'œuvres serviles. 
Saint Grégoire de Nazianze mentionne une église dédiée 



i8 



îReuiic De lart chrétien. 



respond au Christ; Jérémie, au Précurseur; 
Isaïe, à la Vierge. 

Les faces des volets sont partagées en 
trois registres d'inégales hauteurs; celui du 
milieu n'est en réalité qu'un bandeau. 

Volet droit, registre supérieur. Deux 
saints guerriers debout, nimbés, longue barbe, 
cuirasse imbriquée (^-?>io^!«o'-'), jaquette mili- 
taire (campestre, iT£,oii;«aa),chlamyde rehaus- 
sée d'un lattis clavus orlé de perles(ï"a°^'<'î')('), 
bottes molles {zaïicha, z'^x-ffiy). Ces per- 
sonnages tiennent la hasta d'une main ; 
de l'autre, ils saisissent le fourreau d'une 
spatJia, av:y.%, dont la curieuse garde est 
recourbée en demi-cercle, les terminaisons 
abaissées; un écusson fleuronné descend 
entre les quillons. La figure la plus voisine 
du Précurseur représente saint Théodore le 
Général, A 0EOA(JDP' O CTPATHAAT (y;) C, 
martyrisé sous Licinius. Ses restes furent 
transportés à Euchaïs, ville du Pont où il 
était né, aussi le nomme-t-on encore Eti- 
chaïti. Les Grecs l'honorent le 8 février et 
le 8 juin; les Latins, le 7 février {^). Le 

au prophète de Thesbé ; une autre fut construite par Ba- 
sile I^"'. Les Latins honorent saint Elie à la même date 
que les Orientaux. Baronius, Sacr. martyrol. Rom., p. 439, 
in-4'', Cologne, 1610; Menai, grœc, t. III, p. 175, in-fol., 
Urbin, 1737. 

1. Grand carré d'étoffe, cousu sur le manteau des per- 
sonnages de rang élevé, à la hauteur de la poitrine. Son 
usage paraît fort ancien : WÙy.nyliV tpopo-Jvrcov;i^XaaJ- 
(îa; i/vj-ct.;, zy.ôlix poù^jxix. (Chron. Alexandr., Niima.) 
Au IV'= siècle, le missorinm d'Almendralejo nous montre 
Théodose, Honorius et Arcadius avec un racÀiov qui leur 
couvre les genoux comme le grémial des évoques. (Nou- 
veaux inél. d'archéoL, t. I, pi. VU.) Les anciens diptyques 
offrent de fréquents exemples du talus clavus, mais il faut 
recourir aux mosaïques et aux mkiiatures pour se rendre 
un compte exact de cet ornement. A Ravenne, chez Jus- 
tinien, il est brodé en métal, et appliqué sur une chlamyde 
pourpre ; dans le costume de la suite impériale, au con- 
traire, il se détache en pourpre unie sur un fond blanc. 
Voy. encore Willemin, Monuin. ftanq. inéd., pi. XL, 
Nicéphore Botaniate ; Labarte, Hisl. des arls ind., Album, 

pi. LXXXII. 

2. Afarlyr., cit., p. 1 i6..1/f?ïo/.,cit.,t.ll,p.i72,t.H l,p.i27; 
Gori, loc. cit., p. 222;Panciroli, I lesorinascosti nell aima 
citta di Roma, p. 906, (in-8°, Rome, 1600) dit que l'église 

e Saint-Onuphre possède une relique du Stratélatès,dont 



second guerrier, homonyme du précédent, 
est saint Théodore Tyron,0 A GEOAÛQps 
THPs. Soldat de la légion Tyronienne à 
l'époque où Maximien, Galère et Maximin 
Daza persécutaient les chrétiens, Théodore, 
ayant incendié un temple d'idoles à Amasée, 
fut jeté dans une fournaise ardente par 
ordre du préfet Kringas. Selon la légende, 
notre saint avait auparavant débarrassé le 
territoire d' Euchaïs d'un énorme dragon. 
Ce martyr est en grande vénération chez 
les Grecs, qui célèbrent son anniversaire le 
1 7 février; à l'aube du V^ siècle, le patri- 
cien Sphoracios lui dédia une église à Cons- 
tantinople : Justinien et Maurice la restau- 
rèrent successivement. Les Latins fêtent 
.saint Théodore Tyron le 9 novembre; il 
a, à Rome, une église diaconale; on garde 
de ses reliques à Saint-Onuphre. Le corps 
serait en Asie, soit à Amasée, soit à Eu- 
chaïs, ville dont Jean Zimiscès changea le 
nom en Théodoropolis, après y avoir érigé 
une vaste basilique sous le vocable du bien- 
heureux, à l'intercession duquel ce prince 
devait une éclatante victoire. Suivant Con- 
stantin Porphyrogénète, la cité asiatique de 
Dalisand possédait le bouclier de saint 
Théodore (-). 

le corps était à Héraclée du Pont. Le monastère de Saint- 
Denys, au Mont Athos garderait la tête de saint Théo- 
dore, d'après le médecin Jean Comnène. (Descript. du 
Monl Athos, ap. Montfaucon, Palaogr. Crœca, p. 481.) 

I. Martyr., p. 764; Menai, t. II, p. 196; Panciroli, ouv. 
cit., p. 792 et go6; Procope, De œdificiis, I, 4; Codin, Ex- 
cerpta de aiittq. C. P., p. 82, éd. de 15onn; Constantin 
Porphyr., De tlieiiiat., 1. I. — L'image de Théodore Tyron 
figurait avec celles des S.S. Démétrius et Procope sur 
l'une des six bannières (sXâao'jy'.a) portées par paires 
autour de l'empereur dans les grandes cérémonies (Codin, 
De flffic. palatii C. P., c. vi) ; Ughelli (Italia sacra, t. 1 1, 
p. 1025) relate, d'après une autorité contemporaine, que 
le chef de saint Théodore fut apporté à Gacte en 12 10. — 
Un grand émail byzantin sur cuivre, passé du cabinet 
Pourtalès dans la collection liasilcwsky, représente saint 
Théodore combattant le dragon. Cet émail a été figuré 
par Labarte ( Rech. sur la peint, en ('mail et Hisl . des 
arts indust.), mais la planche en couleurs du Catal. de la 
coll. B'jsileii'sky est infiniment supérieure. — Un poids 



anciens itjoires sculptés. 



19 



La zone médiane, limitée par des chan- 
freins doubles, offre deux entrelacs circu- 
laires inscrivant des bustes nimbés. D'abord 
saint Thomas apôtre, O A (:)(D.VI», imberbe et 
tenant un voiinnen; ensuite saint Mercure, 
A MEPKî5Ps, légèrement barbu, armé de la 
haste et vêtu de la chlamyde laticlave. 
Officier dans l'armée romaine. Mercure, au 
temps de Dèce et de Valérien, eut la tête 
tranchée pour la Foi, à Césarée de Cappa- 
doce; Grecs et Latins célèbrent sa fête le 25 
novembre ('). 

Registre inférieur. Deux saints debout, 
nimbés, chevelure épaisse, barbe pointue. 
Leur costume identique se compose d'une 
robe à larges manches et allant à mi-jam- 
bes; d'une ample chlamyde laticlave, agra- 
fée sur l'épaule droite par une fibule ronde; 
de chaussures closes. La main gauche est 
cachée sous le manteau ; ils tiennent dans 
l'autre une croix pommetée à longue hampe, 
appuyée contre la poitrine. Le premier, 
saint Aréthas, O A APgHs, était un noble 
éthiopien, massacré par les Arabes Home 
rites sous le règne de Justin I^'' (=). Le 
second, saint Eustrate,0 A gVClPAT% fut 
brûlé en Arménie pendant la persécution 

byzantin, de forme carrée, cuivre incruste d'argent 
(a'Àt'rpa, i livre), au British Miisciim, représente deux 
saints imberbes, en costume militaire ; d'un geste iden- 
tique, ils dirigent la pointe de leur lance vers un monstre, 
hybride de lîanthère et de dragon. (Revtte numism. nouv. 
série, t. VI 11, pi. Il, fig. 4). Sabatier attribue le monument 
au VI'' siècle ; peut-être serait-il moins ancien? Malgré 
l'absence de barbe, je crois y reconnaître l'association des 
deux Théodore, Stratélatès et Tyron. En effet, une pein- 
ture grecciue du Xlll'- siècle, au Musée Chrétien du 
Vatican, montre les mêmes saints, parfaitement désignés, 
mais à cheval et se tenant embrassés.(D'Agincourt, Hisi. 
de l'art, PEINTURE, pi. xc, fig i). Les types du GuiJe de 
lapeinture diffèrent un peu des nôtres: « Stratélatès, jeune, 
cheveux frisés, barbe jonciforme ; Théron, barbe, cheveux 
descendant sur les oreilles » : Manuel, p. 321 et 322. 

1. Martyr., p. 800 et Soi ; Menol., t. I, p. 212. «Saint 
Thomas, jeune, barbe naissante ; Saint Mercure, id. » 
Manuel, p. 300 et 322. 

2. Saint Aréthas est fêté le 24 octobre en Orient et en 
Occident. Martyr., p. 729. Meiiol., t. I, p. 139. 



de Dioclétien et de Maximien; son corps 
repose à Saint- Apollinaire de Rome; Orien- 
taux et Occidentaux placent sa mémoire 
au 13 décembre ('). 

Volei gauche, registre supérieur. Deux 
guerriers vêtus et armés absolument comme 
leurs symétriques du volet droit. Saint 
Georges, A J'H(DPn^ est imberbe ; une 
courte barbe orne le menton de saint 
Eustathe, A evCTAGR Saint Georges, né 
en Cappadoce, 011 il reçut la palme du 
martyre en 284, avait le titre de contes ; 
Grecs et Latins lui ont de longue date 
voué un culte tout spécial, dont la manifes- 
tation tombe le 23 avril. Le corps du 
glorieux athlète de Jé.su.s-Christ fut trans- 
porté à Constantinople ; saint Germain de 
Paris, revenant de Jérusalem, traversa la 
capitale de l'empire d'Orient et obtint de 
Justinien un bras qui échut ensuite à 
l'église de Saint-Vincent. A Rome, le 
sanctuaire diaconal de Saint-Georses in 
vclabro possède le chef de son patron, 
retrouvé au Ville siècle par le pape 
Zacharie (-), et diverses reliques : d'autres 
églises de Rome en conservent éo-ale- 
ment ('). Grégoire de Tours mentionne 
les miracles opérés en Limousin et dans le 
Maine par des reliques de saint Georges (-•). 
Les actes de saint Annon, archevêque de 
Cologne (1056- 1073), signalent un bras 

1. Martyr., p. 837 ; Menol., t. Il, p. 26. Panciroli, ouv. 
cit., p. 846. « Saint Eustratius, vieillard, barbe en pointe.» 
Manuel, p. 325. 

2. In venerabili itaque patriarchio sacratissimum beat! 
Georgii martyris isdem sanctissimus papa in capsa recon- 
ditum reperit caput, in quo et pictatium invenit pariter 
litteris exaratum Grœcis, ipsum esse significantes. Oui 

sanctissimus papa in venerabili diaconia ejus nomi- 

nis, sita in hac Romana civitate, regione secunda, ad Vé- 
lum Aureum, illud dcduci fecit; ubi immensa miracula et 
bénéficia omnipotens Dcus ad laudem nominis sui per 
eumdem sacratissimum martyrem operari ilignatur. Liber 
pont if., 224. 

3. Panciroli, ouv. cit., p. 874. 

4. MiracuL, 1 I, c. loi. 



20 



lacune De l'art cljtcticn, 



apporté dans cette ville ('). Dresser la liste 
des édifices religieux placés sous le vocable 
du guerrier cappadocien serait abusif, car 
leur nombre est immense ; bornons-nous à 
l'église construite à Mayence par l'archevê- 
que Sidoine II (vers 546), monument qui 
excita la verve poétique de Fortunat. 

Mariyris egrcgiis pollens Diicat aula Georgi, 

Cujus in hune imitidum spargitur altus honor; 
Carcere, cœde,siti, vinclis,fame,frigore,flammis. 

Confessas Chris tu m iluxit ad astra caput. 
Qui virtute potens Oric7itis axe sepulius, 

Ecce sub occiduo cardine prœbct opcni. 
Ergo mémento preces et redderc votaviator, 

Obtinet hic mentis guod petit aima fides. 
Condidit Antistes Sidonius ista decenter, 

Proficiant animœ quœ nova templa suœ (•). 

Des Etats, des princes, d'insignes ordres 
équestres, ont adopté saint Georges pour 
protecteur. Le type légendaire, où il figure 
en chevalier combattant le dragon devant 
une jeune fille suppliante, n'est pas byzan- 
tin: Jacques de Voragine l'aurait inventé 
sans preuves historiques. Le compilateur 
de la Légende dorée a-t-il voulu symboliser 
une idée générale, la victoire des martyrs 
sur le démon ? A-t-il confondu saint Geor- 
ges avec saint Théodore Tyron.'* Les deux 
opinions restent en présence (3). 

1. Bock, Les trésors sacrés de Colog?!e, ne signale aucune 
relique de saint Georges à l'église qui portait son nom avant 
de devenir Saint-Jacques. Les dépouilles de cette église 
ayant enrichi d'autres paroisses de Cologne, il se pourrait 
que l'un des deu.x/>Vrtj anonymes deSaint-Cunibert (p.66ct 
pl.xiv, 53)eût, auXIII'-'sièc!e,abritél'ossement en question. 

2. Lib. II, Poemat., XI. 

3. Martyr., p. 274 à 277; MenoL, t. III, p. 68 ; Du 
Cange, Constant, christ., 1. IV, p. 162 et 124 : Hugues de 
Campdavesne, comte de Saint- Pol, fut inhumé dans le mo- 
nastère de Saint-Georges fondé par Monomaque; plus tard 
on transporta le corps à l'abbaye de Cercamps, en Artois. 
Procope, De ^Edif., II, 4. — Dès une époque reculée, le 
combat du guerrier contre le serpent symbolisa la victoire 
du christianisme; Eusèbe, Constantini vita, III, 3, men- 
tionne une effigie de son héros perçant le dragon à coups 
de lance et le jetant à la mer. Nicéphore Grégoras {Hist., 
V'III, 5), postérieur d'un siècle environ à Jacques de 
Voragine, signale une effigie équestre de saint Georges 
peinte jadis, "à/ai, par un excellent artiste nommé Paul ; 
mais rien du reptile ni de la jeune vierge éplorée. — Le 
type de saint Georges est fixé par le Guide tel que nous 
l'avons ici : «Jeune imberbe. » Manuel, p. 321. 



La popularité de saint Eustathe est 
beaucoup moindre. Martyrisé à Ancyre 
(Galatie), ses restes y furent déposés; il 
avait un sanctuaire à Constantinople. Fêtes 
grecque et latine le 28 juillet ('). 

Zone médiane. Bustes imberbes et nim- 
bés, épaules couvertes du pallmin. L'apô- 
tre saint Philippe, A 'WAIIUIOC. tient un 
volumen ; saint Pantélémon, ou Pantaléon, 
A nAI\T g A (eyjfXMv), a pour attributs une 
lancette et une trousse de chirurgien ; peut 
être un scalpel, ou bien une spatule avec 
un coffret à médicaments (-). Saint Panté- 
lémon, à!\\.\& Ménologe, né à Nicomédie d'un 
père païen et d'une mère chrétienne, em- 
brassa la profession de médecin. Son maître 
en l'art de guérir fut le savant Euphrosinos; 
le prêtre Hermolaos lui enseigna la doctrine 
du Christ et l'admit au baptême. Dénoncé 
à l'empereur Maximien, Pantélémon eut la 
tête tranchée après avoir subi la torture ('). 

Le médecin de Nicomédie compte au 
nombre des saints que l'Église orientale 
appelle anargyres, sans doute parce que le 
mépris des richesse les portait à se mettre 
au service de l'humanité avec un désinté- 
ressement absolu (^). 

1. Martyr., p. 507; Menai., t. III, p. 184; Constant. 
christ., I. IV, p. 123. 

2. Le cas est douteux ici, vu l'exiguité de l'image. Sur 
un diptyque d'argent, au Baptistère de Florence, la spatule 
est bien caractérisée ; le saint tient une boite cubique 
ouverte, dont l'intérieur offie six compartiments ronds 
(Gori, ouv. cité, t. III, Suppl., pl. IV; X'' ou X^' siècle). Une 
peinture assez récente du couvent de Rûssicon(Mont Athos) 
me montre un scalpel — Didron dit une spatule — et un 
coffret à médicaments. Ann.archéol., t. \', pl. à la p. 148. 

3. T. III, p. 183. 

4. Didron, Manuel, p. 330. — L'initiateur de Pantélé. 
mon aux dogmes chrétiens, saint Hermolaos, figure aussi 
parmi les .'\nargyres (Jean Comnène, loc. cit., p. 481). 
Les Allemands, qui nomment ces personnages Nothhelfer 
(auxiliatorcs, libérateurs, sauveurs), en admettent 14, grou- 
pés deux h deux sur les gravures de Joseph et Jean Klauber, 
d'Augsbourg : SS. Georges et Eustache, SS. \'it et Chris- 
tophe, SS. (jilles et Cyriaque, SS. Érasme et Biaise, SS. 
Pantélémon et Acace, S. Denys (de Paris) et sainte 
Marguerite, sainte Catherine et sainte Barbe. Leurs fêtes 
spéciales sont indiquées dans plusieurs bréviaires et 
missels du XVI" s\hQ\^.Q3!i\\^x,Caractérisliques des Saints, 
t. i, p. 102. 



anciens itioircs sculptés 



21 



Bien que le nom contracté de Pantélémon 
ait reçu en Occident des applications singu- 
lièrement profanes, notre saint, dont Grecs 
et Latins célèbrent l'anniversaire !e 27 juil- 
let, n'en jouit pas moins d'une grande 
réputation. Son corps reposa dans l'ora- 
toire de la Concorde (Ouôvcua) à Constanti- 
nople. Vers les premières années du 
IX" siècle, Lyon vit arriver d'Afrique quel- 
ques ossements du martyr ; l'archevêque 
Agobard chanta cet événement dans une 
pièce de vers adressée à Charlemagne ('). 

Rome possède de nombreuses reliques 
de saint Pantélémon. A Constantinople, 
Justinien lui avait érigé deux sanctuaires ; 
on en trouve également deux dans la Ville 
éternelle. Une abbaye de Bénédictins à 
Cologne, un monastère d'Augustines à 
Toulouse, une église de Troyes, portent ou 
ont porté le vocable de Saint-Pantaléon (-). 
L'iconographie byzantine s'est fréquemment 
complue à reproduire l'image de ce bien- 
heureux (3). 

Les personnages en pied du registre 
inférieur, saint Démétrius,0 A AHMHTPIOC, et 
saint Procope, A IIPOKOIIIOC, sont imber- 
bes, nimbés, et ils portent le même costume 
que leurs correspondants du volet droit, 

1. Sperati quoque martyris beati, 
Necnon Pantaleonis ossa raptim 
ToUunt ciincta simul. 

Bibl. vet. Patrum, t. XIV, p. 328 et 329. 

2. Martyr., p. 505 ; Procope, De /Edif., I, 9, V, 9 ; 
Du Cange, Constant, christ., 1. IV, p. 157; Panciroli, ouv. 
cité, p. 644, 646, 893; Gallia christ. — Il y a, au Mont 
Athos, plusieurs reliques de saint Pantélémon; le couvent 
de Docheiaréion garde sa tête. Jean Comnène, loc. cit., 
p. 481 et 491. 

3. Le sceau du protonotaire Constantin (X'= siècle) 
donne pour attribut à saint Pantélémon un objet carré, 
vraisemblablement les tablettes sur lesquelles il inscrivait 
ses ordonnances. G. Schlumberger, Sceaux de plomb iné- 
dits des fonctio}i. provinc, ap. Rev. archéol ., ]vivci 1883, 
pi. X, fig. 2. — Les prescriptions du Guide concordent 
avec nos types, du moins en ce qui regarde saint Pantélé- 
mon : « jeime, imberbe, cheveux frisés. » Pour saint 
Philijjpe, bien qu'il doive être représenté jeune, Denys lui 
attribue une barbe naissante dont l'ivoire n'oftrc aucune 
trace. Manuel, p. 330 et 300. 



seulement la robe est talaire et les chlamydes 
offrent des variantes de drapé; saint Démé- 
trius lève sa main gauche découverte : iden- 
tité complète entre les croix et la façon de 
les tenir. 

Deux Démétrius martyrs sont invoqués 
chez les Grecs; le premier, décapité à Dabu- 
dène, figure au Ménologe à la date du 1 5 no- 
vembre ; il y est représenté barbu ('). Le 
second, proconsul à Thessalonique, fut mis 
à mort sous Maximien. La miniature du 
Ménologe, au 26 octobre, montrant cet autre 
Démétrius imberbe et vêtu absolument 
comme l'effigie du triptyque, aucun doute 
n'est permis ; nous avons ici le magistrat de 
Thessalonique (=). Son corps y reposait ; 
une église qui lui était dédiée à Constanti- 
nople fut restaurée par Basile I^"" ; un mo- 
nastère de la môme ville portait aussi le 
vocable de saint Démétrius. Les Latins 
honorent ce martyr le 8 octobre, mais il ne 
semble pas que ses reliques aient pénétré en 
Occident {^). 

Saint Procope, fêté le 8 juillet chez les 
Grecs et les Latins, est encore une victime 
des persécutions qui ensanglantèrent la fin 
du 1 1 1" siècle; le Ménologe le qualifie de Aoj^ 
(dux) et lui attribue des succès militaires. 
Une croix d'or commandée à un orfèvre de 
Scythopolis, puis arborée ostensiblement, 
causa la perte de saint Procope ; il fut dé- 
capité à Césarée. Deux anciennes églises de 
Constantinople lui étaient consacrées, mais 
son culte, très en faveur parmi les Grecs, 
n'occupe en Occident qu'un rang tout à f lit 
secondaire (■•). 

Comme disposition, le revers des volets 

1. T. I, p. 190. 

2. Ibid., p. 143. 

3. Martyr., p. 687; Cedrenus, p. 588 ; Constant, christ., 
1. IV, p. 122. 

4. Martyr., p. 459. McnoL, t. III, p. 158. Le Guide 
attribue des moustaches à saint Démétrius ; saint Procope 
y est désigné comme imberbe : tous deux sont qualifiés 
de militaires. Manuel, p. 321. 



1885. — 1 '^ Livraison 



22 



iRctiuc De r3rt cbtéticn. 



ne diffère en rien de la face : deux grands 
registres et une zone intermédiaire. 

Volet droit, registre supérieur. Deux 
figures debout, nimbées et barbues. Leur 
costume est épiscopal : robe talaire, pcenula 
((paivsÀ/;;); étole (^tm-^v.yfX^vj) chargée de 
croix; sandales. Ces personnages bénis- 
sent de la main droite à la manière grecque ; 
la main gauche tient un codex. Dans le plus 
voisin du panneau central, on reconnaît saint 
Basile le Grand, A BACIAG lOC, métropoli- 
tain de Cappadoce ; il a une chevelure épaisse 
et les apparences de l'âge mûr. L'autre, vieil- 
lard au front chauve, est saint Grégoire de 
Nazianze, l'illustre écrivain, A TPHrOPIOC 
©EOAOrOC. Basile et Grégoire occupent un 
rang élevé entre les Pères de l'Église grec- 
que. Le premier fut inhumé à Césarée ; sa 
tête et plusieurs reliques notables sont à 
Rome, où une église lui est consacrée. Fête 
au i" janvier chez les Grecs et les Latins ('). 
Le corps du second est à Saint-Pierre du 
Vatican : dans Rome encore, un bras, quel- 
ques ossements, un morceau de tunique (-). 

Bandeau intermédiaire. Bustes nimbés, 
même costume, mêmes attributs, même atti- 
tude que les figures précédentes: saint Pho- 
cas, A «|)ÛDtAC; saint Biaise, A BAACIOC. 
Saint Phocas, évêque de Sinope, fut déca- 
pité sous Trajan, après quoi on livra son 
corps aux flammes ; une église de Constan- 
tinople lui était dédiée. Les Grecs célèbrent 
trois commémorations du martyr : les 6 et 
23 juillet, le 22 septembre ; les Latins, une 
seule, le 14 juillet (^). Saint Biaise, évêque 

1. Martyr., p. lo. McnoL, t. II, p. 75. Panciroli, ouv. 
cité, p. 238 et 848. 

2. Martyr., p. 319. MenoL, t. II, p. 136. Panciroli, ouv. 
citd, p. 878. La fête de saint Grégoire tombe le 25 janvier 
cBez les Orecs ; le 9 mai, chez les Latins. — Manuel, 
p. 316 : «Saint Basile, jurande barbe, %ieux ; saint Grégoire 
de Nazianze, vieillard chauve, large barbe. )> 

3. Menot., t. I, p. 60; t. III, p. 156 et 177. Const. 
christ., 1. IV, p. 133. Martyr., p. 475. Grégoire de 
Tours {Mirac., 1. I, c. 99) mentionne un saint Focas 



de Sébaste, mourut pour le Christ au 
temps de Licinius; il n'eut qu'une église 
à Constantinople, mais Rome lui en consacra 
huit, dont San-Biagio deir Anello, pourvue 
par Sixte Quint d'un titre cardinalice. Le 
corps de saint Biaise serait en Arménie, mais 
la capitale du monde chrétien possède 
un grand nombre de ses reliques. Fête 
grecque, le 1 1 février ; fête latine, le 3 ('). 
Registre inférieur. Personnages debout, 
barbus, nimbés, différemment vêtus. Saint 
Nicolas, OAINIKOAs, porte le costume épis- 
copal décrit plus haut ; il tient un codex à 
deux mains ; son front est dégarni. L'un des 
.saints populaires du monde chrétien, Ni- 
colas, évêque de Myre (Lycie), est devenu 
le patron des jeunes garçons, et, conjointe- 
ment avec saint André, le protecteur attitré 
de l'Empire russe. Trois sanctuaires de 
Constantinople furent dédiés à saint Nicolas; 
deux remontaient à Justinien et à Basile I^r; 
à Rome, sept églises, dont une diaconale, 
San Nicolo in Carcere, témoignent de l'im- 
mense dévotion dont il est l'objet. Le corps 
du vénérable confesseur a été transporté à 
Bari (Pouille) en 1087 ; une insigne Collé- 
giale le garde précieusement, et il y attire la 
foule des pèlerins. La Ville éternelle pos- 
sède plusieurs reliques majeures et mineures 
de saint Nicolas ; sa fête tombe le 6 dé- 
cembre chez les Grecs et les Latins ; en 

martyr, dont le corps reposait en Syrie. — Le triptyque 
donne une longue barbe pointue à saint Phocas, dont le 
Guide ne parle pas. 

I. Menol., t. II, p. 179 ; Martyr., p. 107; Const. christ. 
1. IV, p. 120. Panciroli, ouv. cité, p. 245 à 250, 849. — 
Le culte de saint Biaise s'étendit au Nord, où deux 
abbayes portaient son nom ; l'une, in Silva Nigra 
(Constance), l'autre, à Northeim (Maycnce). Le trésor 
de la cathédrale de Namur possède une très belle 
statuette de saint Biaise, en argent ; il est revêtu du 
costume épiscopal, et il a pour attribut un rasicllus ou 
liarpago, instrument de son supplice. — Sur le triptyque, 
saint Biaise est d'un âge mur, chevelure épaisse, barbe 
arrondie ; je trouve dans le Guide : « Saint Biaise 
de .Sébaste, vieillard, barbe en pointe, cheveux frisés. » 
Matiuel, p. 319. 



anciens iijoircs sculptés. 



23 



outre, ces derniers célèbrent le 9 mai l'anni- 
versaire de la translation à Bari. Notre 
sculpture est une reproduction serrée du 
type suivi au X^-XI"" siècle par les illustra- 
teurs du Ménologe, manuscrit auquel je 
renvoie si fréquemment, et dont l'exécution 
date du règne de Basile 1 1. Le saint Nicolas 
byzantin, figuré sur la couverture en ivoire 
du Missel de saint Burchard, à la biblio- 
thèque de l'université de Wurtzbourg 
(Bavière), donne une note différente, mais 
on y remarque aussi la barbe ronde et le 
front chauve, également indiqués par le 
Guide de la peinhire ; une grande plaque 
d'émail champlevé, fond bleu, annexée au 
ciboriuin de la collégiale de Bari, montre 
saint Nicolas couronnant le roi Roger. Les 
personnages sont byzantins d'attitude et de 
costume, néanmoins l'œuvre dénonce la 
main d'un artiste septentrional, peut-être 
limousin, sans doute plutôt allemand, qui 
travailla, au XI IL siècle, dans le sud de 
l'Italie : à Bari, quoique le menton soit im- 
berbe, la calvitie du crâne s'accentue vigou- 
reusement. L'émailleur limousin qui, vers la 
fin du XI I^ siècle, exécuta la châsse de saint 
Etienne de Muret pour l'abbaye de Grand- 
mont, a représenté saint Nicolas dans des 
conditions analogues à celles de Wurtz- 
bourg : main droite libre, codex dans la 
gauche, antique costume épiscopal modifié 
selon les usages latins. La tête barbue est 
garnie de cheveux épais recouvrant le front ; 
au sommet du crâne, une large tonsure ('). 

Saint Sévérien, A CGVHPIANOC. Robe 
talaire à largesmanches, serrée à la taille par 
une ceinture ; chlamyde rejetée en arrière ; 

I. Martyr., p. 321 et 821. Menai., t. II, p. 12. Cottst. 
christ., 1. IV, p. 130. Panciroli, ouv. cité, p. 629 et sq. 89, 
Rev. de Part chrét.. Juillet 1S83, p. 284. Le Moyen Age et 
la Renaissance, Diptyques, etc., pi. i. Becker et Hcfner, 
Kunst-werke des Miltclalters, pi. I. Schulz, Detikmaeler 
der Kunst des Mittelalters in tinter Italien, Atlas, pi. v. 
Les arts sontptiiaires, t. I, pi. LXIX. Manuel, p. 316. 



croix dans la main droite ; chevelure abon- 
dante ; longue barbe bifide. Le Ménologe 
enregistre trois Severianus; le Martyrologe 
roniaiJi, cinq. Ici nous avons très vraisem- 
blablement un compagnon de saint Agatho- 
nicos, décapité à Sélymbrie, sous Maximien. 
En effet, sur la réplique, citée plus haut, de 
l'ivoire Harbaville au Vatican, un saint Seve- 
rianus, absolument vêtu comme le nôtre, 
correspond à saint Agathonicos. Mémoire 
au 22 août chez les Grecs et les Latins ('). 
Volet gauc/ie, registre supérieur. Deux 
saints nimbés, barbus ; costume épiscopal ; 
codex. Saint Jean Chrysostome, O A ICQ O XP, 
bénit.Sa notoriété est trop considérable pour 
qu'il soit besoin d'esquisser les principaux 
traits d'une biographie répandue ; mais cette 
tête au front large et dégarni, cette physio- 
nomie d'une grave maturité sous un accent 
d'ineffable douceur, cette barbe taillée en 
rond, pourraient bien nous offrir, sinon le 
portrait authentique du célèbre patriarche 
de Constantinople, du moins son image ap- 
proximative avant que des générations de 
copistes ne l'eussent entièrement dénaturée. 
Une grande peinture du manuscrit 79, fonds 
Coislin, de la Bibliothèque nationale, à 
Paris, donne à saint Jean Chrysostome un 
aspect tout à fait ascétique ; les cheveux et 
la barbe sont bien à peu près tels que sur le 
triptyque, mais l'air de jeunesse, le nez 
busqué, la face amaigrie de la miniature, 
s'écartent beaucoup du type plus mûr et 
plus substantiel de l'ivoire. Le manuscrit de 
Paris date de la seconde moitié duXIf^siècle; 
avançons encore. L'effigie de la réplique du 
Vatican est chevelue, la barbe s'y aiguise 
légèrement en pointe, et, si les planches de 
Gori ne m'inspiraient pas une confiance 
très limitée, je soupçonnerais que le carac- 

I. Menol., t. III, p. 211. Martyr., If. 576. Gori, Thés, 
vet. diptych., t. 111, pi. xxv. — Le Guide ne mentionne 
que saint Agathonicos dont le signalement ditlcre beau- 
coup de celui de notre Severianus. Manuel, p. 324. 



24 



ïRciJUC Dc rsrt cï)rcticn. 



tère général du personnage incline médio- 
crement vers la mansuétude. Enfin le saint 
Jean Chrysostome du Guide est ainsi défini: 
« jeune, peu de barbe » ('). Désaccord 
complet. 

Saint Clément, évêque d'Ancyre, O A 
KAHMEIC Al'KVPAC, fut décapité dans sa 
ville épiscopale, sous le règne de Maximien, 
après avoir été successivement traîné à 
Rome, Nicomédie, Amisus et Tarse; d'où 
le surnom de TroX-JaGXo; qu'on lui attribue. 
Fête le 23 janvier chez les Grecs comme 
chez les Latins (^). 

Zone intermédiaire. Bustes nimbés de 
deux saints anai'gyres par excellence :Cosme, 
A ROCMs; Damien, A AAMIAANs (sic). 
Drapés dans un palliinn, ils ont les mêmes 
caractéristiques que saint Pantélémon ; leur 
physionomie accuse l'âge mûr, leur che- 
velure est crépue, leur barbe est courte 
et arrondie. A trois reprises différentes 
(17 octobre, i" novembre, i" juillet), le 
Ménologe enregistre une o-jvuyîa de Cosme et 
Damien, asiatiques de naissance, ayant à 
peu près la même filiation, et toujours prati- 
quant l'art de guérir : la date de leur martyre 
est placée à la fin du 111*= siècle. Les Latins 
réduisent cette triple association à une 
seule, dont l'anniversaire tombe le 27 sep- 
tembre. La grande coupole en mosaïque de 
Saint-Georges, à Thessalonique (V'' ou 
VI'' siècle), comporte entre autres les figures 
pédestres des saints Cosme et Damien 
qualifiés de médecins, KOCMOV lATPOV, 

1. Gori, loc. cit., pi. XXV. Manuel,^, ■^là. Une peinture 
grecque du XI 11'= siccle, jadis à l'abbaye de Sainte- 
Génevicve de Paris, donne à saint Jean Chrysostome les 
mêmes traits, mais non le même costume que le triptyque 
Harbavillc : un rjx/.y.o;, en stauracin au lieu de la pénule. 
Acta SS., Sept., t. IV, p. 693; Mai, t. I, p. LXI. Cons^. 
christ. 1. IV, p. 120, fig. 9. — Au Mont Athos, les reliques 
suivantes du saint : Grande Laure et Saint- Denys, une 
main dans chaque; Vatopédi, la tête. Jean Comnène, loc. 
cit., pp. 456, 478, 464. 

2. Mcnol., t II, p. 133. ytartyr., p. 73. 



AAMIANOV lATPOV. Cosme a la barbe et les 
cheveux blancs ; Damien est jeune et im- 
berbe. Le Gidde admet naturellement les 
trois couples du Ménologe et il les distingue 
ainsi : « Cosme et Damien de Rome,jeunes, 
barbe en pointe; — d'Asie Mineure, jeunes 
et imberbes ; — Arabes, peu de barbe, tête 
voilée. » Selon toute vraisemblance, notre 
sculpteur a visé les personnages qualifiés 
de Romains par l'écrivain du XV" siècle. 
Malgré l'obscurité qui semble couvrir 
l'origine des deux associés, leur culte re- 
monte très haut et parait établi sur des tra- 
ditions solides. Ils eurent deux sanctuaires 
à Constantinople, le plus ancien élevé par 
Théodose 1 1 ; à Rome, outre le vieux titre 
diaconal du Campa Vaccino, les saints 
Cosme et Damien ont encore imposé leur 
nom à deux églises. Les corps et de nom- 
breuses reliques à.ç.?,Ajiargyrcs sont vénérés 
dans la cité pontificale ; \ç.ux?, sacra pignora 
avaient même pénétré à Tours dès le 
VP siècle. (■) 

Registre inférieur. D'abord un pontife 
nimbé, vieillard chauve à barbe courte et 
arrondie. Saint Grégoire le Thaumaturge, 
O A rPerOPI ©AVMATs, évêque de Néocé- 
sarée (Pont), célèbre par ses éclatants mi- 
racles, vécut au milieu du 1 1 V siècle ; il 
échappa aux bourreaux et, tant chez les 
Orientaux que chez les Occidentaux, on 
l'honore le 17 novembre en qualité de con- 

I. MettoL, t. I, p. 124 et 157 ; III, 147. Martyr., p.664. 
Texier, L'architecture byzantine, pi. xxxni. Manuel, 
p. 330. Procope, De .^£dif., I, 6. Constant, christ., IV, 
p. 121 et 122. Panciroli, ouv. cité, p. 278 à 292 et 855. 
Grégoire de Tours, Hist. Franc., X, i et 19 ; Mirac, \, 
98. — Une bague byzantine en or, de l'ancienne collection 
B. Fillon, porte sur son chaton à facettes la légende : 
ArU)(0 ROCMA kAl AAMIIANg 130llfc)(o)I, 
entourant un monogramme où M. G. Schlumberger a 
déchiffré TPV'l'CDNOC.Le savant byzantiniste croit pou- 
voir attribuer au VI" siècle ce monument de la piété de 
Tryphon envers les saintsAnargyres. Btilkt. de la Soc.dcs 
Aniit]. de France, 1SS2, p. 135, fig. Catal. delà coll. Fillon, 
p. 34, n" 39. 




O 
> 






anciens itioitcs sculptés 



25 



fesseur: ses restes furent inhumés à Néocé- 
sarée. Lors du tremblement de terre qui 
ravagea cette ville en 503, l'église {•■/m;), où 
se trouvait la châsse (Sr/.y,) du bienheureux, 
échappa au désastre ('). 

En dernière ligne vient saint Jacques le 
Persan, A IAKÛDBOC O nePCHC. Symé- 
trique à saint Sévérien, il a le même costume 
et la même attitude que ce dernier: comme 
lui, il tient une croix serrée contre la poitrine, 
et samaingauche s'ouvre la paumeendehors. 
he/ac/es du personnage est étranger, il n'a 
rien de commun avecles types gréco-romains 
figurés sur le reste du triptyque. Que l'on 
examine cette physionomie mélancolique, ce 
regard terne, ces cheveux bouclés, enca- 
drant le visage et partagés sur un front bas, 
ces longues moustaches, cette barbe claire 
et bifide . tout caractérise la race slave. Le 
saint Jacques de Perse, O A IAKOBAi 
nEP:i;n,copiéparDominiquePapety sur une 
fresque peu ancienne du couvent à' Ag/im 
Lavra (Mont Athos), est également em- 
preint du cachet slave qu'accentuent encore 
certains détails du costume, tels que la coif- 
fure et les bottes molles. Le laconisme 
ordinaire du Guide se borne aux termes 
vagues « jeune, barbe bifide », mais les mo- 
nunlents viennent affirmer que, n'importe 
l'habillement, les artistes byzantins em- 
pruntèrent toujours à un modèle slave les 
traits du grand seigneur perse, qui, après 
avoir apostasie, retourna au christianisme 
et fut coupé en morceaux par ordre d'Iez- 
degherd I", au commencement du V^*" siècle. 
Fête le 27 novembre dans les deux rites ("). 

1. Martyr., p. 7S0. MenoL, t. I, p. 194. Cedrenus, t. I, 
p. 358. — Signalement du Guide : « Vieillard, cheveux 
frisés, barbe courte. » Manuel, p. 318. 

2. Les arts sompt., t. I, pi. Lvni ; t. II, p. 76 : cette 
copie est au Louvre. N icépliore Calliste, Hist. eccles., XIV, 
20. Meno/., t. I, p. 215. Martyr., p. 803. Manne/, p. 322. 
— La reproduction du Ménologe me semble trop fantai- 
siste pour que j'invoque son témoignage au sujet du type 
de saint Jacques le Persan. 



Au centre du revers du panneau central, 
surgit une croix à longue hampe, légère- 
ment pattée, perlée aux angles saillants et 
rehaussée tant aux extrémités qu'au cœur,de 
cinq fleurs polypétales qui diffèrent essen- 
tiellement de la rose vulgaire. La renoncule 
double .s'y montre d'autant plus reconnais- 
sable qu'un ornement du même genre est 
signalé, dans une église de Rome, sous le 
pontificat de Léon IV (847-855) ('). Deux 
cyprès accostent l'Instrument du Salut ; la 
pointe recourbée de leurs cimes s'incline 
vers la renoncule médiane. Un cep de vigne 
chargé de raisins enveloppe l'arbre de 
droite ; un lierre, caractérisé par son feuil- 
lage et ses baies, grimpe autour de celui de 
rauche. Au bas, on distinç^ue des arbustes 
où nichent des oiseaux, des plantes, des 
fruits, des fleurs, une touffe de roseaux ; un 
lion repose dans le creux d'un tronc ; un 
autre lion guette un lièvre tapi sous les buis- 
sons. L'inscription en saillie, IC XC MK.A, 
flanque la tête de lacroi.x; au-dessus, un 
quinconce de cinq lignes d'asters à six pé- 
tales amygdaliformes (oie/les). 

L'idée fondamentale du tableau s'expli- 
querait au besoin par l'inscription seule : le 
triomphe de la croix ; mais la manière dont 
cette idée est ici rendue, le galbe du motif 
principal et les accessoires qui l'accompa- 
gnent, exigent un commentaire développé. 

Nos asters sont de véritables étoiles, non 
des fleurettes. L'art païen de la décadence 
couronne l'image du soleil de rayons amyg- 
daliformes, et, au IV" siècle, les verriers 
chrétiens cerclent la tête du Christ d'un 

I. Et in pergula quje est ante altare suspendit 

lilium de argento habens mala de crystallo, et ranuncu- 
lum. Liber pontif. n" 527. La virgule, rétablie après cry- 
stallo, n'existe pas dans l'édition M igné, mais, le lis étant 
mentionné seul au n" 5 28, il me semble qu'on doit con- 
clure à la mention de deux fleurs distinctes. J'ignore sur 
ce point le sentiment de mon très crudit confrère, M. 
l'abbé Duchesne, et je me permets de lui signaler la diffi- 
culté. 



26 



Eeuuc ne l'3rt cïjrcticn. 



pareil insigne encore mieux accusé ('). Le 
type de notre croix remonte pour le moins 
au IV"" siècle; elle est empreinte sur les 
monnaies impériales depuis Arcadius jus- 
qu'à Justinien II (^). On la rencontre, au V*^ 
siècle sur l'autel du tombeau de Galla 
Placidia, à Ravenne; au VI", sur les 
mosaïques byzantines de la même ville 
et sur la croix de Justin, au trésor du 
Vatican (') : \ eruolpium de la collec- 
tion Dzyalinska, à Paris, le reliquaire ç. 
dé la Vraie Croix, à Tournai, sont | 
établis sur un modèle analogue (*). [^ 
Toutefois l'un des anciens exemples du 
genre, que les proportions relatives 
de sa membrure assimilent davantage 
à notre objectif, est fourni par une 
patène d'argent de la collection Gré- 
goire Stroganov, en Russie. La croix, 
accostée de deux anges debout dans 
l'attitude de l'adoration, repose sur un 
disque semé d'étoiles; au bas, quatre 
fleuves coulant à travers une prairie 

1. Duruy, Hist. des Romains, nouv. éd., t. VII, p. 49, 
52, 53. lîg. Garrucci, Pitture veteri, pi. MDCCXIII. Gaz. 
archéoL, 1877, p. 83, pi. vill. 

2. Voy. Sabatier, Monnaies hyzant.,X. I,pl. iv, 10 ; pi. v 
àviii, XXVI et xxix, pass. ; t. II, pi. xxxv et xxxvui. 

3. Rohault de Fleury, La Messe, Autels, pi. xxxi. 
Ciampini, Vetera vionimenta, t. I, pi. LXV. Bock, Kleino- 
dien, pi. XX, fig. 27. Annales archéol., t. XXV et XXVI, pi. 

4. Voy. Les Expositions rctrosp. en 18S0, p. 17g et sq., 
pi. VIII, fig. 2. Quant au reliquaire de Tournai, un clichd, 
enraciné chez les Belges et un peu aussi en France, lui 
attribue une origine mérovingienne. A deu.x reprises, j'ai 
fait le voyage de Tournai pour étudier la pièce, on l'a 
dessinée et photographiée à mon intention,aussi me crois- 
je le droit de rectifier des appréciations passablement 
hasardeuses. L'objet, boîte en épaisses lames d'or, a la 
forme d'une croix pattée, haute de o'"i4, large de o'"ii5, 
non compris le chapelet de grosses perles qui prolonge 
l'intégralité du contour ; des perles plus grosses encore, 
surgissent à tous les angles saillants ou rentrants. La tête 
mesure o"'047 ; les bras, o'"o4i ; la tige, o"'o67. Les deux 
faces sont pavées de pierres précieuses multicolores, car- 
rées ou arrondies. A lacroisée,d'uncpart un disque d'émail 
cloisonné, addition postérieure ; de l'autre, une relique que 
garantit un cristal. Le couvercle, emboîté à frottement, 
est maintenu par deux goupilles horizontales. A l'intérieur 
de la caisse, une cloison étanche suit les parois h la dis- 
tance de o'"oo7 ; en outre, à chaque extrémité des bras, 
d'autres cloisons déterminent une croisette. Il serait pos- 
sible que cette caisse, en dehors de morceaux du Bois 



indiquent que la scène se passe dans le Para- 
dis Terrestre. Notre illustre maître, M. G. B. 
de' Rossi, attribue la patène Stroganov à 
l'orfèvrerie byzantine du \TI'' siècle : per- 
sonne ne le démentira ('). Deux camées. 



Gr~P 



G 



i? 




1 2 

I. Croix de l'autel du tombeau de Galla Placidia (d'après Roliault de Fleury). 
z. Croix de la patène Stroganov (d'après de 'Rossi). 



Sacré motivés par les croisettes, ait renfermé une seconde 
croix métallique à l'instar de \cncolpiiim Dzyalinska, 
mais je n'oserais le garantir. Assez récemment, une douille 
a été introduite dans la tige ; un anneau de suspension 
muni de chaînettes a couronné la tête : donc, en dernier 
lieu, l'objet se fichait sur un pied quand on ne le portait 
pas au cou. Néanmoins je ne serais pas éloigné de penser 
que la douille moderne en a remplacé une plus ancienne, 
qui s'emmanchait dans une courte hampe. Quoi qu'on ait 
dit, le reliquaire de Tournai ne saurait être autre chose 
qu'un antique spécimen des croix de bénédiction toujours 
usitées chez les Orientaux. Sans manche, nous en trouvons 
un original dans la croix dejustin ; une copie, sur les mo- 
saïques de Saint- Vital, à Ravenne (fig. de l'évêque Maxi- 
mianus).Avec manche, nous aurions les croix de bénédic- 
tion du triptyque de la Minerve (Gori, ouv. cité, t. III, 
pi. xxvi), prototypes des insignes en bois sculpté garni 
de métal, qui proviennent du Mont Athos (Gori, ouv. cité 
t. III, suppl., pi. IV ; Bayet, L'art byzantin, p. 273, fig. 8g; 
Mitthcilungen der /•. k. central-Comin., t. VI, p. 149, fig. 2). 
Rien ici de mérovingien ; forme générale, décor de perles 
et de pierreries, sertissure, tout est byzantin sur le reli- 
quaire de Tournai.Aux monuments déjà cités en faveur de 
ma thèse j'ajouterai les hiérothèques de Constantin, au 
\'atican, et de Limbourg-sur-Ia-Lahn (Bock, Kleinodien, 
pi. XX, fig. 28 ; aus' m Weerth, Dos Sie^eskretiz). A mon 
avis, le reliquaire de Tournai doit être une épave, restée 
inconnue, du sac de Constantinople en 1204. 

I. Btillet. ifarchéot. chrét., 1871, p. 162, pi. IX, fig. i; 
Orig. de Porfcvr. cloisonnée, t. II, p. 364, fig. 



anciens itioircs isculptég. 



27 



aussi byzantins, reproduisent le même sujet; 
seulement, le disque n'est pas placé sous la 
croix, il la surmonte et il encadre un buste du 
Christ. L'une de ces pierres est au Cabinet 
des médailles de Paris (') ; l'autre a été dé- 
couverte par M. G. Filimonov sur un calice 
de la cathédrale, dite de l'Assomption, à 
Moscou : on y lit distinctement : CKÇnH 
APONTIOV (protection de Léonce) {'). 

Evidemment l'auteur du triptyque a 
exécuté une variante du thème ci-dessus. 
En haut, le firmament semé d'étoiles ; en 
bas, des animaux, des végétaux, des plantes 
aquatiques qui sous-entendent la présence 
des fleuves sacrés : un tel ensemble carac- 
térise assez convenablement l'Éden pour 
qu'il n'y ait pas à s'y méprendre. Mais 
pourquoi deux cyprès inclinés remplacent- 
ils sur l'ivoire les anges de la patène et des 
camées ? Que signifie une pareille substi- 
tution ? Quel symbolisme l'inspira ? 

Le cyprès et le cèdre furent toujours en 
vénération chez les Orientaux ; le premier 
ombrage encore aujourd'hui leurs cimetières. 
La Bible offre plusieurs comparaisons tirées 
du cyprès et du cèdre (^). Les anciens 
Perses ont sculpté le cyprès associé au 
àaofna sacré sur la rampe du grand escalier 
de Persépolis ; ils plantaient un de ces coni- 
fères pyramidaux au centre des paradis 
ou jardins des résidences royales (■'). Au 
point de vue chrétien, la Préface delà Pas- 
sion du missel romain s'exprime ainsi : 

1 . Chabouillet, Catalogue, n" 261 . Ce camée est ané- 
pigraphe. 

2. Moniteur de la Soc. de Part antique russe, 1874, 
p. 60. Bull, darch. chrét., 1875, pi. X, fig. 2 ; 1876, p. 76. 

3. Cant. catitic, V, 15. Ecclesiastic, XXIV, 17 ; L, 11. 

4. Flandin et Costa, Voy. en Perse, pi. .\cvni. — 
Les paradis orientaux sont mentionnés clans plusieurs 
ouvrages de Xénophon, dans le livre d'Esther, I, 5, et par 
Ndliifmie, II, 8. Relativement au cyprès, voy. Al. de 
Humbold, Cosmos, trad. franc., t. II, p. 113; Lajard, 
Méin. de VAcad. des Inscr., nouv. sdrie, t. XX, part. 2, 
p. 129 et sq. ; Tuch, Comment, uehcr die Genesis, 2' édit., 
p. 53 et sq. 



Detis qui salutem humani generis in ligno 
crucis constitîiisti, tit nnde mors oriebatur, 
inde vita resurgeret, et qtci in ligno vincebat 
in ligno qtwqtie vincerettir. Cette allusion à 
la faute de nos premiers parents, commise 
au sujet d'un arbre, effacée par un autre 
arbre, se trouve déjà dans le Sacramentaire 
de saint Grégoire le Grand : Qui per pas- 
siotiem criicis fnundttm redeviit, et antiquœ 
arboris aniarissimum gtistu^n crticis medica- 
viine indulcavit, viorteinqzie quœ per lignum 
vetitmn venerat, per ligni trophcsum devi- 
cit ('). Saint Jean Chrysostome avait dit 
auparavant : « Le premier bois a introduit la 
mort, car la mort est venue après la faute, 
mais le second nous a donné l'immortalité ; 
l'un nous chasse du paradis, l'autre nous 
ramène au ciel ('). » La même antithèse 
reparaît encore ailleurs dans les écrits des 
Pères grecs ou latins (-'). 

L'opinion, généralement acceptée par les 
exégètes modernes, distingue deux arbres 
plantés au milieu du ParadisTerrestre. Cette 
distinction, que saint Jean Chrysostome et 
saint Augustin avaient admise (^), est as- 
surément conforme au texte sacré: Lignum 
etiavi vita in viedio paradisi. lignuiiique 
scicntiœ boni et mali {^). Dans son tableau 



1. Préface de l'Invention de la Sainte Croix, Opéra 
t. III, p. 86, in fol., Paris, 1705. 

2. ^yjS-j') zi lùlo-j OzyxToy EKiL'7-r,yxyî • jUîrà yxp 
T7]iJ TZxpy.cxfTLV 6 Ox'jxzoi ïminf^-vj , xû.x to-jto r/jy 
àSavâffiav ïyjxplcoiTo • ïy.tlvo -xpxèû'joii ïikoxlXz. 
roGro si; ouox^j'j-jz, r,:j.xç, xvr,yxyi. Homil. XVI, in capit. 
III Genesis ; Opéra, t. IV, p. 132, in-fol., Paris, 1721. 

3. -Saint Cyrille de Jérusalem, Catechesis XII, p. 198, 
in fol., Paris, 1720; saint Jean Chrys. Homil. de cœmet. et 
cruce, t. II, p. 400, éd. cit.; saint Grégoire le Grand, 
Expos, super cant. cantic, c. vu et viii, t. III, p. 452 et 458, 
éd. cit.; saint Augustin, Tract. I, in Johanneni Evang., c. i. 

4. Kai zh îùloy r/;; '^or,i ïv lAn'.i zvj uxpx^îi'jvj, 
y.x\zol;J'kov zo-j îidlvxi yyr.-xjzbv xx/.o-j /.xi -.o-jr,(,o-j. 
Homil. XI II, in capit. II (îenes. C'est le texte même des 
Septante. Lignum autem vit;ie plantatum in medio para- 
disi... signiticat... Ligno autem scientiae boni et mali... 
significatur. De Genesi, contra Manich. !. II, c. 9. 

5. Gènes., II, 9. 



28 



IRcuue De l'art chrétien. 



de la croix triomphante au centre de l'Éden, 
notre sculpteur a-t-il exactement suivi la 
Genèse telle que les Pères, dont j'invoque 
le témoignage, l'ont comprise ? Au cas affir- 
matif, le cyprès de droite, entouré de la 
vigne féconde ('), serait le lignum vitœ ; 
celui de gauche, avec ses baies impropres à 
la nourriture de l'homme, le ligmim scientiœ 
bojii et malt. Use pourrait néanmoins que 
l'artiste, fidèle à la symétrie, eût dédoublé 
le second arbre et placé le bien à droite, le 
mal à gauche (^). 

L'exemple qu'offre l'ivoire Harbaville 
n'est pas unique; d'autres, à Constantinople, 
ont traité le même sujet, et chacun l'a rendu 
à sa manière. Au revers de la célèbre 
hiérothèque de Limbourg-sur-la-Lahn, œu- 
vre capitale du X*" siècle, exécutée par 
l'ordre de Constantin Porphyrogénète, l'or- 
fèvre a ciselé une croix pommetée, perlée 
aux angles saillants, et reposant sur un gra- 
din de quatre marches en retrait. Deux 
étoiles identiques à celles de notre monu- 
ment flanquent la tête; deux longues feuilles 
d'acanthe, élégamment recourbées, s'é- 
chappent en accolades de la marche supé- 
rieure; au dos d'une autre hiérothèque by- 
zantine en métal (XI^ siècle, église de 
Jaucourt, Aube), une croix analogue à celle 
de la patène de Stroganov est comprise 
entre deux touffes d'acanthe, et les sigles 
IC XC accostent la tête (-'): l'intention des 

1. Ego quasi vitis fructificavi suavitatem honoris, et 
flores mei fructus honoris et honestatis. Kcclesiastic, 
XXIV, 23. Uxor tua sicut vitis abundans in latcribus do- 
mus tuœ. Ps. CXXVII, 3. 

2. D'autres explications pourraient être fournies. Le 
bon larron et le mauvais (saint Cyrille, loc. cit.) ; Eve, 
puisque la Sainte Vierge forme sur le triptyque la contre- 
partie du cyprès vitifère (saint Jean Chrys., Hom. de cœin., 
loc. cit.) : mais alors, l'arbre entoure de lierre symbolise- 
rait Adam, dont je ne saisis pas les rapports avec saint 
Jean- Baptiste. A cette note, bien entendu, je n'attache 
aucune importance ; elle ne vient ici que poui mémoire. 

3. Gaussen, PorlefcuilU an/u'ol. de la Champa_^ne, 
ORFÈVRERIE, pi. III. E. aus' m Weerth, Das Siegeskreu:, 
pi. III. 



arbres paradisiaques perce ici sous un motif 
emprunté à la flore hellénique. En fait de 
types végétaux, les Byzantins poussèrent 
très loin la fantaisie; leurs monnaies et leurs 
sceaux, tant au X" siècle qu'au XI*", varient 
le thème de l'hiérothèque de Limbourg, tout 




Revers de 1 hiérothèque de Limbourg-sur-la-Lahn. 
(D après aus'm Weerth.) 

en demeurant fidèles à une donnée primor- 
diale ('). Sur une mosaïque de Sainte- 
Sophie, à Thessalonique (VP' siècle), la 

I. Sur une monnaie de Justinien II (685-711), la 
croix à trois degrés est accostée de deux branches de 
laurier issant d'un porte-bouquet. .A.u X" siècle, des pal- 
mettes ou des feuilles en crochets remplacent le laurier 
auprès de semblables croix ; au XI% les volutes se fleu- 
ronnent; au XIII% sous les empereurs latins, les degrés 
sont omis, mais l'accolade végétale persiste,plus ou moins 
grossièrement rendue : l'idée symbolique était sans doute 
alors oubliée. 11 est toutefois certain que, dans l'iconogra- 
phie de la période romaine, les plantes à volutes fleuron- 
nées représentaient de véritables arbres. Voy. Sabatier, 
Monn. byzanl., t. II, pi. xxxvu, 12, LVlll, 15 à 17 ; 
G. Schlumbergcr, Sc-eaiix c'/t -plomb des chefs iiianglavites 
à Bycance , ap. Antt. de la Soc. franc, de nnmism., 1882, 
pi. II, I ; Sceau.v de ploiidi inéd. des fouet, pro-'., ap. Rev. 
arcliéol., juin 1883, pi. xi, 26 ; Méiii. de la Soc. des Ant. 
de France., t. XLIV, Le Christ., la Vierge et les Saints, 
etc., tirage à part, p. 8, fig. ; Clarac, Musée de sculpt., t. II, 
pi. cxxvill, n° 172, sarcophagî du Louvre, n" 421. La 
croix pattée, fichée sur un disque et coinprise entre deux 
branches de feuillages, caractérise encore le revers des 
monnaies du négous Armah (644-658) roi d'Ethiopie. 
Revue nnmism., nouv. série, t. xiii, pi. ii, 7, et ni, 8. 



anciens itioircs sculptes 



29 



Vierge est accostée de hautes plantes, imi- 
tations altérées du haoma perse; des oliviers 
ou des cyprès (?) surgissent entre les anges 
et les Apôtres qui se développent autour de 
la coupole, à la suite de Marie. Le sujet du 
tableau est l'Ascension ; les personnages de 
l'étage inférieur sont donc absolument ter- 
restres, et les haoma de la nouvelle Eve font 
allusion à l'Eden, opposé au paradis céleste 
dont le Christ vient de rouvrir l'entrée à 
l'humanité déchue ('). 

Au XI'^ siècle, la croix figurée sur les 
triptyques et les tablettes d'ivoire conserve 
la silhouette des époques antérieures; le 
pommetage persiste, mais l'accessoire édé- 
nique et les étoiles disparaissent. Tantôt le 
champ reste complètement vide (''), tantôt 
il offre une simple rosace en bas et, aux côtés, 
l'acclamation significative ICTX^C NHCA. (^). 

Je ne puis passer sous silence une autre 
variante de notre sujet, peinte au X'- 
Xl'sièclesur le y//6'/Wi9^<?de Basile II. Saint 
Timon, l'un des sept diacres delà primitive 
Église, est représenté debout sous une triple 
arcature ; chaque baie latérale encadre un 
cierge allumé, accosté de deux cyprès incli- 
nant vers lui leurs cimes aiguës [*). Il n'y 
a pas d'erreur possible : le cierge, remplaçant 
la croix, symbolise comme elle le Christ 
qui est la véritable lumière. Le cierge rap- 
pelle les fonctions du diacre chargé d'an- 
noncer l'Évangile, où le Sauveur est qualifié 

1. Texier, L'arch. bys., pi. XL. 

2. Gori, ouv.cité. t. III, pi. ,\xvii, triptyque de la Mi- 
nerve ; pi. XXI, panneau de Lucques. 

3. Triptyque du Cabinet des mddailles à Paris (Cha- 
bouillet, Cillai., n° 3269). La face a été publiée par Ch. 
Lenormant, Didron et M. Bayet ; le revers est inédit : 
j'en dois un dessin très exact au talent de M. de Latour, 
Altaclié au Département des médailles. Je saisis cette oc- 
casion pour remercier mon vieil ami A. Chabouillct, 
M. de Latour et M. Omont, Attaché ;\ la section des 
manuscrits, .^ la Hibliotlicque nationale, de l'obligeance 
toute particulière qu'ils ont mise ^ me communiquer les 
trésors confiés à leur garde. 

4. T. 11, p. 69. 



de lumière (') ; le cierge rend palpable la 
comparaison de saint Augustin : Cj'îix 
Christi est inagjiiini candelabriim. Qui vult 
hicei'e non erubescat ligneo candcUibro (''). 
Tout cela est si rigoureusement juste, que 
le Christ lui-même 
trône, entre deux cyprès 
inclinés, sur un émail 
byzantin de la couronne 
royale de Hongrie (^\ 
Ce dernier exemple 
n'est pas isolé. Deux 
assez médiocres pan- 
neaux byzantins en 
ivoire, à St-Ambroise 
de Milan (Xle — XII^ 
siècle), offrent une série 
de tableaux évangélis- 
tiques, parmi lesquels 
on distingue le Christ 
debout entre deux cy- 
près, la cime abaissée 
vers sa personne divine. 

fiamDeau allume entre deux \ * j j o 

cyprèsinciinés.cDaprèsieMé- Aux pieds du Sauveur, 
noioge de Basile II.) -^ drolte et à gauchc, un 

homme et une femme (les donateurs?) 
prosternés; légende : TO XgPGTG (pour 
■/yXrji ou iyatpî-io-aô;, la salutation). D'après 
mon érudit correspondant de Rome, M. le 
commandeur Ch. Descemet, un émail li- 
mousin du XlVe siècle, au Musée chrétien 
du Vatican, représente le Crucifix accosté 
de deux hauts arbres tortillés. Une autre 
modification du thème ci-dessus se voit au 
trésor de la cathédrale de Ravenne. Le 
médaillon central de la croix d'argent, dite 
de saint Agnellus (Vie siècle), figure, au 

1. Lumen ad revelationem gentium. S. Luc. II, 32. 
Lux vcra qu;v; illuminât omnem hominem. S. Jean, I, 8. 

2. Scrmo CCLX.XI.X, m, in natali Joh. Bapt. 

3. Bock, KUin.Miicit, pi. X\I. Ûrig. de Porfivr. dois., 
t. I, p. 328, pi.; Essenwein, KuUurhist. BildcratUis, pi. 
XXXIV, fig. 6; Mittluil. t. II, p. 202, tig.; Labarte, Hist. 
des arts imiustr., t. II, p. 92, l''-' éd., etc., etc. 




Flambeau allumé entre deux 



1885. — 1^*^ Livraison 



30 



îactjuc De rart chrétien. 



revers , la \"ierge en Orante , debout, 
flanquée de deux cyprès ('). Je pense 
que les arbres paradisiaques ont bien été 
visés sur le monument de Ravenne, mais 
comme j'ai lu ailleurs que l'if, le cyprès 
et tous les conifères à verdure persis- 
tante, symbolisaient la vie future, mon 
opinion est émise à un état purement 
hypothétique. 

Le triptyque, au revers de son panneau 
central, nous a montré, sous une forme 
symbolique, le triomphe du Christ sur la 
terre. Le Sauveur glorifié dans le ciel et son 
cortège de bienheureux, tous en personne 
naturelle, occupent les autres parties du mo- 
nument : Précurseur, Mère, Apôtres, mar- 
tyrs, docteurs, confesseurs, s'y groupent 
autour de la majesté du Divin Maître. Ce 
thème, varié suivant les exigences du cadre, 
apparaît sur les mosaïques de Thessalonique 
et de Ravenne, mais il est bien antérieur 
au Vl" siècle, car on le rencontre, à la fin du 
IV^ sur un grand tableau d'ivoire en cinq 
pièces, jadis à l'abbaye de Saint-Michel de 
Murano, aujourd'hui au musée de Ravenne. 
Au sommet, plane la croix encadrée d'une 
couronne que soutiennent deux anges, sui- 
vis par les archanges Gabriel et Michel, 
l'un à droite, l'autre à gauche. Le panneau 
latéral, correspondant à Gabriel, offre la 
Guérison de l'avensfle et la Délivrance du 
possédé ; l'autre panneau symétrique, la 
Résurrection de Lazare et le Paralytique 
emportant son lit. Au bas, Jonas sous le 
figuier, puis jeté à la mer. Au centre, le 
Christ imberbe, sans nimbe, assis sur un 
trône, accosté de saint Paul et de saint 
Pierre barbus ; derrière le Christ, deux 
assesseurs imberbes : le dais à colonnes, 

I. Gori, ouv. cité, t. III, pi. xxxil, 4= compartiment 
du 2" punudau. C'\a.mp\n'i, Vt'/era monù/i., t. II, pi. Xiv, 1. B. 
Cette gravure est très mauvaise ; j'aime mieux renvoyer le 
lecteur aux photographies de Ricci, qui sont bonnes et 
d'un prix relativement minime. 



qui abrite la composition, est flanqué de 
croix pattées à longue tige. Au-dessus, la 
scène des Trois jeunes hommes dans la four- 
naise, secourus par un ange ('). 

En comparant l'ivoire de Ravenne au 
triptyque d'Arras, on reconnaît immédiate- 
ment que l'ordonnance générale du second 
a été inspirée par une œuvre analogue au 
premier. Ce premier lui-même ramène droit 
à d'anciens diptyques, où un magistrat, soit 
consul, soit fonctionnaire, se présente ac- 
costé de personnages allégoriques, ou réels. 
Parmi les monuments de la dernière caté- 
gorie, un, entre autres, rappelle si bien le 
panneau central de notre agiothyride que 
leur affinité n'est guère discutable. Le dip- 
tyque en question appartient à la biblio- 
thèque royale de Berlin, et il remonte 
assurément à l'aube du IV"" siècle. Sur cha- 
cun des feuillets, divisés en deux registres, 
on voit un vicarms tirbis Ronia, Rufius 
Probianus, assis, flanqué de deux notarii 
debout ; le registre inférieur comporte deux 
avocats, également debout et plaidant avec 
chaleur. Les sièges, à dossier arrondi et 
double gradin, sont exactement pareils. Les 
personnages correspondants diffèrent d'atti- 
tudes; ils ont, les avocats en particulier, un 
mouvement qui eût été peu compatible avec 
le style religieux du triptyque : mais il en 
est autrement du magistrat. Probianus, 
drapé dans sa toge, va prononcer une sen- 
tence; sa main droite levée semble bénir à la 
manière latine ; sa main gauche tient un 
volnnien appuyé sur le genou. Serrez davan- 
tage les plis des vêtements, modifiez légè- 
rement la position de la main gauche, ajoutez 
un nimbe et une barbe, vous aurez une figure 
encore plus proche parente du Christ d'Ar- 
ras que celui de Murano. L'assimilation ne 
va pas au delà du premier feuillet; le second 

I. Gori, loc. cit., pi. wiU;\We%i\\ood, Catal. o/the fictile 
ivorics in tlic Soutli Keiisim^ton Muscuiii, p. 50 et 360. 



anciens itjoires sculptés. 



31 



montre Probianus déroulant un volumen où 
on lit des félicitations à son adresse. Quant 
aux avocats, le triptyque leur substitue les 
plus hauts dignitaires de la cour céleste 




Premier feuillet du diptyque de Rufius Probianus. 
(D'après W. Meyer.) 

eux-mêmes,secrétaires infaillibles et avocats 
sans partie adverse ('). 

Jusqu'à ce qu'on fasse quelque découverte 
contradictoire, Il me semblera démontré 
que les Byzantins empruntèrent à Rome, 
et non à leur propre fonds, la conception 

I. W. Meyer, Zwei antike Elfcnbeintafehi der lUhlio- 
t/tek in Miinchen, pi. il (les deux feuillets). IVestwooii, 
ouv. citd, p. 13, n" 39-40 : une petite gravure reproduit le 
second feuillet. 



originelle de l'agiothyride Harbaville et de 
ses répliques ('). 

L'hiérothèque de Limbourg-sur-la-Lahn 
offre le thème de notre ivoire, modifié selon 
les exigences du cadre et de la destination 
du meuble. Au couvercle, un échiqueté de 
neuf cases : case centrale, le Christ trô- 
nant ; cases latérales, à droite le Précurseur 
et l'ange Gabriel, à gauche la Vierge et saint 
Michel. Les noms des personnages étant 
inscrits à côté d'eux, nous connaissons 
maintenant la qualité et la position respec- 
tive des bustes anépigraphes d'esprits cé- 
lestes qui flanquent la tête du Christ sur le 
triptyque Harbaville. Cases supérieure et 
inférieure, douze figures appariées: en haut, 
saint Jacques et saint Jean l'Evangéliste, 
saint Paul et saint Pierre, saint André et 
saint Marc ; en bas, saint Matthieu, saint 
Philippe et saint Simon (=). A l'intérieur, 
d'insignes morceaux du Bois Sacré, disposés 
en croix cantonnée des neuf chœurs d'an- 
ges ('). Tout ce décor est émaillé : le re- 
vers, complètement métallique, a été décrit 
plus haut. Supprimez l'encadrement de la 
relique, il restera la variante du panneau 
majeur, face et revers, de l'ivoire Harba- 
ville. 

L'agiothyride de la bibliothèque du 
couvent de la Minerve, à Rome, déjà men- 
tionnée incidemment, constitue une autre 

1. Deux peintures des Catacombes offrent une cer- 
taine analogie avec le diptyque de Probianus. D'abord, 
dans un arcosolium^ le Christ assis et enseignant le 
codex en main ; il est flanqué de deux apôtres debout, et 
de capsœ pleines de volumina. Un autre arcosolium montre 
un magistrat, vohtmen déployé en main, et dans l'action 
de prononcer une sentence. Ce personnage a pour siège 
une espèce de sella posée sur un sugi^estiim. De chaque 
côté, un notarius, ''oliiinen déroulé; en avant un jeune 
homme, les bras étendus, probablement un chrétien con- 
damné à mort. Bosio, Ronia soltcrranea, p. 565 ; Cahier, 
Caract. des Saints, p. 782 ; .\ringhi, Roiiia subterr. noviss. 
t. II, p. 213, fig. 2, p. 329,tîg. 2. 

2. Das Siegeskreus, pl. I. Ann. archéol., t. XV'II, pi. à 
la p. 337; Bayet, ouv. cité, p. 215, fig. 71. 

3. Das Siegeskrein, pl. il. 



32 



Clctjue te rsrt chrétien 



variante de notre objectif. Mêmes volets, 
sauf de notables changements introduits 
dans le costume des figures, et la substitu- 
tion de légendes grecques aux bustes des 
zones intermédiaires. Le registre inférieurdu 
tableau central reproduit les cinq Apôtres, 
tels que nous les voyons à Arras ; le supé- 
rieur montre le Christ debout entre le Pré- 
curseur et la Vierge : aucune trace d'ansfes. 
Sur le bandeau de séparation, on lit une 
inscription métrique où un personnage 
nommé Constantin demande au Christ 
et aux bienheureux d'être délivré de toutes 
maladies. Si le donateur de cet ex-voto est 
un empereur, on aurait le choix entre Cons- 
tantin X, le célèbre Porphyrogénète {913- 
959), Constantin XI (976-1028), Constantin 
Monomaque( 1042-1055), Constantin Ducas 
(1059-1067). Malgré la défectuosité des 
planches de Gori, on sent que l'ivoire de la 
Minerve ne donne pas la note caractéris- 
tique du grand style encore dominant au 
X" siècle. L'ex-voto pourrait s'attribuer à 
Monomaque, dont il existe une couronne 
émaillée au musée de Budapest, bien que 
les proportions des figures ne s'accordent 
guère sur les deux monuments. Néanmoins, 
qu'il émane d'un souverain ou d'un simple 
citoyen, je crois que le triptyque de la 
Minerve date du milieu du XI"" siècle ; les 
paragaudce et les calliculœ des tuniques, le 
costume civil, hormis l'épée, des saints de 
la classe militaire, me dictent une appré- 
ciation dont je n'oserais toutefois garantir 
l'exactitude ('). 

I. Thés. vet. dipt., t. III, p. 233 et sq., pi. xxvi et 
XXVII ; Mamachi, Orig. et antiq. christ., t. V, part, i, 
1. IV, c. 2, § 5; Westwood, ouv. cité, p. 351 à 353 : une 
note rectifie la lecture fautive des inscriptions données 
dans l'ouvrage de Gori. Toutefois, ce dernier auteur, que 
M. Westwood oublie de citer, a publié un monument 
complet dont le tableau central, face et revers, est exacte- 
ment décrit par le savant anglais sous le n° i des ivoires 
de la Minerve. Le n° 2 reprend les volets comme feuillets 
d'un diptyque {sic), « apparemment du même artiste que 



III. 

Revenons, pour ne plus l'abandonner, 
à l'ivoire Harbaville. Son battement est 
orné d'une guirlande de feuillages imbriqués, 
issant, aux extrémités comme au centre, de 
bouquets d'acanthe : ce motif relève de l'art 
classique. Les nimbes sont bordés d'un filet 
de perles que cercle un trait au vermillon 
(sac}'u>ii incmtstiun); la même couleur rem- 
plit le creux des légendes gravées. Des 
traces notables de dorure permettent d'avan- 
cer que tous les reliefs, hormis les carna- 
tions, ont été recouverts d'une couche 
métallique disparue sous les effortscombinés 
de la potasse et du chiffon ('). Une fente à 
l'angle supérieur droit du panneau central, 
la perte des baguettes rapportées sur la 
face des volets, d'insignifiantes éraflures, 
sont, avec l'enlèvement de la dorure, les 
seules avaries que l'objet ait eu à subir. 

L'affinité des bandeaux avec la bordure 
de l'hiérothèque de Limbourg est palpable. 
Deux importants détails nous arrêteront en- 
core : le trône du Christ et la garde des 
épées. 

Un trône à dossier évasé en forme de 
lyre semble débuter au V^ siècle ; on l'a 
figuré alors sur les mosaïques de Sainte- 
Agathe Majeure, à Ravenne. Nous retrou- 
vons ce genre de cathedra sur une mo.saïque 
de Sainte-Sophie de Constantinople, attri- 
buée à Basile I"; sur les monnaies du même 
empereur et de ses successeurs, jusqu'à Jean 
Zimiscès (969 à 976) : alors un nouveau 
siège à dossier rectangulaire surgit à côté 

le n'' précédent. » Ces volets, je les reconnais parfaitement 
sur les planches de Gori ; le triptyque, je l'ai récemment 
appris, aurait été démembré depuis le siècle dernier. 

I. Cette destruction de la dorure serait un nouvel ar- 
gument h produire en faveur de la circonscription où j'ai 
voulu cantonner le triptyque depuis son arrivée d'Orient. 
En Artois et en Flandre, on récurait les œuvres d'art, 
tableaux et autres, absolument comme des casseroles. 



ancicn0 itioircs sculptés. 



33 



du dossier à montants courbes, qui s'éclipse 
après Nicéphore Botaniate ('). Le type du 
trône, à dossier arrondi par le haut et à 
montants rigides, doit être plus ancien ; on 
l'a déjà vu, au IV'^ siècle, sur le diptyque de 
Probianus ; le siège épiscopal de Maxi- 
mianus, à Ravenne, en fournit un exemple 
au VI'' (^). Quant au trône de modèle 
analogue, mais à colonnes cylindriques ou 
carrées, sommées d'un appendice, il se 
montre à Byzance vers la fin du IX^ siè- 
cle (5) ; je le rencontre, au milieu du 
X^, presque absolument pareil à celui du 
triptyque Harbaville, sur le couvercle de 
l'hiérothèque de Limbourg. Au X'^-XP, la 
mode en semble abandonnée ; on ne le voit 
plus ensuite qu'en répliques modifiées au 
goût du jour (■•). L'ivoire des XL Martyrs, 
au musée de Berlin (=), l'émail de la cou- 
ronne de Hongrie, n'attribuent au Christ 
qu'un simple tabouret, sella. 

La garde des épées mérite toute notre 
attention. Le I.iy-'^ g'^'^c et le gladms romain 
manquent de garde saillante ; un simple 
arrêt transversal limite le bas de la poignée. 
Ce type persiste au V" siècle (*) ; à partir 
du X'-XP, il devient très rare chez les 
Byzantins qui, alors et aux temps posté- 
rieurs, n'usent plus que des gardes recti- 
lignes, unies ou pommetées, déjà connues 

1. Voy. Ciampini, Vct. monùn. t. I, pi. XLVI ; Labarte, 
Hisi. des arts induslr., Album, pi. CXVIII ; Sabatiei-, Mann, 
byz., t. II, pi. XLIV et sq.; Willemin , Mon. fraiii;. iiu'd., 
pi. XL; Bayet, ouv. cit., p. 169, fig. 53. 

2. Agnelli, Li/>. pontif., t. 11, App. pi. à la p. 138; H. 
\i!eKs,k'ostiîmhiiide, Mitlclalter, p. 152, fig. 73; A. Essen- 
wein, KuUurhist. Bi/d., pi. xii, fig. 10; Du Sommerard, 
Les arls au Moyen-âge. 

3. Willemin, ouv. cité,pl. xu et xiv. 

4. Voy. d'Agincourt, ouv. cit., PEINTURE, pi. LXXXV, 
I, et cvi, 12; Triptyque du Vatican, ap. Gori, loc. cit. 

5. Gori, Thés. vet. dipt., t. III, Supp!., pi. xi. ; W'est- 
wood, ouv. cité, p. 74, n" 166. 

6. Diptyque d'.\oste, AVî'. archéoL, nouv. série, t. V, 
p. 161, pi.; Dipt. de Monza, ap. Gori, t. II, pi. vu ; Anii. 
archéoL, t. X.XI, p. 225, pi.; Labarte, ouw cité, .-Mbum, 
pi. n. 



longtemps auparavant ('). La garde à an- 
tennes recourbées en croissant dont les 
pointes, amorties par des sphérules, s'abais- 
sent et adhèrent presque au fourreau ; 
l'écusson qui surgit au milieu et maintient 
strictement la lame dans sagaîne: tout cela 
est essentiellement oriental. Pour trouver 
un modèle semblable aux poignées du trip- 
tyque Harbaville, j'ai dû recourir à l'Inde 
plus ou moins moderne (") ; mais, n'im- 
porte son lieu d'origine, la garde en question 
exista chez les Arabes, où des armes du 
XV'' siècle nous la révèlent sous quelques 
altérations nécessitées par la richesse du 
décor ('). 






1 2 3 

Poignées d'épées. 
I, Triptyque Harbaville; z, Inde; 3, Boabdil. 

Les remarques ci-dessus induisent à pen- 
ser que la garde lunaire à quillons abaissés 
ne fut à Byzance qu'un caprice de mode, et 
que cette mode, importée de l'Orient vers le 
X" siècle, n'eut qu'une très courte durée; 

1. Menai., pass. ; Labarte, ouv. cité. Album, pi. LXXXV 
et LXXXVI ; Gori, t. III, pi. xxiv; Les ar/s. sompt., t. I, 
pi. LVII à LX. Je néglige l'épée de Childéric, jusqu'ici 
fautivement restituée ; les éléments de cette arme seront 
remis à leur place véritable dans un prochain fascicule du 
Glossaire A^ M. Gay. 

2. Voy. Wilbraham Egerton. An illustrated handbpok 
of indian arms, pi. III, fig. 7 ; Coll. de Tzarkoé Sélo. 
Antiq. de la Russie. 

3. L'épée, dite de Boabdil, h V Artneria real de Madrid, 
Mag. pittor., t. -X.Wl 1 1, p. 376, fig.; l'épée donnée par le 
duc de Luynes au Cabinet des médailles de Paris. Cette 
dernière est inédite, mais, pour aider mes souvenirs, M. 
Ch. Cournault a bien voulu m'otTrir un calque de son ex- 
cellent dessin. 



34 



iRcDue De rart cbtétien. 



essayons de fixer l'époque de son introduc- 
tion épisodique. 

L'empire grec, toujours en rapports quel- 
conques avec les Perses, dut suivre la môme 
ligne de conduite à l'égard des Arabes leurs 
successeurs. Les chances de la guerre ont 
certainement amené des armes arabes à 
Constantinople, mais, si léger que soit un 
peuple, le prix du sang versé ne s'infiltre 
guère dans ses usages, surtout quand ce 
prix ne résulte pas d'une suite ininterrom- 
pue de victoires. La paix, mère de l'industrie 
et de la prospérité, favorise au contraire 
une réciprocité d'échanges entre voisins, 
aussi demanderai-je le mot de l'énigme aux 
événements pacifiques qui mirent en contact 
la Grèce et l'Islam aux alentours du X" 
siècle. 

Théophile (829-842), au milieu de grands 
revers et de moindres succès, envoyait à 
Bagdad son précepteur, Jean le Syncelle : 
dans ce voyage, Jean récolta sur l'art mu- 
sulman des idées qu'il tâcha d'inculquer à 
ses compatriotes ('). Constantin X, en 936, 
conclut aussi, à Bagdad, la paix avec le calife 
abasside Kaher-Billah ; en 946, le même 
empereur recevait, à Constantinople, une 
ambassade arabe, à qui l'on fit le plus 
brillant accueil, et qui dut laisser une trace 
profonde dans les esprits. Les minutieux 
détails qu'enregistre l'historiographe de 
la réception, les termes caressants, flloi 
ly.rjy.y.iyoi, qu'il affecte d'employer, la pompe 
du cortège, le luxe étalé dans les apparte- 
ments impériaux, les jeu.x du cirque célébrés 
en l'honneur des étrangers, prouvent l'im- 
portance capitale attachée par la cour de 
Byzance à la visite de ces fils de Mahomet. 
La princesse russe, Olga, qui vint ensuite, 
ne fut pas aussi magnifiquement traitée (''). 

1. Vie de Théophile, c. 9. 

2. Sabatier, Monn. byz., t. II, p. 121 ; Constantin Por- 
phyr., De cœrem. auiœ byz., I. H, c. xv, p. 329 et sq., éd. 
Reiske. 



Les oisifs et les industriels de la Corne 
d'Or n'avaient guère l'habitude des nobles 
arabes, dont la tenue et les armes excitèrent 
assurément leur curiosité; l'art, mis en éveil, 
s'empara de ces dernières dans un but sans 
doute plus spéculatif que pratique, autre- 
ment il serait resté davantage qu'un échan- 
tillon isolé. Quoi qu'il en soit, je pense que 
notre poignée à garde exotique est un 
souvenir éphémère de l'ambassade de 946. 
Les vêtements fournissent moins d'induc- 
tions certaines ; ne les négligeons pas ce- 
pendant. Du Christ et des Apôtres, il n'y a 
rien à dire; ils sont empreints de la tradition 
classique admise de tout temps. Le Précur- 
seur est un moine oriental ; la Vierge a 
\ indumetttum tanagrien : l'art byzantin les 
fiofure ainsi dès son origine, et il ne les figfu- 
rera jamais autrement. La chlamyde lati- 
clave, ample et majestueuse, se montre dès 
le VI" siècle à Saint-Vital de Ravenne; au 
commencement du X*", elle est telle que nous 
la voyons sur le triptyque; vers la fin de la 
même période, elle étriqué déjà ses plis ('). 
L'équipement de nos guerriers diffère peu 
des types du X' et du XP siècle, mais, autant 
les premiers se distinguent par leur élégante 
désinvolture, autant les seconds sont lourds 
ou mal bâtis (-). La coupe des pontijïcalia 
est bien établie à Saint-Vital; Maximianus 
y offre, sous un aspect très large, la forme 
qu'une miniature de la dernière moitié du 
IX' siècle (Bibliothèque nationale de Paris) 
attribue au cidtus episcopalis des saints doc- 

1. Labarte, ouv. cité, Album, pi. Lxxxii et Lxxxill. — 
La chlamyde courte, drapée sur les épaules, appartenait 
au costume militaire; la longue, au costuine civil. Deux 
figurines de Tanagra (collection G. Bellon, à Rouen), 
montrent, au IV*" siècle avant notre ère, des exemples de 
chlamyde longue, mais sans tablion. D'abord un jeune 
guerrier debout, cuirassé, la tlwlia pendant sur le dos; sa 
chlamyde blanche descend presque jusqu'à la cheville. En 
second lieu, un éphèbe assis, coiffé de la tholiu; sa chla- 
myde rouge, très ample, l'enveloppe de la tête aux pieds. 

2. Labarte, ibid., pi. LXXXV et LXXXVI ; Menol., t. II, 
p. 172. 



anciens itioircs sculptés. 



35 



leurs grecs. L'auteur du triptyque interprète 
cette forme avec moins de raideur, notamment 
dans Xépitrachélion; la peinture le fait tom- 
ber droit, la plastique le retrousse sur le 
bras en le confondant avec les plis de la 
chasuble. Du reste, le Métiologe fourmille 
de fantaisies en matière d'épitrachélion, 
aussi je soupçonne les artistes postérieurs 
à Basile I'-''' d'avoir négligé l'étude d'un in- 
signe épiscopal, simple accessoire à leur 
point de vue ('). 

La normale classique de la longueur du 
corps humain varie entre 7 et 8 têtes; le 
VIII'' siècle monte jusqu'à g; le IX' donne 
7 et 8; au X" on trouve 6)^ et 7: ensuite 
l'effilement tend à s'accentuer de plus en 
plus. La moyenne du triptyque, étant de 6 i^, 
s'accorde parfaitement avec les proportions 
du X" siècle. 

Le système paléographique de notre 
monument conclut encore au X" siècle. 
Mélanofe d'horizontal et de vertical, la 
disposition des légendes est conforme aux 
usages épigraphiques de cette période. 
L'UJ très ouvert apparaît déjà, au 1 1" siècle, 
sur les monnaies impériales d'Égype. Ce 
même caractère et le U que l'on rencontre 
dès la fin du III"" siècle sur les inscriptions 
de Salone ("), le ^ à base prolongée, 
l'ancienne abréviation terminale en S, 
appartiennent aussi à l'alphabet de l'hiéro- 
thèque de Limbourg. Les mêmes types se 
montrent certainement aux temps ultérieurs, 
mais alors les formes sont en général plus 
maniérées, l'orthographe est moins correcte. 
En outre, XoDu'ga, sous les deux aspects 
ii et LU mélangés, ne se trouve que sur les 
bulles de plomb byzantines des \'I1'' et 
VI II" siècles, et sur les disques d'or de 
même nationalité, découverts à Koniah 

1. Bayet, ouv. cité, p. 157, fig. 46. Les arts sompi., 
pi. XXIX ; MenoL, t. I, p. 8 à 116, pass.; t. II, pass. 

2. Feurirdent, Niimis. de P Egypte anc. ; Domin. rom. 
Miti/ieiL, 1878, p. LXXXI, n" 21"; LXXXIl. 



(Iconium de Lycaonie) ("). Les lettres 
conjointes M et E de Mépouoioç exhalent 
aussi un parfum d'antiquité. 

Tous les saints figurés sur le triptyque 
sont reconnus par l'Église latine ; plusieurs y 
sont en haute vénération ; on peut donc le 
regarder comme entièrertient orthodoxe au 
point de vue catholique. Bien que l'argu- 
ment ne soit guère décisif, il faut pourtant 
tenir compte d'un fait. De la fin du IX^ 
siècle au milieu du XI^^, l'union religieuse de 
Rome et de Constantinople ne subit que des 
atteintes momentanées ; la rupture défini- 
tive ne se consomma qu'en 1053. Photius, 
provocateur du schisme en 862, est déposé 
en 867. Rétabli en 880, il perd à jamais sa 
dignité en 886; bien mieux, en 932, Théo- 
phylacte, nommé patriarche, se voit confirmé 
par le Saint-Siège, et il reçoit des légats du 
pape la consécration épiscopale (-); le milieu 
du X" siècle était donc une époque favorable 
à la production d'images catholiques. 

IV. 

Nous avons étudié l'iconographie et le 
symbolisme de l'agiothyride Harba- 
ville, nous avons minutieusement passé en 
revue ses moindres accessoires, et les ca- 
ractéristiques du X"^ siècle ont souvent 
répondu à nos interrogations. Le style et 
l'exécution de l'œuvre, examinés à leur tour, 
nous conduiront-ils à la même époque ? 

Dominante au VI IL' siècle, encore sou 
tenue au IX"= par quelques empereurs, la 
secte des iconoclastes entrava le développe- 
ment des arts figuratifs sans parvenir à les 
supprimer. Le zèle fanatique des briseurs 
d'images ne proscrivit pas d'une manière 
absolue la représentation humaine, il atta- 

1. Sorlin-Dorigny, Plaques byzant. trouvées à Koniah, 
ap. Bull, lie la Soc. des Aiiliq. de Fratuc, 1883, p. 126, pi. 

2. Sabatier, .l/o««. byz., t. II, p. 105, 106, m, 121. 
\'oy. aussi De cœrem. aulœ by::., 1. II, c. 38, p. 167, édit. 
Reiske. 



36 



la cuuc De r 3r t chrétien. 



qua surtout les effigies peintes ou sculptées 
du Christ et des saints qui lui semblaient 
fournir quelque prétexte à un culte idolâtri- 
que. Nombre d'artistes, étrangers au do- 
maine religieux, furent donc alors tolérés 
par le pouvoir, que d'autres, en général des 
moines, osèrent braver ouvertement; aussi 
connaissons-nous des œuvres figurées con- 
temporaines de la persécution. Bien qu'il se 
fût montré novateur à son début, l'art byzan- 
tin, issu de la décadence romaine, n'en 
répudia pas immédiatement toutes les tra- 
ditions; chez lui, sous un dessin plus correct, 
persistèrent longtemps les formes lourdes 
et bouffies du V*" siècle gréco-latin. Le célè- 
bre ange d'ivoire du British Mitscînn, sous 
les hautes qualités qui le distinguent, reste 
néanmoins un peu massif ('). Cet ange date 
environ du VI" siècle; au commencement 
du X% on retrouve encore les mêmes dé- 
fauts sur les figures symboliques de la Sa- 
gesse, CO<I>IA, et de la Prophétie, nPO'I)HTIA, 
qu'une miniature associe au roi David. Des 
draperies largement traitées n'y compen- 
sent pas assez la négligence des raccourcis 
et la vulgarité des têtes; celles-ci ramènent 
aux commères banales, allégorisant Rome 
et Byzance sur les diptyques consulaires [^). 
Mais déjà la fin du IX^ siècle avait donné 
une note sensiblement différente, qu'il est 
aisé d'expliquer. La violence, physique ou 
intellectuelle, aboutit toujours à une réac- 
tion ; l'art endormi par les iconoclastes se 
réveilla sous Basile I^"" avec des aspirations 
nouvelles. Au lieu de renouer le fil d'une 
tradition usée, l'école macédonienne s'éprit 
amoureusement du véritable antique dont 
les chefs-d'œuvre peuplèrentConstantinople 
jusqu'à la catastrophe de 1204. Deux pages 

1. Labarte, Hist. des arts iiid., Album, pi. IV; An7i. 
archcoL, t. XVIII, p. t,},, pi.; Bayet, ouv. cité, p. 90, fig. 31; 
Westvvood, ouv. cité, p. 63. 

2. Labarte, loc. cit., pi. Lxxxil ; Gori, ouv. cit., t. I et 
II, pass. 



du manuscrit 510 G, à la Bibliothèque na- 
tionale de Paris, exécuté entre S67 et 886, 
témoignent de ce retour vers un passé glo- 
rieux. Noblesse des physionomies, attitudes 
variées, mouvements naturels, tout est ad- 
mirable sur des peintures auxquelles on n'a 
guère à reprocher que le maniéré et la sé- 
cheresse des plis ('). 

Peu d'années s'écoulent entre la mort de 
Basile et l'avènement de son petit-fils, Con- 
stantin X. Sous le long règne du Porphyro- 
génète, zélé protecteur des arts et artiste 
lui-même, la peinture et la sculpture opèrent 
une légère évolution qui les rapproche en- 
core davantage de l'antique. Le dessin de- 
vient plus correct, les draperies sont plus 
sobres et plus savantes, mais les figures 
perdent en énergie ce qu'elles gagnent en 
élégance. La finesse, la douceur, la sérénité, 
l'harmonie, caractérisent les œuvres écloses 
au milieu du X" siècle ; au XL, la dureté, la 
sécheresse du IX*" reparaissent en s'accen- 
tuant plus fort ; l'effilement s'achemine peu à 
peu vers une émaciation complète ; les 
scènes atroces des Alénologes sont désormais 
en faveur (''). Dans les arts décoratifs, 



1. Le Moyen Age et la Renaiss., Miniat., pi. vn ; 
Labarte, loc. cit., pi. LXXXI ; Bayet, ouv. cité, p. 161, 
fig. 48. A la p. 159 (fig. 47) de son excellent petit volume, 
M. Bayet reproduit une autre miniature extraite d'un 
Psautier contemporain du manuscrit 510 G. Je n'ai point 
invoqué une page, argument victorieux en faveur de mon 
assertion.parce qu'elle ne me semble pas œuvre originale, 
mais bien copie servile d'une fresque antique. Dans cette 
idylle on reconnaît un Tityre virgilien chantant ses amours. 
Autour de lui, troupeau, chien, maîtresse, rival ; rien n'y 
manque, pas même \sfugit ad salices et se cupit ante videri. 
Ici le lot du pasticheur se borne à un changement de 
noms : Tityre s'appelle David ; Amaryllis, la Mélodie ; 
Ménalque personnifie la montagne de Bethléem ; Gala- 
thée seule est exemptée du baptême. 

2. En signalant comme une dépravation de goût les 
sanglantes atrocités dont les Ménologes fourmillent, je ne 
prétends pas dire que les Byzantins du -XI" siccle aient été 
les créateurs du genre : loin de là. Dans sa remarquable 
étude, intitulée Rome au IV" siicle d'après les pohiies de 
Prudence (Re7'ue des quest. histor., t. XXXV'I, p. 40, 41, 
54) 55). ^^- Paul Allard, armé de textes et de monuments, 
cite plusieurs exemples de scènes de martyre figurées, tant 
chez les Grecs que chez les Latins, dès le IV' siècle et 



anciens idoires sculptes 



3/ 



l'effet se produit en raison directe de la 
simplicité d'exécution ; or, aux époques de 
décadence, c'est le contraire qui arrive, le 
détail absorbe l'ensemble. 

Que l'on compare maintenant à notre 
triptyque, et l'hiérothèque à date certaine de 
Limbourg, et les admirables Évangélistes, 
peints en 964, cinq ans après la mort de 
Constantin X, sur le manuscrit 70 G de la 
Bibliothèque nationale de Paris ('), on res- 
tera convaincu que tous ces monuments sont 
du même temps et qu'une même école lésa 

peut-être même auparavant. J'ai sous les yeux trois de ces 
exemples dus à l'art occidental : le supplice bien connu de 
saint Laurent ; un chrétien jeté dans un puits et secouru 
par un ange ; la flagellation de saint Achillée (voy. de' 
Rossi, Bull. cTarchcol. chrét., 1869, pi. m, 8; 1S72, II, i ; 
1875, IV). Tout y est empreint de la simplicité et de la 
gravité romaines; ni exagération d'attitudes, ni raffine- 
ments cruels. Mettons en regard les sujets analogues du 
Aléiiolûge de Basile II : saint Oreste couché sur un gril 
(t. Il, p. 26), diverses fustigations (t. I, p. 2g, 38, 83, etc.), 
saint Chrysante et sainte Daria, plongés vivants dans une 
fosse remplie d'ordures, oîi des bourreaux les enfoncent à 
coups de pilon (t. 1, p. 122); l'on appréciera la différence. 
Encore je me borne aux comparaisons ; il faudrait aller 
jusqu'en Chine pour trouver le dépècement de saint Jacques 
le Perse (t. I, p. 215), et le réalisme féroce de Ribera se 
serait effarouché devant la crudité de certains tableaux 
que le lecteur cherchera lui-même s'il en éprouve le besoin. 
Mon docte ami Paul AUard produit en original, accom- 
pagné d'une élégante traduction, de fort beaux vers où 
Prudence décrit, d'après des peintures qu'il aurait person- 
nellement examinées, les supplices du maître d'école saint 
Cassien, torturé à coups de style par ses jeunes élèves et 
de saint Hippolyte que des chevaux sauvages entraînent 
au milieu des rochers et des broussailles {Péristépli., IX, 
9 à 16; XI, 123 à 152). Une lecture attentive, jointe à 
quelque teinture des procédés de l'art chrétien occidental, 
suffit pour faire comprendre que Prudence a singulièrement 
assombri les choses. L'écrivain espagnol ne rappelle pas 
mathématiquement ce qui était tracé sur la muraille des 
églises ; son imagination poétique lui a dicté les circonstan- 
ces des deux martyres, telles qu'elles durent se passer en 
réalité. Hors les Byzantins, aucun peintre n'accepterait les 
programmes textuels du récit de Théramène et de la mort 
de Jézabel, si admirablement formulés par Racine ; je 
n'hésite pas à ranger ici Prudence dans la même catégorie 
que notre grand tragique. En figurant un supplice pareil à. 
celui de saint Hippolyte, l'illustrateur du Ménologe (t. I, 
page 179) a reculé devant la multiplicité des atroces 
détails qu'affectionne Prudence : il s'est montré relative- 
ment simple, mais il a inventé un raffinement échappé au 
Latin. La longe du cheval est arrêtée par d'énormes che- 
villes qui traversent les pieds du patient : ailleurs on se 
serait contenté du nœud coulant. 

I. Labarte, loc. cit., pi. lxxxiv. Les arts soiiipl., t. I, 
pi. XXXVI à xxxix. 



enfantés. A l'art macédonien revient encore 
assurément un délicieux camée en aiguë 
marine de la collection Victor Gay; le 
Christ debout qui y figure est le cousin ger 
main du saint Pierre de l'ivoire Harbaville: 
un antique modèle grec inspira les deux ("). 




Camée byzantin de la collection V. Gay. 
(Extrait du Glossaire archéologique). 

Le cachet de l'école macédonienne lui est 
essentiellement propre ; quand elle disparaît 
entièrement vers le milieu du XI" siècle, 
ses ivoiriers laissent leur héritage à des 
praticiens encore assez habiles, mais pauvres 
d'invention, guindés, émaciés, raides, ma 
niérés ou vulgaires. Après 1 204, il n'y a 
plus absolument que la routine du pasti 
cheur maladroit. Didron avança que, du 
XI 11^ siècle à nos jours, l'art byzantin est 
resté stationnaire; cinquante ans plus tôt, 
d'Agincourt entrevoyait, au XIV^, une 
lueur de renaissance. Didron ne se trompait 
pas ; les variantes, ou même les copies ser 
viles, de chefs-d'œuvre perdus induisirent 
d'Agincourt en erreur. 

Une dernière question se présente à élu- 
cider; notre monument est-il un original ou 
une simple réplique ? Ici, rapportons-nous 
à l'exécution spéciale du sujet, aux procédés 
mécaniques employés pour le faire jaillir de 
la matière brute. 

Nous avons montré le thème primitif où 
l'artiste a puisé l'ordonnance générale de sa 
conception ; nous savons où il a trouvé l'at 



I. Gloss. arcliéol. du moyen âge, p. 258, fig. A. Le 
camée de M. Gay me paraît bien supérieur à celui du Ca- 
binet de France, qui représente aussi le Christ dans la 
même attitude : leurs styles sont très diflférents. Voy, 
Chabouillet, Calai., n" 258 ; Duruy, Hisl. des Romains, 
nouv. édit., t. \TI, p. 92, fig. 



Livraison. 



38 



Eeuue De l'art chrétien. 



titude de son Christ; ses Apôtres debout 
dérivent aussi d'un modèle antique. Des 
statues analogues au SopJiocle du musée de 
Latran, à \ Aristide de la galerie Farnèse, 
à un marbre de la bibliothèque de Saint- 
Marc, à Venise, ont évidemment inspiré le 
saint Pierre et ses quatre assesseurs (') ; la 
ronde-bosse a été traduite en bas-relief. La 
ressemblance avec \e. Sophocle, et surtoutavec 
le marbre gréco-romain de Venise, est frap- 
pante; ramenez le bras gauche en avant, 
mettez les talons sur la même ligne, vous 
aurez à peu près nos images de saint Pierre 
et de saint André. Quant aux types d'âge 
plus récent, le sculpteur ne les a certaine- 
ment pas inventés, mais il a dû y mettre 
davantage du sien. J'insisterai peu sur l'ap- 
plication des rais de cœur et des bagues 
perlées — motif emprunté à l'ancien chapi- 
teau ionique — ■ aux montants du trône ; 
encore moins sur la transformation, médio- 
crement heureuse, de la palmette grecque 
en feuilles de vigne et en trèfles. Le lot per- 
sonnel de l'artiste ne réside ni dans ces dé- 
tails, ni tout à fait dans la correction du des- 
sin ou la sobre élégance des draperies; l'ex- 
pression variée des têtes qui, sous une petite 
échelle, parviennent à égaler la nature, enfin 
le coup de ciseau, révèlent plus manifeste- 
ment un talent hors ligne, une individualité 
primesautière. 

Chaque atelier byzantin à'cborai'ii était 
dirigé par un maître; celui-ci, après avoir 
exécuté sa maquette (pj'otoplasma) en cire 
plastique, la livrait à des élèves ou à de 
simples ouvriers. Les uns interprétaient le 
modèle à leur guise, les autres le copiaient 
servilement et pour ainsi dire mécanique- 
ment: l'inexpérience, la maladresse, le dé- 
faut de compréhension, trahissent les ou- 
vrages de seconde et de troisième main. Le 

I. Duruy, Hist. des Romains, t. IV, p. 559, fig., éd. 
citée; Rich, Dict. des antiq., p. 452 et 650, fig. 



travail du triptyque Harbaville est au con- 
traire irréprochable; ni faiblesse ni tâtonne- 
ment: le maître s'y accuse partout. L'unique 
outil des tailleurs d'ivoire consiste en un 
ciseau triangulaire, à pointe aiguë et à 
lames tranchantes; il y en a de plusieurs 
dimensions. Deux des lames sont rectilignes, 
la troisième est courbe. La pointe esquisse 
les contours et refouille les détails ; les lames 
droites creusent; la lame courbe racle les 
copeaux et, par une série de grattages, 
détermine les divers plans du relief. Les 
apprentis ou les copistes abusent en général 
de la pointe et de la lame rectiligne ; pourvu 
que le pli soit nettement tracé, ils ne se 
préoccupent guère du reste, et la savante 
dégradation des méplats leur semble in- 
connue. Ces méplats sont ici rendus avec une 
incomparable souplesse; la transition des 
plans est habilement ménagée ; les arêtes 
n'affectent pas une vivacité brutale ; le mo- 
delé des têtes est ferme, vigoureux, sans 
e.xagération musculaire; une incomparable 
suavité caractérise la Vierge, on croirait voir 
une terre cuite de Tanagra idéalisée; aucune 
des répliques qu'on en a faites n'approche 
de ce sentiment exquis. Les barbes et les 
chevelures sont remarquablement soignées. 

Si les costumes militaires offrent des dé- 
tails trop minutieux ou trop sèchement trai- 
tés, la faute incombe, non à l'artiste, mais à 
l'époque où il vécut. Tant de qualités d'ail- 
leurs compensent une légère erreur de goût ! 

Oui donc, le triptyque Harbaville est 
vraiment une œuvre originale ; la main y est 
inséparable de la pensée. Le maître, auteur 
de la maquette, n'a pas voulu laisser à un 
praticien vulgaire le soin de la reproduire 
sur l'ivoire; il a immortalisé lui-même son 
esquisse fugitive en la confiant aune matière 
assez résistante pour braver les outrages du 
temps. Objet de piété destiné au foyer do- 
mestique, notre agiothyride, à mon avis, ne 



anciens iijoires sculptés. 



39 



rentrait pas dans la classe des articles cou- 
rants; commandée par quelque riche patri- 
cien pour meubler son oratoire ou son cubi- 
culiini {y.oizm), elle y demeura suspendue 
jusqu'à ce que la violence l'en arrachât. A 
une perfection artistique ignorée de l'in- 
dustrie routinière, s'ajoute le luxe de la 
dorure, souvenir de l'ancienne Grèce, luxe 
indifférent à nos yeux, mais qui, au moyen 
âee, aug-mentait singulièrement la valeur 
vénale des sculptures. Il est fâcheux qu'à 
l'exemple de l'hiérothèque de Limbourg, 
du triptyque de la Minerve, des deux volets, 
l'un passé de Florence au musée de Vienne, 
l'autre jadis dans la collection Verdura, 
à Padoue ('), une dédicace ne nous ait pas 
transmis le nom du possesseur primitif. 
Quant à notre magister eborarius, il était 
moine sans doute; un aussi profond savoir 
en symbolisme pouvait difficilement incom- 
ber à des laïques. 

V. 

DÈS l'exorde de ma notice, le triptyque 
Harbaville est résolument proclamé 
chef-d'œuvre; la suite tend à justifier cette 
opinion et à l'inculquer au lecteur. Depuis 
que j'ai abordé l'étude des ivoires byzantins, 
beaucoup ont passé devant moi, soit en ori- 
ginal, soit en photographie — la gravure est 
impuissante à rendre la technique — et nul 
d'entre eux n'a pu faire baisser le niveau 
d'un enthousiasme toujours croissant pour 
mon objectif Je ne veux certes pas l'exalter 
aux dépens de morceaux très remarquables, 
très appréciés des savants et des artistes ; 
mais, si ces morceaux offrent séparément une 

I. Goii, ouv. cité, t. III, pi. xxvui et xxix ; West- 
wood, ouv. cité, p. 78, n° 178. Le volet de Vienne repré- 
sente saint Pierre et saint André ; relui de Padoue, saint 
Paul et saint Jean : on ne sait pas où il est actuellement. 
Les dessins grandeur naturelle de Gori, tout insuffisants 
qu'ils soient, donnent bien la note du yA" siècle, style de 
l'ivoire de Romain IV^ et Eudocia ; l'empereur, (îîo-Trdr/]^ 
}^<>yjirci.vT'vjoz,, mentionné sur l'inscription doit être 
Constantin XIII (1059-1067). 



ou plusieurs des qualités distinctives de 
notre triptyque, lui seul, que je sache, les 
réunit toutes en bloc. Ordonnance magis- 
trale du sujet, profonde intelligence du sym- 
bolisme, correction du dessin, sage modé- 
ration du relief ('), supériorité de main, 
élégance et attitude naturelle des personna- 
ges, rendu moelleux des draperies, exquise 
délicatesse des têtes et des extrémités, enfin 
conservation intégrale ; où trouver ailleurs 
un pareil ensemble ? Ch. de Lixas. 

.^^^.^ ;^ppenîiice. -— -^. 

ITcs arbres paraDisiaqucs en Hitcmarme. 

LA mise en pages de mon travail était 
déjà faite, lorsque j'ai reçu le second 
volume de l'ouvrage du D'' Heinrich Otte 
( Handbuch der KircJilichen Kunst-archdo- 
logie des deutschen Mittelalter, 5^ éd., i SS4). 
On y trouve, p. 575, une fort curieuse 
variante du sujet sculpté au revers de 
notre ivoire. Sur les lambris de bois peint, 
laqicearia depicta, qui décorent l'église de 
Saint-Michel, à Hildesheim, un habile 
artiste du XIIc-XIII^ siècle a figuré la 
généalogie de Notre-Seigneur dans une 
série de 1 1 1 caissons grands et petits. Le 
fragment placé sous mes yeux montre, 
disposés en double bordure : des bustes de 
patriarches antédiluviens reliés entre eux 
par des rinceaux ; les quatre fleuves édéni- 
ques ; les évangélistes saint Marc et saint 
Luc ; les symboles de ces écrivains sacrés. 
La composition centrale offre nos premiers 
parents aux côtés de XArbi'e de la science du 

I. Cette modération est encore un emprunt fait à la 
technique des anciens grecs, qui donnaient à leurs bas- 
reliefs une très faible saillie : le bas-relief romain, au 
contraire, vise presque toujours à la ronde-bosse. Notre 
sculpteur ayant pu, avec facilité, obtenir des plaques plus 
épaisses de quelques millimètres — nous en avons des 
exemples — il faut bien croire .^ un parti pris. 



40 



îReiJut De rart chrétien. 



bien et du mal. Il est chargé de nombreux 
fruits ; Adam en tient un, Kve, deux ; 
d'autres parsèment le champ du tableau : 
nulle trace de serpent tentateur. A droite, 
un cep de vigne à haute tige, dont les 
sarments encadrent le buste du Christ 
bénissant ; à gauche, un végétal de même 
espèce, abritant, sous ses larges feuilles, 
cinq têtes humaines, jeunes et souriantes. 
Doit-on admettre ici l'Auteur de tout bien 
mis en opposition avec les esprits du mal .'' 
Je ne le crois pas. La Genèse mentionne un 
seul serpent, non plusieurs, et rien, sur 
notre peinture, n'accuse l'intention d'un 
reptile polycéphale. J'y reconnaîtrais plutôt 
un dédoublement symétrique de \ Arbre de 
la vie. D'une part, Jésus-Christ venant 
rendre au monde l'existence spirituelle que 
le péché d'Adam lui avait ravie ; de l'autre, 
la rénovation de l'homme exprimée par les 
figures symboliques d'âmes naissant à la 
lumière sous l'ombre protectrice de la vigne, 
emblème consacré du Sauveur. 

Je livre mon interprétation pour ce qu'elle 
vaut, et son rejet ne me formaliserait guère; 
néanmoins on ne saurait méconnaître les 
liens étroits qui rattachent le tableau 
d'Hildesheim aux représentations spéciales 
d'arbres paradisiaques dont j'ai groupé plus 
haut un certain nombre d'exemples. (Voy. 
J. Michel Kratz, Ktirze histor.Andeuhtngen, 
iiber die St Michaeliskirche îind deren 
Deckengem'àlde in Hildesheiin, 1856 ; A. 
Woltmann et K. W'ormann, Geschichte der 
Malerei, t. I, p. 304, fig. 90, 1879 ; les écrits 
de Forster, Kugler, A. Reichensperger, etc.) 

ïl'antiquité Du (â\\\\sz De la Bcinture. 

EN citant le Guide de laPeinture, manus- 
crit trouvé au Mont Athos par Didron, 
j'ai adopté la date attribuée jusqu'ici à la 



composition de ce livre : le XV^ siècle. Un 
mémoire très érudit de M. l'abbé J. Schulz 
(Die ôyzanfinisclien Zellen-eniails der 
Sammhmg Sivcnigorodskoi, 1884) assigne 
au traité du moine Denys un âge bien plus 
reculé. En effet, je lis à la p. 44 du volume 
indiqué: « Le G^«?'rtfe a, depuis le XI^ siècle, 
notoirement (ist notorisch) servi de règle 
aux Grecs et aussi aux Russes ; il n'y a 
pas fort longtemps qu'on a découvert en 
Russie une copie de cet ouvrage, exécutée 
au XI Ile siècle et intitulée Podlinnick 
(original). On y voit, de la main du trans 
cripteur, une série de gloses que le manus 
crit du Mont Athos ne renferme pas, mais 
le reste est textuellement reproduit sur les 
deux exemplaires. » 

Les relations de l'auteur avec les savants 
russes le mettant à même d'être bien 
informé, je m'incline devant sa parole ; lui 
faisant néanmoins observer qu'il est un 
peu téméraire de conclure d'une copie du 
XI 11^ siècle à la rédaction primitive de 
l'original au XI'^. Quoi qu'il en soit, l'anti 
quité, récemment attribuée au Guide, ne 
détruirait aucune de mes assertions, con 
cernant l'âge du triptyque Harbaville et 
les écarts de l'iconographie byzantine que 
j'ai signalés. Ces écarts remonteraient plus 
loin, voilà tout ; les thèmes hiératiques, 
proposés de meilleure heure aux artistes 
grecs ou russes, auraient dès lors, quant 
aux détails, été rendus avec une certaine 
liberté d'allures qui ne disparut jamais 
entièrement. J'ai rapporté ici le fait avancé 
par M. Schulz, simplement pour instruire 
mes lecteurs d'une circonstance que j'igno- 
rais hier, et qui, sans ce nieinorandutn, 
échapperait vraisemblablement à beaucoup 
d'autres. 

C. L. 



fkj!^:^L^^. ■^. '^ '^ ^ ^ ^^&j0^ ^ ^ ^ ^ ^ '^. ^^kÉk'^ '^ ^ ^ ^ 
7.^y.\y<\•/^^y.^c/\•/^y\•/^c/\•Ay\•/AcAyxy^V■^^^.•/^•/\•/^•/\•Ay.\^•/^•y^^ ^ 



ectuDes ti'arcï)éologîe et îi'l)i6toirc sur XHWtmvCnvXty^ 



^lîignon. Deuxième article. {W. livraison d'octobre 1884, p. 439.) 



^^^^Z^S^S^^^S^S^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^S 



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iL'cglisc et le monastère De ^ainte^a^acie 

De JFOUrS. (Suite et fin). .^.-...-^.-..,-w.x.^-.v^ 

II. 

'ŒUVREdeMabilia lui survécut 
et .se développa rapidement. La 
seconde prieure s'appelait Esqui- 
va (').C'està ces premières années 
du monastère qu'il faut faire remonter la 
construction de l'enceinte où l'on utilisa 
quelques pans de murailles romaines en 
grand appareil, encore debout, la répara- 
tion des voûtes de l'église, l'adjonction 
de la chapelle du côté de l'évangile et 
l'ouverture d'une grande fenêtre sur la 
façade occidentale. Esquiva eut la joie de 
voir le pape Innocent IV prendre le prieuré 
de Fours sous sa protection par une bulle 
donnée à Lyon le VII des Ides de septem- 
bre 1245. Alzacia remplaça Esquiva dans 
le gouvernement du monastère qui fut élevé 
par Urbain IV au rang d'Abbaye. Aussi 
Alzacia porte le titre d'abbesse dans le 
Nécrologe de St-André : « KaL Hlarfis, 
depos. Doniinœ Alasaciœ abbatiss<e de Fiir- 
7iis ('). » Bertrand Raymbaud, abbé de 
St-André, confirma en 1 303, l'élection de Ber- 
trande Robert, comme abbesse de Fours(3). 

1. Gallia chris/iana, t. I. 

2. Gallia christiana, t. I. MM. Bibl. Nat. latins, 
N" 12762. Le marquis de Cambis et avec lui M. Blanc 
se trompent en disant « que la première abbesse connue 
se nommait Faure»et qu'Urbain IV érigea le prieure en 
abljaye en 1266. A cette date Urbain IV était mort. On 
a bien voulu chercher à la Bibliothèque du Vatican les 
bulles d'Innocent IV et d'Urbain IV. Mais on ne les 
a pas trouvées. Il n'est pas fait non plus mention de 
celle d'Innocent IV dans la partie des Rt-^is/irs de ce 
pape, publiée par M. Élie Berger. 

3. Gallia christiana, t. I. 



Le Nécrologe de .St-André fait mention 
de sa mort au mois de janvier. <i VIII I. Kal. 
febr. dcposit. Dominœ Bertrandœ abbatissœ 
de Fiiniis {'). » Douce de Vedène lui suc- 
céda. Nous trouvons son élection confirmée 
en 13 10 par Bertrand Raymbaud ("). Elle 
appartenait à une famille noble et c'est 
sans doute d'un membre de cette famille 
qu'il s'agit dans ce passage du Nécrologe : 
« IV Kal. februarii obiit Guillclimts de 
Vedena Miles (^). » Le même Nécrologe 
mentionne au VI Kal. Januarii, la mort 
d'une abbesse de Fours appelée Severa: 
« VI Kal. /. De p. Dominez Severœ abbatissœ 
de Furnis (•*). » Nous ne savons à quelle 
époque elle a vécu. Jeanne était abbesse de 
Fours en 1322 ; nous la retrouvons encore 
en 1344. La présence de la papauté à Avi- 
gnon où elle s'était définitivement fixée 
avec Jean XXII, jetait un grand éclat sur 
toute la contrée. La vie religieuse s'y 
épanouit avec une force nouvelle. Mais 
cet accroissement de prospérité amena des 
difficultés, des tracas et des périls que le 
premier âge du monastère de Fours n'avait 
pas connus. Heureusement Jeanne était une 
femme énergique et quelques documents 
nous la font entrevoir parant à tout avec 
une sollicitude infatigable. Dès 1323, elle 
réclame contre les usurpations des gens 
de Ptjjaut, communauté dont le territoire 
touchait à celui de l'abbaye (^). L'abbesse 

1. MM. Bibl. Nat. latins, N" 12762. ' 

2. Gallia christiana, t. I. 

3. MM. Bibl. Nat. latins, N° 12762. 

4. Ibid. 

5. Anno ab incarnationc Doniini millosimo trecenle- 
simo vigesimo tertio et die decimo tertio mensis maii, 



1885. 



i'*-" Livraison. 



IRctiuc De l'3rt cîncticn 



les accusait d'être entrés sans façon « inci- 
vilité}' » dans le bois de son monastère, 
situé au couchant du chemin allant de Fours 
à Avignon, et de s'y être approvisionnés 
largement, sans égard aux bornes et termes 
fort apparents qui séparaient les biens de la 
communauté de Pujaut de ceux de l'ab- 
baye. La communauté niait avoir pris du 
bois dans la partie appartenant au couvent, 
et soutenait que ses biens s'étendaient 

illustrissimo Domino Carolo Dei gratia Francorum et Na- 
vanas rege régnante. Cum quoestio, lis, controversia et 
rancuna multiplex diu est agitata et exorta fuisset et ti- 
meretur in posterum tam in judicio quam extra judicium 
multo fortius exoriri et ctiam agitari inter Venerabilem 
Dominam Dominam Johannam Dei gratia abbatissam 
monasterii Sanctre; Maria; de Furnis, Avenionensis diœce- 
sis et e|us conventum ex una parte, et imiversitatem homi- 
num et personarum dePodio-Alto seu procuratoris dicta; 
universitatis ex altéra parte, super eo et pro eo quod dicta 
domina abbatissa et ejus conventus, seu earum procurator 
nomine ipsarum asseruerat et asserebat prœdictam univer- 
sitatem et homines dictce universitatis inciviliter venisse 
et intrasse deffensium seu nemus monasterii pra;dicti 
juxta iter seu rialum par quod itur de Avenione versus 
dictum monasterium a parte occidentis et ibidem magnas 
quantitates lignorum coUegisse, emisisse et secum ad- 
portasse quamquam devesum et nemus prîedictum cum 
patuis dictae universitatis de Podio-Alto terminis lapideis 
et bolis magnis et apparentibus plantatis acthenus ad di- 
visionem dicti nemoris sui et patui pnïdicit, ut dicebat, 
esset terminatum et divisum ; dicta universitate seu procu- 
ratore ipsius negante proposita et asserta ex adverse, nec 
non dictam universitatem seu personas ipsius universitatis 
aliqua ligivi collegisse in deffenso seu nemore dicti mo- 
nasterii sed duntaxat in patuis et habedimentis dictte uni- 
versitatis de Podio-Alto, cum patuis dicta; universitatis se 
extendant, ul decebat, usque ad rialum quo protenditur de 
Avenione versus dictum monasterium prout de predictis 
constare dicebat per publicum instrumentinii et licet ali- 
qui lapides crecti fuerint in dicto patuo de Podio-Alto, illi 
non fucrunt plantati seu erecti de conscientia seu voluntate 
diclK universitatis seu alterius qui potestatem haberetur a 
dicta universitate terminandi dictum patuum cum nemore 
seu deffenso monasterii predicti,ot si reperiretur quod non 
cred't quod dicti lapides erecti fuerint et plantati pntsen- 
tibus aiiquibus hominibusseu personis de Podio-Alto, non 
fuerunt erecti seu plantati in dicto patuo ad divisionem 
patui dicti loci et devesii seu monasterii pnedicti, sed 
dunitaxat quod dictum monasterium seu animalia ipsius 
ultra dictos lapides versus dictum patuum se non possunt 
extendere neque debcnl, licet ipsa universitas usque ad 
dictum rialum jus habeat et habereconsueveritab antique 
et tanto temporc, quod de contrario memoria hominum 
non habetur, animalia sua immitendi et immissa tenendi 
causa depascendi, lignayrandi, ligna colligendi et alia ha- 
bedinienta faciendi sicut in alia parte territorii et patui de 



jusqu'au chemin d'Avignon. Mais les termes 
plantés ? objectait l'abbesse. Les termes, 
répondait la communauté, ont été plantés 
sans autorisation, et ensuite ils n'ont été 
plantés que pour indiquer que les bestiaux 
du monastère ne pouvaient paître au- 
delà, et non pour marquer une division de 
propriété. De tout temps la communauté 
avait eu la jouissance de la partie du bois 
que l'abbesse et les religieuses lui con- 

Podio-Alto, palam et publiée sine impedimento quocum- 
que usque ad presens quod dictum monasterium et con- 
ventus ejusdem de novo in juribus praîdictis minus juste 
impeditet perturbât, quare petebat silentium imponi pro- 
curatori dicti monasterii de Furnis et conventus ejusdem ; 
tandem partes prœdictx, post multas altercationes etliti- 
gia habites et habita inter eos, volontés, ut dicebant, sum- 
ptus judiciariosevitare considerantesque quod dubius est 
eventus litis, attendentes, ut dicebant, quod per transa- 
ctiones et amiabilcs compositiones a lite diceditur et inter 
partes pax et concordia refformatur de dicta quaestione et 
de pendentibus ex ea, videlicet Guillemus Botini, Domi- 
cellus, et Pontius Chaberti de Podio-Alto procuratores et 
nomine procuratoris universitatis hominum et personaruin 
vilUe de Podio-Alto, prout de dicta procuratione constat 
per quodam publicum instrunientum scriptum et signalum 
ut in eo legitur manu magistri Johannis de Roverio notai ii 
factum subannis Domini millesimo trecentesimo vigcsimo 
secundo et vigesimo quarto mensis februarii quod incipit 
in secunda linea siimo et linit in cadem arboribns ex una 
parte, et Petrus Riperti de Montiliis procurator et nomi- 
ne procuratorio venerabilis domins- domina; Johannœ Dei 
gratia abbatissœ monasterii Beatas Mariœ de Furnis pra;- 
dicti et conventus ejusdem monasterii prout de dicta pro- 
curatione constat per quodam publicum instrunientum 
scriptumetsignatumutcoUegitur manu magistri Raynnindi 
Gervasii notarii quod incipit in secunda \\x\c.-». abbatissa çX. 
finit in eadem dicti, lîx altéra, promittentes sibi ad invicem 
et vicissim partes ips;e prcL'dictœ omnia et infra scriptaad 
requisitionem alterius ipsarum facere,laudari et confirmari, 
videlicet dictus Petrus Riperti dominse abbatiss;c et con- 
ventus ejusdem et dicti Guillemus et Pontius universitati 
et personis ipsius de Podio-Alto gratis et spontanca vo- 
luntate et in nullo,ut dicebant, errantes, nominibus quibus 
supra et successorum suorum compromiserunt et compro- 
missum fecerunt in sapientes et discrètes magistrum Rcy- 
mundum Pontii notarium de Rupemaura et magistrum 
Johannem Bartholemoi notarium de Sancto Laurentio de 
Arboribus, tanquam in arbitres arbitratores et amiabiles 
com|)ositorcs seu pacis reformatores quos partes ipsas 
communi consensu et concordia ad dictam quiustionem et 
dependentia ex ea terminancam elegerunt. Dantes et 
concedentes partes ipsœ nominibus quibus supra,pra;diclis 
arbitriis arbitratoribus et amiabilibus compesitoribus, 
plenam et libcram potestatem et auctoritatem dictam 
qu>estioneni ex dependentia ex eadem audicndi, exanii- 
nandi, deffiniendi et etiam terminandi, hinc ad quindenam 



Ctuoes D'avcficologic et D'bistoirc sur 5iillcncuuc4c?=auignon. 



43 



testaient injustement. Jeanne continua ses 
revendications. Après force altercations et 
litiges, les gens de Pujaut et les religieuses 
de Fours, voulant, disaient-ils, éviter les 
frais d'un jugement, considérant d'ailleurs 
que l'issue du procès éiait douteuse, et 
qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour 
ramener entre les parties la paix et la con- 
corde que les transactions amiables, réso- 
lurent de nommer des arbitres. On choisit 

instantis festi Pentecostes venturi proxime, hoc acto et 
expresse convento inter partes, quod dicti arbitrii earum 
voluntate et potestate dictum compromissuin prorrogare 
possint prout eis videbitur... Actum apud Rupismauram 
in curia dicti loci. Testes présentes fuerunt Betrandus 
Motœ, Guillemus Gavini, Armandus de Yacono, Bertran- 
dus Imberti, Alplionsus Castelli de Rupismaura et plures 
alii et ego Reymundus Hugonis Domiiii régis Franciaî N. 
publicus qui pricdictis omnibus presens fui et praedicta 
omnia scripsi in protocoUo meo reddegi de voluntate et 
consensupartium pra-dictorumet permagistrumjoliannem 
de Roveria ejusdem domini régis notarium substitutum 
meum idoneum et juratum grossari feci et facta coUatione 
diligenti cum nota et substituto prœdictis omnibus sub- 
scripsi manu propria et signo meo consueto signavi. 

Anno ab incarnatione Domini millesimo trecentesimo 
vigesimn tertio et die vigesimo Mail, illustrissimo Domino 
Carolo Dei gratia Francorum et Navarœ rege régnante 
noverint univers! prcesentes pariter ei futuri quod discreti 
viri magister Reymundus Pontii de Rupemaura et ma- 
gister Johannes Bartholomei de Sancto Laurentio de 
arboribus notarii arbitri arbitratores et amicabiles 
compositores per partes infra scriptas et prout eodem 
fatebant electi et asserebant constare per notam sum- 
ptam manu magistri Reymundi Hugonis notarii publici 
de Rupemaura super qua'stione scu controversia ver- 
tente inter religiosam dominam dominam Joliannamab- 
batissam Beatœ Maria; de Furnis Avcnionensis diœcesis 
et ejus conventum ex una parte et liomines seu universi- 
tatem loci de Podio-Alto ex altéra, prajsentibus ibidem 
Petro Riperti procuratore et nominc procuratoris dominas 
abbatissiE et conventus praîdictorum, faciente fidem de 
mandatoper quodam publicum instrumentum scriptuni et 
signatum manu magistri Reymundi Gervasii notarii pu- 
blici ut in eo legitur cujus ténor talis est: — Anno Do- 
mini millesimo trecentesimo vigesimo tertio et duodecimo 
die mensis aprilis, Domino Carolo, Dei gratia Francorum 
et Navarre rege régnante, noverint universi quod religiosa 
Domina Johanna Dei gratia abbatissa .Monasterii Beatœ 
MariiL- de Furnis Avenionensis diœcesis existens in dicto 
monasterio in ecclesia cum suo conventu specialiter ad 
infra inscripta vocato et congregato more solito, de con- 
sensu dicti conventus quarum nomina monialiuni inferius 
sunt inserla, ipsa domina abbatissa una cum dicto con- 
ventu et conventus cum ipsa simul et concorditer sponte 
fecerunt, creaverunt et constituerunt suos ccrtos viros 
légitimes et indubitatos procuratores yconomos, scilicct 



et on délégua d'abord, des deux côtés, quel- 
ques hommes à qui on confia le mandat 
d'élire ces arbitres. Les délégués de Pujaut 
furent nommés le 24 février 1322. Sur 
l'ordre de maître Raymond H ugon, notaire 
et clavaire de Roquemaure et sur la réquisi- 
tion du bayle Salvator Blaqueri, les habi- 
tants furent convoqués aux sons de la 
trompette sur la place publique. Ils choisi- 
rent pour délégués Raymond Ortolan, 

DominumGuillemum de Rupemaura militem de Bellicardo, 
Magistrum Reymundum Pontii notarium de Rupemaura, 
fratrem Guillemum Vmberti donatum dicti monasterii, 
absentes tanquam présentes, et Petrum Riperti de Montiliis 
presentem et onus praisentis procurationis gratis in se re- 
cipicntem et quemlibet ipsarum in solidum, ita quod non 
sit melior conditiooccupantis seu occupantium, sed quod 
per unum ex dictis procuratoribus suis incoactum fuerit 
per alium seu alios possit et debeat explici mediari finiri 
vel etiam terminari, générales ad omnes causas lites et 
controversias motas et movendas contra dictum monaste- 
riuni et personnas et bona ejusdem movit seu movere in- 
tendit contra personnas quascumque ecclesiasticas vel 
seculares seu universitatem quamcumque in omni curia 
ecclesiastica vel seculari vel judice quocumque ordinario 
vel extraordinario, etc.. Nomina vero monialium dicti 
monasterii conventum facientium sunt hase ; Domina 
Guillema Mascarona priorissa dicti monasterii, Domina 
Alezaycia de Novis, DominaConstantia Albarona, Domina 
Belinde Gaufride, Domina Sibynda de Meyna, Domina 
Beatrix de Sorgia, Domina Belinde de Ponte, Domina 
Ermessendis Mascarona, Domina Cecilia Pontiœ, Domina 
Alezaycia Garina, Domina Alezaycia Audemare, Domina 
Constantia Gisberta, Domina Garcendis de Merindol, 
Domina Saura Roberta, Domina Stephana Audemara et 
Domina Reynumda Alphanta, de quibus dicta Domina 
abbatissaet dictus conventus voluerunt et petierunt dictis 
procuratoribus et eorum cuilibet si necesse fuerit unum 
vel plura tieri instrumenta. .-Vcta fuerunt anno et die qui- 
bus supra in ecclesia Beat;e ^lariœ de Furnis, testibus 
presentibus et vocatis Dominis Stephano Pineti et Rey- 
mundi Grilhoni priesbyteris, fratre Johanne de Carumbo 
donato dicti monasterii et me Reymundo Gervasii publiée 
dicti Domini régis notario qui iis omnibus praisens fui et 
ad requisitionem dictie dominœ abbatissre et conventus et 
ipsarum mandato et consensu hoc presens instrumentum 
inscripsi et in forum publicum reddegi et signo meo se- 
quenti signavi, et Reymundo Ûrtolani et Bertrando Roca 
de Podio-.Alto procuratoribus hominum de Padio Alto 
et universitaiis ejusdem facientibus tidem de man- 
dato per quodam publicum instrumentum cujus té- 
nor talis est : — Anno ab incarnatione Domini millesi- 
mo trecentesimo vigesimo secundo et die vigesima quarta 
mensis februarii, Domino Carolo Dei gratia FranciiC et 
Navar;e illustrissimo rege régnante, noverint universi 
présentes et futuri quod liomines infra scripti de Podio- 
Alto, scilicct Guillemus Cîarini, Petrus de Arboribus, 



44 



iRcuuc De rart cïjrcticn. 



Guillaume de Toro, damoiseau, Pons Cha- 
bert, Pons Roque, Bertrand Roque et 
Guillaume Botin.On leur détailla le mandat 
qu'on leur confiait pour arriver à terminer 
le différend survenu ; on les fit jurer, et 
Jean de Roverié, de Sarnachs, du diocèse 
de Nîmes, notaire public du seigneur roi 
de France, dressa une procuration en bonne 
et due forme qui leur fut remise, en pré- 
sence des témoins Pierre de Dyons, prieur 

Guillemus Botini domicelli, Guillemus Bessoni, bajulus 
Domini Rostagni de Podio Alto, Guillelmus Ores, Berin- 
garius Arteri, Johannes Baysserii, Reymundus Chaberti, 
Petrus Marcelli, Bei trandus Romaria% Reymundus Barjac, 
Reymundus Gavigas, Guillelmus Filhortre, Reymundus 
Amblardi, Reymundus Romana, Vitalis Borini, Durantus 
Audoardi, Guillelmus Meynardi, Guillelmus Tibcrii de 
infra villam, Guillelmus Mosselhan, Guillelmus Abrilas, 
Johannes Tiberii,Petms de Deo.Bertrandus Sancti Vere- 
demii, Guillelmus Tiberii de extra villam, Petrus Cabasse, 
Pontius Renidius, Reymundus Tiberii, Poncius Ricardi, 
Bertrandus Chaberti, Guillelmus Castellana, Stephanus 
de Parvis, Guillelmus Guizo, Pontius Tiberii de infra 
villam, Reymundus de Dec, Reymundus Albaretti, Pon- 
tius Raybondi, Reymundus P.enedicti, Durantiusde Par- 
vis, Guillelmus sancti Veredemii, Pontius Gilii, Vitalis 
Rostagni, Guillelmus Mansa junior, Guillelmus Alegre, 
Reymundus Salvaterrse, Guillelmus Mansa senior, Guil- 
lelmus Belforii, Reymundus Ausilhassii, Johannes Verini, 
Petrus Hugonis, Pontius Guillaberti, Jacobus Alegre, 
Petrus Barjacii, Reymundus Sancti Veredemii, Reymun- 
dus Loncrit, Pontius Barjacii, Johannes Garini, Stephanus 
Jacobi, Petrus Salvaterra;, Petrus Davini, Pontius dé- 
mentis, Jacobus Salvaterrœ, Imbertus Tiberii, Reymun- 
dus Nadal, Reymundus Corcona, Durantius Alegre, Pon- 
tius Rostagni, Guillelmus Dalmassii, Bertrandus Baudilii, 
Pontius Chaberti, Bertrandus Cabassa, Petrus Gilii, Guil- 
lelmus Aimeras, Guillelmus Jacobi, Petrus Bremundi, 
Pontius Baudilii, Guillelmus Davini, Guillelmus Barjac, 
Pontius Tiberii, Bertrandus Chaberti, Guillelmus Sancti 
Martini, Pontius Reymundi, Guillelmus Varini, Reymun- 
dus Rocel)', Petrus Barjacii, Pontius Rostagni junior, 
Rostagnus Malacary, Petrus Sancti Veredimii, Reymundus 
Robert", ad voccm tub;c in platea dicti loci more solito 
congregati de mandato discret! viri magistri Hugonis no- 
tarii clavarii Rupismaura;, regcntis jurisdiciionem Podii 
Alti, ad requisitionem Salvatoris Blagucrii bajuli dicti 
loci, nec non Bertrand! Roque et plurium aliarum perso- 
narum dicta; universitatis ad infra scripta facienda pro 
urgenti necessitate et utilitate dictœ universitatis pr;cno- 
minati vencrunt et coniposuerunt coram dicto clavario 
et ipso i)resente volente et consenticntc authoritatem et 
consensum suum ad infra scripta pr;cstante ubi erant plus 
quam du;u partes hominum dicti loci, prout pnudicti asse- 
rebant universitatem loci prœdicti facientcs omnes simul 
supra scripti homines dicta; universitatis congregati et 
convocati ut supra nec non et singuli eoruni per se in so- 



du lieu, Pierre Brice de Sauveterre, Ray- 
mond Rascassius d'Uzès, Bertrand Barbe 
d'Istre, Nicolas Robaud de Tavels, Guil- 
laume Crosa de Saint-Sauveur, Jean Ro- 
delli de Saint-Geniès. 

Le 12 avril les religieuses de Fours, 
convoquées au son de la cloche, se réu- 
nirent en chapitre dans leur église pour 
choisir leurs délégués. Il y avait là Dame 
Guillema Mascarona, prieure, Dame Ale- 

lidum ex pro toto universitatem Podii Alti représen- 
tantes seu majorem partem ipsius pro se ipsis et 
nomine dictœ universitatis et communis ejusdem gratis 
et scienter et ipsorum nemine discrepante prout melius 
et sanius de jure et de facto dici, intelligi, seu excogitari 
potest, fecerunt, convenerunt, constituerunt et ordinave- 
runt unanimiter et concorditer, suos et dictœ universitatis 
certos indubitatos et spéciales procuratores syndicos nun- 
tios et actores videliscet discrètes viros Reymundum Or- 
tolan!, Guillelmum de Turre domicellos, absentes tanquam 
présentes Pontium Chaberti, Pontium Roca, Bertrandum 
Roca et Guillelmum Botini prccsentes et quamlibct eorum 
in solidum et pro toto, ita quod non sit melior conditio prius 
negotium occupantis sed quod unus eorum incieperit per 
alium seu alios valeat et possit ad finem perdue! in causa 
seu causis qua;st!onis seu quiestionibus quam seu quas 
dominfe abbatissœ monasteri! Beatœ Mariic de Furnis seu 
ejus conventus movit movet seu movere intendit de mon- 
tanea seu patuo dicti loci contra dictam universitatem seu 
aliquem de dicta universitate et quam seu quas dicta uni- 
versitas movit, movet seu movere intendit contra dictum 
monasterium pro patuis seu montaneis prasdictis, dantes, 
concedentes omnes universaliter et singulariter singuli 
constitucntes dictis procuratoribus suis nuntiis, actoribus 
et syndicis et ipsorum cuilibet plenam et liberam potesta- 
tem et authoritatem et licentiam componendi, agendi, 
defîTendendi, pro ipsis et ipsorum cujuslibet ipsorum no- 
mine in omni loco et curia et coram quocumque judice 
ecclesiastico et scculari, ordinario vel extraordinario, etc. 
Acta fuerunt in platea dicti loci de Podio Alto testes prie- 
sentes fuerunt dominus Petrus de Dyons prior dicti loci, 
Petrus Bricii de Salvaterra, Reymundus Rascassii de 
Utecia, Bertrandus Barbe de Istre, Nicolaus Robaudi de 
Tavellis, Guillelmus Crosa de Sancto Salvatore, Johannes 
Rodelhi de Sancto Genesio et ego Johannes de Roveria 
de Sainachiis diœcesis Nemonsensis publicus dicti domini 
nostri régis Francise notarius qui priedictis omnibus et 
singulis prasscns fui et hoc instrumentuni ad requisitionem 
supra nominatorum manu mea scripsi et signo meo con- 
sucto signavi volentibus et patentibus cognitionem suam 
ficri nominibus quibus supra dicti in quam arbitri arbitra- 
tores et amicabilcs compositores volentilnis et requirenti- 
bus partibus supra dictis et scntentiam postulantibus pr.; 
bono pacis et coiicordi;i; et suinptibus partis cujuslibet evi- 
tandis ad eorum sententiam dictam seu dictiC qu;estionis 
et controversiaî declarationem processcrunt in moduin 
qui sequitur infra scriptum. Ad hœc nos Reymundus 



OBtuDes D'arcbcologic et n'himitt sur 2îiUeneutîe=Ie5=9tiignon. 



45 



zaycia de Noves, Dame Constance Alba- 
rona, Dame Belinde Gaufride, Dame Si- 
bynda de Meines, Dame Béatrix de Sor- 
gues, Dame Belindede Ponte, Dame Ermes- 
sende Mascarona, Dame Cécile Ponti, 
Dame Alezaycia Garina, Dame Alezaycia 
Audemora, Dame Constance Gisberta, 
Dame Garcende de Merindol, Dame Saura 
Roberta, Dame Stephana Audemora et 
Dame Raymonde Alephante. Elles choisi- 
rent pour leurs délé^més, Guillaume de Ro- 
quemaure, chevalier de Beaucaire, maître 
Raymond Pons, notaire de Roquemaure, 
Frère Guillaume Hubert, donatde l'abbaye 

Pontii et Johannes Bartholomei arbitri arbitratores seu 
amicabiles compositores supra infra scripti electi per testes 
praadictos et etiam infra scriptos, auditis quœstionibus et 
controversiis pr;edictis, testibusque examinatis et auditis 
ab utraque parte productis, loco quœstionis prsdictae nos- 
tris et dictorum testium occulis subjecto ; dicimus in et 
sub pœna et sacramento in dicto compromisse contentis 
cognoscimus, pronuntiamus et declaramus quod in loco 
quicstionis prêedictée in cadariera juxta nemus Guillelmus 
Cavallerii juxta pedem rocassii quod est subtus furnum 
calcis, juxta rialum quo itur de sancto Andréa ad monaste- 
rium prœdictum Beatie Maria; de Furnis, ponatur et poni 
seu plantari débet unus terminus qui terminet recta linea 
a dicto rialo versus occidentem usque id bolas seu ter- 
mines veteres, ita quod illud quod est a parte venti se- 
quendo dictum rialum versus vcntum subtus dictum rocas- 
sium et terminum plantalum ibidem, sit et esse debeat et 
pertinere perpétue ad hemines et universitatem loci de 
Podio Alto, et a dicto recassie et termine pesite ibidem 
usque ad bolas seu termines veteres et a dicto loco seu 
termine plantando ibidem, sequendo dictas bêlas seu ter- 
mines veteres, ascendendo versus circium usque ad exi- 
tum et intreitum dict;u vallis vecata; Fu/ de vase a parte 
orientis, sit et esse debeat et pertinere perpétue ad dictam 
dominam abbatissam et ejus conventum ; ita quod si 
dictae dominre abbatissœ vel ejus conventus habeat ali- 
quod jus usus vel preprietatis in parte dictis hominibus de 
Pedie Alto et universitati ejusdem adjudicata et e contra 
quod illud jus actienem et rationem una pars alteri et e 
contra cedat, finidt, remittat penitus et desemparet, ita 
quod neutri partium aliquodjus competat contra altcram 
in agendo, sed ex nunc in antea sit inter ees perpetuus 
pax et finis. Item dicimus, pronuntiamus declaramus et 
pra-'cipimus in pœna et sacramento in dicto compromisso 
contentis dictis procuratoribus et eorum cuilibet ibidem 
pnesentibus quod prsdicta omnia et singula incontincnti 
nomine sue proprio et procurateriis nominibus ratificent, 
emologent et confirment, item dicimus, pronunciamus et 
precipimus in pœna et sacramento pnBdictis et declara- 
mus quod dicti procuratores tam dominœ abbatissx et 
conventus pra;dictorum quam etiam hominum et univer- 



de Fours, comme présents quoique absents, 
et Pierre Ripert de Monteils, présent et 
acceptant de se charger de la procuration des 
religieuses qui fut dressée dans l'église 
même par le notaire Reymond Gervais, 
en présence des témoins Etienne Pinet et 
Raymond Grillions, prêtres, Frère Jean de 
Carumbo, donat de l'abbaye. La procura- 
tion contenait une longue énumération de 
tous les pouvoirs donnés aux délégués. 
Pierre Ripert jura de remplir fidèlement 
son mandat sur l'âm.e de l'abbesse et des 
religieuses de tout le couvent. 

Munis de leurs pouvoirs les délégués de 

sitatis de Pedio Alto prasdicta omnia et singula emolegari 
confirmari et ratificari faciant per dominam abbatissam et 
ejus conventum et universitatem de Podio Alto, si et 
quandocumque per nos fuerunt requisiti quœ omnia et 
singula supra dicta Petrus Riperti praîdictus precurator et 
procuratorie nomine Deminœ abbatiss;e et ejus conventus 
nec non Keymundus Ortolani et Bertrandus Roca nomi- 
nibus eorum propriis et nomine procuratorio hominum et 
universitatis de Podio Alto, ut de eorum voluntate facta 
laudaverunt, approbaverunt pariter et ratificaverunt pr;c- 
dicta omnia et singula ratificari, approbari et confirmari 
facere peripsos constituentes promiserunt ad voluntatem 
dictorum dominerum arbitrorum arbitraterum et amicabi- 
lium compesitorum et requestam. De quibus omnibus 
quœlibet pars petiit sibi fieri publicum instrumentum. 
Acta fuerunt hiec in loco ipsius quœstionis testibus pr.c- 
sentibus Domino Guillelme de Rupemaura milite de Belli- 
cadro, Johanneejus filio. Domino Petro de Dyons priera 
Sancti V'eredimii, Petro de Montrauri, Guillelme Bempar, 
Guillelme Imberti alias candelarii de Rupemaura, Petro 
Chienze ferarie, Saturnini de Salvaterra et me Johanne de 
Roveria de Sarnachiis diœcesis Nemensensis publiée dicti 
demini nostri régis Francorum notarioqui pr;cdictis omni- 
bus et singulis praîsens fui et ea ad requisitionem partium 
in duabus peciis pargamenis conglutinatis cum in une 
commode interesse non possent quorum prima incipit in 
ultima Wnccih-gi/ima et fuit in eodem cum principie prinue 
lineœ secunda^ pecias rati/icaïuii, scripsi manu mea pro- 
pria et ad majorem omnium et singulorum preniissarum 
firmitatem et robur signe meo propri- et censueto sequenti 
signavi. 

(Collationné sur son original escrit ainsi qu'il y est 
énonce sur deux peaux de parchemin collées ensemble 
déposé dans les archives de la vénérable Chartreuse de 
cette ville de \'iIleneuve-lez-.Avignon, sous la cote <ie 
Furnis /, à nous exhibé et dessuite retiré par V"'" et re- 
ligieuse personne Dem Raphaël Paris, coadjuteur de 
ladite Chartreuse, par moi, Pierre-Joseph-François Gui- 
raud, notaire royal de ladite ville soussigné, le 29 avril 
1780. — Signé: Guiraud, notaire. 
(Archives municipales de Ville/u-uvc-les-Avignon,FF.y.) 



46 



iReioue ne rstt cfjtétien. 



Pujaut et de l'abbaye de Fours se réunirent 
le 23 mai à Roquemaure in ciiria. 

Étaient présents, comme témoins, Ber- 
trand Mora, Guillaume Garin, Arnaud de 
Yacono, Bertrand Imbert, Alphant Castelli 
de Roquemaure et plusieurs autres. Les 
délégués nommèrent pour arbitres sages et 
discrètes personnes maîtres Reymond Pons, 
notaire de Roquemaure et Jean Bartho- 
lomée, notaire de St-Laurent-des-Arbres, 
auxquels les parties adverses remirent tout 
pouvoir pour juger irrévocablement leur 
différend. Le jugement devait être rendu 
avant la fête de la Pentecôte, qui était 
proche, et les parties s'engagèrent à s'y 
soumettre entièrement sous peine de 25 
livres tournois d'amende. Elles le jurèrent 
sur les Saints Évangiles qu'elles touchèrent 
de leurs mains. Les deux notaires Rey- 
mond Ugon et Jean de Rovérié prirent acte 
du tout. 

Quatre jours après leur nomination, les 
deux arbitres Raymond Pons et Jean 
Bartholomée, accompagnés des délégués 
Guillaume Botin, damoiseau, et Pons Cha- 
bert, pour Pujaut, et de Ripert de Monteils 
pour l'abbaye, se transportèrent à Fours. 
Après avoir entendu la lecture de la procu- 
ration en vertu de laquelle les délégués les 
avaient nommés, ils écoutèrent les plaintes 
des deux parties, les témoins qu'elles pro- 
duisirent, visitèrent les lieux objets de la 
contestation et prononcèrent leur jugement 
qui délimita d'une manière précise ce qui 
appartenait à la communauté de Pujaut et 
ce qui appartenait à l'abbaye de Fours. Les 
notaires instrumentèrent en présence du 
seigneur Guillaume de Roquemaure che- 
valier de Beaucaire, de Jean son fils, du 
seigneur Pierre de Dyons, prieur de St-Vé- 
rédime, de Pierre de Montaux,de Guillaume 
Bompar, de Guillaume Imbert chandelier 
de Roquemaure, de Pierre Chicnze, forge- 



ron, de Saturnin de Sauveterre, et dudit 
Jean de Rovérié. 

Quelques années après, nous trouvons 
l'abbesse de Fours en rapports avec le 
chapitre de Sainte-Marie de Villeneuve- 
lez-Avignon, récemment fondé par le car- 
dinal Arnaud de Via. Le 13 avril 1344, les 
chanoines réunis dans leur chœur, en pré- 
sence de Bernard de Sancto-Flora, prêtre 
bénéficier de ladite collégiale, de Pierre 
de Rivis, prêtre du diocèse de Clermont, de 
Frère Remond Rocheta, donat du monas- 
tère de Fours, donnèrent procuration au 
chanoine Jean de Besaco pour traiter avec 
l'abbesse de Fours. Jean de Besaco lui 
abandonna une maison située à Pujaut 
franche de tous droits, moyennant unecen- 
sive consistant en une éminée de bon et 
beau blé, selon la mesure de Pujaut, à rece- 
voir chaque année en septembre, pour la fête 
de Saint-Michel. Cette éminée devait être 
apportée à Pujaut par Remond Almarici 
autrement dit Delsplas, qui la devait aux 
religieuses pour une pièce de vigne qu'elles 
avaient dans le tenement de Sauveterre, au 
quartier appelé Al Bosc de Bosa. La cen- 
sive exigée par le chapitre consistait encore 
en une éminée et demie de bon et bel orge, 
selon la mesure du fort Saint-André, que 
servaient chaque année les héritiers de Ber- 
trand Goy du dit Saint-André pour une 
viene située dans le tenement de Saint- 
André au quartier appelé Acabirès. 

La vénérable abbesse n'avait point traité 
sans avoir consulté son chapitre, et la charte 
où cette censive est consignée nous fait 
connaître les noms des Religieuses compo- 
sant alors le monastère de P"ours. C'étaient 
Dame Malavicina Malavicina;, Saura Gui- 
berta, Seceilia Pontia, Stephana Audemora, 
pitancière, Dulcia Vidalia, Emengana de 
Roquemaure, Rixende Corpa, Bertrande 
de Merindol, Berengaria Peira, Katherina 



(JBmnts D'arcbéologie et D'ôistoire sur 93incncutie4e?=3r)ignon. 47 



Garneria, Bermona Grega, infirmière, Ber- 
trande Daudela, Bertrande Plasseria, 
Jeanne Gilberta, Argentina, jardinière, 
Saura de Montolivet, Alassia Augera, Dra- 
gonta de Laudun, Pauleta Peyriera et Ala- 
seia de Merindolio. Toutes ces religieuses 
avaient autorisé leur abbesse à conclure 
l'échange proposé, par acte passé en leur 
église même par Arnald Stephani, clerc du 
diocèse de Mirepoix, notaire public, en pré- 
sence des témoins : Pierre Maura prêtre du 
diocèse d'Agde, Stéphane Eustachii de 
Suse, diocèse de Die, Jean Fromenti de 
Saint-Victor-de-Gravière, diocèse d'Uzès, 
Matthieu Jossandi de Velorge diocèse de 
Cavaillon, et frère Guillaume Imbert, donat 
dudit monastère. 

La même année, le 26 avril, noble Jean 
Durand, Doyen, Ugo Ro, sacristain, Jean de 
Besaco, Pierre de Viridario, Bernard Sabate- 
rii et Jacques Merterii, chanoines de Sainte- 
Marie de Villeneuve, réunis en chapitre, 
approuvent la convention du 14 avril ('). 

Cependant la situation isolée du mo- 
nastère de Fours l'exposait à de continuel- 
les déprédations. Jeanne réclama et obtint 
la protection royale. Philippe de Valois lui 
donna des lettres de sauvegarde qui furent 
adressées par le Sénéchal de Nîmes au 
Viguierde Villeneuve pour les faire exécu- 
ter. L'abbesse se transporta en personne à 
l'audience du Viguier et le requit de se 
rendre à son monastère, d'y faire planter des 
pannonceaux royaux, de veiller à l'exécution 
de ladite sauvegarde, et de prononcer des 
amendes contre les délinquants. Le 2 août 
1344, le Viguier se rendit à F"ours avec deux 
huissiers. Il fit planter des pannonceaux 
aux armes du roi autour des propriétés du 
monastère et sur la porte d'entrée où la 
plaque de fer existait encore en 1 780 (''). 

I. Archives du Gard, G. 1241. 

T.. Archives de Villeneuve- lez- Avignon, FF. 17, nié- 



Ces déprédations de vulgaires malfaiteurs 
n'étaient que le prélude de périls plus 
graves, qui allaient menacer l'existence mê- 
me du monastère de Fours. — Dès 1357, la 
Provence avait été ravagéepar la compagnie 
d'aventuriers ou routiers conduits par 
Arnaud Cervole dit l'archiprêtre. Inno- 
cent VI traita avec ce terrible chef et l'é- 
loigna de nos contrées. Mais en 1360, une 
autre bande de routiers commandée par 
Guiot du Pin, Lamit et le Petit Méchin, 
et qu'on appela les Tard- Vernis envahit la 
rive droite du Rhône. « Batilier, Guiot du 
Pin, Lamit et le Petit Méchin chevauchè- 
rent, eux et leurs routes, sur une nuit, bien 
quinze lieues, et vinrent sur le point du 
jour, à la ville de Pont St-Esprit et la 
prirent, et tous ceux et toutes celles qui 
dedans étaient ; dont ce fut pitié, car y 
occirent maints prud'hommes et violèrent 
maintes damoiselles, et y conquirent si 
grand avoir que sans nombre, et grandes 
pourveances pour vivre un an tout en- 
tier('). » De Pont St-Esprit, les Tard-Venus 
faisaient des excursions jusqu'aux portes 
d'Avignon. Le Pape les menaça des foudres 
de l'Église; ils s'en moquèrent, et il dut 
faire publier contre eux une croisade dont 
la direction fut confiée au cardinal Pierre 
Bertrand. Sur la rive gauche du Rhône les 
croisés se réunirent àCarpentras, sur la rive 
droite à Bagnols : intimidés par ces pré- 
paratifs, les routiers firent des propositions 
d'accommodement. Le souverain pontife 
leur donna 60000 florins et ils consentirent 
à suivre en Italie le marquis de Montferrat 
« moult gentil chevalier et bon guerroyeur, 
qui avoit grand temps tenu guerre contre 
les seigneurs de Milan et encore faisoit ('). » 
Aux ravages des routiers s'ajoutèrent en 

moire pour les consuls et commun.iutc de \'illeneuve-lez- 
Avignon contre les consuls de Rotiucniaure, les consuls 
de Pujout, et le syndic des Chartreux de Villeneuve, p. 16. 
1. Froissart, L. I, part. II, c. 147, 



48 



ïRetiue De l'att chrétien. 



ces années malheureuses les ravages de la 
peste : elle décima Avignon et les environs. 
Nul doute qu'il faut attribuer à ces circon- 
stances le déclin du monastère de Fours. Les 
religieuses réduites à un petit nombre, ne 
trouvant plus de sûreté dans cette abbaye so- 
litaire, au milieu d'une campagne dépeuplée, 
songèrent à se transférer dans Avignon 
même. Un heureux événement les aida à 
réaliser leur projet. Urbain V venait de 
remplacer Innocent VI sur la chaire pon- 
tificale (1362). Or ce pape avait deux sœurs 
religieuses de l'ordre de Saint-Benoît, l'une 
au monastère de Saint- Laurent et l'autre au 
monastère de Fours. Il avait aussi un frère, 
Anglic de Grimoard, chanoine régulier de 
Saint-Ruf de Valence, prieur de Digne, qu'il 
nomma évêque d'Avignon dont le siège 
vaquait depuis longtemps. Il le créa cardi- 
nal en 1366. Un historien d'Urbain V fait 
ce bel éloge du digne frère de ce saint pon- 
tife : <iFuit devotissimus et maximus pattpe- 
rum et clericorîtiii relevator ('). » Anglic de 
Grimoard construisit ou répara, orna et dota 
un grand nombre d'églises et de monastères 
dans les diocèses d'Avignon, de Nîmes, 
d'Uzès, de Mende et de Montpellier. Nous 
avons trouvé (-) un portrait de ce pieux et 
charitable Cardinal dans une miniature du 
temps dont nous comptons donner la repro- 

1. Baluze, Vita paparum avejiionensium, quarta vit a 
Urbatti V, attctore Aymerico de Peyraco abbate Mayssia- 
censi, t. I, p. 417. 

2. Archives de Vauchise. G. Fonds de l'évêché d'Avi- 
gnon, G. 10. Terrariiini Avinionense, 1362, fol" 12. 

On lit à gauche de la miniature : 

« Suscipe dona pia librorum 

Virgo Maria, 
Presulis Anglici famulari 

Quein volinsti 
Onis basilicae tune {?) Avini 

Virginis Aime 
Ipse salutem serves. 
Tiitamque perennem.^ 
Onis est la dernière syllabe <S! Avinionis. Cette bizarrerie 
se retrouve identiquement la même dans l'inscription 
contemporaine de celle-ci gravée autrefois sur la tour de 
Barbantane et reproduite dans les comptes relatifs à cet 
édifice. G. Fonds de rÈvéché d' Avignon. 



duction dans son riche coloris et au milieu 
d'un joli encadrement. Il est représenté à ge- 
noux offrant le terrier de l'église d'Avignon 
à la sainte Vierge patronne de sa cathé- 
drale. 

Ce fut Anglic de Grimoard qui opéra en 
1363 la translation des religieuses de Fours 
dans Avignon. Nous connaissons le motif 
particulier de l'intérêt qu'il leur portait. Il 
leur fit bâtir une église et un couvent auquel 
on conserva le nom de l'abbaye abandonnée. 
Le Pape approuva cette translation par une 
bulle donnée le XVI des Kal. d'avril la 
5™e année de son pontificat ('). Le nouveau 
monastère, contigu à celui de Ste-Catherine 
des Dames de Cîteaux ('), était situé dans 
la Carreria Massarum (aujourd'hui rue du 
Collège d'Annecy), presque en face de la 
maison qu'habitait Agnès de Beaufort, 
veuve de Pierre Obreri, architecte du Palais 
des papes (^). L'emplacement avait été vendu 
au Cardinal par le chevalier Jean d'Au- 
ron (''). L'église fut dédiée à Ste Lucie {^), 
car l'évêque d'Avignon y avait placé, 
avec plusieurs autres précieuses reliques, 
un bras de cette illustre Vierge martyre (^). 
Il ne reste plus de ces constructions que 



1. Dom Chantelou, Historia Monasterii Sancti An- 
dréa, ad an. 1239. 

2. MM. de la Bibl. d'Avignon, Cambis-Vellcran, .Iniia. 
les d'Avignon , t. II. 

3. Testament d'Agnes de Bea/(/ort,Arch\ves de Vaucluse 
G. fonds de Saint-l5idier, n" 46. Cette pièce a été retrou- 
vée et reproduite par M. Duhamel dans une très intéres- 
sante étude sur V/iabitation, la famille et la sépulture de 
Pierre Obreri architecte du Palais des papes d' Avignon, 
publiée dans les Mémoires de t Académie de Vaucluse, 
année 1884, première livraison (Avignon, Seguin, frères). 

4. Archives de \^aucluse, Terrier de l'évêché, an. 1362, 
N" 7. 

5. Archives de Vaucluse, D. 308. 

6. «... inAvinione asolo ;Bdificavit('.'\nglicus Grimoardi) 
monasterium cum ofificinis et habitationibus necessariis 
pro monialibus de Furnis ordinis sancti Benedicti, qua; 
prias erant ab extra collocatas in loco campestri etaperto; 
deditque eis multa bona et reliquias aliquorum sanctorum, 
et specialiter brachium sanct^e Luci;e munitum et in cas- 
satum in argento. » (Prima vita Urbani V. Baluze, Vitct 
paparum aven. t. I, p. 366.) 



CtiiDcs D'arcbcologie et Q'bistoirc sur amcncutic=lC5=atiignon. 49 



l'éfiflise transformée en ma<jasin avec ses 
murs, ses fenêtres, ses contreforts portant les 
signes d'appareil du XIV*^ siècle (la façade 
a été refaite à la Renaissance), la porte 
d'entrée du couvent et quelques portions du 
cloître comprises maintenant dans plusieurs 
maisons attenantes. Une chapelle de l'église 
porte encore à la clé des nervures de sa voûte 
les armoiries des Grimoards : de zueules ati 
chef d'or emmenché de quatre pointes. 

Le cardinal Anglic ne cessa de protéger 
le nouveau monastère qu'il avait fondé. 
Son testament nous offre un suprême 
témoignasse de sa sollicitude. En même 
temps qu'il donne à sa sœur Delphine deGri- 
moard, religieuse bénédictine au monastère 
de St- Laurent une pension viagère de 1 5 flo- 
rins d'or, il lègue dix florins d'or de pension 
à une autre sœur Isabelle de Sinzelles reli- 
gieuse à Sainte-Marie de Fours. Il lègue en 
outre â ce monastère la moitié des livres de 
sa grande chapelle où il a l'habitude d'enten- 
dre les messes chantées ; l'autre moitié était 
attribuée aux religieuses deSte-Croix d'Apt. 
Ses exécuteurs testamentaires, Guillaume 
Vilate abbé de St-André, Audibert de Sade, 
prévôt de Toulouse et Pierre Olivier son 
camérier, étaient chargés de faire ce partage. 
Eniîn il lui lègue trois cents florins d'or afin 
d'acheter des vignes pour fournir aux reli- 
gieuses leur provision de vin, sans qu'on 
puisse, sous aucun prétexte, appliquer cette 
somme à une autre destination ('). 

I. « Supia qua domo (une maison que le cardinal venait 
d'acheter à Raymond Malisanguinis damoiseau de Pa- 
ternes du diocèse de Carpintras, située à .'Avignon dans 
sa livrée, confrontant à la maison de Jean Cavalier, au 
monastère de St-Laurent, à la tour dudit monastère 
et à deux rues) lego dilecta; mihi in X" sorori Dalpliinaî 
Grimoardi dicti monasterii Sancti Laurentii avinionensis 
moniali quindecim tlorenos auri currentes de viginti qua- 
tuor solidis monetic avinionensis pensionales et pro annua 
pensione eidem Dalphina singulis annis solvendos quam- 
diu fuerit in humanis. Item lego super eadem domo 
Dilectœ mihi in Christo sorori Isabelli de Sinzellis moniali 
beata; Maria; de Furnis avinionensis ejusdem ordinis 
decem florenos auri valoris supradicti, videlicet de viginti 
quatuor solidis, pensionales et pro annua pensione eidem 



Le cardinal Guillaume de Chanac té- 
moigna aussi par un legs testamentaire de 
son intérêt pour le nouveau monastère de 
Fours auquel il légua quatre florins d'or ('). 
Si la protection du frère du pape et de 
quelques autres princes de l'Eglise, valut au 
monastère de Fours, transporté à Avignon, 
quelque prospérité, elle ne fut pas de lon- 
gue durée. Le nombre des religieuses fut 
toujours en diminuant, et aussi le revenu 
du monastère. En 1423, il n'en restait 
plus que quatre, et lorsqu'elles avaient 
payé les charges qui grevaient leur bien, 
elles n'avaient pour vivre chaque année, que 
vingt-quatre livres petits tournois. Ces 
quatre dernières religieuses étaient Juaneta 
de Sobyreto, prieure, Aiguesia de Scutella, 
Clementia de Sancto-Romano et Aluvisia 
Urtice (-). C'est avec un respect attendri 
que nous recueillons ces noms. Celles qui 
les portaient avaient voulu s'ensevelir dans 
l'ombre sainteducloitre : leur malheurd'avoir 
été les témoins de la ruine totale de leur 
maison les a fait passer à la postérité. Cette 
maison désolée fut du moins le berceau 
d'une institution dont l'histoire forme une 

Isabelli singulis annis solvendos quamdiu fuerit in hu- 
manis. Obligans et expresse hypothecans ac obligatam et 
hypothecatam esse volens eisdem sororibus Dalphina; et 
Isabelli perpetuo dictam domuni et loquerium ejusdem 
pro dicta pensione eis et cuilibet earum solvenda annis 
singulis... — Item lego monasterio B. Mari;i; de Furnis 
avinionensis et Sanctœ Crucis de Apta supradicto libres 
quos habeo deputatos ad usum et servitium capelke nieœ 
magnie, in qua solitus sum Missas audire cum nota, et 
volo, jubeo atcjue mando libros hujusmodi ipsis duobus 
monasteriis a;qualiter dividi perdictosdominosGuillelmum 
abbatem monasterii S. .Andre;e, .-Xudibertum de Sado, 
Pra;positum Tolosanum et Petrum Olivarii camerarium 
meum superius nominatos. Item lego dicto monasterio 
B. M. oe Furnis trecentos tlorenos auri currentes semel 
tantum solvendos pro emendis vincis ipsi monasterio ex 
quibus suam habeat vini provisionem,et volo, jubeo atque 
mando quod hujusmodi pecunia, quacumque necessitate 
seu occasione contingente, nullis aliis usibus applicetur. '» 
(Testamentum R. in Christo Patris et Domini D. Anglici 
episcopi Albanensis cardinalis, anno 13S8, ex archivis 
S. AndrecC prope Avenionem. Baluze, Vila Paparum 
Aveniensium, t. II, p. 102 1 et sq.) 

1. Baluze, Vitce Paparum etc, t. II, p. 956. 

2. Archives de V'aucluse, D. 30S. 



50 



iRcuuc De l'art cîjcéticn. 



belle et intéressante page clés annales 
d'Avignon. Le cardinal fean de Brogny, 
évêque d'Ostie, avait eu la pensée de fon- 
der un collège où vingt enfants de la Savoie, 
sa patrie, seraient reçus gratuitement : ces 
écoliers devaient suivre les cours de l'univer- 
sité avignonaise ; il avait déjà préparé cette 
fondation, mais la mort le surprit avant 
qu'il l'eût menée abonne fin. Il chargea ses 
exécuteurs testamentaires d'achever ce qu'il 
avait commencé. H ugon, évêque de Vaison, 
Gérald, évêque de Coserans, François, évê- 
que élu de Mende, Anthoine Virronis, 
docteur es lois, Alain Brientii, archidiacre 
de Bologne, Chrétien Fabri, prévôt de 
Riez, Jean de Nemoribus, archidiacre de 
Gap,- Thomas de Burgundia, sacristain de 
Glandève, jetèrent les yeux sur les bâtiments 
qui constituaient le monastère de Fours. 
Ils demandèrent au souverain Pontife, 
Martin V, d'affecter cet immeuble à la 
fondation projetée du cardinal de Brognac. 
Le pape se rendit à leur désir. Il chargea 
Jean Dupuy, prévôt de Carpentras et tré- 
sorier général de l'Église romaine dans le 
Comtat, de supprimer la dignité abbatiale 
dans le monastère de Fours et de trans- 
porter dans un autre monastère de béné- 
dictines les quatre dernières religieuses 
avecleursbiens et leurs droits; il le charg-eait 
en même temps d'unir au collège du car- 
dinal, afin d'en assurer l'existence, le prieuré 
bénédictin de Bolène qui dépendait de 
l'abbaye de l'île Barbe de Lyon. Le motif 
qui détermina Martin V à accepter la pro- 
position (jui lui avait été faite, mérite d'être 
connu ; il est exposé dans ce beau début de 
la bulle adressée à Jean Uujjuy où le Pape 
dit qu'il met un soin particulier à ce que les 
fidèles puissent chercher la perle de la 
science : C'est une gloire de la posséder ; 
elle chasse la nuit de l'ignorance, elle fait 
resplendir au loin le nom de Dieu et la foi 



catholique, elle accroît le culte de la justice 
publique et privée, elle enseigne le gouver- 
nement si utile de la raison, et elle augmente 
heureusement tout ce que les hommes 
espèrent de bien. Le Saint-Siège ne sau- 
rait donc trop favoriser les fondations 
qui assurent la diffusion de la science ('). 

Jean Dupuy accomplit le mandat Pon- 
tifical ; il ordonna aux relisfieuses de F'ours 
de se transporter dans l'abbaye bénédictine 
deSaint-Véran aux portes d'Avignon, affecta 
leur monastère au collège qui porta le nom 
de Saint- Nicolas d'Annecy, et auquel il an- 
nexa le même jour le prieuré de Bolène. 
Le 24 JLiillet [428,1e prévôt adressait l'acte 
d'exécution de la bulle de Martin V, aux 
évêques d'Avignon et de Saint-Paul-trois 
Châteaux, ainsi qu'aux abbés de St-André 
de Villeneuve et de l'île Barbe de Lyon (-). 

1. Martinus episcopus servus servorum Dei, Dilecto 
filio Johanni de Putheo pnçposito ecclesise Carpentora- 
ctensis in comitatu Venayssini,thesaurario nostro, salutem 
et apostolicam benedictionem. In apostolica: sedis spé- 
cule superni dispositione Rectoris, licet immei'ito consti- 
tutus, ad universas fidelium regiones nostnu vigilantia; 
créditas, eorumque profecta et commoda tanquam univer- 
salis giegis dominici pastor, commiss.c nobis specula- 
tionis aciem extendentes, fidelibus ipsis ad querendum 
litterarum studia et scientiit maigaiitam cujus, dum in- 
venitur, gloriosa est possessio, per qiiam ])elluntur igno- 
rantiae nubila et divini nominis fideique catholicaî cultus 
protenditur, justitia colitiir tam publies quam privata, 
ratio geritur utiliter, omnisque spes humanae conditionis 
féliciter adaugetur, pastoralem curam studiosius impen- 
dimus et ne de hujus modi fonte irrigue tam precelsum 
commendabileque exercitium haurire anhelantes reruni 
defectus retrahat apostolicœ liberalitatis manus apponi- 
mus illaque pia testantiuni vota qu;e pro multiplicandis 
hujusmodi doctrin;e fructibus salutaribus prodiisse com- 
periraus ut ad debitum producantur efîfcctuni libenter 

gratiis et favoribus prosequiniur opportunis (Archives 

de \'aucluse. D. 301S, fol. 29.) 

2. Keverendis in Chrislo patribus et Dominis Domi- 
nis miserationc divina .'\venioncnsi et Trirastrincnsi epi- 
scopis ac nionasterii Sancti Andrc;e ordinis sancti Henc- 
dicti avenionensis et nionasterii Insiikt Barbar.v ejusdcm 
ordinis Lugduncnsis diœcesum abbatibus ac omnibus aliis 
universis et singulis pricsentes litteras inspecturis, Jo- 
hannes de Puteo prx-positus ecclesi;u Carpentoractensis et 
in Comitatu Venaissini pro Domino nostro papaetSancla 
Romana Ecclesia Tliesaurarius generalis, judex et coni- 
missarius ac executor unicus ad infra scripta a sancla 
sede apostolica specialiter dcputatus salutem in Domino 
et presentibus fidem in dubium adhibcre Idcirco 



Ctuoes D'arcbéologie et D'bistoirc sur îîiUencut)C=Ie5=at)ignon. 51 



Quelques jours après, les délégués du 
prévôt, munis de l'acte d'exécution de la 
bulle de Martin V, se présentèrent au 
monastère d'Avignon, pour en prendre 
possession au nom des exécuteurs testamen- 
taires du cardinal de Brogny. Les religieu- 
ses, à genoux, jurèrent obéissance à l'ab- 
besse de St-Véran, puis dame Juaneta de 
Sobyreto accomplit (avec quels sentiments 
tristes et résignés, on l'imagine) son dernier 
acte de prieure. Elle conduisit les délégués 
à l'église, elle leur en remit les clés, et ils 
ouvrirent et fermèrent la porte. Elle leur 
présenta la corde de la cloche, qu'ils firent 
tinter. Arrivés à l'autel, ils le touchèrent de 
la main droite, y déposèrent le missel qu'on 
leur donna, l'ouvrirent et le fermèrent. De 
la chapelle, le cortège se rendit au réfectoire, 
au cellier, à la chambre abbatiale, et aux 
autres chambres où eut lieu la même céré- 
monie de la tradition des clés, de l'ouver- 
ture et de la fermeture des portes. Enfin 

auctoritate apostolica nobis commissa et qua fungimur in 
hac parte prefatis dominis Hugoni, Geraldo Vasionensi 
et Conseranensi episcopis et Francisco olim electo nunc 
vero episcopo Gebenensi ac Anthonio Virronis, Alano 
Brientii, Cristino Fabri, Johanni de Nemoribus et Thoma; 
de Burgundia ac aliis executoiibus dicti bon;E memoriœ 
Domini Johannis episcopi ostiensis sacrosantii; Roman;e 
EcclesiiçCardinalis et Vicecancellarii memorati collegium 
in dicta civitate Avenionensi et apuddictum monasterium 
de Furnis pro usu et liabitatione dictorum viginti quatuor 
scolarium sive studentium in ipsa civitate pro tempore 

vacatLirorum fundandi et erigendi plenam et liberam 

largiti fuimus et largimur per prcesentes licentiam et aiic- 
toritalem necnon moniales pr;efatas dicti monasterii de 
Furnis quatuor in numéro existentes cum facultatibus 
aliisque suis et ipsius monasterii de Furnis redditibus 
bonis rébus, ad aliud monasterium videlicet ad monaste- 
rium Sancti Verani prope Avinionem quod dicti ordinis 
Sancti Benedicti existit cum in ipso monasterio Sancti 
Verani ipsx- moniales congruentius degere et susten- 
tare valeant quam in dicto monasterio de Furnis, eadem 
auctoritate apostolica transtulimus et transferimus ac 
dignitatcm abbatissalem et ordinem .Sancti Benedicti hu- 
jusmodi in eodeni monasterio de Furnis suppressimus et 
supprimimus, illiusque monasterii de Furnis donios et 
edil'ficia eidem coUegio per ipsos dominos executores fuu-' 
dando in perpetuum applicavimus et appropriavimus et 

applicamus et appropriamus per présentes Monuimus 

insuper auctoritate apostolica predicta qua fungimur in 
hac parte et tenore presentium monemus primo secundo 
tertio et perhenniter communiter et divisim prefatas olim 



on arriva à la salle des archives : la prieure 
ouvrit aux délégués les deux cofïres renfer- 
mant les titres du monastère ('). Il ne res- 
tait plus à dame Juaneta de Sobyreto et à 
ses trois religieuses que de dire adieu à ces 
murs oi^i elles avaient espéré finir leurs 
jours, et à se retirer dans la résidence qui 
leur était assignée : le monastère de Fours 
était devenu le collège Saint- Nicolas d'An- 
necy. 

Le vieux monastère de Fours abandon- 
né au fond de la V'alergue et les autres 
possessions qui restaient aux quatre reli- 
gieuses reçues à St-V'éran, devaient être 
une charge onéreuse pour leurs nouvelles 
sœurs. D'un autre côté les supérieurs du 
collège Saint- Nicolas d'Annecy devaient 
désirer posséder non loin d'Avignon une 
maison de campagne. Quatre ans après 
leur translation, les quatre religieuses ven- 
daient au collège leur ancien couvent avec 
son église et leurs autres terres. « L'acte de 

dicti monasterii de Furnis moniales quatuor in numéro 
existentes, videlicet religiosas dominas Jaonetam de 
Sobyreto olim dicti monasterii priorissam, Aiguesiam de 
Scutella, Clementina de Sancto Romano et Aluvisiam 

Urtice a dicto olim monasterio de Furnis ejusque 

domibus et habitationibus cum bonis et rébus ac fructibus 
et redditibus earumdem exeant et recédant et ad dictum 
monasterium Sancti Verani se tra.^sferant, possessionem 
liberam et vacuam ac expeditam dicti olim monasterii de 
Furnis ac domorum et habitationum ejusdem dictis domi- 
nis executoribus dicti quondam Domini Cardinalis Ostien- 
sis fundatoris prefatis seu eorum procuratoribus ad opus 
et utilitatem dicti collegii et scolarium ejusdem, dimittcnt 
tradantque et délibèrent, cum efteclu et ipsa: dominLC ab- 
batissaj et moniales Sancti Verani predictie easdem qua- 
tuor moniales dicti olim monasterii de Furnis prenominatas 
in dicto ipsarum monasterio Sancti Veiani cum dictis ea- 
rum bonis et rébus ac fructibus et redditibus recipiant 
et admittant ac caritative eas tractent... Datum et actum 
Carpentoracti, in domo habitationis nostra;, videlicet in 
domo dict;c nostric Thesaurari;e officii et in viridario ejus- 
dem nobis inibi super quoddam sedile lapideum pro tribu- 
nali more majorum, sedentibus, quem locum ad predicta 
peragenda nobis elegimus anno a Nativitate Domini mil- 
lesimo quadragentesimo vigesimo octavo et die vigesima 
tertiamensis Julii indictione sexta, pontificatus dicti Do- 
mini nostri Martini divina Proxidcntia papa' C|uinti anno 
undccimo... 

(.■\rchives de \'aucluse, D. 30S, fol. 92-102.) 
I. Archives de Vauclusc, D. 308. 



52 



iRetiue De l'9rt cïj rétien. 



vente en date du 19 août 1428, exprime en 
détail tous les biens meubles et immeubles 
des religieuses; il fait mention non seule- 
ment des biens fonds de ce monastère, mais 
encore des lieux où ils étaient situés. Il y est 
dit que les religieuses de Fours possédaient 
des biens à Villeneuve, Avignon, Pujaut, 
Sorgue, à Saumane et à Baume dans le 
Comtat... Voici comment le domaine de 
Fours y est désigné : et premièrement une 
grange ou domaine vulgairement appelé de 
Fours, dans lequel était anciennement le 
dit monastère de Fours situé dans les appar- 
tenances et le district, c'est-à-dire, du terri- 
toire de la juridiction du village de Saint- 
André-lez-Avignon, avec tout son terroir 
culte et inculte formant environ 200 salmées 
de terre. Qiioddam viansiini sive grangmm 
aiit doiiiuiii, zndgariter de Furiiis iiîuiciipa- 
tum in quo antiq2ut»i erat diciuin nionaste- 
riuni de Furnis, siiîcainin in pertinentiis ac 
districtu seu territorii jurisdictionis castri 
sajicti Andrcce prope-Avinioiiem,cum toto ejus 
territorio tam ciUto qicam iiicuKo, inieroiimia 
circa ducentos smunatas terres ("). » Martin V 
confirma, par une bulle du 2g décembre 
1430, cette vente. L'an 1435 le concile de 
Bâle confirma aussi, à l'instance du duc de 
Savoie.protecteur du collège Saint-Nicolas, 
l'union du prieuré de Bolène et l'affectation 
du monastère avignonais de Fours [^). Enfin 
Calixte III, en 1458, ratifia tout ce que ses 
prédécesseurs avaient concédé en faveur de 
ce collège, soit l'union du prieuré soit l'af- 
fectation du monastère (3). 

Le collège Saint-Nicolas d'Annecy ne 
garda que quelques années la grange et le 
domaine de Fours; il les céda, contre une 
rente de 50 Horins d'or, à la chartreuse de 
Villeneuve. Pie II par une première bulle 



1. Archives de ViUeneuve-Iez-Avignon. I-'F. y. 
moire pour les consuls, etc., pp. i6, 17. 

2. Archives de Vaucluse, I). 308. 

3. Archives de Vaucluse, D. 308. 



Mé- 



chargea en 1459 le cardinal de Foix de pro- 
céder à cet arrangement, qu'il confirma par 
une seconde bulle en 1460. Entre les mains 
des Chartreux, Fours devint une ferme pro- 
ductive; ils y créèrent un moulin à huile, un 
moulin à blé, une tuilerie. En 1690 cette 
ferme leur rapportait 34 salmées de blé ("). 
En 1732 elle leur fournissait 300 œufs (^); 
en 1747 ils affermaient le moulin à blé à 
Jean Bouchet au prix de 15 salmées de 
blé. Cependant l'antique église de Fours 
avait traversé intacte toutes ces vicissitudes. 
Le samedi soir un père chartreux arrivait 
à la ferme et le dimanche, dès l'aube, il célé- 
brait les saints mystères pour les cultiva- 
teurs d'alentour. La prière liturgique s'éle- 
vait ainsi de loin en loin dans ce vénérable 
sanctuaire, qu'avaient rempli jadis les chants 
de la psalmodie monastique, et la cendre de 
la pieuse fille de Pierre d'Albaron pouvait 
tressaillir au contact de la robe blanche du 
fils de saint Bruno, qui frôlait sa tombe en 
franchissant le seuil sacré. Mais à la Révolu- 
tion ce dernier accent de la prière s'éteignit: 
la ferme fut vendue et la tombe fut violée. 
Du moins la belle église de l'ancien monas- 
tère est encore debout, pleurant .sa gloire 
passée. Le visiteur peut encore admirer sous 
le porche dégradé l'épitaphe de la généreuse 
Mabilia. Ce monument rappelle la meilleure 
époque de l'architecture romane, ce nom 
évoque le souvenir de quelques âmes saintes 
qui trouvèrent dans cette pauvre solitude 
les joies du divin amour. En faut-il davan- 
tage pour que l'humble histoire de Fours 
attire sur ces ruines un regard ému de qui- 
conque est sensible, au milieu des vaines 
agitations de la vie, aux beautés de l'art et 
aux parfums de la vertu ? 

F". FUZET. 
Doyen de Villeneuve-lez-Avignon. 

1. Archives du Gard, H. 344. 

2. Archives du Gard, H. 352. 



■Mk ^Xb flSft ^Xa ^Xa ^Xft ^^M flXft flXft flSft aZa aXb ^Xa ^^m dXft ^B^ ^^w ^^w ^^w ^^m ^^m ^^w ^^m ^^u ^^m ^B^ 



Des bases et ïies ustensiles eucftartstiques. 



(troisième article.) ^^^^^^ 




§ I. Allemagne et Autriche. 

OLOGNE. — A l'église des 
Saints-Apôtres, calice en argent 
doré, richement orné(XIIIe s.). 
Les médaillons en bas-relief du 
pied représententrAnnonciation, la Nativité, 
le Crucifiement et la Résurrection du Sau- 
veur. Il y a d'autres calices remarquables à la 
cathédrale, à Saint-André, à l'Assomption, 
à Sainte-Catherine, à Saint-Géréon, etc. ("). 
Gran (Hongrie). — A la cathédrale, 
calice en argent doré, du XV^ siècle. Le 
pied est disposé en forme de rose à six 
feuilles, décorées de filigranes rétiformes ; 
l'une d'elles porte dans un écu une double 
aigle couronnée. 

HiLDESHEiM (Cathédrale d'). — Calice 
en or, attribué parla tradition à Bernwald, 
treizième évêque d'Hildesheim (►!< 1079), 
mais d'un travail qui accuse le XI 1 1<^ siècle. 
Au-dessus de la représentation de la Cène, 
on lit ces deux vers : 

Rex sedet in cœna turba cinctus duodena 
Se tenet in manibus se cibat ipse cibus. 

La topaze qui en orne le nœud est une 
des plus grandes pierres de ce genre qui 
soit connue en Europe. 

Autre calice attribué à saint Bernwald, 
évêque d'Hildesheim {>i> 1146). Toute la 
coupe est entourée de filigranes, sauf un 
espace en demi-cercle, réservé pour les 
lèvres du célébrant. 

Francfort-sur-le-Mein. -- A la cathé- 
drale, calice d'argent doré du XV^ siècle ; 
sur les lobes du pied, fines gravures repré- 

I. Cf. Bock, Très, sacr.de Cologne. 



sentant le Christ, la Vierge- M ère, saint 
Georges, sainte Catherine, sainte Barbe et 
la Crucifixion. 

Kremsmunster (Autriche). — On con- 
serve, à cette abbaye, un grand calice en 
cuivre doré, exécuté par ordre de Tassilo, 
duc de Bavière, et de sa femme Liutperge, 
fille de Didier, roi des Lombards (XTII^ s.), 
comme l'indique l'inscription du pied : 

Tassilo dvx fortis livperg virgo regalis. 
Cinq plaques d'argent niellé, adaptées à la 
coupe, représentent le Christ et les quatre 
symboles évangélistiques. 

Munich. — A la Riche-Chapelle du roi 
de Bavière, magnifique calice d'or, aux 
armes de Maximilien I^'", duc de Bavière. 
Des émaux incrustés à fleur de métal for- 
ment une ornementation d'un goût très pur. 

OsNABRucK. — Calice en argent doré et 
émaillé du XIV^ siècle. Les émaux repré- 
sentent la trahison de Judas, la comparution 
devant Caiphe, la Flagellation, le portement 
de Croix, le Crucifiement, les prophètes, les 
apôtres, des anges, le phénix, le pélican, 
et les quatre symboles évangélistiques ('). 

Il y a encore des calices remarquables du 
m.oyen âge aux cathédrales d'Aix-la-Cha- 
pelle (XV' s.), de Dantzig (XV'= s.), de 
Francfort-sur-le-Mein (XV'" s.), de Lubeck, 
de Mayence (XL' et XA'^ s.), de Monza 
(XV'' s.), d'Osnabrlick (XI IP etXV= s.), de 
Paderborn (XI H" s.), de Ratisbonne 
(XI I F s.); aux abbayes d'Admont (XIV" s.), 
de Klosterneubourg (XIV° s.), de Saint- 

I. De Linas, Expos, de DusseUorf, dans la Rev. de 
FArt chrét., janv. iSSi, p. 55. Nous avons emprunté quel- 
ques autres indications à cet excellent travail. 



1885. ^- i'"= Livraison. 



54 



Eetjue te l'art c&réticn. 



Pierre de Salzbourg (XII^ s.), de Wilten, 
près d'Inspruck (XII' s.) ; à Saint-Gervais 
de Trêves (XI' s.) ; aux églises d'Emmerich 
(XP s.), de Fritzlar, de Gladbach, de Wesel, 
etc ; à la chapelle du château de Mamberg, en 
Bavière (XVI' s.); au musée de Berlin, etc. 

§ 2. Belgique. 

Namur. — Au couvent des Sœurs de 
Notre-Dame, calice du XI 11= siècle, dont 
le pied est décoré de dix plaques niellées. 
Une inscription fait connaître sa destination 
originelle et le nom de l'artiste : >i* Hvgo me 
fecit : oraie pro ea : calix ecclesiœ bcati 
A^ickolai de Ognies. 

Autres calices à Saint-Jacques de Liège 
(XV' s.), à Saint-Servais de Maestricht 
(XI IP s.), à la chapelle de l'archevêché de 
Malines (XV' s.), au musée diocésain de 
Bruges, etc. 

§ 3- Espagne et Portugal. 

AjuDA. — L'exposition universelle de 1867 
a fait connaître le calice en vermeil de la cha- 
pelle du palais d'Ajuda (Portugal). C'est une 
œuvre du XVI' siècle, dont le ciseleur est 
resté inconnu. Les douze apôtres sont 
groupés, deux par deux, dans les six niches 
qui décorent la coupe et d'où pendent des 
clochettes. De nombreuses scènes de la 
Passion sont figurées dans de petits cadres 
qui garnissent la tige ('). 

BuRGOs. — Calice en or du XV' siècle, 
richement décoré de perles et de pierres 
précieuses. Le custode m'a affirmé qu'il 
valait un million ! 

Madrid. — Au musée naval, calice fait 
du bois du ceiba, à l'ombre duquel fut 
célébrée la première messe à la Havane, 
le 19 mars 15 19. Au musée archéologique, 
on voit un calice décoré d'ivoire et de corail. 

Saint-Dominique de Silos. — A cette 
abbaye, occupée aujourd'hui par des Béné- 

I. Magas. pu/., 1873, p. 169. 



dictins de la Congrégation de France, se 
trouve un calice du XI' siècle, dont Inscrip- 
tion nous apprend qu'il a été fait en l'hon- 
neur de saint Sébastien, par un abbé nommé 
Domenico. Des arcatures en plein-cintre 
sont figurées en filigranes autour de la coupe. 

Sarragosse. — A Notre-Dame del 
Pilar, calice orné de 1999 pierreries. 

Autres calices à la cathédrale de Coïmbre 
(XII' s.), à l'Académie royale des Beaux- 
Arts de Lisbonne (du XII' au XV' siècle), 
au cabinet de don Luis, roi de Portugal, à 
la cathédrale de Séville (fausse attribution 
au papeClément F"^), etc;calices à clochettes 
aux cathédrales de Braga, de Caminha, de 
Lamego, de Guimaras, etc. 

§ 4. France. 

Notre ancienne orfèvrerie sacrée a perdu 
la plupart de ses chefs-d'œuvre ; ils ont été 
détruits au XV 1 1' siècle par les H uguenots ; 
sous Louis XIV, pour battre monnaie au 
profit des expéditions guerrières : sous 
Louis XV, par mépris de tout ce qui était 
gothique, et enfin surtout, pendant la tour- 
mente révolutionnaire, où tant d'œuvres 
d'art religieuses ont été jetées au creuset. 

Depuis, le vandalisme a parfois été en- 
couragé par ceux qui auraient dû se montrer 
les respectueu.K conservateurs des monu- 
ments antiques. C'est ainsi que Mgr Affre, 
dans son Traité des /v?(^;7^«<?^-, n'a point hé- 
sité à écrire ces lignes stupéfiantes : « Si les 
vases sacrés sont d'un goût gothique, le 
curé peut exiger du conseil de Fabrique 
qu'ils soient remplacés par d'autresd'un goût 
plus moderne.» 

Amiens. — On conserve à l'Evêché un 
calice provenant de Saint-Martin-au-Bourg, 
lequel, d'après l'ancienne tradition de cette 
paroisse, aurait servi à saint Thomas de 
Cantorbéry, alors qu'il y dit la messe en 
I 1 70. Le style de ce calice nous semble 



Des tiases et Des ustensiles eucbaristiques. 



55 



démontrer qu'il ne remonte pas plus haut 
que le XI II" siècle. 

Bar-sur-Aube. — A Saint-Maclou, calice 
en vermeil, dont la coupe est frappée au 
marteau. Les douze apôtres y figurent avec 
Jésus-Christ, ainsi que les animaux évan- 
gélistiques et diverses scènes du Nouveau- 
Testament. 

Bellaing (Nord). — -Calice duXV^I'siècle, 
provenant de l'abbaye de Saint-Martin de 
Tournai. Sur le pied, douze médaillons circu- 
laires représentant des scènes hagiographi- 
ques, relatives à sainte Catherine, sainte Mar- 
the, saint Vaast, saint Amand, saint Eloi, etc. 

BiviLLE (Manche). — On y conserve le 
calice du bienheureux Thomas Hélie 
(XI II" s.). Il est en argent doré et non pas 
en or massif, comme on l'a souvent prétendu. 
Sur le pied on lit cette inscription trois fois 
répétée : ►$< par amour sui (sic) donné. La 
tradition veut que ces paroles fassent allu- 
sion au don que saint Louis aurait fait de ce 
calice au bienheureux Hélie, par affection 
pour lui. On a récemment supposé que ces 
paroles doivent être mises dans la bouche de 
Jésus-Christ qui se donne par amour dans 
l'Eucharistie. Mais cette interprétation paraît 
invraisemblable ('). Remarquons d'ailleurs 
que cette inscription est très postérieure au 
calice; elle aura probablement été regravée 
au XV" siècle, alors qu'on fit quelques ré- 
parations à ce précieux objet. 

Chelles. — Le calice, exécuté par saint 
Eloi et donné à l'abbaye de Chelles par 
sainte Bathilde, fut envoyé à la Monnaie, 
en 1792 ; il n'est donc connu que par 
des eravures. On a lonijuement discuté 
si certaines décorations de ce précieux 
monument étaient en verroteries incrus- 
tées à froid ou en émail cloisonné ('). 

1. Cf. Rev. lie VArt chrét., 2""= série, t. IV, p. 120. 

2. Cf. Méiii. des ant. de France, y série, t. VU, p. 203; 
BuUet., p. 176; Rev. de C-irt chrét., t. VIII, p. 113, 
etc ; t. XXVIII, p. 320. 



Cette dernière opinion a fini par prévaloir. 

La Rochelle. — Au Grand Séminaire, 

on conserve un calice en vermeil, que l'on 

dit avoir servi à Richelieu, célébrant une 



messe d'actions de o^râces, 



dans l'église 



Sainte-Marguerite, le jour de l'entrée de 
Louis XIII à La Rochelle. 

Nancv. — Calice de saint Gozlin (X" s.). 
Sa coupe hémisphérique, pourvue de deux 
anses, est soutenue par un pied de forme 
élégante. Le tout est orné de filigranes, de 
pierres précieuses non taillées et de perles 
enchâssées. 

Paris. — On conserve, au Cabinet des 
Antiques, un petit vase d'or, trouvé à Gour- 
don, en 1845; ce parait être un calice du 
V" ou VI" siècle et non pas une burette, 
commel'ont supposé quelques archéologues ; 
c'est une coupe, cannelée par le bas, décorée 
dans la partie supérieure de six cœurs en 
pierres fines, et supportée par un pied coni- 
que, sillonné de cannelures à arêtes vives. 

Reims. — Calice d'or, dit de saint Rémi, 
apporté à Paris en 1 792 et restitué à la cathé- 
drale par Napoléon 1 1 1, en 1 861. Sa décora- 
tion principale consiste dans une bande d'or, 
sur laquelle alternent des pierres fines en- 
tourées de perles et de cabochons d'émail. 
On y compte 7 émeraudes, 6 grenats, 3 
saphirs et 9 agates. Ce magnifique vase a 
toujours été désigné sous le nom de calice de 
saint Renii,i>2SiS, doute parce qu'il fut exécuté 
pour remplacer un vase que saint Rémi avait 
légué à son église métropolitaine. On lit sur 
le pied l'inscription suivante, qui a dû con- 
tribuer, après une absence de soixante-dix 
ans, à faire rentrer ce précieux objet dans son 
vénérable asile. Quiciinique. hiinc.calicem. in- 
vadiave7'it. vel. ab. ecclesia. Rcmensialiquo via 
do alianaverit. anatliema. si t. fiai. Amen. — Ce 
calice a été attribué par plusieurs archéolo- 
gues au XI" ou auXlI"siècle. M.J. Labarte(') 
I. Hist. des arts industr., 2° édit., t . I, p. 344. 



56 



iRetîue De V art chrétien. 



croit que c'est l'œuvre d'un des artistes grecs 
qui ont suivi en Allemagne l'impératrice 
Théophanie, mariée en 972 à Othon II. 

Saint-Jean-du-Doigt (Finistère). — 
Calice donné, dit-on, par Anne de Bretagne, 
en 1506. Il est décoré de rinceaux, d'enroule- 
ments, de dauphins et de huit statuettes 
d'apôtres. 

Saint-Servant (Morbihan). — On y 
conserve un calice sur lequel est inscrit, en 
lettres gothiques, le nom de sanci Gobrian. 
On sait que saint Gobrien, évêque de Van- 
nes, se fit ermite dans ces parages. 

Sens. — A la cathédrale, calice en ver- 
meil du XV'^ siècle. La coupe n'a pour 
ornements que des fiammes; le nœud est 
décoré de treize médaillons, représentant la 
Vierge et les douze apôtres. 

Autres calices aux cathédrales de Lyon, 
de Pamiers, de Paris (XV L s.), de Troyes 
(XII I'^ s.) ; aux églises de Bellignies (Nord), 
de Chitry (Yonne), de Genolhac (Gard), de 
Gordes (Vaucluse), de Malabat (Gers), 
d'Obies (Nord), de Rocamadour (Lot), 
de Saillant (Corrèze), de Saint-Marc-sur- 
Couesnon (Ille-et-Vilaine), de Saint-Omer, 
de Sainte-Radegonde (Gers), de Tintury 
(Nièvre); au musée de Cluny, etc. 

On voit des calices, plus ou moins re- 
marquables, dans des collections particuliè- 
res, telles que celles de M. Basilewski, de 
M. Odiot, du prince Soltikoff, etc. M. P. du 
Chatellier possède une coupe en argent, 
trouvée à Plomelin (Finistère), dont le fond 
représente la sainte Face de Notre Sei- 
gneur, avec cette inscription: Ecce. aiig. 
vul. sanctus, c'est-à-dire Ecce augustus vul- 
tus sanctus. Cet antiquaire croit que c'était 
un vase du XIV"^ siècle, destiné à la distri- 
bution du vin consacré, à l'époque où les 
fidèles communiaient encore sous les deux 
espèces. (< L'image du saint Suaire, dit-il ('), 

I. BiilUt. inoHum., t. .KLI, p. 723. 



aurait été disposée dans le fond de la 
coupe, dans le but de placer, au moment de 
la communion, grâce à l'inclinaison du vase, 
la Face même du Christ sous les yeux de 
celui qui recevait sa chair et son sang. » 

M. Poussielgue-Rusand, M. Armand 
Cailliat et d'autres orfèvres ont exécuté, 
dans le style du moyen âge, de remarqua- 
bles calices. Bornons-nous à citer ceux des 
cathédrales d'Auch, de Saint- Martin de 
Laon, de Notre-Dame de la Délivrande et 
de Saint-Didier-sur-Riveric (Rhône). 

§ 5. Grande-Bretagne. 

Ardagii (Irlande). — - Le calice d'Ardagh, 
ainsi nommé du lieu où il a été découvert, 
est en argent, pourvu de deux anses, et dé- 
coré d'ornements en filigrane d'or et en 
émail. On y lit les noms des douze apôtres. 
Ce calice, croit-on, est celui dont il est 
question dans les annales irlandaises, en 
1129, comme étant l'œuvre de la fille de 
Roderic O'Conor ('). 

Autres calices du moyen âge, à l'église 
Saint-Chad de Birmingham (XIV^ s.), au 
collège Sainte-Marie d'Oscott (XV" s.), 
au collège du Corpus Christi à Oxford 
(XV^s.).Un certain nombre d'anciens calices 
d'Angleterre ont été publiés par Bough 
(Sepulclirale Monuments in Grcat Britain, 
5 vol. in-f"). 

i^ 6. Italie. 

Assise. — Calice d'argent donné en 1 290, 
par le pape Nicolas IV, et exécuté par 
Guccio de Sienne. Sur la coupe, des figures 
de saints, gravées, se détachent sur un fond 
d'émail bleu. 

Milan. — - Calice en argent et en ivoire 
(XIV'= .s.). Calice d'or, avec figurines, assi- 
ses, d'apôtres. 

P1STOIA. — A la cathédrale, calice d'ar- 
gent exécuté, en 1384, par Andréa Braccini. 

I. IhilUt. de la Soc. des antiq. de France, 1879, p. 189. 



Des tiascs et Des ustensiles eucharistiques. 



57 



Rome. — Seroux d'Agincourt a publié 
deux calices des Catacombes, dont la coupe 
est très allongée ('). 

Au palais du Vatican, nombreux calices de 
diverses époques. L'un des plus curieux est 
un vase de verre à anses, d'une forme très 
gracieuse, trouvé au cimetière Ostrien (-). 

Le calice d'étain qu'on montre à la sacris- 
tie de l'église des Saints-Côme et Damien 
comme étant celui de saint ¥é\\x II, retiré 
dans ces lieux en 360, pendant les persécu- 
tions ariennes, ne paraît pas authentique à 
Mgr Barbier de Montault (^). — A l'église 
Saint-Marc, calice à émaux translucides 
(XV" s.). — Au couvent des Oratoriens, 
calice dont se servait saint Philippe de Néri. 

Venise. — Au Trésor de Saint- Marc, 
beaucoup de calices et de patènes de diver- 
ses époques, la plupart en matières précieu- 
ses. Il y a huit calices à deux anses. On 
attribue au X"" siècle un vase de sardoine 
monté en argent doré, où 15 médaillons 
d'émail cloisonné représentent le Christ, 
la Vierge et divers saints, en buste. 

Zamon (Tyrol italien). — En 1875, on 
y a découvert un calice d'argent du VI^ siè- 
cle, pesant 320 grammes. Il est aujourd'hui 
conservé dans l'église paroissiale de cette 
localité. On y lit cette inscription: ^ De 
donis Dei Wrsvs diaconvs satuto petro et 
saneto pavlo optvlit. La coupe peut conte- 
nir un litre et demi de liquide (^). 

§ 7. Pologne et Russie. 

Percieslav (Russie). — A la cathé- 
drale, calice du XI IP siècle. 

Plock (Pologne). — Outre le calice de 
Conrad; dont nous avons cité l'inscription, 
on voit, à la cathédrale, un calice en or, 
donné par le prince Charles-Ferdinand, au 

1. Hist. de Part, peint., pi. Xll, n" 28. 

2. De Rossi, BtiUeiino, 1879, tav. IV. 

3. Les enlises lie Rome, dans la Rev. de PArt chrt't., sept. 

1875. 

4. Uc Rossi, lUttlct., 1S7S, tav. XU. 



milieu du XVIL siècle. Des médaillons en 
émail, encadrés, représentent la Cène, l'ap- 
parition d'Emmatiset le Jardin des Oliviers. 

SouzDAL (Russie). — Au monastère de 
Spasso-Effimiev, plusieurs calices d'argent 
gravé et ciselé (XVL s.). 

Trzemeszno (Pologne). — Sans parler 
des calices relativement modernes, nous 
devons mentionner trois calices du X^ siè- 
cle. L'un est travaillé au marteau ; l'autre 
offre un sujet symbolique fort curieux : la 
crèche où naquit l'Enfant-jÉsus ; elle est 
couronnée de clochers byzantins, en sorte 
que l'étable de Bethléem est la figure de la 
future Eglise. Le troisième calice, dit de 
saint Adalbert, est une coupe en agate dou- 
blée en or à l'intérieur et dont la bordure 
inférieure est travaillée en forme de Heurs 
de lis ('). L'espace ne nous permet pas de 
nous occuper des calices des autres pays. 
Notons seulement qu'en 1879, on a trouvé, 
sur l'emplacement de Kobt, ancienne Cop- 
tos, jadis centre du Christianisme dans la 
Haute-Egypte, une très belle coupe en 
verre, ornée de poissons dorés, et que l'on 
croit avoir servi au sacrifice eucharistique. 



Cl)eip(tr0 tif. — • Des accessoires 
du calice, s^-v-.-^---^-------^-^-^---.----- 

article I. — Des pales. 

^M^^ — I A pale, qu'on ferait mieux d'écrire 
f I (^yjr^ pallc, pour se conformer à l'éty- 




vaoXogxQ pal/imii, sert à couvrir le 

'calice pendant une grande partie 

du Saint-Sacrifice. En France, on lui donnait 

souvent le nom de carri',a cause de sa forme. 

Primitivement, le corporal s'étendait sur 

toute 11 longueur de l'autel et pouvait, à 

I. Przezdziecki, Monum. du moyen âge et de la Renais- 
sance dans Pancienne Pologne, t. I, pi. iv, v, vi, vu ; 
t. II, pi. .\. 



l^"' LUKAISON. 



58 



iRctiiic De r^rt chrétien. 



certains moments, se replier sur le calice 
pour le protéger. Mais quand le corporal 
fut raccourci, on usa d'un second corporal 
nommé pale, et qu'aujourd'hui, en France, 
nous assujettissons à un carton. 

L'abbé Pascal a invoqué à tort un texte 
du pape Innocent III ('), pour démontrer 
l'antiquité de la pale. Le cardinal Bona 
s'est également mépris sur la signification 
de ce même passage : Duplex est palla qiiœ 
dicitiir corporale, 7ina qjuDn diacomis super 
altare totutn extendit, altéra quavi sjiper cali- 
ce)uplicatam imponit. Il s'agit ici, non pas de 
deux linges séparés, mais des deux parties 
du corporal, dont l'une couvre la table de 
l'autel, et dont l'autre sert à couvrir le ca- 
lice. La preuve, c'est qu'Innocent 1 1 1 ajoute 
aussitôt : « La partie qui est étendue (pars 
exteiisa) représente la Foi ; celle qui est re- 
pliée (pars plicata) figure l'Intelligence.» 
Il faut, de plus, remarquer le titre même 
du chapitre : « Des corporaux : Pourquoi 
une partie est étendue, et l'autre repliée au- 
dessus du calice {''). » 

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'usage 
des pales existait au XIV'^ siècle, en divers 
pays, car Raoul de Tongres {') nous dit 
que dans toute l'Italie et l'Allemagne on 
suivait l'usage de Rome en se servant de 
la pale pour recouvrir le calice, mais qu'en 
F"rance, on persévérait à n'employer pour 
cet usage qu'une partie du corporal. 

La pale ne s'introduisit en France qu'au 
XVII' siècle et ne fut à peu près univer- 
sellement admise qu'au XVI 1 1*=. Avant la 
Révolution, les diocèses d'Orléans et de 
Rouen, les Dominicains et les Chartreux 
continuèrent à replier sur le calice le cor- 
poral auquel ils avaient conservé les grandes 
dimensions d'autrefois. C'est ce qui se fait 

1. De sacrn inysterio altaris, lib. II, c. 55. 

2. Du sacre' mysÛre de Pautel, opuscule du pape Inno- 
cent III, trad. et annoté par l'abbé Couren, p. 154. 

3. In canon, obsetv. 



encore aujourd'hui dans le diocèse de Lyon. 

A Rome, la pale, ayant environ 15 centi- 
mètres carrés, ne couvre la patène qu'en 
débordant très peu par ses angles. C'est 
une double toile de lin, bordée par une 
étroite dentelle. Il en est de même en 
Espagne. Dans quelques diocèses d'Italie, 
on voit des pales dont la partie supérieure 
est en drap d'or. En France, la toile est 
fixée à un carton, recouvert d'une étoffe de 
soie, de la couleur liturgique du jour, sou- 
vent brodée en or, en argent, et même en 
perles. On raconte, dit l'abbé Pascal ('), 
que pendant le séjour de Pie VII à Paris, 
une dame lui offrit une riche pale ornée de 
rubis et d'une exquise broderie d'or. Le 
pontife, après avoir admiré la beauté du 
présent, pria la dame de le reprendre, en 
lui faisant observer que l'Eglise romaine ne 
se servait que de pales de lin. 

Le 10 janvier 1852, la Congrégation des 
Rites, vivement sollicitée, a fini, contraire- 
ment à ses décrets antérieurs, par tolérer les 
palesdont lapartie supérieure serait couverte 
de soie, pourvu que la partie inférieure fût en 
lin et que la partie supérieure ne fût jr.mais 
noire ni marquée d'aucun signe de deuil. 

Aucune règle n'exige qu'il y ait une croix 
brodée sur la pale, soit au-dessus, soit au- 
dessous. 

Saint Cajétan introduisit, dans les églises 
des Clercs Réo-uliers, l'usage d'une seconde 
petite pale, sur laquelle est placée l'hostie 
avant et après la consécration, afin de don- 
ner plus de facilité pour recueillir les par- 
celles détachées et les mettre dans le calice. 
Cette coutume ne paraît avoir été approu- 
véepar Paul IVque pourcet Ordre religieux. 
Cependant nous l'avons vu pratiquer dans 
un certain nombre d'églises d'Espagne. 
Dans quelques autres, jusqu'au moment de 
l'Offertoire, on place sur l'hostie qui doit 

I. Orig. de la titur<^. cath., p. 91 5. 



Des tjases et Des ustensiles eucharistiques. 



59 



être consacrée un petit rond en lin fin, 
qu'on prend au milieu par une espèce de 
houppe ou bouton. 

3CtlClC II. — Des voiles de calice. 

LE voile du calice (vélum, pep la, suda- 
riiun, couverture, volet) a son origine 
dans le grand voile (paiinum oblongîi.in), 
dont le calice restait enveloppé jusqu'à ce 
que le diacre le remît au prêtre. On dut 
surtout s'en servir lorsque le corporal, deve- 
nant moins ample, ne pouvait plus servir à 
couvrir tout à la fois et le pain et le calice. 

Dans l'ancien rite gallican, les dons 
offerts sur l'autel étaient recouverts d'un 
voile de soie, orné d'or et de pierreries. Il 
devait être assez épais pour dérober les 
choses saintes au.x yeu.x des assistants. 
Grégoire de Tours (") dit qu'un homme 
ayant donné à une église un voile précieux, 
il fut défendu de s'en servir, parce que sa 
transparence laissait apercevoir le mystère 
du corps et du sang de Jésus-Christ. 

Le concile de Clermont-Ferrand (535) 
défend de couvrir le corps d'un prêtre, que 
l'on porte en terre, du voile qui sert à couvrir 
le corps de Jésus-Christ, de peur qu'en 
voulant honorer les corps des défunts, on 
ne souille les autels. 

En France, on iait retomber le voile sur 
le devant du calice, parce qu'il n'est pas 
assez ample pour le recouvrir tout entier. 
En Italie et en Espagne, le voile, très 
souple, plus grand, ordinairement sans bro- 
deries et sans doublure, tombe également 
des quatre côtés. 

En Italie, au XIV'' siècle, les voiles 
étaient généralement faits d'un tissu tiré de 
l'ortie. Un inventaire de la cathédrale de 
Sienne (1467) mentionne dix-huit voiles de 
calices en ortichaccioi^). D'après les prescrip- 

1. Vita Patruin. c. vni, n" 1 1. 

2. An/inl. an/u'oL, t. XXV', p. 270. 



tions du Missel, considérées seulement 
comme directives, le voile doit être en soie; 
mais l'usage a prévalu qu'il soit de la même 
étoffe que l'ornement dont se sert le célé- 
brant. Il y en a en velours, en moire d'or ou 
d'argent, etc. 

Le voile est garni d'un étroit galon ou 
d'une petite dentelle de soie ou d'or. En 
France, on marque d'une croix la partie qui 
doit retomber devant le prêtre. 

Plusieurs rubricistes pensent que le voile 
doit toujours être de la couleur du jour ; 
quelques-uns prétendent qu'il devrait tou- 
jours être en soie blanche. La rubrique se 
tait à cet égard ('). 

En France, on substitue quelquefois, 
abusivement, le voile du calice à la nappe, 
pour la communion des laïques. 

Les Orientaux se servent de trois sortes 
de voiles (zy./jy.7.;t), l'un pour couvrir le ca- 
lice, l'autre pour couvrir le disque où est le 
pain, le troisième, beaucoup plus grand, en- 
veloppe le tout. On le désigne sous le nom 
d'a/;'p, parce qu'il entoure les espèces comme 
l'air environne la terre. Les Syriens le dé- 
signent par un mot qui signifie nm'e. Cette 
sorte de voile parait avoir été employée 
d'abord à Jérusalem. 

On connaît un certain nombre d'anciens 
voiles de calice, remarquables par la richesse 
de leurs broderies et de leurs médaillons. 
Citons en particulier ceux de Saint-André 
de Lille, de Zermezcelle (Nord), de Nédon- 
chel (Pas-de-Calais), des Carmélites d'A- 
miens. A l'Exposition des broderies, qui eut 
lieu à Londres, en 1S74, on admirait un voile 
de calice du XV II" siècle, en dentelle de 
Valenciennes, où étaient brodés divers su- 
jets religieux, tels que l'Agneau divin, le 
Pélican, la sainte Hostie, des Anges adora- 
teurs, des cœurs enllammés {^). 

1. Rev. théolog., t. III, p. 479. 

2. Journ. gi!iu'r. des beaux-arts, n" du 22 août i S74. 



6o 



IRcDue ne l'art chtttitn. 



HctlClC lil. — Des purificatoires. 

LE purificatoire est une bande de toile 
blanche, repliée plusieurs fois sur elle- 
même ; il sert à essuyer le calice, d'abord 
avant d'y verser le vin et l'eau, puis après 
la communion, à la suite des deux ablutions. 
Le purificatoire tire son origine, assez 
moderne, du linge que le prêtre portait au 
bras gauche, comme aujourd'hui le manipule, 
et avec lequel il purifiait les vases du Sacri- 
fice et s'essuyait les doigts. Quand ce linge 
fut remplacé par le manipule, on employa 
de petites serviettes pour purifier le calice. 

D'après les écrivains mystiques du moyen 
âge, le purificatoire représente l'éponge 
pleine de vinaigre et de fiel que les Juifs 
approchèrent des lèvres de Jésus mourant. 

Dans un certain nombre d'églises, sur- 
tout dans les monastères, le même linge, 
fixé près de la piscine ou attaché au coin de 
l'autel, du côté de l'épître, servait tout à la 
fois de purificatoire et de manuterge. 

Nous voyons dans le XIV" Ordre ro- 
main, qu'à la première messe de la nuit de 
Noël, le pape essuyait le calice, non pas 
avec un purificatoire, mais avec ses doigts ('). 

Les Clercs Réguliers ne purifient point le 
calice aussitôt après les ablutions, mais 
seulement quand ils sont rentrés à la sa- 
cristie. Clément VIII ayant approuvé les 
usages liturgiques de ces religieux, ils ne 
croient pas que la constitution de saint 
Pie V çuo pi'innun tempoj'e puisse porter 
atteinte à leurs antiques coutumes ('). 

En Italie, on attache des dentelles aux 
deux extrémités du purificatoire, quelque- 
fois même tout autour. 

Le troisième concile provincial de Milan re- 
commande de marquer le purificatoire d'une 
croix, pour indiquer sa sainte destination. 

1. Cumdigitis bene tergat calicem. (Mabillon, Iter Ha- 
lte, i. Il, p. 325.) 

2. Pasqualigo, De sacrif. nova Legis,\.. II, quaest. 785. 



La Congrégation des Rites, par un décret 
du 7 septembre 1816, a approuvé l'usage 
d'essuyer avec le purificatoire les gouttes 
de vin ou d'eau qui se sont attachées aux 
parois du calice, usage que le P. Judde avait 
vivement combattu comme étant contraire 
aux rubriques. 

A Lyon, du moins dans les grandes 
églises, le purificatoire dont on s'est servi 
pour essuyer le calice n'est point replié 
pour resservir d'autres fois. Il est introduit 
comme un tampon dans le calice, et ne doit 
plus être employéqu'après avoir été blanchi. 

Dans la plupart des Églises orientales, 
c'est avec une éponge que le diacre purifie 
la patène et le calice, en souvenir de celle 
de la Passion de Notre-Seigneur. Cet 
usage est très ancien, puisqu'il en est ques- 
tion dans une homélie de saint Jean Chry- 
sostome ('). Hors le temps de la messe, 
cette éponge {iy'« TnoyyU'j est conservée 
dans un corporal. 



Hcticlc iD. 



Des couloires. 



LA couloire ou passoire était un vase en 
argent de forme concave, dont le fond 
était percé de petits trous. On la plaçait au- 
dessus du calice pour y verser le vin qu'on 
épurait ainsi de toute matière étrangère. 
Cet ustensile est désigné dans les inven- 
taires sous les noms de cωus, cola, colato- 
riuin, cohim. colus; conloiiere, stoupi. 

On lit dans un ancien rituel de saint 
y\.-à.x\!\nàç.ToMï's,:Vimim perSiofi in calicevt 
mittatiir. D. Martène (') dit avoir demandé 
aux chanoines de cette église ce qu'il fallait 
entendre par Sion, et qu'ils l'ignoraient. 
C'était probablement un vase analogue à 
la couloire. 

Les Égyptiens, les Grecs et les Romains 
se servaient de couloires en métal pour pas- 

1. Hoinil. in épis t. ad E plus. 

2. De aniiq. eccles. ritib., lib. I. c. m, art. 9, § 12. 



Des ioa0C0 et des ustensiles eucharistiques. 



6i 



ser le vin qu'ils prenaient à leurs repas, sur- 
tout quand il sortait du pressoir. La liturgie 
adopta cet ustensile, du moins dans les con- 
trées qui produisaient des vins épais. Il est 
douteux qu'il ait été employé dans les Gaules, 
avant l'introduction de la liturgie romaine. 
Mabillon (') n'en a trouvé aucune trace 
dans les textes antérieurs à Charlemaorne. 
Le moine Théophile nous donne des 
détails précis sur ce genre de cuiller perforée. 
« Vous ferez, dit-il, la passoire, en or ou en 
argent, de cette manière: battez un petit 
vase en forme de petit bassin, un peu plus 
large que la paume de la main; vous y adap- 
terez une queue de la longueur d'un doigt, 
de la largeur d'un pouce. Cette queue aura, à 
l'extrémité, une tête de lion fondue, conve- 
nablement ciselée, qui tiendra la coupe dans 
sa gueule. Elle aura aussi, à l'autre bout, 
une tête ciselée de même; dans sa gueule, 
sera suspendu un anneau, à l'aide duquel, en 
y introduisant le doigt, on pourra porter 
l'instrument. Le reste de la queue, entre les 
deux têtes, doit être orné de nielles partout, 
et çà et là sillonné d'un travail de fonte, de 
points, de lettres et de versets où il convient. 
La coupe sera, au milieu du fond, sur une 
largeur circulaire de deux doigts, perforée 
de trous très fins, pour couler le vin et l'eau 
qu'on met dans le calice. » C'était le sous- 
diacre qui, à la messe pontificale, tenait cet 
instrument avec le doigt auriculaire de la 
main gauche, passé dans l'anneau {''). 

Dans certains monastères, l'usage de la 
passoire a persévéré jusqu'à la Révolution. 
« On voit, au musée Barberini, dit le car- 
dinal Bona ('), une petite couloirc, de la 
forme d'une cuiller ayant un long manche, 
et une autre, également en argent, en forme 
de soucoupe, et dont les petits trous for- 
ment un dessin admirablement tracé. » 

I . De Uturg. gallic. 

1. Diiicrs. art. scltediila, lib. III, c. LXi, de cola/oric. 

3. De reb. lit. C. XXV. 



Kcticlc 13. 



Des chalumeaux. 



LE chalumeau liturgique est un tube 
en métal, qui sert à humer le précieux 
sang dans le calice. Pour expliquer son ori- 
gine, on a prétendu que cet usage avait été 
introduit en faveur des Souverains-Pontifes 
âgés; mais pourquoi alors ne s'en servent-ils 
que dans les messes solennelles et non 
dans les messes privées .? Ange Roca (') dit 
qu'on a voulu rappeler par là le roseau qui 
portait l'éponge imbibée de fiel, présentée 
au divin Crucifié. C'est là une explication 
mystique, faite après coup. Évidemment, le 
chalumeau fut inventé pour qu'on fût moins 
exposé à répandre le précieux sang. Comme 
plusieurs antiques usages, ce rite s'est con- 
servé, à titre de souvenir traditionnel, dans 
les solennités pontificales. 

Le sous-diacre, après avoir reçu le baiser 
de paix, tirait cet instrument du sac ou du 
fourreau qui le renfermait. Après la com- 
munion du prêtre, du diacre et du sous- 
diacre, le diacre suçait le chalumeau parles 
deux bouts et le remettait au sous-diacre ; 
celui-ci le lavait avec du vin, en dedans et 
en dehors, et le replaçait dans le fourreau 
qui devait être déposé avec le calice dans 
Xaniiariiiui. 

Outre les chalumeaux conservés à l'église 
et mis à la disposition des fidèles, il v en 
avait qui étaient apportés par ceux qui ne 
voulaient pas se servir d'un instrument à 
l'usage de tous. 

Le bout qui trempait dans le calice était 
évasé ou fait en forme de bouton ; l'autre, 
qui se mettait dans la bouche, était plus 
petit et tout uni. Quelquefois, une rondelle 
l'cntouniit du côté de la poignée, pour limi- 
ter la longueur de la tige que le communiant 
devait mettre dans sa bouche. 

Le chalumeau a été désigné sous les noms 



1. Opéra, t. I, p. 27. 



62 



îReUiic De r^rt cî)réticn. 



à'aj'imdo, calamus, caitalis, cajina, canncla, 
cannula, canola, canuhcm,Jistnla, pipa, pugil- 
laris ('), pugillarium, sipho, siphon, sucto- 
rium, sugillaris (suçoir), sumptorium, Hibu- 
lus, tiielliis, tutellus, tuymc ('). 

D'après Daillé (^), les chalumeaux n'au- 
raient été mis en usage par les moines que 
vers la fin du XI" siècle, après que le pape 
Urbain II eut interdit l'intinction. 

D'autres écrivains (•*) ne les font remon- 
ter qu'au XII' siècle. Dom Chardon {^) 
croit qu'on s'en servait à Rome dès le VI^ 
siècle. Il est du moins certain qu'ils étaient 
connus au IX^ puisque Paschase Radbert 
en parle, ei que Charlemagne offrit à la 
basilique Saint-Pierre de Rome un calice et 
un chalumeau, après la messe où il fut sacré 
par le pape Léon III. 

Une inscription de l'église Sainte- Marie in 
Cosincdin, à Rome, mentionne queThéobald, 
en 902, donna à l'église de Sainte- Valentine 
un calice en vermeil avec sa patène et son 
chalumeau. Vers cette même époque, le VI*^ 
Ordreromain prescrit l'emploi duchalumeau. 

En 1040, Suppo, abbé du Mont-Saint 
Michel, lésafLia à son monastère un chalumeau 
d'argent, sur lequel était gravée cette ins- 
cription: 

Hic Doniini sangiiis nobis sit vita pcreii- 
nis {% 

Léon d'Ostie (') compte, parmi les 
cadeaux que Victor III fit au monastère 
du Mont-Cassin, une fistule d'or, à crosse. 

Les Statuts de Saint-Benigne de Dijon 
(XP s.) nous apprennent que les religieux 
de ce monastère aspiraient ie précieux sang 
dans le calice avec un chalumeau d'argent. 

1. Parce qu'on le tenait à la main 

2. En italien, sangiiisuclielloj en allemand, kelch- 
r'ohrgen. 

3. De Cullii lui. relig., lib. III, c. XXXVni. 

4. Quenstedius, Buddœus, etc. 

5. Hist. des Sacr., t. II, p. 128. 

6. .Mabillon, Annal, hened., t. IV, p. 496. 

7. Chion. Cassiti., lib. III, ad calcem. 



Chez les Chartreux, au XI P siècle, le 
chalumeau était en or. 

Un règlement d'Albéric, abbé de Cluny, 
mort en 1109, ordonne que les chalumeaux 
soient en argent doré et non en or. 

Les Us de Citeaux disent qu'on peut se 
passer de chalumeau quand il n'y a que le 
prêtre et ses ministres qui communient, 
mais qu'on doit s'en servir chaque fois qu'il 
y a d'autres communions. 

L'usage du chalumeau devait disparaître 
à peu près en même temps que la commu- 
nion sous les deu.x espèces. Il persévéra 
jusqu'en 1437 dans l'Ordre de Citeaux, et, 
jusqu'à la Révolution, dans les abbayes de 
Cluny et de Saint-Denis. 

Cette ancienne coutume a survécu pour 
la messe papale solennelle. Le Souverain- 
Pontife puise le précieu.x sang, avec un cha- 
lumeau d'or, dans le calice que le diacre lui 
présente. Le diacre et le sous-diacre com- 
munient ensuite de la même manière. 

Le 20 novembre 1846, Pie IX accorda à 
un chanoine du Chapitre de Saint-Jérôme 
des lUyriens, qui ne pouvait mouvoir la 
tête, la permission de se servir du chalu- 
meau pour l'absorption du précieux Sang. 

Du Cange a cru que les Grecs se ser- 
vaient du chalumeau et lui donnaient le nom 
de J.aSi;, mais il s'est trompé à cet égard. Le 
'k-j.Qiz, comme on peut le voir dans l'Eucologe 
de Goar ('), n'est autre chose que la cuiller 
eucharistique. J. Gretzer (^) et V^ogt (3) 
disent que l'usage du chalumeau, quoique 
rare chez les Grecs, n'y est pas inconnu. 
Nous ne croyons pas qu'il en soit fait men- 
tion dans les écrits des Orientau.x (^). 

L'emploi du chalumeau fut adopté par 
les Luthériens et même prescrit, en 1564. 
On s'en servait encore au XVI 11° siècle à 

1. P. 125. 

2. Annot. ad J. Cantacuseni Hist., p. 913. 

3. Hist. fistulœ euchar., p. 23. 

4. Lamy, De Syror. Jide, p. 188. 



Des tiases et Des ustensiles eufîjanstiques. 



63 



Hambourg et dans quelques autres églises 
évangéliques luthériennes ('). 

Des chalumeaux du moyen âge sont 
conservés à l'abbaye de Saint-Pierre de 
Salzbourg, à celle de Wilten (Tyrol), etc. 

3ttiClC Ui. — Des cuillers eucharistiques. 

LES cuillers liturgiques (cochlcar, 
cochleare) ont eudiverses destinations 
eucharistiques. Les deux principales sont, 
en Occident, de puiser dans la burette l'eau 
qu'on doit mettre dans le calice, ce qui évite 
l'inconvénient d'en mettre une trop grande 
quantité ; et, en Orient, de communier les 
fidèles avec une petite portion du pain 
trempé dans le précieux Sang. 

La cuiller à puiser l'eau, en or ou en 
argent, est encore usitée aujourd'hui en 
Italie, en Espagne, en Belgique et en Alsace; 
elle l'était jadis dans les Pays-Bas, en 
Flandre, dans un certain nombre de diocèses 
de France, à Cluny, à la Chaise-Dieu, chez 
les Minimes, etc.; les Chartreux sont restés 
fidèles à cette coutume. 

La Congrégation des Rites a répondu, le 
6 février 1858, que l'emploi de cette petite 
cuiller n'est pas défendu. 

A la messe pontificale, le sacriste met 
quelques gouttes d'eau dans la cuiller d'or, 
pour que le sous-diacre en verse le contenu 
dans le calice du pape. 

Les Orientaux se servent aussi d'une 
cuiller eucharistique, mais dans un tout 
autre but que les Latins. Avec cette cuiller, 
ils prennent dans le calice les particules de 
pain consacré, pour les distribuer aux com- 
muniants. Ils préviennent ainsi l'effusion du 
précieux Sang. 

Les Grecs prétendent que saint Jean 
Chrysostome invental'usage de cette cuiller, 
mais ils ne sauraient en fournir aucune 

I. Vogt, op. cit. 



preuve certaine. Il n'en est pas moins 
démontré que cette coutume est antérieure 
au concile d'Éphèse, puisque les Nestoriens, 
qui se séparèrent de l'Eglise à cette époque, 
donnent la communion de cette manière, 
ainsi que les Jacobites-Syriens, les Cophtes, 
les Ethiopiens, et presque tous les Chrétiens 
du rite oriental. 

Un très ancien diptyque grec, publié par 
Paciaudi ('), nous montre le saint abbé 
Zozime communiant sainte Marie l'Égyp- 
tienne à l'aide d'une cuiller. 

Les Grecs modernes donnent à cette cuil- 
ler le nom de /aci;, par allusion au forceps 
avec lequel l'ange, dans la vision d'Ezéchiel. 
saisit le charbon ardent sur l'autel, pour 
en purifier les lèvres du prophète. 

Les Arabes appellent cette cuiller labidan 
ou mulaubet ; les Cophtes, cochlear criicis, 
parce que cet ustensile est ordinairement 
terminé en forme de croix. 

La cuiller eucharistique des Orientaux 
est consacrée avec un grand apparat. Voici 
la bénédiction qu'on trouve dans la liturgie 
cophtede saint Cyrille: « Dieu, qui as rendu 
ton serviteur Isaïe digne devoir le chérubin 
dans la main duquel était la pincette avec la- 
quelle il enleva un charbon de l'autel et l'ap- 
procha de la bouche du prophète, maintenant 
encore, ô Dieu, Père tout-puissant, étends la 
main sur cette cuiller, dans laquelle doivent 
être reçus les membres du corps saint qui 
est le corps de ton Fils unique, .Seigneur, 
Dieu, et Notre Sauveur Jésus-Christ. 
Bénis-la et sanctifie-la, donne-lui la vertu et 
la gloire de la pincette qui est dans la main 
du chérubin, parce que à toi appartient la 
puissance, la gloire et l'honneur, avec ton 
Fils unique Jésus-Christ, Notre Seigneur, 
et l'Esprit-Saint, maintenant et toujours. >> 

Renaudot ('') se trompe quand il croit 

1. Antit]. christ., p. 389. 

2. Perpét. de la Foi, t. VIII. 



64 



Hetiuc ïje l'art chrétien. 



que les Arméniens se servent de la cuiller, 
pour distribuer le pain eucharistique. Il est 
certain que le prêtre prend ce pain dans le 
calice, avec le pouce et l'index, pour le dé- 
poser dans la bouche des communiants ("). 

En dehors des deux usages principaux 
que nous venons de signaler, il en était 
quelques autres qui ont disparu. 

Il y avait des cuillers qui servaient au 
prêtre pour prendre les oblations du pain 
et les poser sur la patène. C'est pourquoi, 
dans divers inventaires, nous voyons des 
mentions de cuillers accompagnant celles 
des patènes. 

D'après M. de Rossi, certaines cuillers 
auraient servi pour puiser dans le scyphns 
la quantité de liquide nécessaire pour le 
calice. Elles ont pu être employées égale- 
ment pour verser dans le scyp/ms, déjà 
presque rempli de vin, une petite quantité 
du précieux Sang, mélange qui devait servir 
à la communion des fidèles ('). 

Peut-être aussi, quand on ne faisait pas 
usage du chalumeau, se servait-on de la 
cuiller pour donner au communiant une 
petite portion du précieux sang. 

1. Lebrun, Explic. des céréni., t. V, diss. X, p. 339. 

2. Bulle/., nov. 1S68, p. 82. k 



En Italie, au sacre des évêques, l'élu 
communiait sous l'espèce du vin dans une 
grande cuiller d'or. 

Un certain nombre d'antiques cuillers, 
conservées dans les églises, dans les musées 
et dans les collections particulières, sont 
décorées de sujets religieux. Quelques-unes 
ont été publiées par M. de Rossi (') et par 
le P. Garucci (') ; mais il est bien difficile de 
reconnaître celles qui ont eu certainement 
une destination eucharistique, attendu que 
les cuillers de table étaient fréquemment 
ornées de sujets chrétiens. 

Nous aurions pu ranger parmi les acces- 
soires du calice le flabcllnm, puisque son 
principal emploi était de chasser les mouches 
qui auraient pu s'approcher des calices et 
des scyphi. Mais le travail si complet et si 
approfondi que M. Ch. de Linas vient de 
publier sur ce sujet dans la Revue de l Art 
chrétien nous dispense de parler de cet 
instrument liturgique, encore usité aujour- 
d'hui dans l'Orient, surtout chez les Armé- 
niens et les Maronites. 

L'abbé J. Corblet. 
(A suivre.) 

1. Ibid. 

2. Storia delCarte cristiana, pi. CCCCLXII. 




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CCorre0pont)ance* 



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< ^x y> »^x /^ 



NOUS donnons, dans l'ordre où elles 
nous sont parvenues, les communi- 
cations et rectifications suivantes: 

Më"" Barbier de Montault, nous prie d'in- 
sérer l'extrait suivant d'une lettre de M. 
Ernest Rupin, président de la société ar- 
chéologique de la Corrèze, au sujet de son 
ouvrage sur l'église royale de Saint-Nicolas 
à Bari : 

C'est là un livre d'une profonde érudition, dont la 
lecture apprend bien des choses. 

Je ne vois pas, à la page 82, sur quoi peut se fonder 
la Revue religieuse de Rodez et de Mende, pour affirmer 
que le reliquaire de la Circoncision, à Conques, ren- 
fermait « des cheveux de la Très Sainte Vierge ». 

Un inventaire du X\'II'^^ou du XVIIIisièclequi re- 
late les reliques conservées dans la célèbre abbaye, men- 
tionne bien à l'article 9:« de capillis beata; Dei genitricis 
Marise à, mais il ne fait pas connaître dans quel reli- 
quaire l'on conservait cette précieuse relique. D'un 
autre côté le Liber mirabilis (ouvrage concernant Con- 
ques) décrit ainsi les reliques conservées dans le reli- 
quaire dit de la Circoncision : « Quod dictum locum 
(Conchas) adamarat (Pippinus),quem visitavit,reliquiis 
auro et argento et ornamentis infinitis prœdictum mo- 
nasterium ditavit et Christi umbilicum in eo posuit... 
et, ut in dicto monasterio dicitur,circumcisionem,quam 
sibi avunculus portavit, Conchas misit et in quodam 
vasculo, cum umbilico vocato, capsa magna réser- 
va tu r. 

Je vous adresserai une photographie de ce reli- 
quaire, qui est en or. J'ajouterai que le père Thomas 
d'Aquin, prieur de Conques, m'a assuré que ce reli- 
quaire n'avait jjas été ouvert depuis très longtemps et 
qu'on ne pouvait affirmer que son contenu y fût encore; 
c'est aussi ce qui me fait suspecter l'assertion de la 
Revue relii^ieuse de Rodez. 

(lîrive, 12 juillet 1884.) 

Notre collaborateur ajoute : 

Le Chapitre de Saint-Nicolas de liari me demande 
de vouloir bien rectifier un passage de mon étude sur 
son insigne basilique. Je le fais d'autant plus volontiers, 
que, me tenant dans une stricte impartialité, je n'ai | 



point à discuter les documents invoqués ni à prendre 
un parti quelconque, là où la question est si ardem- 
ment controversée. J'ai cité les leçons du Propre de 
l'archidiocèse de Bari, approuvé par la S. C. des Rites, 
relativement à la translation du corps de saint Nicolas, 
de Myre à Bari. Il parait que la « prétention de la 
cathédrale est sans fondement, ne s'appuyant pas sur 
des documents certains et indiscutables. » Le Chapitre 
de Saint-Nicolas a fait reproduire dans son Ordo une 
version différente, qu'il a empruntée au « chroniqueur 
Nicéphore, moine dont l'autorité ne peut être suspec- 
tée, car il ne faisait pas partie du clergé ni de la ca- 
thédrale ni de Saint-Nicolas. » La bulle d'exemption 
donnée parle pape Pascal II, en 1106, vient en con- 
firmation de ce dernier document, car elle établit pé- 
remptoirement que « la basilique de Saint-Nicolas fut 
élevée dans un lieu public, non privé, concédé par le 
duc Roger : in locojuris publia per ducis Rogerii chiro- 
graphuvi. » D'où suit que « le clergé attaché à la basili- 
que étant placé sub tutela Apostolicœ sedis, est exempt 
de la juridiction de l'ordinaire diocésain. Léon XIII, 
par rescrit du 22 décembre 18S2, a reconnu et confir- 
mé le droit du grand Prieur de la basilique royale de 
Saint-Nicolas en qualité d'ordinaire du lieu, en confor- 
mité de la bulle de Pascal II et du diplôme de Char- 
les II d'Anjou (20 juillet 1304). » '^ 

La querelle, ancienne déjà, porte sur un seul point, 
à savoir que la leçon du Propre contient ces mots : 
consensu archiepiscopi. « Ici l'archidiacre de Bari est 
dans l'erreur, car l'église ne fut pas bâtie sur un terrain 
appartenant à l'archevêque, mais bien sur le domaine 
du duc Roger, qui en fit donation à cet effet. On ne 
voulut pas précisément, lora du débarquement du 
corps, qu'il fût déposé à la cathédrale, mais dans iine 
église bâtie exprès et digne d'un si précieux trésor. Le 
tumulte que ce débat occasionna, obligea de le mettre 
en sûreté dans le palais du Catapan, qui fut ultérieu- 
rement donné aux marins pour l'église projetée. 
Tout autre document est apocryphe. » 

X. B. DE M. 

— D'autre part, I\I. le chanoine Chabau 
d'Aurillac, l'auteur d'une intéressante étude: 
L'église d' Ydes cl son sy»ibolis)iu\ nous 
adresse la correspondance qui suit : 

Dans la Revue de l'Art Chrétien., 3" livraison, M^ 
Barbier de Montault a donné un travail sur les cheveux 
de la Sainte Vierge et les reliques des Saints Innocents. 
Voici quelques nouvelles indications sur des reliques 
de ce genre vénérées autrefois à i\Liuriac (Cantal), et 
dont l'existence n'a pas été signalée jusqu'ici. 

Le monastère de Mauriac a été fondé, dans la pre- 
mière moitié du VI= siècle, par sainte l'héode- 



■ i^*-' Livraison. 



66 



iRetJue De l'art cîiréticn. 



childe, vierge, fille de Clovis (voir Sainle Théodeclnlde, 
etc., librairie Saint-Paul) et a duré jusqu'à laRévolution. 
Il fut enrichi dès le principe de reliques précieuses ap- 
portées de Rome. Voici ce que dit un chroniqueur du 
XVIe siècle. 

« Le roi Clovis étant à Rome (?) et sur le point du 
retour, demanda des reliques pour la chapelle d'Au- 
vergne (N.-D. des Miracles de Mauriac), au pape Sym- 
maque, successeur d'Anastase. Le saint pontife le con- 
duisit à Saint-Pierre in Vaticano et, ayant ouvert le 
tabernacle de Saint-Pierre, il prit le petit doigt de 
Monseigneur saint Pierre, du bois de la croix de N.-S., 
descMtv/.vet du/(7/Vde la B'^' Vierge Marie, des cheveux 
de sainte Catherine, des os de Monsieur saint Antoine, 
saint Barthélémy et plusieurs autres. Puis, ils s'en al- 
lèrent à l'église de Saint-Vital ad MarceUos, et le pape 
lui donna des reliques de trois iniiocenis martyrs et puis 
le congé pour revenir en Auvergne. »... 

... « l\ (Clovis) fit construire la croix de Monsieur 
saint Pierre (pour le monastère de Mauriac) telle 
qu'elle est à présent, et le reliquaire du même saint, 
ainsi que plusieurs calices et reliquaires d'or et d'ar- 
gent... Il plaça le bois de la croix de N.-S., les cheveux 
et le lait de N.-D. et autres reliques dans la même 
croix. Pour les trois innocents, ils furent placés à part 
en leur ordre et sainteté, comme elles sont à présent 
honorablement tenues au du Monastère. » (Chronique 
de Montfort, 1564.) 

Sauf le voyage de Clovis à Rome, tous les autres 
détails ont un caractère d'authenticité, puisijue on 
trouve les inèmes reliques mentionnées dans d'autres 
documents. 

Dans une lettre de Dom Placide de Vaulx, béné- 
dictin de Mauriac, à Dom Grégoire Terrine, supérieur 
général de la congrégation de Saint-Maur, 2 décembre 
1631, il est dit (jue dans l'église du monastère de 
Mauriac, il y a quatre chapelles dont l'une est dédiée 
aux Saints Innocents. 

Il y avait dans le même monastère une vicairie ou 
chapellenie des Saints-Innocents. 

Les huguenots s'étant emparés de Mauriac, le 16 
avril 1574, « ils enlevèrent une croix d'argent surdorée 
et enrichie de beaucoup de reliques et de pierres pré- 
cieuses d'une insigne grandeur qu'on appelait la croix 
de Saint-Pierre, qui étoit une des plus précieuses et 
des plus riches croix ciui soient es monastères de 
France, la châsse du même saint qui étoit de la gran- 
deur quasi d'un homme et vindrent à disperser 

icelles (reliques) par cy par là s'en jouans entre eux et 
finalement tous les meubles et trésors... Les susdites 
reliciues furent recueillies et cachées par des gens de 



bien et remises par après dans le monastère entre les 
mains des religieux lorsque cette vermine et racaille 
eut quitté la ville. » (Chronique de Louis Mourguyos, 
1630.) 

« Ensuite avons visite les saintes reliques et première- 
ment avons visité un reliquaire d'argent fait en ovale 
ayant un cercle dans lequel sont des reliques de plusieurs 
saints avec les inscriptions apposées dessus... Les autres 
inscriptions sont S" Fulgentii ep. conf. SS. Innocen- 
tium etc.. 

((.Ensuite avons visité un autre reliquaire d' argent au- 
quel les reliques sont portées par deux figures d'anges 
dans un cristal défigure oblongue enchâssé d'argent. Le 
paquet des reliques porte cette inscription : de vestimen- 
tis beatœ Marix Virginis et aliorum sanctorum. » (Procès 
verbal de visite de Louis d'Estaing, évéque de Clermont, 
du ij Juillet 16 j 2.) 

Dans le piédestal d'un buste de saint dans l'église de 
Mauriac, existent encore quelques parcelles d'osse- 
ments des saints Innocents. 

Les c/ieveux de la sainte Vierge durent disparaître à 
l'époque des guerres de religion, 

B. CH.\B.-iU, 

Chanoine honoraire, 
Aumônier de la Visitation d'Aurillac. 

— - Nous avons reçu successivement les 
deux lettres que voici : 

Chambly, 15 novembre 1884. 
Monsieur, 

Dans le dernier fascicule de la Revuf de l'Art chré- 
tien, vous annonciez sur la foi du Bulletin monumental, 
que l'on a découvert à Beauvais la dalmatique de 
Thibault de Nanteuil. Permettez-moi de vous dire, dans 
l'intérêt de la vérité, que c'est là une seconde décou" 
verte. Le vêtement en question parait avoir été oublié 
même, je pourrais dire surtout, de la l'abrique de la ca- 
thédrale, mais il est connu depuis longtemps. Il appar- 
tenait à un respectable chanoine, savant archéologue, 
M. l'abbé Barraud. C'est sans doute après sa mort que 
ce précieux vêlement a été transporté à la cathédrale 
pour y rester dans l'oubli jusqu'à ce qu'il en fut tiré 
par mon savant ami M. l'abbé Pihan, secrétaire de 
l'évêché. 

La Revue de I Art chrétien a déjà décrit ce vêtement. 
Je lis en effet dans le numéro de décembre 1S60 un 
article fort intéressant de votre dévoué collaborateur 
M. de Linas, où ce précieux vêtement est décrit et 
représenté dans une planche dessinée par M. de Linas 



Corresponoancc 



67 



lui-même. Permettez-moi de remettre l'anicle sous vos 
yeux. 

« Mon savant collègue, M. le chanoine Barraud, 
avec la complaisance qui le caractérise et dont je veux 
le remercier ici, a bien voulu me confier une autre 
dalmatique provenant de Thibault de Nanteuil, évêque 
de Beauvais (1283-1300). Ce vêtement, qui porte l'in- 
scription : « Theobaldus de Nantolio quondam Belva- 
censis episcopus, » tracée sur un morceau de velin, 
cousu à la doublure du pan antérieur de la jupe (voir 
la planche ci jointe C), mesure une longueur de i'"44"= 
(A). Large à la taille de o'"89'=, au pied de i^ig^, ses 
manches carrées ont o™35'^ sur o'"34= et ses flancs 
s'ouvrent jusqu'à 0,09' de l'aisselle. Le passage de la 
tête, échancré en rond par devant, est légèrement fendu 
de chaque côté. Un galon d'environ o'",o3'^, dont les 
traces sont parfaitement visibles, garnissait les manches 
et le col, en même temps qu'il retombait en angusti- 
clave sur les deux faces. L'élément principal de la dal- 
matique de Beauvais, est une étoffe de soie gommée, 
couleur safran, à laquelle je crois pouvoir donner le 
nom de bougran; un mince cendal rouge la double et 
un effilé polychrome à crête rouge en borde le flanc 
et la manche gauche (o'"4o'-' et 0^25"^). » 

J'ai pensé que ces détails pouvaient vous intéresser. 
Je vous les transmets et vous prie d'agréer l'assurance 
de mes sentiments dévoués, 

L. Marseaux, 

Curé-doyen de Chambly, 

Membre du comité archéologique de Senlis. 



Chambly, i décembre 1S84. 
Monsieur le Secrétaire, 

Puisque vous voulez bien faire les honneurs de l'in- 
sertion à ma communication relative à la tunique de 
Thibault de Nanteuil évêque de Beauvais, vous pouviez 
ajouter que Monsieur l'abbé Pihan, qui vient de l'e.'c- 
humer de l'oubli, doit la placer dans le musée diosésain 
récemment fondé à l'évèché de Beauvais. Elle sera 
ainsi soustraite à l'incurie de la fabrique et plus facile 
à voir pour l'archéologue. 

Monsieur l'abbé Pihan, conservateur du musée et 
secrétaire de l'évèché, est à la disposition des visiteurs. 

Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments 
dévoués en N. S. 

L. Marseaux, 
Curé-doyen de Chamiily 



M. de Linas lui-même nous fournit la 
note suivante : 

Ir'cmail De coiticrs et la Dalmatique De 
Bcautiais. -.^-^-..— .-=v.— -^---— -..-^ 

LA Revîie de r Art chrétien, 1884, 
p. 493, col. 2, mentionne incidemment 
un petit émail cloisonné du musée de Poi- 
tiers. La pièce en question m'a été montrée, 
en octobre 1880, parle R. P. Camille de La 
Croi.x; elle se trouvait alors dans une caisse 
ouverte, mêlée à d'autres débris, et il est 
très vraisemblable qu'elle n'a pas bougé de 
place. L'abbé Texier, qui, le premier, si- 
gnala ce curieux monument, l'avait cru de 
l'époque gallo-romaine (Mémoires de la Soc. 
des Antiq. de f Ouest, t. VII, p. 126; Ai'gen- 
tiers et émailleurs de Limoges, ap. Id., 1 842, 
p. 87); l'erreur était alors permise au savant 
archéologue, faute de termes de comparai- 
son. Un excipient de cuivre rouge, des ma- 
tières parfondues, ternes et grumeleuses, 
un travail grossier, s'écartent infiniment des 
jolis bijoux de bronze, exhumés en Angle- 
terre, sur le Rhin, en Belgique, dans le 
Nord et l'Est de la France. Quant aux 
écussons byzantins, importés en Occident 
pour y être sertis à l'instar des gemmes, ils 
n'ont absolument rien de commun qu'une 
analogie d'emploi avec l'émail limousin de 
Poitiers et sa sœur germaine, l'applique de 
Moissat-Bas : les moyens de s'en assurer 
ne manquent pas, même dans la ville de 
sainte Radegonde. 

La Revive, p. 531, col. 2, annonce encore 
d'après le Btillctin vionuviental, la décou- 
verte, à Beauvais, de la dalmatique de 
l'évêque Thibault de Nanteuil (►{< 1300) ; 
retrouver, passe, découvrir est un peu fort. 
Ce précieux vêtement, que l'érudit abbé 
Barraud avait signalé de longue date, a été 
publié par moi dans l'ancienne Revue de 



68 



ïRetiue De l'art chrétien. 



rArt clu-diai, 1860, t. IV, p. 653-654, et 
dans les y^«r. vêteuients saccrd. etc., conservés 
en Finance, série II, p. 106-107: la descrip- 
tion est accompagnée d'une planche offrant 
l'ensemble et les détails de l'objet, plus un 
fac-similé du parchemin qui garantit son 



authenticité. Seulement, l'inventaire de 1464 
n'étant pas arrivé à ma connaissance, 
j'ai pu être alors induit en erreur sur la 
couleur primitive du tissu extérieur, altéré 
par l'âge. 

Charles uf. Linas. 



t 




00 







>7tM-tvi"CT -tCrf-Vf'"'^ V^^"5/^ 



'ïïf'ïïf^âf^^^'ÏÏf^ 




M. de Farcy nous avait adressd pour notre livraison 
d'octobre l'intéressante correspondance qui suit, au sujet 
de l'exposition rétrospective de Rouen ; malheureusement, 
le retard apporté dans l'envoi des clichés qui devaient 
accompagner cette lettre nous a obligés d'en retarder la 
publication. 



Une beurc à l'crposition rétrospcctiuc 
De Rouen. 



Monsieur, 

'AI pris quelques notes à l'ex- 
position rétrospective de Rouen 
et les ai complétées à mon 
retour : les voici à tout hasard. 
Si vous recevez sur le même 
sujet un travail plus étendu, je vous 
autorise de grand cœur à mettre celui-ci 
au panier. 

A d'autres je laisserai le soin de décrire 
les portraits, meubles, tapisseries, pendules, 
etc., enfin tous les objets d'ameublement 
des siècles derniers, si bien aménagés par 
M. G. le Breton (') ; je m'attacherai seule- 
ment à l'art religieux du moyen âge, repré- 
senté avec honneur à l'exposition rétros- 
pective. 

L'attention est tout d'abord sollicitée dans 
la grande galerie par une pompe à incendie, 
prête à fonctionner en cas de sinistre. Cet 
éloge payé à la prudence de l'administration, 

I. M. le Breton a donné, dans la Gazette des beaux-arts 
(2"^ période, t. XXVII, octobre et novembre 1883), deux 
excellents articles sur les étoffes et broderies de la collec- 
tion Spitzer, auxquels j'ai fait quelques emprunts et qui 
renferment des gravures fidèles représentant l'.-Xrbre de 
Jcssé, un orfroi de chasuble, le parement du lutrin et la 
mitre, dont je donne la description ; j'y renvoie les lecteurs 
de la Revue. 



il faut s'arrêter longtemps devant l'armoire 
vitrée de M. Spitzer ('), dont les merveil- 
leuses broderies vont surtout m'occuper. 
A part deux ostensoirs pyramidaux de 
la dernière époque gothique, cette vitrine 
d'environ six mètres de long ne renferme 
que des ornements sacerdotaux du plus 
grand prix et d'une étonnante conser- 
vation. 

A gauche, c'est une chasuble du XVI^ siè- 
cle : fond de damas rouge, broché de gre- 
nades d'or ; orfrois brodés au passé repré- 
sentant la Résurrection du Christ, son 
apparition aux apôtres et aux saintes 
femmes, enfin sa descente aux Enfers. Les 
bras de la croix sont disposés en Y, usage 
presque général autrefois. Tout près, voici 
une dalmatique de même époque, au.x orfrois 
brodés de saints sous des tabernacles (^) ; le 
fond est en velours de Gênes, bouclé d'or. 
La magnifique chasuble suspendue un peu 
plus loin date de la fin du XV^ siècle ; ses 
orfrois sont aussi en forme d'Y. M. le Breton 
l'attribue à l'école de Bruges. On y voit sur 
le devant l'Annonciation, la Visitation, puis 
la Nativité au centre ; sur le dos au milieu 
l'Adoration des Mages et, en descendant, 
la Circoncision et la Présentation au Tem- 
ple. La vie du Christ commencée ici se 
poursuivait sans doute sur la chape corres- 
pondant autrefois à cette chasuble. 

1, La collection de M. Spitzer, en grande partie exposée 
au Trocadéro au moment de la grande exposition, est 
d'une richesse inouïe. Outre ses belles broderies, cet ama- 
teur a exposé à Rouen une curieuse vitrine de gaines et 
coffrets en cuir gaufré et enluminé du moyen âge et des 
spécimens de céramique persane. 

2. On appelait tabernacles dans les inventaires, les 
niches d'architecture brodées sur les orfrois ;\ personnages. 



i''*^ Livraison. 



70 



IReti uc tjc rat t chrétien 



Le fond de l'armoire est ensuite garni par 
une chape de velours rouge, au manteau 
tout semé à^ florions (') de broderie, d'anges 
portant les instruments de la Passion. Le 
Musée de Cluny, la cathédrale de Bruges 
et plusieurs collections particulières en pos- 
sèdent des spécimens analogues (^). On 
rencontre presque toujours au centre de ces 
manteaux, sous le chaperon, l'Assomption 
de la Vierge entre quatre grandes fleurs de 
lis, des séraphins à six ailes montés sur des 
roues avec des phylactères portant ces mots : 
Gloria in Excelsis Deo, ou bien Da gloria))i 
Dca, ou encore Alléluia, le tout entremêlé 
des fleurons les plus élégants, brodés en 
couchure et au passé. Entre tous ces motifs 
rayonnant du centre aux bords extérieurs 
de la chape, on a semé des vrilles de fil d'or, 
des paillettes annulaires qui flamboient de 
tous côtés et relient de la façon la plus 
heureuse ano-elots et fleurons. Parfois ces 
broderies étaient un peu négligées ; ici 
il n'en est rien. Ce parti, excellent au 
point de vue décoratif fut imaginé pour 
remédier à la pauvreté relative du velours 
uni, quand on n'avait pas à sa disposition 
les brocards et velours ciselés d'or ou 
bien quand on n'avait pas les ressources 
suffisantes pour broder en pleine la chape 
tout entière (^). 

Devant cette belle pièce, se trouve l'objet 

1. Ce mot de Jîorions désigne dans les descriptions 
d'ornements anciens les fleurs semées de distance en 
distance ; j'en pourrais citer bien des exemples. 

2. M. Vermersch possède une chape de velours bleu 
ainsi disposée. (Voy. L'art ancien à l'exposition de 
Bruxelles, 18S2, p. 318.) J'ai moi-même une chape identi- 
que sur fond bleu et une belle chasuble sur velours grenat, 
toute semée de chérubins, de fleurons, etc.. 

3. Les anciens trésors de nos cathédrales possédaient 
presque tous de magnifiques chapes brodées en entier 
(avec la bible en ymages, à l'histoire de la passion sur 
fond battu à or etc..) 11 en existe encore quelques-unes 
en France ; celle de Saint-Louis de Toulouse à St-j\la.xi- 
min (Var) et celles de Saint-Bernard de Comminges, dont 
M. de Linas donne la description dans son Rapport sur 
les anciens vêlements sacerdotaux. 



le plus important de la collection, à mon 
avis. C'est une bande de i'" 70 de long 
sur 0,55 de large environ représentant Jessé 
étendu sur un lit : de sa poitrine s'élance un 
tronc vigfoureux, dont les branches forment 
quatre médaillons superposés. David, Salo- 
mon et la Vierge Marie occupent les trois 
premiers en forme de Vesica piscis ; le 
quatrième, plus large, entouré des extrémités 
des branches chargées de feuilles de vigne 
et de raisins, est consacré au Crucifiement. 
Des rinceaux délicats entourent quatre pro- 
phètes entre les grands médaillons. Six 
grosses tiges, coupées sur les bords de la 
toile, couverte de fil d'or, qui sert de fond 
à ce beau travail, font voir que la composition 
de l'artiste a été mutilée. C'était, à mon sens, 
la partie centrale d'une chape, complétée à 
droite et à gauche par trois bandes de toile, 
semblablement historiées de rameaux, en- 
tourant des rois et des prophètes. Dans 
mon hypothèse, le brodeur a reculé devant 
la difficulté de broder toute la chape d'un 
seul morceau ; mais pour coudre les diverses 
parties ensemble plus facilement après que 
chacune a été brodée séparément, il a évité 
les raccords le plus possible. Chaque rinceau 
secondaire entourant les prophètes sur les 
côtés est complet, si bien que la couture, se 
faisant sur le fond d'or, était imj^erceptible : 
il n'y avait d'embarras que pour les grandes 
tiges, qui enjambaient d'une largeur de toile 
sur l'autre. 

Ce fragment de chape me paraît dater de 
la fin du XIII«= siècle : le fond est en cou- 
chure d'or chevronné ; les feuillages, exé- 
cutés au point de crochet, sont réappliqué.s, 
et les figures brodées au point de peinture. 
J'emprunte ces détails à M. le Breton ; je 
n'ai pu examiner les choses d'assez près ('). 
Voici un dessin de cette riche broderie : il 



I. Collection Spitzer. Les étoffes cl les broderies, par 
M. Gaston le Breton, p. 14. 



Planche III. 



Rc^ue ÎJC THrt t\}vttitn. 




I. Fragment de chape à l'exposition de Rouen. 



II. Mitre du XIV'^ siècle à l'exposition de Rouen. 



Bouticllcs zt ^clangc0. 



71 



en dira davantage aux lecteurs de la Revtie 
que de longues descriptions. Ce sur quoi il 
faut surtout insister ici, c'est le rapport 
extraordinaire qui existe entre le tracé de 
cette belle pièce et les peintures des bibles 
et missels de la même époque. Miniatures 
et broderies étaient souvent exécutées 
par les mêmes artistes. On ferait bien 
de nos jours, quand on prétend broder 
des ornements en style moyen âge, de 
s'inspirer en toute confiance, à défaut de 
modèles anciens, des miniatures des ma- 
nuscrits des XlJe, XIIIi^ et XIV'-' siècles. 
On serait certain ainsi de ne pas faire 
fausse route. 

Revenons à notre vitrine. Voici d'admira- 
bles broderies espagnoles du XV I^ siècle : 
que de talent et de soins, prodigués dans 
ces applications rehaussées d'or et de soie ! 
Malgré cela, ces chefs-d'œuvre me laissent 
un peu froid. Aucun caractère religieux : 
rinceaux et arabesques sont aussi bien à leur 
place sur une couverture de lit que sur une 
chape. On me pardonnera de réserver mon 
enthousiasme pour une mitre, dont je vais 
parler tout à l'heure. Toutefois je serais 
accusé de parti pris contre la Renaissance 
si je ne disais rien d'un parement de lutrin(?) 
en drap d'or frisé et bouclé d'un travail fort 
précieux. Le sujet du grand médaillon 
quadrangulaire m'a tout particulièrement 
intrigué. Sur un brancard, orné d'un beau 
parement, quatre prêtres en chasuble por- 
tent un joyau en forme de ciborium, qui 
abrite un reliquaire ou un ciboire. David, 
la harpe en mains, les précède comme autre- 
fois l'arche d'alliance. 

La procession sort d'une ville et passe 
devant une reine, placée à la fenêtre de son 
palais. S'agit-il d'une procession du Saint- 
Sacrement .'' J'en doute, il n'y a ni luminaire 
ni dais. Faut-il voir là une simple relique, 
peut-être celle du Saint-Sang de Bruges, 



dont le réceptacle, bien que plus récent, a 
quelque ressemblance avec celui-ci ? Je 
n'oserais trancher la question ; quoiqu'il en 
soit la broderie est superbe : sur l'autre 
pan on remarque la Résurrection de Notre 
Seigneur. 

Venons enfin à la mitre du XIV^ siècle, 
dont les bordures ont été semées de grosses 
perles et les rampants garnis de feuillages 
de vermeil, amortis par une charmante 
croix à jour, ornée d'un saphir, de quatre 
perles et de quatre rubis. Six apôtres, un 
évêque au milieu et le Christ bénissant 
au sommet, tous brodés à mi-corps, occu- 
pent les huit médaillons des orfrois (titre et 
cercle), dont le fond est en couchure d'or. 
Les reliefs formant bordure, feuillages et 
encadrements de figures sont obtenus par 
une corde, placée sous les fils d'or. Les 
côtés triangulaires sont brodés en couchure 
d'argent figurant un treillis : au milieu 
deux anges en adoration, dans des médail- 
lons fond d'or. L'ensemble est riche sans 
confusion et très satisfaisant. On dirait les 
personnages brodés à un point de chaînette 
très fin. 

La Sainte Vierge remplace le Christ au 
sommet de l'orfroi de l'autre face de la 
mitre, disposée, quant au reste, comme 
la première. Les fanons ont disparu. Les 
feuilles rampantes en vermeil de la partie 
antérieure entrent les unes dans les 
autres, de façon que la mitre puisse 
prendre une forme convexe sans difficulté. 
Une riche étoffe du XIV^ siècle garnit les 
souftiets ; c'est un damas blanc, broché 
d'aigles aux têtes et pieds d'or. La reproduc- 
tion, d'après la Gazette des Beatix-Arts, 
peut en donner une idée. (v. pi. III.) 11 faut 
cependant dire que le dessinateur a oublié 
les belles perles semées sur les bordures 
d'or verticales et horizontales de chaque 
côté des médaillons et de écoincons. 



72 



IRcuuc De rart chrétien 



Deux belles paires de gants, l'une tri- 
cotée en soie violette et en fil d'or, l'autre 
brodée, une ancienne étole et quelques 
autres broderies moins importantes com- 
plètent cette incomparable collection; il m'a 
fallu, à mon grand regret, passer outre. 
Mentionnons, pour en finir avec les bro- 
deries , les deux belles aumônières du 
XlVe siècle de M. Delaherche, reproduites 
dans plusieurs ouvrages. 

Parmi les émaux de Limoges, il faut citer 
ceux de la vitrine de M. Piet-Lataudrie; une 
jolie croix du XI I^ siècle, de M. Beaucousin, 
éearée au milieu des tabatières, montres 
et miniatures ; deux superbes châsses re- 
présentant l'une le meurtre de saint Tho- 
mas Becket et l'autre l'Adoration des 
Mao-es et le massacre des Innocents, à 
M. de Glanville. Peut-on voir sans admi- 
ration le superbe triptyque du XV^ siècle 
de M. Stein et tant d'autres pièces, que je 
n'ai même pas le temps de noter ? 

L'orfèvrerie brillait aussi dans certaines 
vitrines : ici les magnifiques monstrancesde 
M. Spitzer, de l'abbé Couillard et de M. 
Stein ; là deux calices du XI I^ siècle, l'un de 
ce même amateur (') ; plus loin une grande 
croix processionnelle du XIV" siècle, d'ori- 
gine espagnole, appartenant à M. Maillet 
du Boulay. 

La Viersre en ivoire du milieu du XI 11^ 
siècle, exposée par M. Bligny, est une de 
ces pièces, dont on ne peut détacher ses 
regards qu'à regret. La gravure jointe à 
ces notes en donnera une idée. (v. pi. IV). 

Et les manuscrits enluminés ! M. Gau- 
dechon possède une Bible du XI 11^ siècle, 
je dirais presque de la fin du XI I^ si je m'en 
rapporte au style des ornements, de la plus 
grande beauté. En admirant l'I de Yiu 
prmcipio de la Genèse, sur lequel est 

I. Un de ces deux calices a été gravé dans la Gazette 
des beaux-arts, 1878, p. 225. 



peinte la création en six jours, on ne re- 
grette qu'une chose, c'est de ne pouvoir 
contempler des heures entières les autres 
miniatures, qui, à en juger par celle-ci, 
doivent être splendides. 

Je signalerai aux amateurs de ferronne- 
rie une grande porte du XV^ siècle (i"' 20 
sur 0,50), qui parait avoir appartenu à quel- 
que tabernacle. C'est une merveille ; avec 
quelle grâce surtout serpentent tout autour 
certainsfeuillagesen fer découpéet repoussé! 
Collection de M. Essonville Bligny. 

Un catalogue bien autrement complet 
que ces notes prises à la hâte s'imprime 
en ce moment et j'y renvoie les lecteurs 
de la Revue désireux de plus amples dé- 
tails ; puisse ce petit compte-rendu leur être 
agréable ! 

On me permettra, j'espère, d'exprimer 
un vœu relatif à la classification des objets 
admis à toutes les expositions rétrospecti- 
ves. Au lieu de placer dans une même 
vitrine toutes les richesses (souvent de style, 
d'origine et de destination bien différents) 
d'un même collectionneur, et de mettre un 
peu de tout dans chaque partie de l'exposi- 
tion, je souhaiterais voir ranger tous les 
objets suivant leur destination par ordre 
chronologique: toutes les pendules à la suite, 
tous les flambeaux, tous les chenets, etc.. 
de même. On saisirait ainsi facilement, en 
allant des plus anciens spécimens au.x 
plus récents, tous les changements de forme 
imposés par la mode et les styles successifs: 
ce serait, je crois, fort instructif. Ceci n'em- 
pêcherait pas de meubler des appartements 
en entier en tel ou tel style, pour donner 
des idées d'ensemble. Le coup d'oeil géné- 
ral d'une exposition organisée suivant mes 
désirs serait moins pittoresque.moins varié, 
mais le résultat pratique serait plus consi- 
dérable, j'imagine. 

L. DE Earcv. 



i>L..r/. 







Vlr 



j^ouucllcs et a^élanges. 



73 




ecrposition romaine à Turin. 

'EXPOSITION romaine qui a eu 
lieu cette année à Turin, est un 
événement considérable pour l'his- 
toire de l'art et ne saurait passer 
inaperçue des lecteurs de la Revtie. Nous 
croyons donc bien faire en leur en offrant 
un rapide compte rendu. 

M. le Duc Torlonia, chargé de l'organiser, 
réunit les hommes les plus capables de la 
mener à bonne fin. Ces savants comprirent 
qu'elle devait être historique, qu'elle devait 
nous montrer les monuments comme témoins 
des longues et dramatiques annales de 
Rome. Dans cette pensée ils la divisèrent 
en trois parties: r antiquité, le moyen âge, 
les temps modernes. 

A Rome, l'antiquité occupe une place si 
considérable, qu'on fut obligé de la limiter 
aux dernières découvertes. Ses monuments 
ont été rapportés dans un pavillon circu- 
laire qui reproduit les fermes élégantes du 
temple de Vesta, et dans des portiques 
disposés alentour. 

Si remarquable que soit cette première 
partie, elle nous parait d'un intérêt inférieur 
à la seconde. Il y a peu d'années que l'on 
commence à apprécier la grandeur monu- 
mentale du moyen âge en Italie; les artistes 
que leurs études ou leurs goûts y attiraient 
autrefois, s'appliquaient à l'antiquité, à la 
Renaissance où ils croyaient la retrouver, et 
fermaient dédaigneusement les yeux devant 
les monuments que de grands siècles et de 
ofrands hommes ont élevés dans l'intervalle. 
A Rome, ces préjugés étaient pires qu'ail- 
leurs et, chose remarquable, ils avaient cours 
dans l'esprit même des artistes et des héros 
du moyen âge. Rienzi se croyait, de bonne 
foi, le survivant des vieux tribuns, il faisait 
de la politique archéologique et rattachait 
tous ses actes aux traditions de la Républi- 



que ; les architectes, surtout les prédéces- 
seurs des Cosmati, s'applaudissaient lors- 
qu'ils avaient relevé de terre quelque 
colonne des temps classiques et croyaient 
être de moitié dans le chef-d'œuvre quand 
ils dérobaient quelque beau fragment à 
l'antiquité pour l'encastrer dans des briques 
grossières. Il faut convenir qu'il y avait là, 
sans qu'ils s'en doutassent, une sorte d'abdi- 
cation qui justifie le peu d'estime que la pos- 
térité a fait jusqu'ici de leurs édifices, mais 
il faut ajouter que cette mise en œuvre des 
marbres antiques par des mains naïves 
constitue une des phases les plus curieuses, 
même des plus importantes de l'histoire 
de l'art. Lorsqu'on parcourt les rues du 
Transtévère encore épargnées par les dé- 
molisseurs modernes, on subit le charme de 
cette singulière architecture. Ces hautes 
tours de briques, ces murailles grandioses 
percées de rares fenêtres et au pied des- 
quelles s'ouvre inopinément un portique, qui 
tout à coup décèle un chapiteau, un bas 
relief, une inscription antique, ce singulier 
mélange, cet ensemble parait majestueux, il 
surprend, intéresse, captive singulièrement. 

M. le professeur Stevenson, qui a passé 
sa studieuse jeunesse au milieu des anti- 
quités chrétiennes, et qui promet à RI. de 
Rossi un héritier digne de ce prince de la 
science, a compris ce grand spectacle. Il est 
descendu des sommets des premiers siècles 
vers ces âges plus négligés jusqu'ici ; il a su 
appliquer à ces nouvelles études la forte mé- 
thode de son maître et s'est montré un des 
plus habiles organisateurs de l'exposition. 

C'est à lui que nous devons d'abord le 
recueil des plans de Rome, collection toute 
nouvelle et précieuse ; depuis la Roma t]iia- 
drata du Palatin, depuis le célèbre plan du 
Capitole exécuté sous Septime Sévère jus- 
qu'à celui de Bufalini, le premier, je crois, 
(jui lut imprimé, nous y saisissons les longs 



1^*^ Ll\ UAFSON 



74 



IRctiuc De rart chrétien 



anneaux de l'histoire monumentale; on y 
voitsuccessivement les monuments antiques 
transformés en forteresses.la ville se hérisser 
de tours guerrières, sortes de plantes para- 
sites parmi ses ruines, puis des portiques 
s'ouvrir, des palais s'élever et enfin, sous 
Sixte V, une cité nouvelle surgir tout à 
coup. M. de Rossi avait commencé ce re- 
cueil, il y a quelques années, M. Stevenson 
y ajoute des pages curieuses, que grossiront 
certainement des découvertes. 

A ces plans sont jointes diverses vues 
choisies parmi les gravures antérieures aux 
transformations modernes et qui en forment 
comme les détails. Elles nous transportent 
dans cette Rome des XI V^ etXV^ siècles oii 
les bases des édifices antiques étaient ense- 
velies sous le sol. Dans ce temps on arrivait 
de plain-pied au portique du tabularium qui 
servait d'entrée au palais du Capitole. 

Ce palais du Capitole qui renferme des 
souvenirs de l'histoire de Rome pendant 
deux mille ans, depuis les douze tables, 
jusqu'au balcon où haranguait Rienzi le 
jour de sa mort, et aux tours de Boniface IX, 
ce palais méritait une attention spéciale. 
Les auteurs de l'exposition l'ont compris, 
ils ont rapporté une suite de gravures et 
de documents qui permettent d'en faire et 
d'en justifier la restauration. 

On y a joint des études sur l'Ara-Cœli, 
sur son cloître et, pour compléter le tableau 
de l'histoire civile de Rome, qu'on nomme- 
rait mieux l'histoire militaire, on a reproduit 
les plus fameuses tours seigneuriales, celles 
de'Conti, délie Milizie, celle deU'Anguillara 
qui domine une cour pittoresque toute pleine 
encore de la vie du moyen âge. Viennent 
aussi les simples maisons, celle de Rienzi 
au Vélabre, l'élégante demeure avec por- 
tique qui fait face à Ste-Cécile et divers 
édifices que relèvent de rares mais fines 
sculptures ou des fragments antiques. 



L'architecture religieuse, pour Rome> 
devait tenir la première place.aussi voyons- 
nous paraître dans cette chronologie, un 
plan des catacombes, St- Laurent hors les 
murs, l'ancienne basilique de St-Clément, 
SSts-Jean et Paul, St-Georges au Vélabre. 
Les campaniles, ces monuments de /'f/e 
sonnante de Montaigne, devaient figurer 
aussi, et nous y voyons ceux de Ste-lNIarie 
au Transtévère, de Ste-Marie Majeure, de 
Ste-Marie in Cosmedin, etc. etc. 

L'architecture dite Lombarde, dont les 
spécimens les plus connus sont les églises de 
Toscanella, intervient ensuite; elle précède 
les travaux des Cosmati qui fournirent une 
branche particulière et comme un dernier 
jet de sève de l'art romain au moyen âge. 

M. Stevenson a étudié soigneusement 
l'histoire de ces Cosmati dans une série de 
savants articles insérés au Catalogue et 
qui nous montrent cette famille d'artistes 
couvrant pendant plus d'un siècle de leurs 
œuvres Rome et les environs. Nous les 
voyons abandonner les emprunts antiques, 
peut-être à cause de la rareté croissante des 
marbres; nous les voyons agir, sculpter eux- 
mêmeset mériter mieux que leurs devanciers 
de signer des œuvres qui deviennent origi- 
nales ; les cloîtres du Latran, de St-Paul, de 
Subiaco, la clôture de chœur de St-Alexis, 
quelques ambons sont leurs principaux ou- 
vrages. S'ils laissent à désirer comme sculp- 
ture, si la touche est empâtée, terne, sans 
effet, ces défauts sont rachetés par l'éclat des 
mosaïques, or, pourpre, azur qu'ils enroulent 
sur leurs colonnes, qu'ils suspendent aux 
frises, dont ils encadrent les vastes disques 
de porphyre ou de serpentine. Ce style gai, 
fleuri, s'épanouit au milieu des sévères édi- 
fices antiques ou des sombres murailles du 
XI 11*= siècle comme des fleurs au milieu 
des ruines, et il justifie la vogue dont 
jouirent si longtemps ses auteurs. 



Bouticllcs et a^clangcs 



75 



Les mosaïques romaines sont presque, 
du IX^ au XlIIesiècle, les seuls éléments 
qu'on possède pour l'histoire de ce genre 
de peinture ; elles avaient donc une place 
essentielle marquée à l'exposition. Nous y 
retrouvons en effet dans l'ordre chronolo- 
gique.les deux médaillons de la bibliothèque 
Chigi, l'abside des Stes-Rufine et Seconde 
au baptistère de Constantin, Ste-Sabine, 
SSts-Côme et Damien, St- Laurent, Ste-A- 
gnès, Ste-Praxède, St-Clément, Ste-Marie 
au Transtévère, Ste-Marie la Neuve. 

M. Stevenson, qui s'occupe d'une histoire 
de la peinture, ne pouvait oublier les fres- 
ques qui couvraient à Rome les murs de 
beaucoup d'églises. L'exposition nous en 
retrace plusieurs, à partir du cimetière de 
Pontien, des fresques de St-Clément, 
jusqu'aux peintures voisines de la Renais- 
sance. 

Quelques pages de la fin du catalogue 
sont réservées à l'exposé des travaux mo- 
dernes exécutés à Rome, mais le but vérita- 
blement atteint est l'exposition du moyen 
âge monumental. Nous envoyons nos plus 
vifs remerciments aux savants qui ont 
conçu cette belle pensée et qui l'ont si bien 
réalisée, surtout nous nous associons à leurs 
vœux pour que cette exposition ne soit pas 
éphémère, mais qu'elle devienne la base 
d'un musée d'histoire du moyen âge. L'his- 
toire, la vérité, la justice y gagneront ; en 
suivant sur les pierres ces annales nouvelles 
de la Rome pontificale, si peu connue, en- 
trevue jusqu'ici derrière des préjugés et des 
calomnies, on y apprendra que les progrès 
et les déclins de l'art y ont suivi pas à pas 
lesdestinées des papes selon qu'elles étaient 
triomphantes ou tourmentées. 

Georges Rohault de Fleurv. 




ficinrurcs mucaics D'HnDrcsscin. (Hncee). 

N l'automne de l'année 1869, je 
visitais l'église d'Andressein , 
village situé à l'entrée de la pit- 
toresque vallée de la Bellongne, 
au contluent de la Boulgane et du Lez, non 
loin de Castillon en Couserans ; sous le 
porche de l'église je crus apercevoir quel- 
ques traces de peinture recouvertes d'un 
badigeon à la chaux; je grattai et frottai, aidé 
par j\L l'abbé Cau-Durban, alors vicaire à 
Castillon et mon compagnon de route, et 
je pus ainsi rendre à la lumière quelques 
peintures qui ne sont pas dépourvues d'in- 
térêt. C'est du moins ainsi que les jugeait 
mon savant et regretté maître, M. Quiche- 
rat, à qui j'avais communiqué mes croquis. 
L'église d'Andressein comprend : une nef 
de la fin du XIIP siècle formée de trois 
travées, la plus voisine du chœur couverte 
d'une voûte d'og ives, les deux autres voûtées 
de berceaux en tiers-point appuyés sur des 
arcs doubleaux ; un chœur terminé en pans 
coupés de l'époque de la nef ou remanié au 
XIV"" siècle ; deux bas-côtés ajoutés vers la 
fin du XV^ siècle ou les premières années de 
la Renaissance ; un campanile placé au-des- 
sus de la porte de la nef, composé de deux 
rangs d'arcades géminées en plein cintre, 
surmontés d'un pinacle en forme de cré- 
neaux ; un porche couvert d'une voûte 
d'arêtes correspondant à la nef et probable- 
ment de la même époque ; deux autres 
porches correspondant aux bas-côtés et abri- 
tant leurs portes, dont l'une, richement ornée 
en style de la Renaissance, porte, dans un 
écusson,la date de 1564 ; ces deux porches 
latéraux ne sont pas voûtés, mais simple- 
ment surmontés de charpentes. L'église est 
orientée ("). 

:. Ces détails sont empruntes à mes notes et à la des- 
cription publiée par M. de Lahondès dans la Semaine 
catholique de Parniers. (Ann. 1S83, n" 6, p. 125.) 



76 



Ectjuc De rart chrétien. 



C'est sous le porche central que sont 
placées les peintures. Sur les voussures des 
arcades qui supportent au nord et au midi, 
c'est-à-dire du côté de l'évangile et du côté 
de l'épître, les retombées de la voûte, et 
sur cette voûte même, on peut voir encore 
quatre anges et quelques saints ; de ceux-ci, 
il ne m'a été possible de reconnaître que les 
images de S. Jean-Baptiste et de S.Jacques, 
caractérisés le premier par son vêtement de 



peau et par l'agneau nimbé et accompagné 
d'une croix qu'il porte couché sur un livre, 
le second par ses pieds nus, par son bourdon 
et sa coiffure de pèlerin. Les quatre anges 
mieux conservés sont nimbés, vêtus de 
longues robes et de dalmatiques à collets 
rabattus et à manches, ils jouent de divers 
instruments : guitare, doucine, viole et 
harpe. 

Sur les faces principales des quatre piliers 









qui soutiennent les deux arcades du nord et 
du midi — donnant accès aux deux porches 
latéraux — sont peints quatre tableaux 
larges d'environ un mètre, hauts d'un mètre, 
dix centim., entourés d'une bordure de 
douze à treize centimètres de couleur som- 
bre semée de quatre-feuilles. En voici la 
description. 

(A). Câ/(f de révangile (nord) : i" Pilier 
adossé à l'église. Dans une ouverture pra- 



tiquée dans un mur crénelé, on voit un 
homme assis les pieds attachés par deux 
anneaux de fer, les mains jointes dans l'at- 
titude de la prière ; puis cet homme sort 
d'une toLu- crénelée emportant ses chaînes ; 
dans la partie inférieure du tableau il est 
représenté agenouillé ses fers à la main 
devant un édicule où l'on peut reconnaître 
le campanile d'Andressein et un autel sur 
lequel, malgré l'état de dégradation de ces 



JI3o II tieUcs et sgélanges. 



77 



peintures, on peut distinguer les contours 
d'une Notre-Dame de Pitié. 

(B). 2° Pilier opposé au précédent. Une 
femme tombe d'un arbre la tête en bas, les 
bras étendus, les vêtements dans un désor- 
dre assez naïf; on la revoit dans la partie 
inférieure du panneau, agenouillée un cierge 
à la main devant l'autel de Notre-Dame de 
Pitié sous le campanile d'Andressein. Elle 
porte une robe longue, assez collante, à 



manches étroites, ouverte en carré sur la 
poitrine, sur la tête un voile, costume sou- 
vent représenté dans les miniatures du 
XV" siècle, surtout sur les vitraux et les 
tableaux funéraires. 

(C). Côté de répître. (midi) : 1° Pilier 
adossé à l'église. Un homme dont les vête- 
ments paraissent en partie recouverts par 
quelques pièces d'armure de fer, brassières, 
oenouillères, etc., tenant à la main un cou- 




trf i^= 



teau dégainé paraît attendre à la porte 
d'un château fort ; un homme identique au 
premier — le même sans doute — frappe 
d'un coup de couteau à l'épaule un homme 
désarmé ; le même homme toujours, à le 
juger par son costume et la gaîne de son 
couteau, est à genoux un ciergfe à la main 
devant l'édifice déjà décrit ('). 

I. ("e tableau assez énigmatique peut être interprété au 
moins d'une autre fat;on ; un homme armé arrête, en 
lui mettant contre ro|)aulc sa main année d'un grand cou- 



(D). 2" Pilier opposé au précédent. Deux 
hommes se battent, vêtus de chausses 
étroites, souliers à la poulaine, chapeaux à 
la mode de Charles YII (forme de nos 
chapeau.x bas modernes), jaquettes à collet 
droit, bien échancré par devant, aux épaules 
rembourrées, aux larges manches (manches 

teau, un liomnie désarmé ; puis se rend en un château 
fort où sans doute il vient d'enfermer cet homme qui avait 
contre lui de mauvais desseins ; puis il vient en actions 
de grâces <\ Notre-Dame d'Andressein. 



78 



EcDue Dc rart cîjréticn. 



à eieot), entrouverte sur le devant, plissée 
a la ceinture ; l'un des combattants tient 
une épée dégainée, son adversaire le frappe 
d'une sorte de lance et le sang coule à Hots 
de sa blessure. Au bas du tableau, le blessé 
ayant encore dans son côté un tronçon 
d'arme brisé est à genoux, un cierge à la 
main, devant la statue et le campanile 
d'Andressein. 

Quelle est l'époque, quel est le sens de 
ces peintures ? 

L'époque indiquée par les costumes est 
la seconde moitié du XV' siècle. 

Quant au sens de ces peintures, elles sont 
la représentation de faits miraculeux ou 
notables advenus au pèlerinage de Notre- 
Dame de Pitié en l'église d'Andressein. Or 
on peut voir aujourd'hui, reléguée dans la 
sacristie, une statue en bois peint de Notre- 
Dame de Pitié qui présente tous les carac- 
tères du XV'= siècle, et correspond sans 
doute à l'image figurée dans les peintures. 
En 13 15, une confrérie avait été fondée en 
l'honneur de la Ste Vierge dans la chapelle 
d'Andressein — devenue l'église paroissiale 
actuelle — alors dédiée à la Mère de 
Dieu (') ; et peut être dans les archives 
de cette confrérie, s'il en existe quelques 
débris, trouverait-on des renseignements 
précis sur ceu.x qui firent exécuter ces 
peintures murales, sur les faits qui y sont 
représentés {-). 

A défaut de données précises, on peut 

1. L'dglise paroissiale fut démolie à la Révolution, et la 
chapelle érigée en église paroissiale sous le vocable de 
Saint-Martin, ancien patron de la paroisse, lors du réta- 
blissement du culte. 

2. Les statuts de cette confrérie viennent d'être publiés 
par MM. l'abbé Cau-Durban et F. Pasquier : Stu/i/ts 
d'une ancienne confrérie rurale dans le Conserans, Foix, 
V*'= Pouriès ; 1884. — Les peintures d'Andressein sont 
sommairement décrites dans cette notice et dans l'Inven- 
taire des richesses d'art de la France : nomenclature de 
VAri^ge (par F. Pasquier archiviste de l'Ariègc ; Foix ; 
V"" Pouriès ; 1883), d'après ces notes que j'avais fournies 
à mon excellent collègue M. Félix Pasquier. 



chercher si les traditions locales fourniraient 
quelques indications sur l'origine de ces 
tableaux. En 1878, j'écrivis à ce sujet à 
M. le curé d'Andressein ; M. Berdal, curé 
de cette paroisse et chanoine honoraire, me 
fit l'honneur de m'adresser la réponse sui- 
vante: « Pas le moindre vestige de tradition 
écrite ; seulement une tradition orale très 
constante. Il n'est pas aujourd'hui un 
vieillard dans les environs d'Andressein qui 
ne se souvienne d'avoir dans son enfance 
été conduit sous notre porche pour y voir 
fixée par la peinture l' histoire des voleurs 
qui après avoir pillé l'église ne purent 
sortir, retenus par une force surnaturelle : 
l'église a trois portes qui tour à tour 
s'ouvraient et se refermaient présentant aux 
malfaiteurs l'espoir de fuir et les retenant 
ensuite. » 

De ce que les vieillards ont pu contem- 
pler dans leur enfance les antiques peintures 
de leur église, il faut conclure que la couche 
de chau.x qui les recouvrait en 1869 était 
d'une date assez récente et ne remontait 
qu'à une cinquantaine d'années. 

Mais il me paraît assez difficile de con- 
cilier la légende avec les sujets peints sous 
le porche d'Andressein. Ces trois portes qui 
s'ouvrent et se referment ne peuvent être 
les trois portes ouvertes sur la façade occi- 
dentale de l'église, deux d'entre elles, celles 
des bas-côtés, étant de date postérieure aux 
peintures du porche principal. 

Le panneau B est l'ex-voto d'une femme 
tombée d'un arbre, préservée de la mort ou 
de graves blessures par un appel à la Vierge 
d'Andressein, et venant acquitter en pèle- 
rinage sa dette de reconnaissance. 

Une interprétation analogue s'applique 
au panneau D placé comme le panneau B, 
auquel il fait vis-à-vis, sur le pilier qui fait 
face à l'église : un homme blessé dans un 
duel ou quelque fâcheuse rencontre vient 



jKoutjeïIes et a^éUngcs. 



79 



aussi un cierge à la main remercier Notre- 
Dame de Pitié de sa guérison ('). 

Au tableau A, le prisonnier implore 
évidemment le secours de la sainte Vierge ; 
exaucé, il sort ses fers à la main, et va les 
porter aux pieds de l'image de sa protec- 
trice. C'est sans doute ce prisonnier qui, 
dans l'imagination populaire, a passé pour 
le voleur du sanctuaire d'Andressein. Est-ce 
un coupable, est-ce un innocent? La seconde 
hypothèse me paraît plus probable ; il est 
plus naturel d'admettre que ce prisonnier, 
objet de la protection divine, était détenu 
contre toute justice et que Notre-Dame 
d'Andressein, en le délivrant, voulut pro- 
clamer son innocence. 

Peut-être celui qui l'avait incarcéré est-il 
précisément l'homme au couteau du pan- 
neau C : cet homme armé qui en arrête un 
autre désarmé, qui se tient à la porte d'un 
château fort, qui enfin vient un cierge à la 
main se prosterner devant l'image vénérée 
n'est point un pèlerin rendant grâces d'une 
faveur obtenue, mais plutôt un coupable 
faisant amende honorable pour son méfait. 
Mais je ne prétends faire qu'une simple 
hypothèse et laisser à de plus habiles et 
plus érudits le dernier mot de ces énigmes. 

Ces peintures ont sans doute été exécu- 
tées par les ordres et aux frais de la Con- 
frérie, très puissante et très nombreuse à 
cette époque. Ce ne sont pas des fresques, 
mais des peintures à l'huile ou à la détrempe 
exécutées sur un enduit sec et par un artiste 
d'un certain talent. Elles méritent à coup 
sûr d'être conservées avec soin ; elles sont 
dignes de fixer l'attention des artistes et 
des archéologues. 

Jules Marie Richard. 



I. Peut-être ces deux tableaux 15 et D sont-ils d'un 
autre peintre que A et C. 




ecrcursion De (a 0ilDc De Sainr=Tèomas 
et De Sainte Jluc. >-^— ^-^-.-.-^-^-.-.-.-^ 

lt3^>>Sy] KTTE société a fait, du !«■■ au 6 sep- 
tembre, son excursion annuelle. Le 
château de Vianden, la basilique de 
Saint-Willibrord à Echtenach, enfin 
les monuments de la ville de Trêves, devaient 
faire successivement l'objet des études de la 
Gilde. Une soixantaine de membres s'étaient 
réunis à cet effet à Dickirch, petite ville du 
grand duché de Lu.xembourg. 

Le 2 septembre, de grand matin, éclairée par 
un beau soleil, la nombreuse caravane distribuée 
dans une série de véhicules de toutes déno- 
minations et de toutes formes, prenait le chemin 
pittoresque, généralement bordé d'une riche 
végétation, qui conduit de Dickirch aux imposan- 
tes ruines de Vianden. On y arriva après une 
course de deux heures. 

Le château de Vianden est majestueusement 
établi sur un rocher très escarpé de plusieurs 
côtés, et dont les hauteurs dominent la ville du 
même nom, divisée en deux parties par la lim- 
pide et gracieuse rivière de l'Our. On connaît 
la destinée lamentable de ce château, aujourd'liui 
l'une des ruines les plus considérables d'ancien 
castel féodal, habitable encore et dans un remar- 
quable état de conservation en 1821. Intacte 
alors, non seulement dans son système de 
défense, mais dans les magnifiques bâtiments 
d'habitation des seigneurs, le château fut vendu 
à cette date fatale par le roi Guillaume de Nas- 
sau, sur la proposition d'une administration 
inepte qui trouvait trop coûteux l'entretien 
de ce château aussi important par son architec- 
ture qu'intéressant par son passé. — Au seul titre 
de monument historique, il eût dû être conservé 
avec un soin jalou.x par la famille roj-ale des 
Pays-Bas, dont il fut le berceau. 

Celle-ci se contenta d'en redevenir propriétaire 
de nouveau peu d'années plus tard, lorsque les 
acquéreurs eurent accompli leur œuvre de des- 
truction, et que l'antique manoir des Nassau, 
mis dans l'état de ruine oti on le voit maintenant, 
n'exigeait plus d'autres frais d'entretien que celui 
des ancrages devenus nécessaires pour empêcher 
les masses des murs disloqués et battus par les 



8o 



IRctiuc Oe r3rt c&réticn. 



vents, de s'écrouler sur la ville qu'ils dominent 
et à laquelle le château a servi autrefois d'abri 
et de défense. 

On examina dans tous leurs détails ces ruines, 
les plus complètes d'une construction militaire, 
non seulement dans le Luxembourg qui compte 
un certain nombre d'anciens châteaux, mais 
encore des pays qui l'entourent. Plusieurs des 
salles présentent une longueur de 30 mètres, sur 
une largeur de 10 mètres. D'énormes cheminées 
sont encore debout, et dans quelques salles les 
voussures des portes et les archivoltes des fenêtres 
présentent une décoration sculpturale du plus 
grand caractère et que l'on rencontre bien rare- 
ment dans une construction de cette nature. La 
chapelle castrale fut étudiée avec un soin parti- 
culier. C'est la partie du monument la mieux 
connue, M. Aug. Reichensperger en ayant fait 
l'objet d'une excellente notice accompagnée de 
quelques planches et qui a été publiée en 1856. 
Cet oratoire offre un bel exemple des chapelles 
à deu.x étages, Oratoria duplicata, dont on trouve 
en Allemagne particulièrement et en Hongrie 
quelques exemples très intéressants. Démantelée 
en bonne partie afin d'en retirer les matériaux, 
après la vente que nous venons de rappeler, la 
chapelle était dans un état de conservation qui 
permit d'y célébrer le saint sacrifice encore 
en 1821. Ce petit sanctuaire a été depuis l'objet 
de deux restaurations successives. Ces restaura- 
tions ont eu le bon résultat d'empêcher une destruc- 
tion plus complète par l'infiltration des eaux, et 
d'offrir au visiteur un ensemble plus complet de 
la disposition générale. Mais, dans les détails, 
le ciment, le plâtre et d'autres matériaux de 
contrebande sont intervenus dans une large 
mesure, et il faut ajouter qu'en général l'intel- 
ligence des formes est à la hauteur de la sincérité 
des mo>^ens de construction employés. — En 
réalité cette restauration, de même que le rachat 
des ruines, apparaît comme le tardif regret des 
démolisseurs qui n'ont peut-être pas encore 
compris toute l'énormité de cet acte de vanda- 
lisme, qui sera jugé plus sévèrement, à mesure 
que le château de Vianden sera mieux connu 
et plus souvent visité par des hommes compé- 
tents. 

Après un examen ijui se prolongea jusque vers 



midi, la caravane archéologique se remit en 
marche pour regagner le chemin de fer au vil- 
lage de Wallendorf en suivant le cours sinueux 
et accidenté de l'Our, particulièrement pittores- 
que à son confluent avec la Sûre. — La station 
de Wallendorf fut atteinte au moment où un 
formidable orage éclatait, répandant des torrents 
de pluie et des nuées de grêle sur les montagnes, 
et faisant jaillir de toutes parts des cascades 
dont les eau.x boueuses, après avoir inondé la 
route, allaient en serpentant se déverser dans 
rOur. Bientôt survint le train de Dickirch, et en 
peu de temps la société se trouva transportée 
dans la ville de saint Willibrord à Echternach.Là, 
après qu'une réfection confortable, prise â l'hôtel 
du Cerf, eut restauré les forces et ranimé les 
esprits des voyageurs, on alla voir l'antique 
basilique, consacrée au saint tutélaire de ces 
contrées. 

La basilique de Saint-Willibrord est un monu- 
ment considérable, d'une austère grandeur dans 
sa simplicité et dont la construction principale 
remonte à la première moitié du onzième siècle. — 
Jusqu'à la Révolution française on y conservait 
les .reliques du grand Apôtre de la Hollande et 
d'une partie de l'Allemagne, dont le souvenir 
est encore si vivant dans ces régions également 
évangélisées par lui. Depuis la supression de son 
antique abbaye, le culte n'était plus célébré dans 
la basilique, et depuis une trentaine d'années, ce 
monument abandonné semblait condamné à une 
ruine complète. Une fabrique de porcelaine avait 
été établie dans l'une des nefs ; le chœur s'écrou- 
lait et les administrations agitaient la question 
de savoir s'il ne conviendrait pas de procéder 
à la démolition du monument, afin d'éviter les 
dangers qui pouvaient résulter des effondrements 
que son état de ruine faisait redouter.Alors l'esprit 
de piété pt)ur le saint tutélaire de ces contrées 
et le patriotisme domièrent naissance à une 
société qui, fondée dans la petite ville d'Echter- 
nach, sous le nom de Willebrordus Bau-Verein, 
se donna la mission, non seulement d'empêcher 
la démolition de la basilique, mais encore de la 
rétablir par une restauration conforme aux prin- 
cipes de l'archéologie, et aux données que four- 
nissait le monument lui-même. L'esprit de sacri- 
fice des habitants de la ville, l'appui du gouver- 



BouDelUs et Mélanges. 



8i 



nement et le dévouement de l'association aidant, 
on parvint à réunir les ressources nécessaires au 
but que l'on avait en vue. Dans ses grandes 
lignes la restauration s'accomplit d'après les 
dessins et suivant les inspirations de M. Essen- 
wein, directeur de musée Germanique à Nurem- 
berg, et aujourd'hui la restauration intérieure se 
poursuit et des peintures murales s'y exécutent 
par les soins de M. Jules Helbig. Après avoir 
examiné la basilique et sa crypte, la Gilde fit 
une rapide visite à l'église paroissiale qui domine 
la ville, et oi;i se trouvent actuellement les reliques 
de Saint-Willibrord, et notamment le cilice 
porté par ce grand Apôtre. C'est après avoir 
monté les nombreux degrés qui conduisent à 
cette église, et après avoir tourné autour de 
l'autel contenant, dans sa partie inférieure, le 
sarcophage et les ossements du Saint, que se 
dissout la célèbre procession dansante qui 
attire chaque année plus de douze mille pèlerins, 
le mardi de la Pentecôte, à Echtcrnach. 

L'heure du train pour Trêves était survenue ; 
les excursionnistes jetèrent, du haut de la colline, 
un dernier regard sur la ville et ses poétiques 
environs, et se rendirent à la gare, où l'on s'in- 
stalla, tant bien que mal, dans les wagons 
du chemin de fer Prince Henri. En moins d'une 
heure et demie toute la troupe était à Trêves, oîi 
la Gilde fut accueillie avec la plus gracieuse 
cordialité par M. Pateiger, ancien membre de 
la fraction du centre au parlement allemand. 
Grâce à ses soins, les confrères furent bientôt 
repartis dans les différents hôtels de la ville où 
un gîte réparateur les attendait après une 
fatiguante et longue journée. Bon nombre 
d'entre eux furent installés dans l'hôtel de la 
Maison Ronge, qui est déjà un monument, con- 
struit au milieu du XV'- siècle, mais où le 
voyageur est assuré d'une hospitalité toute mo- 
derne. 

.Le lendemain tous les membres de la Gilde se 
trouvaient réunis à l'église Saint-Gangolphe, où 
conformément aux usages de la société, ils 
assistèrent ensemble à la messe dite à l'intention 
de tous les confrères décèdes et vivants. 

Les membres de la Gilde avaient trois jours à 
consacrer à l'étude des monuments de Trêves, à 
l'examen de ses collections et musées. Nous ne 



les suivrons pas dans toutes leurs pérégrinations. 
La ville de Trêves est assez connue par tous les 
archéologues, comme l'une des plus anciennes et 
plus intéressantes villes de ce côté des Alpes, 
pour qu'il y ait lieu de refaire l'inventaire de ses 
richesses. On sait combien celles-ci sont nombreu- 
ses dans le domaine classique, celui qui embrasse 
les derniers siècles de la période romaine. Elles 
deviennent plus considérables d'année en année, 
grâce à des fouilles nouvelles, grâce à des explo- 
rations faites avec autant d'intelligence que de 
succès. 

Depuis longtemps on connaissait les palais des 
empereurs, quoique les érudits ne fussent pas 
toujours d'accord sur la destination première de 
ces ruines imposantes et qu'ils y aient voulu voir 
tour à tour, un théâtre, le capitole des Trévires, 
le palais du sénat, etc.; on connaissait l'amphi- 
théâtre, dont malheureusement on a emporté, 
comme matériaux à bâtir, presque tout ce qui 
restait de ces constructions; on connaissait la ba- 
silique, /(Z/^r/rtA^?^;-rt et d'autres restes romains. 
Depuis deux ans, on a découvert les bains ro- 
mains, dont les fouilles dirigées avec beaucoup de 
science par le docteur Hettner, conservateur du 
Musée provincial, ont fait connaître les substruc- 
ctions d'un établissement thermal de premier 
ordre, dont la façade nord n'a pas moins de 125 
mètres de longueur. 

Si aucun des monuments de l'antiquité romaine 
ne fut négligé par les confrères de la Gilde, on 
comprend cependant que c'est surtout sur les édi- 
fices chrétiens et leur mobilier que se concentra 
particulièrement leur étude. A l'aide des recher- 
ches entreprises avec autant de persévérance que 
de science par le baron Roisin et surtout par le 
chanoine Wilmevsky, on chercha à débrouiller les 
différentes époques et les styles divers qui ont 
participé à la construction de la cathédrale, pro- 
bablement dans son premier noyau l'église chré- 
tienne la plus ancienne de ces régions, et dans son 
ensemble, ses cloîtres, son petit musée et son ma- 
gnifique trésor, l'un des monuments les plus inté- 
ressants et les plus instructifs que l'archéologue 
puisse visiter. — Peu de villes lui offriront, dans 
un espace aussi restreint, autant d'objets d'étude, 
que l'agglomération du dôme, des bâtiments qui 
l'entourent et des cloîtres qui le relient à l'incom- 



1-35. — ^^*^ Livraison. 



82 



iRctJUC De r^tt chrétien. 



parable église de Notre-Dame, l'un des plus beaux 
monuments de la période ogivale de l'Allemagne 
et qui, par certaines dispositions, par sa statuaire 
et sa remarquable sculpture ornementale rappelle 
sous bien des rapports l'art ogival français. 
Aussi les membres de la Gilde y revinrent-ils à 
plusieurs reprises, et toujours avec un sentiment 
plus vif des beautés de cet édifice. 

On visita successivement tous les monuments 
figurant au programme de l'excursion. 

L'une des matinées dont le souvenir restera le 
plus vivace dans la mémoire des confrères de la 
Gilde, fut celle consacrée à l'étude du trésor de la 
cathédrale. On sait que ce trésor, bien qu'une 
partie de ses richesses aient été dispersées à la 
suite du transport entrepris pour le soustraire aux 
armées françaises, en 1792, est encore l'un des 
plus considérables qu'il y ait en Allemagne. 
L'accès n'en est pas toujours facile, mais grâce à 
l'autorisation du dignitaire du chapitre préposé 
à la conservation de ce trésor, les plus grandes 
facilités furent accordées à la Gilde pour en exa- 
miner les différentes pièces aussi remarquables 
que nombreuses. L'intérêt de cette étude était 
considérablement rehaussé par les explications et 
les observations faites tour à tour par M. le baron 
Béthune, président de la Gilde, M. le chanoine 
Reusens, M. l'abbé Czobor, conservateur du musée 
de Buda-Pesth. M. l'abbé Schnutgen, de Cologne, 
avait aussi voulu se joindre dans cette circonstance 
à la société, et ajouter ses savantes remarques 
à celles des érudits de la Gilde. Les confrères 
eurent ainsi la bonne fortune de voir successive- 
ment passer sous leurs yeux l'autel portatif de 
Saint-André et le reliquaire du saint Clou. Deux 
pièces du X'= siècle appartenant aux premières 
œuvres de l'émaillerie romaine en Occident, — 
le reliquaire renfermant les chefs de saint Mathias 
et de sainte Hélène, un reliquaire de la vraie 
Croix, les couvertures d'évangéliaires des X^ et 
XII*^ siècles, les magnifiques encensoirs du XIP 
siècle, publiés à différentes reprises, — entre autres 
dans les Annales archéologiques de DiJron ; — les 
cros.ses en cuivre doré trouvées dans les tombes 
des archevêques Egilbert et Bruno, appartenant 
à la fin du XI<= et au commencement du XII<^ 
siècle ; des chandeliers d'autel de la même période, 
des ivoires et manuscrits de premier ordre, etc. 
Tout cela put être examiné avec le jjIus grand 



soin, et, comme nous venons de le dire, exhibé 
avec des éclaircissements historiques et des ensei- 
gnements pratiques donnés par des hommes de 
première compétence, qui doublèrent le charme 
et l'utilité de cette séance. Au surplus. Trêves est 
au point de vue de l'orfèvrerie religieuse du 
moyen âge, une ville de premier ordre. Au.x mo. 
numents du trésor du dôme, — dont un certain 
nombre ont été publiés — il faut ajouter le ma- 
gnifique reliquaire de la vraie Croi.x, dont la reli- 
que apportée de Constantinople, en 1207, par le 
chevalier Henri de Ulmen, fut donnée à l'impor- 
tante abbaye dcSaint-Mathias, prèsdeTrèves. Son 
église a conservé heureusement la relique insigne 
et le chef-d'œuvre qui lui sert d'ostensoir. Il faut 
ajouter encore différentes pièces très remarqua- 
bles de l'église Saint-Gangulphe, dont le trésor 
est pour ainsi dire inconnu, et que les fureteurs 
de la Gilde eurent le bonheur de découvrir, et 
l'autel portatif de Saint-Willibrord conservé dans 
la sacristie de l'église Notre-Dame. 

Le musée provincial, très considérable, surtout 
au point de vue lapidaire, et continuellement en- 
richi par les fouilles et les découvertes quotidien- 
nes qui se font dans le sol historique des environs 
de Trêves, reçut aussi une visite aussi détaillée 
que le permettait le temps dont on pouvait dispo- 
ser. — La riche bibliothèque de la ville eut 
son tour; malheureusement on était en vacances, 
et l'absence du bibliothécaire empêcha cette visite 
d'être aussi fructueuse et aussi intéressante qu'elle 
aurait pu l'être. Ajoutons encore que l'examen 
qui se fait par des corporations aussi nombreuses, 
de monuments qu'il faut pour ainsi dire tenir à la 
main pour les apprécier, a rarement pour le tra- 
vailleur l'utilité qu'il désirerait retirer des trésors 
vus d'une manière fugitive. Mais au moins il sait 
où ils se trouvent, et le désir ou la nécessité d'une 
étude plus approfondie survenant, il se rappellera 
où il doit les rechercher. 

Les trois journées se passèrent ainsi trop rapi- 
dement au gré des excursionnistes, à explorer les 
richesses de cette ville si éminemment historique, 
située sur les rives de la Moselle et où les beautés 
de la nature rehaussent encore le prestige des 
monuments et les souvenirs de l'histoire. Au mi- 
lieu du jour, un joyeux repas pris en commun 
dans les vastes salles du Katkolisckc Bitrger veirin, 
restaurait les forces des archéologues, après les 



j^outicUcs et Mélanges, 



83 



courses de la matinée et les préparait aux fati- 
gues du reste de la journée. De gais propos et 
parfois des toasts chaleureux témoignaient, dans 
toutes ces réunions, de l'entrain des convives. Le 
soir, toute la société se retrouvait au Martins-bad, 
vaste établissement situé au bord de la Moselle, 
et où des séances, présidées par M. le baron 
Béthune, se prolongeaient quelquefois jusque 
assez tard dans la soirée. Dans ces réunions, l'un 
ou l'autre membre prenait la parole pour résumer 
les observations faites sur les monuments visités 
au cours de la journée. Chacun apportait le résul- 
tat de ses impressions et de ses études, dont une 
discussion amicale faisait ressortir ou contestait 
la valeur. A la suite de la visite du trésor de la 
cathédrale, oii le matin on avait vu plusieurs mo- 
numents remontant à l'origine de l'émaillerie en 
Allemagne, M. le chanoine Reusens fit, avec des 
développements étendus, l'historique de l'émail- 
lerie en y ajoutant des explications techniques 
sur cet art dont les églises de Trêves offrent en- 
core des monuments si remarquables. M. le baron 
Béthune et M. le chanoine Delvigne entrèrent 
dans des considérations étendues sur les carac- 
tères de l'architecture des édifices de Trêves. Les 
membres de la Gilde se préoccupèrent naturel- 
lement aussi des causes qui pouvaient avoir 
amené le maître constructeur de l'église de Notre- 
Dame, à donner un plan circulaire à ce remar- 
quable édifice., Ya-t-il été amené par la forme 
généralement ronde des anciens baptistères qui 
d'ordinaire se trouvaient,comme l'église de Notre- 
Dame, dans le voisinage immédiat des cathé- 
drales? Le terrain peu étendu qu'il avait à sa dis- 



position, l'a-t-il amené à adopter cette forme peu 
ordinaire dans les églises de la période ogivale ? 
Est-elle une imitation plus ou moins directe de 
l'église de Braisne, près de Soissons, comme le 
prétendent quelques-uns? Ne faut-il voir, au con- 
traire, dans l'église Notre-Dame, qu'une église 
orientale par son plan, comme le croyaient Didron 
et Félix de Vuneille, une filiation d'Aix-la-Cha- 
pelle et une sœur de Saint-Giréon de Cologne ? 
— Ces différentes hypothèses furent examinées 
sans qu'aucune d'elles parut donner la solution 
du problème posé. 

Plusieurs notables de Trêves, des savants et 
dignitaires de l'église voulurent bien assister aux 
réunions de la Gilde, pendant son séjour à Trêves. 
M. le professeur Scrot, le R. M. Claesen, curé- 
doyen à Echternach, M. l'abbé Schmitgen, M. 
Pateiger, honorèrent les séances de leur présence. 
Le bureau de la Gilde ne voulut pas quitter Trê- 
ves, sans avoir présenté ses devoirs au chef vénéré 
du diocèse, Mgr Korum, dont l'accueil gracieux 
et les sentiments hautement sympathiques pour 
l'œuvre de la Gilde, laissa une profonde impres- 
sion à tous ceux qui prirent part à cette entrevue. 

Enfin il fallait quitter Trêves, ses aimables ha- 
bitants et ses monuments célèbres. Les confrères 
se séparèrent, les uns pour reprendre le chemin 
du Luxembourg et de la Belgique, les autres pour 
descendre les bords de la Moselle et du Rhin, 
heureux tous des journées passées ensemble et se 
promettant d'en renouveler, l'année 1885, les ex- 
cellentes impressions, — cette fois sur les bords 
de la Meuse, suivant le projet d'excursion. adopté 
en assemblée générale. X. 




Société des antiquaires de France. — La 
majeure partie des notices du tome XLIV se 
rapporte à l'archéologie chrétienne. 

— M. G. Schicmberger s'occupe des types de 
la Vierge, du Christ et des saints figurés sur les 
sceaux de plomb byzantins, des X<=, XI<= et XII'= 
siècles. Le buste nimbé et voilé de la Panagia, 
entre les deux sigles MHP 0OY se voit sur la 
moitié au moins des sceaux retrouvés jusqu'ici. 
Tantôt elle est représentée dans l'attitude d'une 
orantc, tantôt elle presse contre sa poitrine le 
médaillon du Christ, tantôt elle porte le divin En- 
fant sur le bras droit ou sur le bras gauche. Ces di- 
verses attitudes doivent correspondre aux types 
de madones, peintes ou sculptées, jadis en grande 
vénération chez les Grecs. Le buste du Rédemp- 
teur, portant le nimbe crucifère ou simplement 
adossé à la croi.K, apparaît sur un certain nombre 
de bulles. Beaucoup plus rarement, le Christ est 
représenté bénissant, assis sur un trône. Les saints 
dont les effigies sont le plus fréquemment repro- 
duites sont S. Démétrius, S. Georges, S. Nicolas, 
S. Théodore Tyron et S. Théodore Stratilate. 
L'évêque de Myra, le favori de la sphragistique 
byzantine,porte les évangiles de la main gauche et 
bénit de la droite. L'archange S. Michel, la tête 
diadémée, tient de la main droite le globe cruci- 
gère, et de la gauche, le sceptre à triple fleuron, 
très rarement remplacé par l'épée flamboyante. 
Presque toujours la légende gravée sur un sceau 
byzantin est une invocation à la Vierge ou au 
Christ. Quand la Tlieotokos n'est point qualifiée 
par le nom spécial qu'elle portait dans un sanc- 
tuaire vénéré, on lui donne l'épitiiète de toute 
sainte. Mère, du Verbe, souveraine, toute pure, 
vierge, princesse, toute complaisante, etc. 

— Les Icônes historiaruin Veteris Testanienti 
souvent rééditées au XV1<^ siècle, sont célèbres 
par les planches gravées sur bois, d'après Hans 
Holbcin, par Virgile Solis, et probablement, par 
Hans Lutzelburger. M. G. Duplessis donne un 
essai bibliographique sur les différentes éditions 
parues de 1538a 1551 et prend soin de noter les 
planches dont le dessin n'appartient pasà Holbein. 

— A la cathédrale de Nantes, dans la chapelle 
Saint-Clair, des boiseries cachent le tombeau 
de Guillaume Guéguen, mort en 1506 et dont 
Michel Colombe a exécuté la statue funéraire. 
M. Palustre, voulant examiner cette œuvre d'art, 
a pu obtenir l'enlèvement temporaire des boise- 
ries. Il a constaté que la figure duc au ciseau de 



Colombe, brisée en 1793, a été remplacée par un 
autre marbre, du XV'-' siècle, dont il est impos- 
sible de déterminer la provenance. 

— Nous citerons encore dans le même volume, 
une étude de M. A. de Barthélémy sur une vie 
inédite de S. Tudual, attribuée au Vl*-' siècle ; — 
des notes d'un voyage en Corse, par M. Lafaye ; 
— une notice de M. Pol Nicard sur la vie et les 
travaux de M. Ferdinand de Lasteyrie ; — et des 
documents, que nous avons déjà signales, fixant 
la date de la construction des cathédrales d'Em- 
brun et de Gap. 

A cette revue rétrospective ajoutons quelques 
détails sur les récentes séances : 

Dans la séance du 16 juillet dernier. — AL de 
Goy a fait une communication sur des objets de 
bronze provenant d'un atelier de fondeur gaulois 
à Neuvy-sur-Barangeon. 

M. de Lasteyrie a communiqué un calendrier 
portatif latin, du commencement du XIV"^' siècle 
et provenant du Midi de la France. Il signale 
l'e.xistcnce de plusieurs calendriers analogues. Le 
musée du Louvre et de la Bibliothèque Nationale 
en possèdent chacun un. Tous dérivent d'un type 
unique composé à la fin du XIII"^ siècle, par le 
computiste Pierre de Dacie. 

Dans les séances des 2j et jo juillet. — M. Eug. 
MUntz a communiqué la première partie d'un tra- 
vail intitulé : Jacopo Bellini, ses études d'après 
Pantique, so'i influence sur Mantegna, d'après des 
documents inédits. 

M. Héron de Villefosse dit, à ce propos, qu'un 
recueil de dessins de ce maître vient d'être acquis 
par le musée du Louvre, grâce à l'intervention de 
M. Courajod; il entretient la Société des inscrip- 
tions antiques reproduites dans ce recueil. 

M. Courajod communique, en les accompa- 
gnant de commentaires, les photographies de 
plusieurs dessins de Jacopo Bellini, qu'il a fait 
exécuter pendant que ce recueil était entre ses 
mains. 

M. Duplessis lit un mémoire sur quelques gra- 
vures de Martin Schoen. 

M. Courajod lit un mémoire sur un projet de 
formation, au Louvre, d'une collection complète 
de .sculptures originales de l'École française. Il 
entretient la Société des monuments qu'il a déjà 
réunis dans ce but et qui proviennent tant des 
salles du Louvre que des chantiers de Saint- 



Cratiatir Des Sociétés satiantcs. 



85 



Denis, et des palais de Versailles, Fontainebleau 
et Compiègne. 

M. G?idoz donne des détails sur la présence 
des roues de fortune dans les églises du moyen 
âge et dans les temps modernes. 

M. de Lasteyrie met sous les yeux de la So- 
ciété une inscription chrétienne du VIi^ ou duVII<= 
siècle, découverte récemment par l'abbé Hamard 
à Hermès (Oise). 

M. Mowat communique l'estampage d'une 
inscription du moyen âge trouvée à Amiens par 
M. Cagnat. C'est une inscription chrétienne de 
basse époque. 

En séance du j septembre. — M. Eugène Mùntz 
continue la lecture de son travail sur le Palais 
de Sorgues (1319-139S), près d'Avignon, travail 
dont la première partie avait été communiquée à 
la Société en 1879. Il fait connaître les noms des 
artistes presque tous français employés à la dé- 
coration de ce monument. 

M.Muntz communique en outre des photogra- 
phies qu'il vient de faire exécuter d'après les fres- 
ques, toutes encore inédites, du Palais des Papes 
à Avignon, de la cathédrale de Notre-Dame-des- 
Doms et de la Chartreuse de Villeneuve. 

Société de l'histoire de Paris. — M. Vac- 
quer signale les découvertes faites, rue Galande, 
à Paris, à l'occasion de l'ouverture d'une tran- 
chée d'égoût. On y a rencontré des substructions 
de l'époque romaine et recueilli une trentaine de 
sarcophages en plâtre et pierre blanche, méro- 
vingiens et carolingiens. 

• — M. J. Guiffrey donne une notice sur les 
grands relieurs parisiens du XVI II<^ siècle, Boyet, 
Padeloup, Derôme. M. Jal, dans son Dictionnaire 
critique, -àxTsAX. déjà donné des renseignements bio- 
graphiques sur ces artistes si appréciés des bi- 
bliophiles. M. Guiffrey a pu compléter ces indi- 
cations en fouillant des coins encore inexplorés 
des Archives nationales. C'est dans les liasses 
des Commissaires au Châtelet, où se trouvent 
plus de 5000 articles, qu'il a découvert ces docu- 
ments. Ceux qu'il publie sont tous de même 
nature. Après la mort du relieur, le Commissaire 
du Châtelet vient apposer les scellés sur les coffres 
et effets trouvés dans l'appartement du défunt ; 
un inventaire détaillé est dressé plus tard par le 
notaire de la famille. Ces divers actes ont cet 
avantage de nous faire pénétrer dans l'intérieur 
du défunt, au moment même de son décès, de 
fournir des renseignements certains sur la date 
précise de sa mort, sur sa demeure, sa famille, sa 
fortune, ses créanciers et ses clients. 

Société de l'histoire de France. — Cette 
importante association, fondée par MM. Guizot, 



Thierry, de Barantc, Thiers, Mignet, etc., a célé- 
bré cette année le cinquantième anniversaire de 
son existence ; à cette occasion, M. le duc de 
Broglie a prononcé un discours dont nous ex- 
trayons les passages suivants : 

«. Je ne crois pas qu'on puisse rendre un meilleur ser- 
vice de nos jours à l'esprit public, à tous ceux même d'en- 
tre nous qui, engagés dans la vie active, ont le moins de 
temps à donner à l'étude, que de nous apprendre à bien 
connaître et surtout à apprécier ^impartialement notre 
histoire. 

« Nous vivons dans un temps, vous le savez, où l'esprit 
de parti s'empare de tout (et quand je dis l'esprit de parti, 
je dis l'esprit de tous les partis, aussi bien de ceux que j'ai 
pu combattre, que de ceux dans les rangs desquels j'ai pu 
figurer) ; mais je ne crois pas qu'il y ait un sujet sur lequel 
l'esprit de parti se donne plus librement et plus aveuglé- 
ment carriùre, que dans la manière de raconter et surtout 
d'apprécier l'histoire de Fi-ance. 

« Nous faisons tous, plus ou moins, une histoire de 
France à notre fantaisie pour servir nos passions du jour. 
L'histoire de France est un champ clos, où en sortant des 
luttes de la presse et delà tribune, nous voulons retrouver 
nos adversaires de la veille, pour les combattre sous les 
traits des hommes d'autrefois. C'est un arsenal où nous 
cherchons de vieilles armes pour servir nos haines et nos 
inimitiés présentes. C'est le fonds inépuisable où nous 
venons chercher le thème de nos récriminations contre 
telle ou telle classe, telle ou telle institution qui nous 
déplaît ou qui nous gêne. Tous, plus ou moins, nous avons 
une tendance à faire de l'histoire un instrument de parti. 

« Vous savez même jusqu'où cette tendance peut pousser 
quelques-uns de nos prétendus historiens. On va jusqu'à 
limiter arbitrairement le champ même de cette histoire, 
jusqu'à fixer une date de fantaisie à l'origine ou à la fin de 
notre existence nationale. Pour ceux-ci il n'y a pas eu de 
France avant une certaine date, et même une date très 
récente. Avant cette époque qu'on glorifie aux dépens de 
tout ce qui l'a précédée, il n'y a pas de France, elle n'exis- 
tait pas à vrai dire, car elle ne formait pas une nation, 
puisqu'on n'y connaissait pas le sentiment ni même le nom 
de la patrie. Pour d'autres, à la vérité, cette même date a 
été la fin, la mort de la France, le jour où elle est tombée 
dans une irrémédiable décadence. 

« Vous ne partagez. Messieurs, aucune de ces exagéra- 
tions opposées, et, par la sage distribution de vos études, 
vous y faites, sans avoir même besoin de les réfuter, la 
meilleure des réponses. Le soin même que vous mettez à 
recueillir et à mettre en lumière tous les monuments du 
passé, dit assez ce que vous pensez des sottes invectives et 
des déclamations qu'on se plaît à entasser contre ce passé 
de la France qui a fait sa grandeur et sa place dans le 
monde. Vous savez montrer par votre exemple que le 
respect du passé est un devoir dont une nation ne peut 
s'affranchir impunément, et qui n'est au fond que le res- 
pect de soi-même et de sa propre dignité. On n'a pas le 
droit de répudier le sang dont on est sorti. Une nation 
qui prend plaisir à calomnier et à déshonorer ses aïeux se 
calomnie et se déshonore elle-même. Le respect du passé, 
chez un peuple, est aussi, vous le savez, une des meilleures 
garanties de sa durée et de sa prospérité à venir, car il y 
a, pour les peuples comme pour les hommes, une piété 
filiale à qui l'Esprit-Saint a promis les bénédictions de ce 
monde, et c'est à eux aussi qu'il a été dit : 

Tes père et mère honoreras, 
Atin de vivre longuement. 

« Mais, vous savez aussi. Messieurs, que ce tableau du 
passé de la France, auquel vous apportez tant de soin, 
n'aurait ni sa signification élevée ni sa grandeur véritable. 



86 



ïRciîue De rart cbrctien. 



s'il ne servait h faire voir par quel progrès lent et continu, 
poursuivi sous l'égide de la grande institution royale qui 
n'a cessé d'y présider, nous sommes arrivés à la jouis- 
sance des biens que nous apprécions le plus aujourd'hui : 
la formation de cette forte unité territoriale qu'aucune mu- 
tilation ne peut détruire, de ce puissant sentiment d'unité 
nationale qui n'éclate jamais mieux qu'aux jours de nos 
malheurs et des grandes crises, et enfin l'élévation gra- 
duelle de toutes les classes vers l'égalité sociale. 

« C'est ainsi, Messieurs, que vos études nous apprennent 
à concilier, avec le respect du passé, la juste appréciation 
du présent et l'espoir persévérant dans l'avenir. Permettez- 
moi de vous féliciter de cette œuvre patriotique et de vous 
en remercier avec d'autant plus de liberté que j'y ai 
moins contribué. » 

Société académique de Saint-Quentin. — 
M. Pierre Benard, dans une étude sur la basilique 
de Saint-Quentin, insiste avec raison sur le 
procédé fondamental d'appareillage des pierres, 
qui aétéappliqué.à très peu d'exceptions près, pen- 
dant toute la période ogivale.et qu'il est nécessaire 
de connaître, pour s'expliquer comment, sur cer- 
tains points, la pierre a pu être refouillée et 
évidée dans des conditions qui semblent irréali- 
sables avec nos procédés actuels. 

« Tout le monde sait qu'aujourd'hui, dit-il, la 
construction complète d'une maçonnerie en pier- 
res se compose de deux périodes ; d'abord les 
maçons posent successivement, assise par assise, 
les pierres auxquelles une taille préparatoire a 
donné un premier dégrossissement; puis, lorsqu'ils 
ont posé le couronnement, arrivent les tailleurs 
de pierrequi dressentdéfinitivementles surfaces et 
dégagent les moulures, en même temps que les 
sculpteurs refouillent les ornements et les figures. 
Eh bien, au moyen âge, le travail des tailleurs de 
pierre et des sculpteurs, au lieu de s'effectuer 
après la construction des murs, se faisait avant. 
Chaque pierre, quelle que fût sa destination et 
sa place, dans un mur, dans une colonne, dans une 
rosace, bas-reliefs, chapiteaux, consoles, clefs, 
culs-de-lampe, statues, balustrades, chaque pierre, 
dis-je, était taillée, ravallée, moulurée, sculptée, et 
entièrement confectionnée au chantier, quelque- 
fois loin du bâtiment en construction, avant d'être 
amenée à pied d'œuvre, et mise à saplace défini- 
tive ; une fois posée, on n'y touchait plus : c'était 
fini. Les avantages de cette méthode sont faciles 
à saisir ; le tailleur de pierre et le sculpteur sont, 
pour travailler, infiniment plus à leur aise dans 
leur chantier que sur l'échafaudage ; ils peuvent 
circuler autour de leur bloc, le manœuvrer, le 
tourner dans le sens le plus commode ; comment, 
par exemple, aller sur place, après la pose, profiler 
les moulures des rosaces, tailler circulairement 
leurs lobes, évider leurs dentelures, perforer leurs 
ajours, sans s'exposer à rompre certains membres, 
et à ébranler tout le réseau et les meneaux qui 
le portent ? On remarque même parfois des 
moulures si profondément dégorgées qu'il serait 



impossible à l'outil d'atteindre tous les points de 
leurs rcfouillements, si l'ouvrier ne pouvait l'intro- 
duire par le lit de pose. Un autre avantage, c'est 
d'obliger l'appareilleur à prévoir tous les joints 
d'avance, et le sculpteur à étudier ses motifs 
d'ornement, de façon à ce que chaque pierre forme 
un sujet complet; aussi n'y trouve-t-on jamais ces 
joints malheureu.x qui passent au travers des com- 
positions sculptées ; ajoutons que les frises et les 
archivoltes ornées y produisent leur maximum 
d'effet par la netteté avec laquelle les motifs se 
détachent, à cause des repos forcés qui les sépa- 
rent, et qui sont déterminés par les joints. Un 
dernier avantage était de permettre l'exécution 
des travaux avec une rapidité tellement grande, 
qu'il nous est impossible aujourd'hui, avec toutes 
nos ressources mécaniques, d'en approcher. » 

Société Éduenne. — M. Bulliot continue à 
rendre compte des célèbres fouilles du Mont- 
Beuvray. 

— M. Roidot a rendu coinpte d'un mémoire 
sur les antiquités d'Autun que M. Bunnet Lewis 
a publié dans T/ie arcliœological Journal. L'anti- 
quaire anglais s'y occupe de la célèbre inscription 
gréco-chrétienne du Musée d'Autun, découverte 
en 1839 a Saint-Pierre de Lestricr. On n'est point 
d'accord sur l'âge de ce monument. Le cardinal 
Pitra l'a attribué à la fin du deuxième siècle, 
ainsi que M. VVharton Booth Marriot. MM. Ros- 
signol et Kirchoff ne le font remonter qu'à une 
époque de décadence, en raison des fautes de 
syntaxe et de prosodie de l'inscription et d'après 
la forme cursive des caractères. M.B.Lewis partage 
leur sentiment. Mais, comme le fait justement 
observer M. Roidot, dans quel lieu et à quelle 
époque la décadence commence-t-elle ? Les <^allo- 
Romains écrivaient-ils la langue d'Homère dans 
sa pureté classique? est-ce dans des inscriptions 
funéraires qu'il faut chercher des modèles de 
correction absolue, surtout quand elles sont 
rédigées dans une langue étrangère .' La même 
réponse peut être opposée à l'argument tiré de 
la forme irrégulière des caractères. Qu'en 
conclure? sinon que les Gallo- Romains parlaient 
un grec médiocre et l'écrivaient médiocrement. 
Nous nous associons au.x judicieuses obser- 
vations de M. Roidot, et nous croyons, avec le 
cardinal Pitra, le P. Secchi, MM. Borret, Leemans, 
Franz et Marriot que cette épitaphe doit reinon- 
ter au second siècle. Ajoutons toutefois qu'il est 
fort possible, comme le conjecture M. de Rossi, 
que la pierre primitive ait été brisée par les 
païens, et qu'elle ait été gravée à nouveau et 
remise en place au IV*-" siècle. 

— Le tome IX des Mémoires de la socictc 
Éduenne contient encore d'importants travaux 
historiques et archéologiques, parmi !esc|uels 



Crauaur Des «èocictés savantes. 



87 



nous nous bornerons à citer une Notice sur 
Santeuay (Côte d'Or) par M. H. De Longuy, et 
XÉpigrapkie aiitunoise, par M. H. De Fontenay. 

Société des sciences, belles-lettres et arts 
de Tarn et Garonne. — Le tome IX de ses 
Mémoires ne contient que des travaux purement 
littéraires, sauf un rapport de M. Edmont Gala- 
bert sur les congrès des sociétés savantes à la 
Sorbonne. La Revue de Part chrctieii a souvent 
plaidé la cause de la décentralisation littéraire; 
il est juste de donner la parole à une opinion, 
non pas contraire, mais un peu différente. 

« Le choix des lectures, dit M. Galabert, est laissé, 
comme par le passé, à l'initiative des Sociétés ou des 
délégués, mais le Ministère propose maintenant chaque 
année aux Sociétés savantes l'étude d'un certain nombre 
de questions, qui sont ensuite discutées dans les sections. 
Cette innovation a été critiquée et elle est trop récente 
pour que son application ne soit pas encore un peu 
défectueuse. Elle n'en est pas moins excellente. Elle met 
en contact les savants de province avec ceux de Paris, 
elle les fait travailler en commun et elle servira à déter- 
miner exactement le rôle qui convient plus pirticulière- 
nent à chacun d'eux. Déjà même, en suivant attentivement 
la discussion on se rend compte de ce qui manque aux 
savants de province pour traiter de vastes sujets, proposer 
des théories, faire des essais de généralisation. Ils n'ont 
point assez d'étendue dans le savoir et surtout assez de 
réserve. L'esprit critique leur fait défaut. Les exceptions 
qu'on signalerait n'infirmeraient point la règle. Peut-être 
même la contirmeraient-elles et s'apercevrait-on que ces 
savants, bien qu'habitant la province, se rattachent au 
mouvement parisien par des voyages, des lectures, des 
correspondances et des relations particulières. C'est que 
la supériorité scientifique et artistique de Paris est 
indéniable. Qu'on juge ou non cette centralisation ex- 
cessive, on sera longtemps encore obligé de la subir. 
11 convient dès lors de n'en pas méconnaître les avantages. 
Les savants parisiens, mieux placés pour ébaucher des 
vues d'ensemble ou se livrer à des essais de synthèse, 
se défient néanmoins des conclusions hâtives et deman- 
dent des faits et rien que des faits. Leurs confrères de 
province devraient s'attacher principalement à en 
recueillir. La province est peu ou mal connue ; il 
appartient aux diverses Sociétés savantes de l'étudier. 
Les travaux qui leur conviennent le mieux sont ceux 
qui concernent plus particulièrement leur région. Voilà 
le champ vraiment réservé à l'activité des savants de 
province, et, s'ils savent s'y maintenir, leurs efforts ne 
seront pas infructueux. On objectera peut-être que ce 
genre de recherches s'exerce dans des limites trop étroites 
pour intéresser un grand nombre de personnes. Là est 
justement l'erreur. 

« L'étude scientifique d'une contrée ne se borne pas 
seulement à celle du sol, du climat, de \.\ flore et de la 
faune ; elle comprend aussi l'économie politique et 
rurale, l'archéologie, l'histoire, les institutions, les cou- 
tumes, les moeurs, les croyances, les traditions, les 
légendes, les superstitions, les dialectes, l'inventaire des 
musées, des archives et des collections. C'est dans cette 
voie que le Ministre de l'Instruction publique et le 
Comité des Sociétés savantes cherchent à pousser les 
Sociétés de province. Les résultats de cette enquête 
centralisés à Paris, seraient mis à la disposition des 
savants les plus éminents et une étude, à la fois neuve 
et complète de la France sortirait un jour de cette 
collaboration. On voit donc que même en laissant décote 



les raisons exposées plus haut et tirées des difficultés 
que chacun rencontre en voulant sortir de son domaine, 
on en trouve d'autres très sérieuses qui imposent aux 
savants de province le devoir de se consacrer à cette 
tâche. Le Comité des Sociétés savantes réclame leur 
concours pour l'accomplissement d'une œuvre nationale, 
qui profitera également à la science générale. » 

Société historique et archéologique du 
Maine. — M. André Joubert raconte l'histoire 
du château seigneurial de Saint-Laurent des 
Mortiers, détruit par les Anglais en 1427 et 
aujourd'hui complètement disparu. L'auteur a 
retrouvé dans les archives communales de Saint- 
Laurent un plan du château fait en 181 3 d'après 
les ruines qui existaient encore. S'il faut s'en rap- 
porter à la figure bizarre que M. Joubert inter- 
cale dans son travail, ce château aurait été 
composé d'une enceinte octogonale flanquée de 
huit tours rondes. Au centre se trouvait le don- 
jon qui était relié à l'enceinte par des pans de 
murailles correspondants à chaque tour. 

Commission des antiquités et des arts de 
Seine et Oise. — Dans son dernier fascicule, se 
trouve un inventaire de l'église de Notre-Dame 
de Mantes par MM. Durand et Grave. Cette 
charmante église est ogivale, mais romane par 
son plan et par certains détails de son ornemen- 
tation. Tout l'édifice a été bâti d'un seul jet de- 
puis l'abside jusqu'à la façade, mais elle n'a 
d'abord été élevée que jusqu'à la hauteur du 
premier bandeau. Toute la partie supérieure date 
des premières années du règne de saint Louis. 
Eudes de Montreuil a su habilement raccorder à 
l'église commencée par Philippe-Auguste l'église 
de Blanche de Castille et de saint Louis. La 
construction du triforium est peut-être unique et il 
n'a d'analogue que celui deSaint-Remi de Reims. 
Les voûtes de ce triforiuin, en berceau ogival, 
perpendiculaires au grand axe de l'église, repo- 
sent sur de larges linteaux, soulagés par de ro- 
.bustes colonnes. Les chapelles de l'abside n'ont 
été construites qu'au XI V« siècle, à l'exception 
de celle de la Vierge, bâtie en 1246. 

On a eu tort de répéter que le portail de Mantes 
avait été copié sur celui de Notre-Dame de 
Paris, car les parties anciennes de Mantes sont 
antérieures à la métropole de Paris. Parmi les 
sculptures de la façade, on remarque les funé- 
railles de la Vierge, la résurrection du Sauveur, 
la résurrection des morts et beaucoup de figures 
de mart)-rs Le vitrail de la grande rose, datant 
du XlIP" siècle, représente, en \ingt-quatre scè- 
nes, le jugement dernier. C'est à la même époque 
que remontent la sacristie et l'ancienne salle du 
chapitre qui la surmonte et qui sert aujourd'hui 
de garde-meuble. Le plus précieux objet du mo- 
bilier de Mantes est un beau tapis persan, offrant 



88 



IRctJue ne rart cbréticn. 



des motifs de chasse, des arbres, des oiseaux, 
des lions, des panthères, des gazelles. M. de 
Caumont attribuait ce tapis au XI V^ siècle: 
MM. Durand et Grave le croient un peu moins 
ancien. 

Société littéraire, liislorique et archéolo- 
gique de Lyon. — Dans la siance du j mars 
i88^. — M. Georges lit quelques passages de son 
étude sur l'architecture, travail qui a mérité à 
son auteur un prix de l'institut. 

Séance du iç mars i88^. — M. le comte de 
Charpin Feugerolles communique un document 
du commencement du XYIIf^ siècle, ren- 
fermant le récit d'une visite pastorale de Mgr de 
Marquemont, archevêque de Lyon, à Saint- 
Étienne-de-Furens. 

Séance du 2 avril 1S84. — M. Desvernay com- 
munique une vue de l'Ile Barbe, due au crayon 
de M. Reithoffer, et fait une description du pay- 
sage et des monuments qu'elle représente. 

Séance du 7 mai 188^. — M. Pallias lit un 
mémoire sur l'industrie de la Ganterie à Grenoble, 
qui existait, dans cette ville, déjà au milieu 
du quatorzième siècle. 

Séance du 21 mai i88{.. — M. le baron 
Raverat fait le récit d'une promenade dans la 
vallée de l'Albarine, dans lequel il décrit successi- 
vement Tunay, la cascade de Charabotte, la 
roche de Thiou, Nantuy et Hauteville. 

Séance du 18 juin 188^. — M. le baron Rave- 
rat fait le récit d'une excursion dans la vallée de 
Beaunaiit. — M. Desvernay lit une notice bio- 
graphique sur Louis Guy, peintre lyonnais. — 
M. l'abbé Conil fait passer sous les yeux des 
membres de la Société la photographie d'un por- 
trait du bienheureux Joseph Benoît Labre. Ce 
portrait, peint sur toile et dont il possède l'origi- 
nal, est attribué à un peintre lyonnais, nommé 
Jean Bourgeois, et il prie ceux de ses collègues, 
qui auraient des renseignements sur cet artiste, 
de vouloir bien les lui communiquer. 

Séance du 2 juillet 1884. — M. le baron Ra- 
verat fait le récit d'une excursion à Saint-Geoire, 
au château de Clermont-Tonnerre et au hameau 
de Saint-Sixte. 

Société d'agriculture, sciences et arts de 
la Marne. — M. le chanoine Lucot donne la 
description des verrières de la cathédrale de 
Châlons, qui ont été récemment restaurées, la 
plupart parM.Stcinheil. Aux huitième et neuviè- 
me baies du collatéral septentrional, on voit 
deux verrières en grisailles, l'une du XIII'', 
l'autre du XVI'= siècle. Les fleurs de lys a.ssociées 
aux tours de Castille donnent à la première la 
date du glorieu.x règne de saint Louis; la seconde 



bande de personnages fait connaître les dona- 
teurs : ce furent les pelletiers qui exerçaient leur 
industrie dans le voisinage de la cathédrale, ils 
sont représentés préparant leurs peaux, les ven- 
dant à deux bourgeois, et offrant à la sainte 
Vierge leur verrière dans la personne du chef de 
la corporation, agenouillé devant elle. La seconde 
grisaille est due à la générosité des chanoines ; 
ils se sont fait peindre en habits sacerdotaux, 
faisant l'offrande de leur fenêtre au Sauveur 
assis dans une chaire, à saint Etienne et aux 
autres protecteurs de la cathédrale. 

La quatrième fenêtre du collatéral droit réunit 
aujourd'hui les figures de saints, réparties autre- 
fois en deux verrières qui ont subi malheureuse- 
ment de nombreuses mutilations. Parmi ces 
personnages, peints au XV" siècle, on remarque 
saint Jacques le Majeur faisant bénir un cha- 
noine donateur par la sainte Vierge;saint Vincent 
en dalmatique; saint Etienne ayant sur la tête 
un des cailloux de sa lapidation; sainte Catherine 
avec sa roue brisée dans la main gauche ; sainte 
Barbe, avec sa tour et l'épée qui lui trancha la 
tête ; les pieds de ces personnages reposent sur 
des socles aux gracieux contours où des armoi- 
ries ont été peintes: on y voit celles de la ville de 
Châlons et l'écu de France. Cette association, se 
demande M. Lucot, avait-elle pour but de per- 
pétuer le souvenir de quelque libéralité du roi 
et du corps de ville ? ou bien, l'écusson du roi 
ne serait-il ici, dans la pensée du donateur qu'un 
souvenir consacré à la ville et à son gouverneur, 
ainsi qu'au roi de France, sous l'autorité duquel 
Châlons venait de se replacer.' Il n'est pas rare, 
dans les pays Allemands, mais qui ont toujours 
été autonomes, de rencontrer peintes, dans les 
verrières des églises, les armes de l'empire d'Alle- 
magne : la représentation de ces armes était la 
simple reconnaissance de la suzeraineté de 
l'empereur romain. Faut-il voir autre chose à 
Châlons dans la présence des armes royales? 
c'est une question sur laquelle M. Lucot n'ose 
point se prononcer. 

J. C 

Société historique et archéologique du 
Périgord. — Par les soins de la Société archéo- 
logique du Périgord, le musée de Périgueux déjà 
si riche, vient de s'augmenter d'une collection des 
plus curieuses et des plus rare.s, voici dans quelles 
circonstances. A la séance du 4 octobre dernier, 
un membre faisait part à la savante Compagnie 
de la découverte d'une station magdalénienne sur 
la commune de la Lindc, découverte fortuit!.- 
amenée par des fouilles que faisaient faire sur 
leur terrain à l' Abri des soucis, MM. le capitaine 
Masson et Braquemont. Ces Messieurs avaient 



Cratiaur Des %)Ocictés savantes. 



89 



trouvé une grande quantité d'objets très curieux 
et en faisaient part à la Société archéologique. 
Celle-ci désigna une commission chargée de 
s'entendre avec les propriétaires des terrains 
pour diriger les fouilles et acquérir quelques-uns 
des objets trouvés. 

Ces fouilles reprises le 18 février sous l'habile 
direction de M. Féaux, amenèrent les plus jolis 
résultats : Huit harpons barbelés d'une forme 
gracieuse et d'une ornementation délicate, un 
collier formé de 10 coquilles marines, un manche 
de poignard en os gravé, trois baguettes ciselées, 
une petite scie en ivoire d'un travail des plus fins 
et une quantité considérable de beaux fragments 
de harpons, de sagaies, d'aiguilles, de couteaux et 
de mortiers à broyer la sanguine qui faisaient 
partie de la toilette de nos populations troglodi- 
tyques, la plupart de ces objets couverts de 
sculptures et de ciselures du meilleur goût, furent 
trouvés au pied de VAbri des soucis. 

Des offres furent faites par M.Galy,président de 
la Société archéologique, pour acquérir cette 
riche collection. Mais le capitaine Masson, 
«n'écoutant que la voix du patriotisme» voulut 
en faire un don gracieux au musée de Périgueux, 
qui se trouve ainsi posséder l'une des plus riches 
et des plus intéressantes collections de l'époque 
paléolithique magdalénienne. 

Si le désintéressement du capitaine Masson 
est digne de tous éloges, nous n'en devons pas 
moins féliciter la Société archéologique du Péri- 
gord, et personnellement son savant président 
qui surent éviter la vente toujours déplorable 
d'une collection dont les sujets peut-être se furent 
dispersés aux quatre coins du monde. 

J. M. 



Académie des Incsriptions et Belles- Lettres, 

Sc'a/iic- du Jj juillet. — M. L. Uelisle présente, au 
nom de Madame la comtesse de Bastard d'Estanget au 
sien, une planche de fac-similé héliographique qu'il a fait 
exécuter, d'après un manuscrit de Saint-Gall, pour combler 
une lacune de l'ouvrage de feu .VI. le comte de Bastard 
Peintures et orneiiietils lùs inanusciils. Il annonce en 
même temps qu'un exemplaire de choix et très complet 
de ce somptueux ouvrage vient d'être donné à la Biblio- 
thèque Nationale par la veuve du fils de l'auteur. 

Séance du S août. — M. Léon Heuzey offre au 
nom des auteurs, MM. Henry Cros et Ch. Henry, un 
volume intitulé : ["Encaustique et tes autres procédés de 
peinture clicv les anciens. 

Ce livre, die M. Heuzey, contient une découverte im- 
portante pour la science et pour l'art. C'est la restitution 
tant cherchée d'un procédé célèbrede la peinture grecque: 
la peinture à la cire et au feu ou Vencaustique. 

La recherche des procédés perdus de l'encaustique a 
fait travailler bien des esprits et produit toute une série de 
mémoires. L'.Académie des Inscriptions ne saurait oublier 
celui qui lui fut iJrésenté en 1755 par le comte de Caylus. 
Le principal défaut de la méthode était de trop s'écarter 
des indications des auteurs, en employant des cires fon- 



dues à l'eau bouillante, étendues à la brosse et repassées 
seulement avec une sorte de réchaud. L'auteur qui s'est le 
plus approché des procédés antiques, consistant à appli- 
queretà mélangerdirectenient les cires decouleur avec des 
fers chauffés au feu, fut l'abbé Requeno, en 1784. Mais, 
faute d'exemples, il ne put faire la démonstration archéo- 
logique de son système. 

Il en est tout autrement du travail de MM. Cros et 
Henry. 

Tout d'abord, ils suivent scrupuleusement les indications 
fournies par les textes ; ils en montrent ensuite l'applica- 
tion sur un petit nombre de peintures anciennes ; tels sont, 
par exemple, deux portraits de la famille égypto-romaine 
des Soter, au Louvre, et la célèbre muse de Cortone. A 
ces documents positifs s'ajoute la découverte faite en 1847, 
à Saint-Médard-des-Piès, de tout l'outillage d'une femme 
peintre, contenant des substances et des instruments qui 
se rapportent indubitablement aux procédés de l'encaus- 
tique. Enfin, pour emporter la conviction, il fallait une 
condition dernière: la mise en pratique du procédé ; M. 
Cros a tait fabriquer des cauteria, sortes de spatules ou 
d'ébauchoirs, parmi lesquels, le fameux cesirum dentelé en 
feuille de bétoine. II a mis ses fers au feu, et il a été étonné 
lui-même d'obtenir aussi logiquement le résultat cherché. 
Voici une charmante tête de femme peinte à l'encaustique 
par M. Cros, ajoute M. Heuzey, ou l'on remarciuera à la 
fois la franchise du coloris et l'habile mélange des tons, 
qui passent les uns dans les autres avec la même souplesse 
que dans la peinture à l'huile. La peinture à la cire donne 
un coloris oîi la transparence et je ne sais quelle vie par- 
ticulière s'unissent à la solidité de la pâte ; ses couleurs ne 
changent pas ; elles ne sont pas exposées au danger de 
la décomposition chimique ; enfin, le procédé est à la fois 
d'une rapidité et d'une souplesse remarquables. A ces 
divers titres, la peinture à l'encaustique se recommande 
aux artistes contemporains. 

Séance du 2Ç août. — M. Léopold Delisle, directeur 
de la Bibliothèque nationale,a communiqué dernièrement 
à l'Académie des Inscriptions des observations sur l'origine 
d'un manuscrit introduit par Libri dans la collection de lord 
Ashburnham (2" article du n^ 16 de la collection). Ce 
inanuscrit est du huitième siècle, et M. Hort, professeur à 
l'Université de Cambridge,y a reconnu des fragments éten- 
dus du <,< Miroir» de saint .Augustin. A l'aide d'un catalogue 
du huitième siècle, récemment trouvé à Orléans par ^L 
Trouchot, M. Delisle établit que les treize feuillets, du « Mi- 
roir», aujourd'hui reliés dans le manuscrit 16 de Libri, fai- 
saientpaitie,audix-huitièmesiècle,dumanu3crit lo de l'ab- 
bayede Saint-Benoît-sui-Loire. Ces feuillets ont été em- 
ployés par dom Sabatier pour son édition des anciennes 
versions de laBible.Uom Rivet lésa analysés dans le tome 
III de \ Histoire littéraire de la France, et, faute d'\' a\oir 
reconnu un ouvrage de saint Augustin, il a supposé que 
c'était un débris d'une compilation faite en Gaule au com- 
mencement du sixième siècle. Le manuscrit 10 de Saint- 
Benoit est arrivé à la Bibliothèque d'Orléans, où il porte 
aujourd'hui le n' 16. Les feuillets du ^< .Miroir» de saint 
Augustin en ont été enlevés depuis la publication du 
catalogue de Septier ; Libri se les est appropriés et les a 
vendus, en 1847, au comte d'Ashburnham. 

X. 

La Société d'art et d'histoire du diocèse 

de Liège, a publié le Tome III de ses Bulletins. 
Voici le contenu de ce volume. De la dévolution 
et de la inaiiiplcvie dans le droit coutuniier liégeois, 
par iM. le conseiller Crahay. Nouvelles recherches 
sur Saiiit-Servais, étude par laquelle M. le profes- 
seur Ktiilli reccjiistituc d'une manière aussi ingé- 



^'-' I.lVUAlSON. 



90 



IRctiue Dc ract cbrétien. 



nieuse que savante, ce qu'il considère à juste 
titre, croyons-nous, comme la plus ancienne 
inscription chrétienne du pays, c'est-à-dire l'épi- 
taphe métrique que saint Monulphe, évêque de 
Liège, avait fait graver sur la tombe de son 
illustre prédécesseur, saint Servais. Horion Ho- 
zcDiont, notice historique de M. Vandricken, dans 
laquelle l'auteur fait, à l'aide de recherches minu- 
tieuses entreprises avec une sorte de piété, l'his- 
toire d'une commune rurale de l'ancienne prin- 
cipauté de Stavelot; il sait rendre son travail 
attachant par l'accent de vérité qu'on y trouve, 
et l'esprit consciencieux de ses investigations. 
Quelques mots sur les Agnus Dei, travail très 
étudié et où l'auteur, M. le chanoine Dubois, a, 
sous un titre modeste, réuni à peu près tout ce 
que l'on sait sur les Agnus Dei. Il forme une 
sorte de monographie illustrée de 4 planches, 
reproduisant des custodes d'Agnits Dei, petits 
monuments fort rares, comme on sait. La plus 
ancienne dc ces custodes, celle qui est conservée 
au musée archéologique de Namur, avait déjà 
été publiée par les soins de la Société archéo- 
logique de cette ville. Le volume se termine 
par : (J/ie famille rui'ale au X VHP siècle, par 
M. Charles Dejace. L'auteur y fait une esquisse 
historique, basée entièrement sur des documents 
de famille et qui, par cela même est très 
attachante. C'est la publication d'un de ces livres 
de raison que M. Ch. de Ribbe a été le premier à 
mettre en relief, et dont bien des familles, dans 
plus d'un pays, ont conservé encore les manus- 
crits restés inconnus et qui attendent l'œil d'un 
chercheur pour être remis au jour. 

J. H. 

Institut archéologique liégeois. — Nous de- 
vons signaler le document fourni par M. D. Van de 
Casteele sur des tapisseries de Bruxelles, dues à 
Urbain Leyniers, conservées au château d'Aigre- 
mont. M. Van de Casteele avait déjà fait connaître 
des haute-lisses de Daniel Leyniers, ornant actuel- 
lement les salons particuliers du gouverneur et non 
ceux du château dc Waroux. 11 a cette fois mis 
la main sur toute la correspondance qui eut lieu 
entre le fabricant et l'archidiacre Clercx de Liège 
vers 1 525. Des neuf tentures qui ornèrent la grande 
salle du château d'Aigremont, et dont les cartons 
furent exécutés par Jean Van Orley, quatre 
existent encore : elles représentent \ Hiver, la 
Chasse, le Ménage, et un Festin de Paysans. Les 
belles tapisseries de la salle du Conseil communal 
de Bruxelles, représentant des épisodes de l'his- 
toire du duché de Brabant sont du même artiste. 

Bien intéressante est la petite église romane 
de Saint-Nicolas en Glain,à laquelle M. N. Hen- 
rotte consacre quelques pages et deux planches, 
une jolie vue de l'élégant chevet, et un dessin 



d'une des plus anciennes dalles tumulaires que 
l'on connaisse en Belgique. 

Société archéologique de Namur. — La 
deuxième livraison de cette année contient une 
notice de M. del Marmol sur les confréries de la 
Miséricorde et de la consolation en l'église de Saint- 
Jacques à Namur. M. D. Van de Casteele y donne 
une série de documents inédits. 11 fait connaître 
un contrat (1650) relatif à une voûte sculptée en 
l'Eglise de Notre-Dame à Namur par les sculp- 
teurs Jean-Arnould de Ville et François Finon, et 
un autre, de 1587, concernant l'érection de l'an- 
cienne boucherie, siège actuel du riche musée 
namurois. D'après ses curieuses notes, le peintre 
namurois Martin Hardeine, quitta en 1650 sa 
ville natale pour chercher ailleurs plus grand pro- 
fit de son art. Le testament dc Claude du Moulin, 
chanoine de Saint-Aubin fait en 1681, fournit des 
données sur des peintres en renom, Jean Leclerc, 
Daniel Zeghers, Jean Bouillon, de Coninck, Josse 
de Momper, J.-B. Bouverie, etc. 

C'est encore au laborieux archiviste namurois 
que nous devons une note sur l'ancienne fabrica- 
tion de verres de Venise à Namur. Nous avons 
déjà entretenu nos lecteurs de l'existence, au 
seizième et au dix-septième siècle, d'ateliers 
fondés par les verriers de Murano à Anvers 
et à Liège. Le travail le plus imjjortant du 
fascicule qui nous occupe est dû au R. P. Dom 
van Caloen; il a pour sujet les bas-reliefs et 
les sépultures franques récemment découverts à 
Maredsous. Notre collaborateur M. le baron Be- 
thune de Villers y consacre un compte-rendu, que 
le lecteur trouvera au chapitre Bibliographie. 

L. C. 



Commission royale d'art et d'archéologie 
de Belgic£ue. — En terminant une étude sur 
l'épigraphie romaine de la Gaule, M. H. Schuer- 
mans s'arrête à disserter savamment sur les deux 
diptyques consulaires de Liège, célèbres dans le 
monde archéologique. L'un, le diptyque d'Asty- 
rius, appartint jadis à l'église de Saint-Martin, où 
il servit longtemps de couverture d'évangéliairc. 
L'un des feuillets est aujourd'hui perdu, tandis que 
l'autre est encore conservé au musée de Darm- 
stadt, après avoir appartenu à M. de Crassier, 
puis à Ch. A. Honvlez, baron de Hùpsch et fina- 
lement au grand duc Louis F' de Hesse. Quant 
à l'époque et aux circonstances dc rarri\éc de ce 
diptyque à Liège, M. Schuermans émet l'idée, 
que lorsque l'évêque Eracle fonda l'église de 
Saint-Martin à Liège, au Ys siècle, il aurait fait 
don du diptyque d'Astyrius à cette église qui 
l'aurait employé à revêtir un évangcliairc. 

D'un autre côté, la cathédrale dc Saint- 



Crauaur ncs Sociétés savantes 



91 



Lambert, démolie à la révolution française, a 
possédé un diptyque représentant, comme celui 
de Saint-Martin, l'inauguration d'un consul, lequel 
s'appelait Anastasius. On a conservé jusqu'à 
nos jours au moins trois diptyques de ce 
consul : un premier, de la cathédrale de 
Bourges, est allé à la Bibliothèque nationale de 
Paris; un second est au musée de Vérone, ou 
du moins on y possède le deuxième feuillet de 
celui-là. Enfin, celui de Liège est aujourd'hui di- 
visé. Le deuxième feuillet est au South Kensins:- 
ton inuseinn, et le premier, à la Kiinst Kamer de 
Berlin. On avait toujours vu dans cet Anastasius 
l'empereur Anastase, qui a été quatre fois consul. 
L'auteur établit qu'il s'agit d'un deseshomonymes 
et parents, et que le diptyque est un produit de 
l'art byzantin du VI^ siècle. Il était probablement 
dans le trésor de Saint-Lambert dès le temps de 
Charlemagne; peut-être est-il un don de saint 
Hubert à cette église. Il adonné lieu il y a vingt 
ans, à un procès célèbre, une contrefaçon de cet 
objet ayant été mise en vente par un faussaire, 
nommé Esser, qui s'occupait à Liège, avec une 
grande habileté, delà fabrication de faux ivoires. 
Terminons en disant que, selon M. Schuermans, 
il y a lieu d'espérer que l'on retrouvera à la ca- 
thédrale d'Aoste le premier feuillet du diptyque 
d'Astyrius. 

— M.Lucien Solvaydonne,à titre d'extrait d'un 
ouvrage sous presse, une étude ayant pour objet 
l'influence de l'art flamand sur l'art espagnol. 

La sculpture en Espagne, ne fit que suivre, 
avant et après la Renaissance, les traditions 
italiennes, sans marquer ses œuvres d'un carac- 
tère national. Les rares spécimens qu'on con- 
serve de cet art, dans les musées et les églises, 
jouissent, selon M. Solvay, d'une réputation sur- 
faite. Les étrangers se mêlent en giand nombre 
aux artistes indigènes. A la suite des architectes 



flamands, tels que le Bruxellois Annequin, Van 
der Eycken, François Van Sande, Jean Guas, etc. 
y affluent des sculpteurs étrangers, Philippe de 
Bourgogne, le flamand De Jonghe, les italiens 
Pompeio Leoni, Juani de Juni et Torrignano. 

.Selon une curieuse remarque de l'auteur, c'est 
par l'Espagne, et non par l'Italie, que la Renais- 
sance pénétra à la fin du XVi^ siècle dans les 
Pays-Bas, où elle s'implanta plus tôt qu'en France 
et en Allemagne. En plein Pays-Bas, il croit re- 
trouver le style Mudejar, dans la colonnade delà 
cour du palais épiscopal de Liège, dans la cha- 
pelle du Saint-Sang à Bruges, et dans l'ancienne 
Bourse d'Anvers, et le style Plateresque, dans la 
plupart des édifices belges du XVP siècle; il en 
trouve des traces dans la cheminée du Franc de 
Bruges, dans le mausolée du cardinal de Croy à 
Heverlé, etc. 

La peinture, qui suivit la sculpture et l'architec- 
ture, s'inspira au.x mêmes sources, mais elle ne 
voit le jour qu'avec peine, aux dernières années 
du XVi^ siècle, alors que l'Espagne a chassé les 
Arabes, et commence à respirer, après des siècles 
de luttes formidables. Elle ne produisit que 
d'informes essais jusqu'à l'arrivée des Florentins 
Gherardo, Stamira et Dello. Les Flamands suivi- 
rent les Italiens. On cite Gil Tannes, Christophe 
d'Utrecht, Antoine de Hollande, Olivier de Gand, 
Jean Flamend. On prétend, non sans preuves, que 
Roger Vander Weyden passa par l'Espagne à son 
retour d'Italie; mais en tout cas, la présence d'un 
grand nombre de ses œuvres, y eut, à défaut des 
leçons du grand-maître, une grande influence sur 
l'art. Ici M. Solvay se livre à une intéressante 
critique des œuvres de Roger, plus authentiques 
les unes que les autres. Il apporte à une question 
des plus intéressantes, surtout pour ses compa- 
triotes, le contingent précieu.x des études sérieuses 
qu'il a pu faire sur place. 




jV^^^ljQjIJÇXj^^y;;;;^ (^^QXjQXjQ^yÇSI^ 





^mm^mSiM^. BibliograpJ)it- M^'msi'^m^m 



ANS notre livraison de juillet 1883, 
p. 278, HDUS avons annoncé que 
l'Exposition de l'Art ancien, orga- 
nisée à Liège en 1881, allait donner 
lieu à une publication considérable, 
entreprise par la Maison Claesen 
de Paris. On se rappelle que cette publication 
devait se composer de trois albums de 30 plan- 
ches chacun, accompagnées d'un texte explicatif. 
Déjà nous avons rendu compte du premier 
fascicule de l'Album consacré à X Orfèvrerie 
religieuse. Cette publication se poursuit, et 
aujourd'hui les premières livraisons des deux 
autres albums ont également vu le jour. 

La deu.xièmc partie se compose de la Sculp- 
ture et de la Dinandcrie. De même que pour la 
livraison déjà parue, les planches exécutées avec 
beaucoup de soin au moyen de la phototypie,par la 
Maison Rômmeleret Jonas de Dresde, ne laissent 
rien à désirer. Voici les planches de cette livrai- 
son que nous avons sous les yeux : 

1° Diptyque d'Auastasius. Ce sont les deux 
feuillet-s de ce curieux monument de la toreutique 
conservé autrefois dans la cathédrale de Saint- 
Lambert à Liège, et dont aujourd'hui une moitié 
se trouve dans l'un des musées de Berlin, l'autre 
au musée de South-Kensington à Londres. 2° La 
Vierge, dite de Doui Rupert. Bas-relief en pierre 
du XI'' siècle, qui se trouvait autrefois à l'abbaye 
de Saint-Laurent près Liège, et qui est actuelle- 
ment conservé au musée archéologique de cette 
ville. 3" Autiionicre, curieuse broderie du XIV« 
siècle, faisant partie du trésor de l'ancienne 
collégiale de N-D. à Tongres. 4° Deux groupes 
du retable de l'église Saint-Denis, à Liège. 
5° Tapisserie de Flandre, haute-lisse très intéres- 
sante faisant partie de la collection de M. le 
docteur Hicguet à Liège. 6" Grès d' A lie magne et 
des Pays-Bas. 7^ Plateau en émail de I^inioges. 
8° Ancienne argenterie liégeoise, planches dont 
les éléments appartiennent à différents amateurs. 
9" Verres allemands, vénitiens et liégeois, et ■ 
10° Balcon enfer. 

On le voit, ce second album s'annonce aussi 
bien, par les objets généralement d'un haut 
intérêt archéologique qui y sont reproduits, que 
son aîné. Enfin, la livraison consacrée à Y Ameu- 
blement civil et qui se compose également de dix 
planches, sera certainement appréciée par les 
collectionneurs et les curieux. On y remarque 
particuhèrement les premières planches, une 
armoire du X VP siècle, conservée dans l'un des 



1^^^^^^^^^, 



hospices de Liège, et un virginal, in.strument 
à cordes d'une grande beauté et qui fait partie 
des collections de M. Jerme à Liège. ]-a plupart 
des autres planches reproduisent des meubles 
sculptés en bois de chêne, dits liégeois, appar- 
tenant au.x XVII^ et XVIII" siècles. 

Ces albums, dont la publication sera achevée 
au cours de cette année, formeront une collection 
de planches des plus remarquables. Les objets 
reproduits ont, en général, une origine commune, 
l'ancienne principauté de Liège, et ces phototypies 
resteront comme le souvenir aussi durable qu'il 
est instructif,de l'une des expositions régionales 
les plus considérables que l'on ait organisées en 
Belgique 

Die Marien verehrung in den ersten Jahr- 
hunderten, von Hofrath T)'' V. A. von Lehner, 
Director des fiirstl. Hohenzollernschen Muséums 
in Sigmaringen. 

Le culte de Marie aux premiers siècles, par le 
D'' F. A. V. Lehner, conseiller à la Cour, directeur du 
musée du prince de Hohenzollern à Sigmaringen, 
avec 8 planches doubles en lithographie. Stuttgart, 
J. Cotta. 

Nous traduisons de la Revue allemande de 
Berlin le compte-rendu suivant : 

Lorsque, il y a bien des années, l'auteur com- 
mença ses études relatives à l'Art chrétien, ses 
sentiments de catholique le portèrent tout 
d'abord à l'examen des représentations (i de la 
sainte Vierge ». Il prit un plaisir particulier à 
remonter des peintures de la Madone contem- 
poraines aux images du moyen âge le plus 
reculé, et de comparer entre elles ces différentes 
œuvres d'un môme art. L'examen des rapports 
entre les images peintes ou sculptées représen- 
tant Marie et la dévotion de l'Eglise et du peuple 
à sainte Marie dont ces images ne paraissent 
qu'un reflet, l'amenèrent à des recherches appro- 
fondies sur l'histoire de ce culte. Depuis le con- 
cile d'Éphèse (433), où Marie, comme mère de 
Dieu, fut placée à la tête des saints et honorée 
officiellement dans les fêtes établies par l'Église, 
à titre de patronne et de protectrice, les maté- 
riau.x pour cette histoire ne faisaient pas défaut. 
Mais il n'en était pas de même en ce qui con- 
cerne les premiers siècles. Là, il n'existe que 
d'assez rares indications, de sorte qu'une étude 
des sources, aussi bien de celles contenues dans 
les monuments de l'art que des sources manus- 



TBiblio graphie. 



93 



crites, devint nécessaire. L'auteur ne s'est pas 
effrayé de cette nécessité, et prenant pour base 
de ses recherches le Nouveau Testament, les écrits 
apologétiques et les Pères de l'Église, il a entre- 
pris cette étude avec une persévérance qui lui a 
permis d'épuiser son sujet. La personnalité de 
Marie, que l'on ne voit que rarement dans les 
Evangélistes,qui n'y est pour ainsi dire dessinée 
qu'à grands traits, apparaît plus nette et plus 
précise dans le travail religieux de l'auteur, 
soutenu par la science théologique. Grâce à lui, 
la silhouette tracée par la main des Évangélistes 
se développe, se colore et devient précise, comme 
la peinture d'un maître ; elle montre dans sa 
pleine lumière comme objet du culte, celle qui a 
pris une place si considérable dans l'Église ca- 
tholique. 

Par cette voie l'auteur parvint à établir que 
l'idéal de Marie, tel que le concevait le V« siècle, 
n'a été que le développement naturel de la 
conception des siècles qui l'ont précédé. Cet 
idéal n'est que le résultat de la tradition sanc- 
tionnée et vérifiée. 

Lorsque l'auteur affirme que ses recherches ne 
poursuivent pas un but théologique, mais que, 
cherchant à porter la lumière dans le domaine 
de l'archéologie, c'est de ce point de vue qu'il 
convient de juger le résultat acquis, nous n'en 
avons pas moins le droit de repousser la pensée 
d'un développement du culte théologique de 
latrie accordé à Marie. Mais nous appellerons 
particulièrement l'attention sur la seconde partie 
de l'ouvrage qui donne l'histoire de l'idéal poé- 
tique de Marie. 

L'ancienne poésie chrétienne qui a Marie pour 
objet commence avec les apocryphes du Nouveau 
Testament ; à ceu.K-ci il convient de joindre les 
panégyriques des « oracles sj'billins » (i6o) et les 
rapports évangéliques rimes ; les poésies de 
Juvencus (330) et celles de l'évêque Paulin (431). 
Viennent ensuite les hymnes et les poésies lyri- 
ques du pape Damasc (366-84), celles du plus 
grand poète de l'antiquité chrétienne. Pruden- 
ce (Hh 413), et enfin les poètes lyriques, édités 
en langue allemande par Zingerlc. 

Le livre de M. de Lehner offre un intérêt plus 
puissant au point de vue de l'art, par la repro- 
duction de 85 images de la sainte Vierge, em- 
pruntées aux monuments les plus anciens, soit 
de la peinture, soit de la sculpture. 

Aussitôt que le christianisme eut dépassé les 
frontières de sa terre natale, la Palestine, et se 
fut avancé dans le monde des arts, la Grèce et 
l'empire romain, il se fit des disciples chez les- 
quels l'art avait pénétré dans les mœurs et fai- 
sait partie de toutes les manifestations de la vie. 
Ils demeurent fidèles au.x habitudes antiques 
en ornant d'images et de symboles, non seule- 



ment les ustensiles du culte et de la maison, 
mais encore les lieux de réunions publiques, les 
églises et les tombeaux eux-mêmes. Ce sont 
précisément les catacombes romaines, qui, dans 
de charmantes peintures, offrent un certain 
nombre d'images de Marie. Les plus anciennes 
d'entr'elles sont des fresques peintes sur les 
plafonds et les murs des hypogées. Plus tard on 
donna souvent à Marie une place dans les 
sculptures en relief des sarcophages. — Toutes 
ces images de Marie, antérieures au concile 
d'Ephèse (433) au nombre de 87, ont été réunies 
par l'historien avec infiniment de peines et de 
soin, empruntées aux sources les plus diverses. 
Elles sont décrites et, pour la plupart, illustrées 
par le dessin. — Dans un résumé général, ces 
reproductions sont groupées d'après les carac- 
tères divers de leur composition et expliquées. 
Les anciens artistes chrétiens, travaillant confor- 
mément à la foi dont ils étaient pénétrés, mais, 
avec les moyens empruntés au paganisme dont 
ils avaient reçu l'héritage, créèrent l'image de 
Marie, semblable à une jeune femme animée par 
l'expression d'une douce noblesse, de l'humilité 
dans la dignité, prenant une attitude pleine de 
grâce. Plus tard, la figure fut distinguée par l'au- 
réole, par la richesse des ornements, et, comme 
à Sainte-Marie Majeure, elle fut revêtue d'une 
robe resplendissante. Lors de la Renaissance, 
Raphaël chercha dans sa Madone de saint Sixte 
à transfigurer dans une gloire idéale la Vierge 
Marie, représentée dans toute sa sainteté par les 
essais plus tendres et plus touchants de l'ancien 
art chrétien. 

J. H. 

LK MOBILIER D'UNE ÉGLISE PAROIS- 
SIALE DE LA BANLIEUE DE NEVERS, EN 
1638,par M. BouTi LLiERjCuré deCoulanges-les-Nevers. 

Nevers, 18S4, in-8" de 7 pages. 

L'ÉGLISE en question est celle que dessert 
^ l'auteur. Quoique d'époque moderne, cet 
inventaire, qui comprend 61 articles qu'on a 
oublié de numéroter, n'est pas dépourvu d'intérêt. 
Il est précédé d'une introduction et accompagné 
de quelques notes. 

Plusieurs points méritent d'être élucidés : c'est 
ce que je vais essayer. 

v< Trois petites pièces de linge, chacune de deux 
thiers, à mettre sur les degrés du grand autel. » 
(n° l). Dcj;n' prête à l'équivoque : il ne s'agit pas 
ici des ma)-cli£s (n° 34), mais àes, gradins qu'en 
beaucoup d'endroits on couvrait d'étoffe; c'était 
la continuation du parement, remontant jusqu'au 
retable. Tout est assorti : \q. parement (n" 4), le 
dais ou ciel (n° 3), les courtines (n° 2), qui sont 
déclarés de « toille blanche ». 



94 



îRctiuc Oc r3rt chrétien. 



Ces divers objets sont ornés de « bandes de 
lacys », qui doit s'entendre du filet ('). 

Si les « courtines >> sont au nombre de « trois », 
c'est que l'une d'elles forme dossier, les deux 
autres étant rangées sur les côtés, comme on le 
représente dans les manuscrits. 

La «tavajoUe», historiée de la Crucifixion, se 
nommait au moyen âge dossier (n° 5). 

Les « vingt panemains pour servir aux au- 
telz » (n° 6) sont des lavabos, employés aussi 
comme mouchoirs (2). 

La réserve eucharistique est abritée sous un 
« pavillon de toille peind, façon de damas rouge 
avec des bandes façon de broderye » (n° 16). Il 
reste à Notre-Dame de Poitiers un fragment de 
devant d'autel du XVI If^ siècle, en bois, où l'étoffe 
et la dentelle sont ainsi imitées par la peinture. 

« La grande tente de toille blanche » (n°^ 7, 8) 
était destinée à la communion pascale: on la 
retrouve ailleurs. 

A noter les « voilles » et « robbes » de la sainte 
Vierge (n°s 10-13), «lesbastons» des confréries 
« à porter aux processions » (n° 20), « dix-huit 
chandeliers de bois façon de tours » ou tournés, 
faits au tour, (n" 21), « ung parement d'autel de 
laine de point d'ongrye » (n° 18), c'est-à-dire 
une tapisserie dont le dessin offre un chevron- 
né (3). 

Le dais du St Sacrement est dit «pesle » : il a 
« quatre bastons » et « quatre verges » 0"!° 24), 
ce qui indique qu'il est carré et rigide. 

La chasuble n° 24 est « bleuf» ; celle du n° 31 
n'a que la <,< croix de bleuf». M. Boutillier qui a 
pu vérifier la chose sur les rubriques, nous apprend 
que cette couleur était réservée « aux fêtes de la 
sainte Vierge et aux confesseurs pontifes ». Le 
violet étant enregistré au n° 32, il n'y a pas lieu 
de lui assimiler le bleu, suivant l'ancien rite 
parisien. 

Les AguHS Dei ne sont pas communs dans les 
inventaires : ici il y en a « quatre grands », on ne 

1. « Ung parement de camelot rouge, sur lequel l'on met le 
parement blanc par le temps de caresme, faict en petis poinclz, 
feuillages de toille et autres enrichissemens. Item, deux carreaux de 
toille rouge, pour mettre les couvertes blanches de caresme. » [Inv. 
de la catli. de Reims, 1622, n™ 129, 155). — « Abbatissa de la Cambre 
dédit paramentum quadragesimale pro parte superiori majoris al- 
taris ex puro filo in niodum retis. » {Inv. de Clairvaux, 1504.) 

2. « Item, six grandes serviettes à franges pour servir à l'autel. » 
(/;/î/. de la cathédrale de Reims, 1622, n^ 490. ) 

3. L'inventaire du surintendant Fouquet. en 1661, enregistre « six 
chaises et six fauteuils de tapisserie, de bastons rompus. » M. Bon- 
naffé ajoute en note « à point de Hongrie ». (Le surintendant Fou- 
guet, p. 93). 

Molière dans \ Avare, parle du point de Hongrie comme d'une 
chose fort commune ; « Premièrement, un lit de quatre pieds à bandes 
de point d'Hongrie, appliquées fort proprement sur un drap de 
couleur d'olive, avec six chaises et la courte-pointe de même ; le tout 
bien conditionné el doublé d'un petit Uaffetas changeant rouge et 
bleu. » 

<f Une tapisserie de Bergame, avec les bandes de points do 
Hongrie, qui est bonne. » f Inv. de l'hôpital de Nenfchàteau, lyào.J 



dit malheureusement pas quel pape les consacra 
(n° z^). 

Les ornements et ustensiles se renfermaient 
dans « quatre crédanses, deux desquelles fer- 
ment à clef» (n° 33), dans « une grande aumoire 
de sappin » (n° 49) ou dans « quatre coffres de 
bois » (no 48). 

Des trois lampes, deux sont en « cuivre », 
« celle de Nostre-Dame de terre de faïence », 
probablement faïence de Nevers (n° 38) : il y 
aurait lieu de rechercher dans les collections des 
lampes de ce type. 

« Trois tapys de popiltre » (n° 39). L'usage 
français était de garnir le lutrin d'un pare- 
ment (■). 

Les « trois calices » et les deux « pères de bu- 
rettes » sont en «estaing » : un des calices « est 
argenté » (no^ 40, 41). 

Les <( voilles de calice » assortissent aux cinq 
couleurs liturgiques, ce qui n'est pas général au 
XVIIe siècle. 

Il n'y a pas encore de pupitre pour le missel, 
on se sert de « cuissinets » (n" 47). 

Le mobilier comprend un «chevalet», avec le 
« drap des trespassez et les quatre chandeliers 
pour mettre autour » (n° 50), « la bannière » 
(n° 51), «le tronc» (n° 52), « le confessionnaire » 
(n° 53), « la chaize à faire le prosne » (n° 54), « le 
crucifix » placé devant la chaire selon la coutume 
française (n° 55). 

Le «ciboire» est «d'argent» (n" 58). 

Une particularité très intéressante consiste dans 
cette double mention (n^^ 5g, 60) d'un soleil pour 
l'exposition du Saint Sacrement et d'une niche 
d'étoffe pour exposer le soleil : « Plus, ung petit 
soleil de cuivre pour exposer le Sainct Sacrement. 
Plus, ung petit tabernacle à e.xposer le Sainct 
Sacrement de toille d'argent, avec les broderyes 
par dessus. » Soleil indique la forme usitée à cette 
époque : de la sphère jaillissent des rayons alter- 
nativement droits et flamboyants. Tabernacle est 
le mot propre pour la niche d'exposition, qui se 
compose d'un dais, d'un dossier et de deux ri- 
deaux, en sorte que le Saint Sacrement est entiè- 
rement abrité et ne se voit qu'à la partie anté- 
rieure ('). 

1. « Duas capellas intégras de dyapris albis cum uno para- 

mento pro lectrino seu pulpito. » [Inv. delà cath. d'Angers, 1390.) 
— « Que le grant pulpite de l'églize soit aussi couvert de semblable 
bougran noir. » {Test, de Rent' d'Anjou, 1474.) 

« Une couverture du pulpitrede velours vert. Ung dossier de pul- 
pilro de velours bleu et franges de soye. Deux couvertures du pulpitre 
de velours noir. Une couverture de pulpitre de drap de soye jaulne. 
Une couverture de pulpitre de laine, où il y a les images de Nostre- 
Dame et de saint Michel. »(/«!'. de la cath. de Reims, 1622, n»'- 192, 
199, 202, 204, 205). 

La Gazette des Beaux-Arts, 2csér., t. x.wiii, a publié un parement 
de lutrin du ,\IV'-' siècle, p. 341-344 et un autre du .WL', p. 43t. 

2. <( Un tabernacle pour mettre le St Sacrement et la couverture 
(lu S' Ciboire de toile d'argent brodée d'or et les rideaux passés 
d'or et d'argent. » {Inv, de la cath. de Reims, 1622, n^ 622). 



'26 i û l i g r a p i) i c , 



95 



LK TRICLINIUM DU LATRAN, CHARLE- 
MAGNE ET LÉON III, par EuGÈNE MuNTZ ; Paris. 
Baer, 1844; w-S" de 15 pp. Prix : 1,50. 

CETTE brochure continue la série si intéres- 
sante des Notes sur les mosaïques chrétiennes 
de r Italie, dont elle forme le huitième chapitre. 
L'auteur, avec beaucoup d'érudition et une logique 
serrée, discute certaines opinions qui désormais 
ne doivent plus avoir cours, puis introduit dans 
l'étude de cette grande page iconographique plu- 
sieurs éléments nouveaux, tels que deux textes 
de riatina et de Grimaldi, et deux dessins colo- 
riés de la Vaticane et de l'Ambrosienne. La 
question est donc désormais épuisée. Je m'en 
tiendrais là aussi, mais M. Muntz ne décrivant 
pas la mosaïque actuelle, ii convient de suppléer 
à son silence dont je comprends parfaitement le 
motif. Les pèlerins de Rome ont besoin d'avoir 
un guide fidèle et comme il importe de les ren- 
seigner exactement, j'ajouterai en note, d'après 
les documents fournis par M. Muntz, tout ce qui 
pourra les éclairer sur le plus ou moins d'au- 
thenticité de la copie qu'ils ont sous les yeux, 
car l'original a totalement disparu, moins deux 
têtes d'apôtres, conservées au musée chrétien du 
Vatican et que j'ai signalées, dès 1867, dans ma 
Bibliotkèqne Frt/^m«f (Rome, Spithover), p. 130. 
Une de ces tètes est reproduite dans la brochure 
de M. Muntz. 

Aux écrivains cités par cet auteur et qui se 
sont occupés de la mosaïque du Tridiniiun ou 
en ont donné un dessin, il faut ajouter les sui- 
vants : 

Nie. Alemanni, de Lateranensibus parictinis, 
Rome, 1625; in-4° de 172 pages. La planche 2 
donne la mosaïque mutilée, et la planche 3 la 
montre restaurée. 

Mabillon, Annales Benedictini, lib. VT, n" 87, 

P- 342. 

Henschenius, Acta SS., 12 jul., p. 580, n" 40. 

Annales archéologiques, t. VIII, p. 253; t. XXV, 
p. 30. 

Rohault de Fleury,/.t' Latran, pp. 277, 289, 324. 

Grimoùard de Saint-Laurent, Guide de l'Art 
chrétien, t. II, pp. 30, 32, 75, 82, 433, 446; 
t. V, p. 162. 

Chroniqueurs de l'histoire de France, \mr 
M"'e de Witt. 

Hennin, Les monuments de l'histoire de France, 
t. II, pp. 1 10, XI 5, 116. 

E. Muntz, Ricerche intorno ai lavori archeolo- 
gici di Giacomo Grimaldi, Florence, l88i;in-8", 
p. 22, 23. 

Rohault de Fleury, La Messe, Paris, 1883; in-4", 
t. I, p. 14. 

Revue de l'Art chrétien, 3'^ série, 1883, t. I, 
p. 213. 



Je ne dois pas omettre non plus une gravure 
du siècle dernier représentant saint Pierre, saint 
Léon et Constantin, que le Chapitre de Sainte- 
Marie Majeure a insérée dans le Propre de son 
bréviaire et dont je dois deux exemplaires à 
l'obligeance de Ms"' Pila des comtes Carocci, 
chanoine de cette basilique. Les planches se con- 
servent aux archives ('J. 

Le Triclinium de saint Léon III, au i'a- 

LAIS PATRIARCAL DU LaTRAN. 

Le Triclinium était une vaste salle à manger, 
de forme rectangulaire et flanquée en croix de 
trois absides; le pape, au moyen âge, y réunissait 
les cardinaux après les offices pontificaux, dans 
un banquet que décrivent les chroniques du 
temps (-7. 

L'abside principale, qui faisait face à l'entrée, 
était décorée d'une mosaïque, exécutée sous le 
pontificat de saint Léon III, vers l'an 800, ainsi 
qu'il résulte de ce passage d'Anastase le Biblio- 
thécaire : Fecit autem et inpatriarchio Laterancnsi 
triclinium majus super otnnia triclinia, noniine 
suœ inagnituiiinis decoratum ; decoravit cameram 
cum absida de niusivo. 

Dans son état actuel, la mosaïque du tricli- 
nium n'est plus que l'ombre d'elle-même. On 
peut même affirmer que l'œuvre primitive a dis- 
paru et qu'il ne nous en reste qu'une assez mau- 
vaise copie, sans caractère archéologique. 

Trois inscriptions ont été gravées sur marbre 
pour en raconter l'origine et les vicissitude^. 

La première reproduit intégralement le texte 
d'Anastase, extrait de naissance fait après 

1. Voir mon article intitulé Charlcmagne sur la mosaïque du 
triclitiiion du Latnut, à Ruine, dans \e Bulletin du Comili! des 
travaux historiques, sect. d'archéologie, 1884, p. 318-322. 

2. « In basilica magna Leoniana. ubi hoc die in mane Doinnus 
Papa comedit, circa niensam pontiticis prjeparala sunt undecim 
scamna pro quinque presbyteris totidemque diaconis cardinalibus 
et primicerio. Ibi etiam lectus ipsiiis Pontifiais solemniter est prœpa- 
ratus, in figura undecim apostolorum recumbentiuni circa mensani 
C'HRISTI. Transiens autem pontifex per ipsam basilicam intrat 

cameram suam, ubi in scypho argenteo reccpto a Ciimerario » 

( Cencius CamerariusJ. 

« Facta laudc ante Lateranense palatiuni, postquani ascendit in 
domum majorem, qure Leoniana vocatur, solemne convivium cele- 
bravit. y>(hivil. Innoc. tll.) 

€ Hœc aula nostris lemporibus sala coiisiUi dicitur. Quam Léo 
Papa tertius poniirtcum Romanorum usui constru.vil et exornavit, 
in qua quilmsdam solemnilms. ut Pasch.atis et Natalis Domini, 
Romani Pontifices cum cardinalibus prandere solemni ritu 

consueverant Urec omnia innuere videtur oratio quœ scripta 

est in zophoro absidiK maioris, in qua Deus oratur ut protegat 
domum illam et omncs in ea convivantes. » ( Panvinio.) 

C'est dans une salle analogue que dut diner Charlemagne. en ' 
774, le 3 avril, jour de Pâques, après la messe solennelle célébrée 
par le pape .Wrien à Sainte- .Marie .Majeure ; et, à l'issue de 1 office, 
le roi de l'rance s'assit A la table du .Souverain Poniife dans le palais 
patriarcal de L,atran. Lelendeiuiiin lundi, Charlemagne fut proclamé, 
à Saint-Pierre, palruC de Rome ; le mercredi 6 avril, à l'issue d'une 
harangue publique dans laquelle étaient rappelés tous les bienfaits 
qui liaient déjA mutuellement la papauté à la France, le Souverain 
Pontife obtint de Charlemagne la promesse solennelle, faite sur 
l'autel de Saint-Pierre, que lui et ses successeurs respecteraient les 
droits du pajie. Quelques jours après, au moment de son départ 
pour Puis, Charlemagne recevait du pape l'assurance de son pro- 
chain triomphe sur ses ennemis et de la conquête définitive du 
royaume des Lombards. 



96 



Eetiue De l'art cibtéticn 



décès, uniquement pour constater l'âge qu'avait 
le défunt. 

La seconde nous apprend qu'en 1625 le car- 
dinal François Barberini appuya de contreforts 
les murailles qui croulaient, et après en avoir 
fait faire un dessin colorié, restaura la mosaïque, 
surtout dans la partie droite à peu près ruinée, 
siumna fidc, ad priscuui c.xciiiplniit. Cette fidélité 
scrupuleuse à suivre l'original est curieuse à 
noter, quand on peut sur place en faire le con- 
trôle, qui dément hardiment de telles préten- 
tions. Est-ce qu'on savait, à cette époque, des- 
siner le moyen âge et l'œil qui voyait mal ce 
qu'il ne comprenait pas était-il mieux secondé 
par une main, habile peut-être, mais nullement 
préparée à ces sortes de travaux? 

Ecoutons le cardinal restaurateur : 

Franciscvs 

S . Agathae . diac . cardinalis 

Barberinvs 

triclinii . a . Leone. III . rom . pontifice. constrvcti 

a . Leone . IV . svccessore 

sexagesimo . post . anno . reparati 

nostra . tandem . etate . pêne . dirvti 

partem . hanc . illvstriorem 

in . qva 

vtraqve . imperii . romani . translatio 

redditaque . vrbi . pax . pvblica . continetvr 

parietibus . hinc . inde . svffvlsit 

camerae . mvsivvm. restavravit (') 

labansqve . olim . dextervm . apsidis . emblema 

antiqvariorvm . diligentia . coloribus . exceptvm 

pcnitvs . deinde . collapsvm 

ad . priscvm . exemplvm 

svmma . fide . ex . mvsivo . restitvit 

anno . ivbilei . MDCXXV 

La troisième inscription achève de nous 
instruire sur l'authenticité de la mosaïque ac- 
tuelle. Clément XII, pour édifier la façade de 
Saint-Jean de Latran et la dégager comme il 
convenait, rasa le tricliniuin et en transporta 
l'abside près du Sancta Sanctoruin, l'accolant à 
l'oratoire de Saint-Laurent. Mais dans cette 
translation, soit difficulté de F e)it reprise, soit inha- 
bileté des ouvriers, la mosaïque arriva à sa desti- 
nation fracassée, mutilée, complètement détruite. 
Comme le pape avait eu soin de la faire 
préalablement reproduire en couleur, quand Be- 
noit XIV, en 1743, voulut la refaire dans son 

I. Aiemanni écrivait en 1625; « Tulit varias inceiidioruni 

Lateranensiiim injurias, ciueiiiadnioduin seniiustie ili;v; indicanl 
aurcEe tesselhilîB, quas in tabula illic praj aliis ol) id nigricare vide- 
mus. )> I.a même observation a été faite par M. Gerspacii pour la 
mosaïque absidale de la basilique du Latran. I-e feu, en détachant 
la feuille de verre blanc qui recouvrait la pellicule d'or, l'a laissée 
à découvert et par consétjuent sous l'action directe de l'air, qui 
bientôt a fait disparaître l'or, il n'est resté que l'excipient, cube 
d'émail rouge foncé ou noir ou encore de verre gros vert. A 
distance, le rouge et le vert ont fait tache sur le fond comme des 
points noirs. 



ensemble, il n'eut qu'à se conformer à ce mau- 
vais dessin, auquel, pour plus d'exactitude, on 
joignit celui de 1625 qui était conservé à la 
bibliothèque du Vatican. 

De ces deux copies, également fautives, il ne 
pouvait résulter qu'une œuvre défectueuse, qui 
donne la place des personnages, mais ne tient pas 
compte de leur physionomie et de leur costume, 
accusés seulement dans les lignes principales. 

L'inscription de Benoît XIV, malgré sa lon- 
gueur, doit être consignée ici, en raison des faits 
intéressants qu'elle constate officiellement. 
Benedictvs . XIV . p. m . 
antiqvissimvm . ex . vermiculato . opère 
monvmcntvm 
in occidcntali apside 
lateranensis cocnacvli 

a Leone .III 

sacro cogendo senatvi 

aliisqve solemnibvs peragendis 

extrvcti 

quod ad templi aream laxandam 

Clemens . XII 

integrvm loco moveri 

et ad proximvm S. Lavrentii oratorivm 

coUocarl ivsserat 

vel artificvm imperitia 

vel rei difficvltate 

diffractvm ac penitvs disiectvm 

ne illvstre adeo 

pontificiae maiestatis avthoritatisqve 

argvmentvm 

literariae reipublicae damno interiret 

ad fidem exempli 

ipsivs Clementis providentia 

stantibvs adhvc parietinis 

accvrate coloribvs expressi 

et simillimae in Vaticano codice 

vctcris pictvrae 

nova apside 

a fvndamentis excitata 

ervditorvm virorvm votis occvrrens 

vrbi aeternae 

restitvit 

anno CI3 13 CC XLIII 

pont, sui III 

L'abside représente le ClIKlST donnant aux 
apôtres la mission d'enseigner. 

Une bordure rouge, gemmée et perlée, serrée 
entre deux bandes blanches, circonscrit le champ 
d'or de la mosaïque. 

Au centre, le Chrlst se tient debout sur une 
motte de terre, de laquelle s'échappent les quatre 
fleuves .symboliques. Son nimbe d'or est cerné 
d'un filet bleu et marqué d'un croix pattée, bleue 
et jaune. Sa tunique bleue, laticlavée or et rouge, 
a des manches larges et courtes. Son manteau 



1!5itiliograpf)ie 



97 




bleu, ramené en avant, porte deux loruiii jaunes 
et un triple clavus de même couleur. Ses pieds 
sont chaussés de sandales. Son bras droit est nu 
et levé pour bénir à la manière latine ('). De la 
gauche il tient ouvert le livre des Evan- 
giles, où se lisent en lettres noires ces 
deux mots : 

Au-dessus du Sauveur, le ciel est figuré par un 
hémisphère bleu que borde une bande plus foncée 
et où flottent des nuages jaunes et rouges if). 

Sur le sol vert marchent, à droite, cinq apôtres, 
saint Pierre en tête, et six à gauche (3). Leur 
nimbe d'or est cerclé blanc et bleu. Vêtus uni- 
formément, ils ont tous une tunique blanche à 
laticlaves rouges et un triple clavus de même cou- 
leur, deux fois répété à la hauteur de la poitrin sur 
le manteau blanc. Chaque manteau porte égale- 
ment une lettre pommetée au.x extrémités. Ces 
lettres sont E, F, H, I, L et un triangle ou delta 
grec("^). Une simple sandale protège la plante de 
leurs pieds. Le second des deux côtés, ainsi que le 
dernier à gauche, sont seuls jeunes et imberbes. 

Saint Pierre se reconnaît à sa figure t)'pique, 
à ses cheveux blancs formant bourrelet autour 
de la tête, aux deux clefs d'or et à la longue 
croix rouge qu'il appuie sur son épaule (5). De 
la main droite il relève le bas de son manteau, 
afin de marcher plus librement, car il part pour 
remplir la mission que le CllRlST vient de lui 
confier et, chef du collège apostolique, - il va 
entraîner les autres à sa suite. 

1. Grimaldi dit positivement: « Salvator mundi, ... benedicens 
de.Ktra, pollice cum aniiulari conjuncto, » ce qui constitue à propre- 
ment parler la /'L^«t^(/ïV//i?«^/'tr(^^^t;. D'après .\lemanni, pi. 2, la tête 
du Sauveur et des deu.\ premiers apôtres à gauche n'e.xistaitplus au 
XV!!»^ siècle, ainsi que le ciel. 

2. « Supra caput Salvatoris est tanquam aer ignibus ac fulgore 
coruscans » (Grimaldi). Ces nuages sont habituels dans les anciennes 
mosaïques. 

3. « Salv.itor... cum apostolis, quini per latera et B. Petro in trian- 
gulo superiori ejus chalcidica:, ita ut uiidecim sunt apostoli. totidem 
enim erant e.\ cap. XVIII Matthei... Deceni sunt in curvatura apsidis 
apostoli et XI princeps apostolorum in angulo apsidis. » Grimaldi se 
trompe évidemment, comme le fait remarquer M. Muntz, car dans 
la conque absidale il y a toujours eu onze apôtres, y compris saint 
Pierre leur chef, qui réparait encore à l'un des écoinçons. 

4. « Horum decem apostolorum a latere dextro (la droite du 
Christ) proximiorgerens crucem senex est; in vestibus adgenua, sunt 
litor;v LE. Sequitur alius juvenis cum literis in vestibus ET; inde 
alius senex cum litera H, deinde alius cum barba nigra ; postremus 
habet in vestibus EL. A latere sinistro Xpo proximior habel in ves- 
tibus HE; sequitur senex, in vestibus habet LE. Inde alius, poste.a 
alius et in vestibus habet LH. Postremus juvenis est et in vestibus 
sunt literas H3... Ad pectus etiam habent haec signa SE. Omnes 
rcoti stant et manibus élevant parumper vestes in actu aliquid Xpo 
oiTerendi. >> Grimaldi a pu noter exactement les lettres des vête- 
ments, qu'il voit jjartout doubles; \in les a reproduites j/w/A'.^. Il se 
trompe sur la signification du geste, puisque les apôtres n'ont rien à 
offrir ; autrement on leur eût mis une couronne entre les m.ains, con- 
formément à d'autres mosaïques. Ils soulèvent leur vêtement parce 
qu'ils sont en marche. 

5. Grimaldi dit de lui : « .\ latere dextro proximior, gerens crucem, 
senex est », « Salvatoris dextrie proximior, in senili ;etate, longam 
gestat crucem ». A ce triple caractère, comment n'a-t-il pas reconnu 
saint Pierre qui, seul, occupe la preuiière place, est vieux et porte 
une croix? 

D'après Alemanni, pi. 2, saint Pierre portait une croix à double 
croisillon. Ce n'était donc pas la croix de son martyre, mais bien 
celle de la passion de son maitre. 



Le cintre de l'arc est contourné d'une guir- 
lande où se détachent confusément, sur fond 
d'or, des fleurs et des fruits, tels que cerises, lys, 
poires, figues et marguerites jaunes, qui sortent 
de deux pots rayés en diagonale, rouge, vert et 
jaune ('J et aboutissent à un médaillon bleu qui 
exprime en monogramme d'or le chrisme et le 
nom du pape Léon III, LEO PAPA (=). 

L'inscription, qui se développe en deux lignes 
de lettres d'or sur fond bleu, explique le sujet 
par les paroles mêmes du Sauveur, qui envoie les 
apôtres dans le monde enseigner et baptiser au 
nom de la sainte Trinité, leur promettant jusqu'à 
la fin son assistance spéciale : 

DOCETE OMNES GENTES . BAPTIZAXTES EOS 
IN NOMINE PATRIS.ET.FILII ET SPIRITVS . SCS 

ET ECCE . EGO VOVISCVM SVM . OMNIBVS DIE- 
BVS VSQVE AD CONSVMMATIONEM . SECVLI (3). 

L'arc triomphal consacre par deux groupes 
mis en regard la transmission de la double auto- 
rité spirituelle et temporelle, qui vient de Dieu, à 
saint Pierre et Constantin, par le CHRIST; à 
Léon III et Charlemagne par saint Pierre. Aussi 
l'inscription, or et azur, qui s'arrondit avec l'arc, 
chante-t-elle gloire à Dieu et paix aux hommes 
de bonne volonté qui acceptent la mission di- 
vine d'être les conducteurs des peuples dans les 
voies difficiles de la terre et du ciel. 

GLORIA IN . EXCELSIS . DEO . ET . IN . TERRA . 
FAX . OMINIBVS . BONE . BOLVNTATIS . (••). 

Le fond d'or est encadré dans une bordure 
rouge gemmée avec accompagnement, à l'inté- 
rieur, de lambrequins bleus. La même bordure 
se répète au-dessous de l'inscription que sur- 
monte une bande bleue et grise, semée de lys 
blancs. 

Au côté droit (^) le Christ, assis sur un fau- 

1. Ces fruits et ces fleurs ou feuillages représentent ordinairement 
les quatre saisons. Grimaldi n'y a rien vu non plus : « Oritur fascia 
interior a fine zophori, tota variis floribus musivo opère efficta, e.v 
uno vase se in altum extoUens totamque curvaturani ambiens, in 
altero vase desinit ». 

2. Grimaldi a lu ainsi ce monogramme disposé en croix mais sans 
chrisme : « Supra caput Salvatoris extat signuni Leonis papae tertii 
ad hanc formam ; 

P 

LOO 

A 

Panvinio, au contraire l'avait lu : 

P 

LOE 

.\ 

Qui a raison des deux? 

3 Selon Grimaldi, il n'en restait qu'une minime partie. La voici 
avec son orthographe typique et la restitution de cet auteur : 

(4< Eunles. docelc omnes) GK.MTES. V.\FT (izaiite', eos. in. n) OMISE 
(patris. et) l'iLli. ET. SPIRITVS. s.^NCTi. [et. ecce. ego) voviscv.M. 
{sain. obus, diehus. tisque. ad) CON (siimiXtion) EM. (sec) VLI. 

4. Grimaldi est plus exact que cette copie du mosaïste ; ('^gloria. 
in.excclsis. Dca. cl. in. /^rra. /.i.v.) HOMINIHX s. bo.nk. BOLV.\(/.;/<".r) . 

5. Cet écoinçon a été refait sous Benoit XIV, à l'instar de son 
pendant. Grimaldi atteste qu'il n'existait plus de son temps : « .-^ngu- 
lus dcxter absida; rusticus est, nani musivum corruit ». Il est aussi 
en moins dans la planche 2 d'.Memanni. 



l^'-' Li\ HAISO.V, 



98 



IRetîUC ue rart cij rétien. 



teuil à haut dossier arrondi, les pieds sur un esca- 
beau d'or, un nimbe crucifère à la tête, est ha- 
billé d'une tunique violacée à laticlaves rouges et 
jaunes et d'un manteau blanc jalonné de jaune. 
De la droite, il présente les deux clefs d'argent 
du pouvoir apostolique, liées ensemble, à saint 
Pierre, et à Constantin, tous les deux agenouillés 
à ses pieds, l'étendard de la puissance tempo- 
relle. 

L'apôtre, sandales aux pieds, nimbe jaune à 
bord rouge, pallium à croix noires, avance ses 
mains respectueusement enveloppées dans sa 
chasuble blanche. 

L'empereur Constantin, nommé pour qu'on ne 
s'y méprenne pas, R (i'.v) COSTANTINVS, 
porte un nimbe vert fileté de rouge, une cou- 
ronne à pointes d'or, une espèce de tabart bleu, 
des hauts-de-chausses verts à raies, des souliers 
jaunes et une épée droite dont le fourreau d'or 
soulève en arrière son manteau jaune, ouvert et 
agrafé sur l'épaule droite. Sa figure est carac- 
térisée par des moustaches. Il prend l'étendard 
à trois flammes, fixé à la hampe d'une croix et 
composé d'une étoffe rouge, semée de croisettes 
jaunes et de disques bleus. 

Une tablette bleue, veuve de sa légende, 
accompagne cette scène, qui n'a aucune valeur 
archéologique. 

Saint Pierre, assis sur un fauteuil, semblable à 
celui du Chrlst ('), donne le pallium à saint 
Léon et l'étendard à Charlemagne; l'un et l'autre 
nimbés d'un nimbe carré et bleu, ourlé de blanc 
et de rouge, qui ne s'accorde qu'aux vivants. 

L'apôtre se distingue par un nimbe jaune 
ourlé de rouge, une tunique bleue laticlavée de 
rouge, un manteau bleu marqué en rouge de la 
lettre L, un long pallium blanc frangé et brodé 
d'une seule croi.x rouge (') à la partie inférieure, 
et par deux clefs (3) d'or, attachées par un cor- 
don et posées sur ses genoux. Ses pieds, garnis 
de sandales, appuient sur un escabeau d'or (■*). 

Léon III porte également des sandales. Sa 
chasuble jaune est entièrement rabattue et son 
pallium blanc n'a pas de croix (^). Le pallium 

1. La catliedra, dont le type se retrouve dans les catacombes et 
dont se sert encore le pape aux services pontificaux. 

2. Guillaume Durant, au XUI': siècle, parle aussi de croix rouges 
sur le pallium. 

3. Sur la gravure de Sainte-Marie-Majeure, il y a trois clefs. 

4. « Imago musiva Pétri sedentis, cum planeta et pallio, in 
senili œtate, diademate ornati. » (Grimaldil. 

5. Il y en a une à. l'extrémité, sur la gravure de .Sainte-Marie 
Majeure. « Léo papa tertius, corpulenta facie, nigra cesarie, raso 
capite ad coronam ; ex vultu ostenditur sexagenarius ; quadratum 
habet in capite diadema, quod indicium est viventis ; indutus pallio et 
planeta ; stolam suscipit sivc pallium de manu drxtera beali Pétri. » 
(Grimaldi). — « SedetS. Petrus in solio, dcxtra dat Leoni orarium, in 
que duse cruccs... Ipse quoquc S. Petrus orarium habet, in cujus 
extremo crux nibra. » (De uitufa crucc, Ingoistadt, ï6i6, p. 452.) Ce 
qui a fait prendre \ç pallium pour yxwQétok, mOme au baron de Guil- 
hermy, c'est cju'il n'a que deux croix à ses extrémités. Un peu d'ar- 
chéologie liturgique eut évité cette méprise grossière, les exemples de 



qu'il reçoit à genoux des mains de saint Pierre 
est, au contraire, semé de croix rouges. 

L'étendard (")que saisit Charlemagne est fait 
d'étoffe verte à pois d'or et disques rouges. Il se 
découpe en trois flammes et est attaché horizon- 
talement à la hampe d'une lance. Le manteau 
de l'empereur est jaune, avec galons vert et or : 
court, il ouvre sur le côté droit, oti il s'agrafe. 
Le tabart, que l'on voit dessous, est de même 
étoffe. L'épée, enfermée dans un fourreau d'or, 
saillit à son flanc et la couronne d'or ceint son 
front (2). Le type est identique à celui de Con- 
stantin ou plutôt Constantin a été copié sur 
Charlemagne. 

pallium ne faisant pas défaut dans les mosaïques romaines. De plus, 
//(;/feùt signifié le/««fo/> i/'an^/f tout au plus, tandisquele palUum 
exprime le pouvoir de juridiction, ce qui est bien différent et évidem- 
ment dans la pensée de l'artiste. 

I. « Léon 111, confirmant le titre de patrice à Charlemagne, lui 
envoya les clefs de la confession de saint Pierre et l'étendart de la 
ville de Rome. Les annales attribués à Eginard disent ce qui suit : 
« .Adrien étant mort, Léon fut élevé au pontificat. Bientôt il envoya 
« au roi par ses légats, les clefs de la confession de saint Pierre, l'éten- 

«dartdc la ville de Rome et d'autres présents »Je ne puis nier que 

l'étendart n'ait été toujours considéré comme le signe d'une juridic- 
tion et d'une autorité fort étendue. De là vient que les magistrats 
suprêmes, dans quelques républiques d'Italie, étaientnonimés^i)n/i;/o- 
niers, à cause de l'étendart qu'ils recevaient comme le signe de 
l'.autorité qui leur était confiée pour l'administration de la justice et la 
protection des populations. On ne peut contester non plus que le 
maître d'une ville ou celui qui croit l'être a seul le pouvoir de donner 
ou d'envoyer l'étendart de cette cité. )'>{Originedu pouvoir pontifical, 
par le cardinal Orsi, apud Analecta juris pontijicii, t. XXI, col. 104). 
Le drapeau de Cliarlemagne a été décrit par M. Gustave Des- 
jardins, dans son ouvrage des Drapeaux français. « La hampe est 
terminée par un globe blanc et rouge, dans lequel est plantée une 
croix; sous le globe est une houppe bleue, blanche et rouge, "h La 
Gazette des Beaux-Arts, 1" pér., t. XI, p. loi, fait observer que «ces 
trois couleurs étaient aussi celles des gonfanons sarrasins ». 

La remise de l'étend.irt constatait, à l'égard du feudataire, le droit 
souverain. Un acte du 3 décembre 1224, par lequel Benoîte, jugesse 
de Cagliari, reconnaît la suzeraineté du Saint-Siège sur l'île de Sar- 
daigne, contient cette clause significative : « Item quum judex vel 
judicissa de novo efhciuntur in ipso regno, sive judicatu Calaritano, 
ad curiam Romanam personaliter accèdent, vel solcnmes nuntios 
destinabunt infra spalium duorum mensium a die sua; dignitatis inci- 
pientium, pro vexillo in signum dominii a sede .Apostolica humiliter 
obtinenda. » (Anal. jur. pont., 102- liv., col. 238.) 

En 1494, lorsque le cardinal légat sacra à Naples le roi .Alphonse 
d'.-\ragon, il lui remit, en signe d'investiture du royaume de Sicile, 
l'étendard de la sainte Eglise, envoyé de Rome par .Alexandre "VI. 
<( Vexillum sancte Romane Ecclesie, ad hoc per SS. D. N. papam 

missum. imponatur sue haste et ereclum teneatur \"exillum 

ipsum coiam legatoportatur, qui hastam indextrarecipiens, iHud régi 
recipienti tradit, ipsumque de regno invesliturumdicit: « Aucloritate 
apostolica nobis in hac parte concessa, per appensionem luijus vexilli 
ecclesiastici in tuis manibus, te de regno Sicilieet terra citra P/iarum 

usquead confinia terrarum sancte Romane Ecclesie investimus te- 

que in illû^-um realem, corporalem et actualem possessionem indu- 
cimus. In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti.»Tunc magnificus 
D. Jacobus Caracciolus, comes Burgiensis, cancellarius regni, vexillum 
de manibus régis accipîens, ilhid in sacristia pro rege parata portât et 
reponit. » (Burchard, Diarium, oait. Tliuasne, t. II, p. 136-137.) 

2. Sur ia gravure de Sainte- Marie Majeure, Charlemagne est coiffé 
d'une espèce de mitre et à sa lance, avec houppe, est fixé un étendard 
d'or, semé de six fleurs ou roses à cint] lobes, posées deux, deux et 
deux, comme on dit en blason. « Genuflexus Carolus M.agnus. impe- 
rator .Augustus, suscipiens de manu sinistra B. Pétri magnum \'exil- 
lum, in quo suiit ros:e sex in campo cceruleo. Habet coronam impe- 
rialem in capite, cum qu.adrato diademate{quod, ut dictum est, viven- 
tem iiidicat) : habet mantum sive paludamentnm iiupt-riale; habet 
ensem lateri accinctum, faciem virilem ostendit ; mcnlum rasum, in 
lalii» superiori h.abet pilos barb.-v longos et elei.atos more turcico et 
francico ( l'ariante: mentnm non est totaliter rasuin, sed habet bre- 
vem quandam barbani auctam more Gallorum),; habet jiatcntcs 
oculos. » (Grimaldi.) 



T5ii)liograpf)ic. 



99 



Chacun de ces trois personnages est ainsi 
dénommé en lettres noires : 

SCS PETRVS (^ 

>h SCISMVS Î)N LEO. PP. (2). 

ICN CARVLO REGI (3). 

Une autre inscription, qui se détache en or sur 
une tablette bleue, affirme que saint Pierre donne 
la vie à Léon et la victoire à Charlemagne: 
BEATE . PËTRE . DONAS 
VITA . LEON . PP . ET . BICTO 
RIA . CARVLO . REGI . DONAS C^). 
Quand Charlemagne fut couronné dans la 
basilique de Saint-Pierre, l'assistance entière 
poussa cette acclamation : « Tune univers! fidè- 
les Romani unanimiter altissima voce e.xcla- 

maverunt : Karolo , piissinio , Aiig-iisto a Deo 
coronato, inagno, pacifico Imperatori (5), vita et 
Victoria. » 

1. Ciacconio transcrit : 

SCS 
PE 
TR 

VS _ 

La gra\Tire de Sainte- Marie Majeure ajoute le sigle abréviatif SCS. 

2. D'après Ciacconio : 

SCSSLMVS 
D. N. 
LE 

o_ 

PP 

La gravure de Sainte-Marie Majeure offre des variantes de détail : 

4- SCSSIMVS 

DN 

LE 



PP 
Grimaldi a cerlainenient mal lu : 

SANCTISS. DXS. LEO, PAPA 
ainsi que Panvinio : 

SANCTISSIMVS D. \. LEO lU PAPA 

3. Panrinio : DN CARVLO REGI 
Ciacconio : -J- D. X. CARVLVS 

R 

EX 
La gravure de Sainte-Marie Majeure : 

^ DN CARVLO R 

E 

G 

I 

Grimaldi ; D. N. CARVLO. REGI 

Le nominatif parait plus probable, motivé qu'il est par le nom de 
saint Léon qui fait pendant à celui de Charlemagne. 

4. Panvinio : BEATE PETRE 

LEOXl PAPAE ET BICTORIA 

CARVLO REGI DONA 
Ciacconio montre dans quel état de mutilation était l'inscription au 
XVIU siècle, puisqu'il n'en cite que ces trois mots : 
DONAS 
RICTO 
EA 
Grimaldi : U. petie. <roRONAS 

bitatn. atqiie BICTO 
riant, caritlo. doNA 
La gravure de Sainte- Marie Majeure : 

BEATE PETRE DONA 
VrfA LEONI PP. E BICTO 
RIA CARVLO REGI DON 
Ce me parait être la meilleure version, conforme du reste à la meil- 
leure transcription, qui est celle de Panvinio. 

5. La dignité impériale que conféra Léon 111 à Charlemagne, et 
par lA même sa restauration en Occident, avait pour but de consti- 
tuer l'élu, décoré du titre d'empereur, défenseur del'lCglise Ron>aine 



TESTAMENT DU CARDINAL CHARLES 

D'ANGENNES (1587), par le R. P. Uom Paul 
Piolin, prieur de l'abbaye de Solcsmes, président 
de la Société historique et archéologique du 
Maine ('); Mamers, Fleury, 1884, in- 8° de 14 
pages. 

Le cardinal Charles d'Angennes de Rambouil- 
let, évèque du Mans, mourut en 1587, à Corneto, 
dont il était gouverneur, empoisonné, puis étran- 
glé par Claudio Lupi, « son maître de chambre 
et son homme de confiance ». Dans son testa- 
ment, signé de sa main et écrit peu de temps 
avant son décès, au cours d'une maladie, on lit 
ces deu.K legs : « Je donne à mon neveu Christo- 
phle de Ravenel, appelé Gorgosson, fils du feu 
sieur de Rantigny et de ma sœur Françoise 
d'Angennes, la somme de quarante mille es- 

cus : à Claude Lupi, mon maistre de chambre, 

dix mille escus, tout le linge qu'il a en charge de 
ma personne et de ma chambre, pour cinq cents 
escus de meubles, lesquels dix mille escus je 
veulx qu'ils soient les premiers prins et qu'il 
choisisse sur tout mon bien de telle quantité et 
nature qu'il vouldra » (p. 13). 

(<: Il fut inhumé dans l'église des Franciscains 
de l'observance, où l'on voit encore son épitaphe >> 
(p. II). Dom Piolin aurait fait œuvre utile en 
donnant cette inscription, reproduite de visu et 
non d'après les livres. J'ai prié un ecclésiastique 
français, qui voyage depuis longtemps en Italie, 
d'en prendre une copie fidèle. Il eût été convena- 
ble aussi de rapprocher du testament l'inscription 
gravée sur marbre noir, sur un monument destiné 
à rappeler la mémoire du cardinal et placé au- 
dessous de son portrait peint par les soins de son 
neveu et de son maître de chambre, qui a l'impu- 
dence de s'y nommer. Quoique je l'aie déjà im- 
primée parmi les inscriptions relatives au diocèse 
du Mans, qui se trouvent à Rome (==), je vais la 
transcrire de nouveau; elle se voit dans notre 
église nationale de Saint-Louis des Français : 

CAROLO • DANGENES 

A ■ RA.MBOVILLETTO 

S • R • E • CARDINALI 



et conservateur de la souveraineté temporelle du Saint Siège. Or les 
papes possédaient de droit Rome et son duché, puis, par la donation 
des rois francs Pépin (754) et Charlein.agne (774I, la Pentapole et 
l'Exarchat. Le duché de Rome comprenait la 'ruscie (Porto, Cento- 
celles, Sutri, Mtturano, Nepi, Castello, Orta, .•\ineria,Todi, Pérouse) 
et la Campanie (Segni, .\nagni, Ferentino, .Alalri. Tivoli). Dans l'ex- 
archat, il y avait les villes de Ravenne, Césène, Forlimpopoli, Korli, 
Faenza, Iniola, Bologne, Ferrare, etc. et. dans la Pentapole, Rimini, 
Pesaro, Fano, Sinigaglia, Osimo, Jesi, Ancône, Fossombrone, Mon- 
tefeltro, Urbino. Gubbio, etc. 

1. Le R. P. Dom Piolin, ayant eu connaissance des épreuves de 
cet article, y a ajouté cette note : « Qu'il soit permis à Dom 
Piolin de faire observer que depuis le 22 mars 1882, il est réduit à 
vivre dans un fii^uiiiim du bourg deSolesmes, presque sans livres 
et dans une position qui rend le travail à peu près impossible. » 

2. Ir.icriptions françaises recueillies à Rome, diocise du Mans ; le 
Mans, 1868, in-8° de 16 pag., p.ig. 9. — Forcella l'a imprimée dans 
ses Isserisioni délie chiese di Koma, t. !li, p. 26: il écrit Dangennes, 
tandis que ma copie ne porte qu'ime seule n. 



lOO 



îRcuuc De rart cïjtcticn. 



CHRISTOPHORVS- A- RANTIGNI • SORORIS ' F • ET 
CLAVDIVS • LVl'IVS " CVBICVLI ' PRAEFECTVS 

ITALICARV.M • RERVM • EK ' TEST " HEREDES 

IN • AV\ NCVLVM ' ET • PATRONVM • GRATI 

VIRGINIBVS • GALLICIS ' AI.TERNIS " ANNIS 

DEIPARAE • VIRGINIS ' DIE • NATALI 

IN • MATRIMONIViM • COLLOCANDIS 

CERTOS • AEDI • FRVCTVS . ATTRIBVERVNT 

ANNO • CIO • 10 • LXXXVII • KAL • APRILIS 

X. B. DE M. 



LES BAS-RELIEFS DE MARKDSOUS PRO- 
VENANT DE L'ABBAYE DE FLORENNE ET 
LE CIMETIÈRE FRANC DE MAREDSOUS, par 
le R. p. Dom tiéiard Van Caloen, bénédictin de 
l'abbaye de Maredsous. ( Extrait du t. XVI des An- 
nales de la Société archcoU\i,itiiie de Namur). In-8", 
22 pp. Namur, Wesmael-Charlier, 18S4 (avec une 
planche). 

CETTE savante notice fait connaitre les inté- 
ressants vestiges du passé qu'énumère son 
titre, et qui ont récemment trouvé un abri à 
l'ombre du grandiose monastère fondé par les 
RR. PP. Bénédictins sur les hauts plateaux de 
l'Entre-Sambre et Meuse. 

Le cimetière franc découvert à Maredsous et 
exploré par Dom van Caloen, contient 31 tombes, 
régulièrement orientées. Dans ces cercueils 
«formés de murs secs et souvent recouverts de 
dalles brutes monolithes ou juxtaposées,» on 
n'a rencontré, auprès des squelettes, que quelques 
verroteries et vases de poterie, des armes et des 
agrafes généralement conformes à des types 
connus. L'objet le plus intéressant est «un disque 
de bronze aux ornements incrustés et portant 
cinq demi-perles de verroterie bleue, disposées en 
forme de croi.x;). Cette broche,placée surla poitrine 
d'une femme, est le seul objet qui puisse fournir 
quelque indice de sépulture chrétienne. 

Les bas-reliefs retrouvés par Dom Van Caloen 
sur l'emplacement de l'ancienne abbaye de Flo- 
renne, sont bien dignes d'une étude approfondie 
de la part de l'archéologue et du statuaire. Ces trois 
«tableaux de pierre», dont les proportions sont 
identiques (!'" 07 X o. '"49) présentent cependant 
une ordonnance variée. L'un d'eu.x montre la 
scène du baptême du CHRIST dans le Jourdain 
par saint Jean,auciuel une colombe présente l'am- 
poule tandis qu'un ange semble apporter du ciel 
un vêtement en forme d'étole. Ce tableau est 
encadré par deu.K colonnettes torses, dont les 
chapiteaux feuillus soutiennent une arcature 
cintrée sur laquelle sont gravés ces mots : 

T.VLIlîVS OliSEQVIS DS ËE DOClit IN VNDIS. 

( Talibus obsequiis Deiis esse docetiir in undis.) 



Le tympan est décoré dedeu.K figures d'anges 
soutenant un disque qui offre l'image de l'agneau 
divin, tenant la croix. Une inscription illisible 
s'aperçoit sur l'étroit rebord qui forme l'encadre- 
ment du bas-relief 

Les deux autres panncau.x dénotent clairement 
par leurs dispositions similaires qu'ils formaient 
pendant l'un à l'autre. D'élégants rinceaux, entre- 
mêlés d'animaux tantastiqucs et de masques gri- 
maçants, décorent les encadrements, et bien que 
variées dans les détails, ces sculptures reflètent 
évidemment une origine et une destination com- 
munes. Le premier bas-relief présente l'image de 
saint Michel nimbé et vêtu d'une ample tunique 
retenue par une ceinture et décorée a l'encolure 
de festons arrondis: une chlamyde est jetée sur 
les épaules, les ailes sont abaissées et les pieds 
nus. Le bras gauche porte un bouclier muni d'un 
large uinbo et couvert de rainures, qui affecte la 
forme circulaire, un peu allongée en pointe vers 
le bas. De la droite, l'archange tient un long jave- 
lot, muni d'une barbe (ou plutôt, nous semble t-il, 
d'un pennon) dont il enfonce le fer dans la gueule 
du démon qu'il foule aux pieds. Celui-ci est 
représenté sous la figure d'un dragon ailé, dont la 
queue se termine en forme de palme tripartite. 
Le type de l'archange est celui d'un jeune homme 
imberbe, et reflète un grand air de majesté, l'en- 
semble de la statue présente un aspect hiératique 
et vraiment monumental. 

Une figure, en costume pontifical, occupe le 
troisième panneau. Le saint dont la tête est 
nimbée, porte la barbe et les cheveux courts ; 
les pieds sont chaussés. Il est vêtu d'une aube, 
d'une tunicelle ornée de disques étoiles, au-des- 
sous de laquelle paraissent les bouts de l'étole, 
d'un manipule et d'une //cr«t-/£/ celle-ci est forte- 
ment relevée sur le devant et garnie d'un galon 
perlé ; la croi.x (;st formée par un orfroi détaché et 
qui contourne le col. La main droite tient une 
crosse dont la volute est tournée à l'intérieur, la 
gauche un livret ouvert appuyé contre la poitrine. 
Dans son ensemble cette statue est d'une travail et 
d'une apparence plus barbare que la précédente. 

L'étude de ces petits monuments a amené 
Dom Van Caloen à résoudre divers problèmes 
archéologiques, sur lesquels nous demandons à 
notre e.KCcllent ami dcpouvoir présenterquclqucs 
observations. 

Quel est l'âge de ces bas-reliefs? Le savant 
bénédictin croit « qu'ils datent du commencement 
du XI"^ siècle, c'est-à-dire de la fondation de 
l'abbaj'c» dont l'église fut consacrée en loii, 
au rapport de l'annaliste Marchantius ('). 

I. Cette date est peut-être un peu prématurée, puisque le fondateur 
du monastère est Ciérard de Florenncs, évêquede Cambrai, dont le 
liréd&esscur Herluin.nc dOcéda que le 3 février 1012. ((;.\MS, Seriez 



15it3Uograpf)ic. 



lOI 



Il semble difficile de faire remonter à une 
époque tellement reculée, les rinceaux élégants 
et variés des encadrements ; leur style aussi bien 
que leur facture, dénotent une composition bien 
étudiée ; or l'on ne peut oublier qu'au début du 
XI' siècle l'art, dans nos provinces, était encore 
dans les langes, la sculpture ornementale autant 
que celle des figures trahissait par sa rudesse et 
son manque de proportions l'inhabileté des artis- 
tes. Quant aux statues, si l'image de l'évêque 
présente dans la pose et dans la disposition des 
draperies raides et symétriques, un caractère 
marqué d'archaïsme, il n'en est pas de même dans 
l'image de saint Michel et surtout dans le groupe 
du baiJtêmc du Christ : le jet varié et mouvementé 
des plis, la pose aisée de saint Jean et des anges 
qui portent le disque de l'Agneau, révèlent les 
traditions d'une école artistique formée de longue 
date et le travail d'une main exercée. Sans doute, 
il est difficile d'assigner une date précise à ces 
sculptures ; tout porte à croire cependant qu'elles 
ne sont pas antérieures à la dernière période 
romane, soit au déclin du douzième siècle. 

L'abbaye de Florenne avait été fondée à 
l'honneur de saint Jean-Baptiste : on s'explique 
aisément que l'artiste ait voulu représenter le 
saint patron dans l'acte le plus mémorable de sa 
carrière de précurseur du Christ. Quant à saint 
Michel, comme l'écrit Dom Van Caloen, «il a 
toujours été en grande vénération dans l'Ordre 
bénédictin ; rien d'étonnant à ce qu'il ait été re- 
présenté dans l'abbaye bénédictine deFlorenne». 
L'attribution du personnage en costume pontifi- 
cal est moins aisée : un sentiment bien naturel 
de piété filiale amène notre savant ami à y voir 
l'image de saint Benoît.Mais une grosse difficulté 
s'élève : « Il est reconnu, en effet, que saint Be- 
noît ne fut jamais prêtre : mais on peut supposer 
uneerreuriconographiquedela part du sculpteur.» 
Pour nous, cette supposition est d'autant moins 
plausible que l'auteur du bas-relief appartenait 
fort probablement à la famille religieuse du 
patriarche des moines d'Occident, puisqu'il sem- 
ble que l'on doive le chercher tout d'abord parmi 
les habitants du monastère oùTceuvrc était placée. 
D'ailleurs l'ensemble du costume pontifical, et 
surtout de la chasuble ornée d'une croix détachée, 
font tout d'abord penser à un évêque plutôt qu'à 
un abbé. Connait-on une seule image de saint 
Benoit — fût-elle d'une époque où la tradition 
iconographique était complètement dédaignée, 
alors que le XI L' siècle la tenait si fort en 
honneur — où le saint Patriarche soit représenté 
avec les ornements pontificaux ? On objectera 
peut-être qu'ici la volute de la crosse est tournée 
vers l'intérieur, à la manière dont les abbés la 
portent actuellement. Cette assertion a fait l'objet 
de maint débat entre archéologues et l'on a 



apporté tant de preuves de son peu de fondement, 
qu'il semble oiseux d'y revenir. 

Les annales de l'abbaye de Florenne faciliteront 
peut-être lasolution de l'énigme.Dansle catalogue 
de ses abbés, nous rencontrons, vers 1188, le 
célèbre Guibert ('), qui fut appelé six ans plus 
tard,au gouvernementdu monastère deGembloux 
dont il a gardé le titre. Guibert, qui résigna les 
deux crosses en 1206, deux années avant sa mort, 
était animé d'une dévotion toute spéciale envers 
l'illustre évêque de Tours .saint Martin. Il con- 
sacra de longues années à réunir les documents 
nécessaires pour écrire la vie rythmique du grand 
thaumaturge des Gaules et obtint de divers 
côtés des renseignements très intéressants sur le 
culte du saint. Son livre, qu'un biographe de 
saint Martin rappelait tout récemment (^),lui valut 
le surnom de Gilbert-Martin, que la tradition a 
conservé. Serait-il étonnant que l'abbé Guibert 
ait voulu placer dans son monastère de Florenne 
l'image du saint évêque auquel il était si dévot? 
Cette conjecture est d'autant moins téméraire 
qu'elle correspond aux attributs pontificaux et, 
nous le croyons, à l'âge probable du monument. 

Quelle a été la destination originale de nos 
sculptures ? La question ne laisse pas que 
d'être intéressante. Après avoir écarté l'hy- 
pothèse de bas-reliefs formant le retable d'un 
autel, parce qu'«à cette époque les autels étaient 
généralement de construction simple et massive, 
presque sans ornements », Dom Van Caloen rap- 
proche les monuments de Florenne des célèbres 
panneaux sculptés qui décorent les parois de 
l'ébrasement intérieur au grand portail de Notre- 
Dame de Reims : il en conclut qu'<<; il nous est 
permis de croire, jusqu'à preuve du contraire, 
que nos bas-reliefs faisaient partie du portail de 
l'église abbatiale de Florenne. » Il serait, sans 
doute, malaisé d'administrer cette % preuve du 
contraire », en l'absence de documents positifs : 
mais le manque de ceux-ci nuit également à la 
thèse de Dom Van Caloen. La décoration sculp- 
turale de Yatrium de la basilique royale, trou\ e 
sajustification dans les proportions colossales et 
la profusion des ornements qui distinguent 
l'admirable monument : on n'a d'ailleurs cité 
jusqu'ici aucun autre édifice qui présentât sem- 
blable disposition. Avant d'admettre que l'église 
primitive de l'abbaye de Florenne, construction 
romane dont les dimensions nous sont inconnues, 
rivalisât sous ce rapport avec la métropole 
rémoise, nous demandons à rappeler l'avis du 
poète : 

... Si parva licet componere magnis. 

Le caractèredes sculptures de Florenne semble 

1. Voir notamment la noiict- (tu baron de Reiffenberg. dans les 
Annales de t Acadimie Royale de Belgique, t. I.X, 1842, p. 440. 

2. Lecov de la Marche, l'ie de saint Martin, p. 690. 



102 



ïRetiue De rart cfj rétien. 



d'ailleurs assez éloigné de celui qu'aurait présenté 
un travail destiné à faire corps avec l'œuvre de 
l'architecte. Si l'on écarte l'hypoJièse de bas- 
reliefs posés en arrière de la nicnsa de l'autel, 
on inclinera peut-être à voir dans nos panneaux 
de pierre des débris de l'ambon ou de l'ancienne 
clôture du chœur. Les monuments de la période 
romane, notamment la parclôse du dôme de 
Trêves et celle de la cathédrale d'Halberstadt 
ont conservé des spécimens de ce genre, qui 
présentent une certaine analogie avec les sculp- 
tures de Florenne. C'est une question que nous 
soumettons aux études de Dom Van Caloen, en 
le remerciant d'avoir sauvé et fait connaîtic ces 
remarquables vestiges de l'art roman. 

LKS SCULPTURKS DE SOLESMES ET LES 
RIGHiER.par E. Cartier. In-8" de 32 pp. extrait de 
la Revue du Alonde catholique. 

Le « solitaire » qui a médité à l'ombre des 
cloîtres — hélas ! déserts aujourd'hui — de So- 
lesmes ses magistrales « Lettres sur l'art chré- 
tien » a consacré jadis une étude approfondie (i) 
aux célèbres groupes sculptés qui décorent 
l'antique église abbatiale : ces monuments, oti les 
traditions artistiques des âges de la foi se reflètent 
encore parmi les formes délicates et la perfection 
du travail qui caractérisent les débuts de la 
Renaissance, semblent appartenir à l'école fla- 
mande et l'éminent critique a cru pouvoir en 
faire honneur au ciseau des Floris, artistes anver- 
sois,dont les œuvres brillèrent surtout « lors de 
l'entrée de V empereur {s\c) PhilippelLen I552(.')». 
Ces conclusions ont été attaquées par M. l'abbé 
Souhaut (^), qui revendique la paternité de ces 
reliefs pour Ligier Richier, sculpteur de mérite, 
dont la ville de Saint-Mihiel en Lorraine, sa 
patrie, conserve des œuvres remarquables. La 
biographie des Richier est assez obscure, pas as- 
sez cependant pour qu'on ne connaisse leurs 
relations avec les réformés de Genève, chez les- 
quels Ligier alla terminer ses jours. M. Cartier 
fait habilement ressortir toutes les incohérences 
du système de I^L l'abbé Souhaut. Si les droits 
des Floris ne sont pas entièrement hors de con- 
teste, il ne semble pas que les Richier aient chance 
de les leur ravir. Espérons que quelque heureuse 
trouvaille de documents, viendraun jour sanction- 
ner les conjectures de l'éminent et sympathique 
écrivain de Solesmes. 

B. DE V. 



AESTHETIK von JOSEPH JUNGMANN, Priester 
der Gesellschaft Jesu, Doctor der Théologie und ord. 
Professer denselben an der Universitiit zu Innsbruck 
mit Erlaubnisz der Obern. 

1. Les sculptures de Solesine.i. Paris, Palmé, 1877. 

2. Les Kicliier et leurs œuvres. Bar-le-Uuc, 1883. 



Zweite, vollstandig umgearbeitete und wezentlich 
erweiterte Auflage des Bûches « Die Schônheit und 
die schone Kunst » mit nuen lUustrationen. Freiburg 
im Brisgau Herder'sche Buchhandlung, 1884. 
[Prix : 15 francs.] 

« 1~\ES que la foi et la science renaissent dans 
\^ une nation, les arts ne tardent pas à y 
briller, sans qu'on sache ni comment ni pourquoi.» 
Ces paroles, extraites d'une lettre de Clément 
Brentano au peintre Runge, terminent l'ouvrage 
que nous nous proposons d'analyser. 

Elles sont l'expression d'une pensée, dont le 
lecteur, à mesure qu'il parcourra les différentes 
parties de ce livre, se sentira de plus en plus pé- 
nétré. L'esthétique est la science des beaux-arts 
(p. 15). Elle se divise en deux parties. La pre- 
mière traite des notions fondamentales, c'est-à- 
dire du beau, et des caractères généraux des 
productions artistiques. La seconde, s'occupe des 
beaux arts, de leur raison d'être, de leurs lois, de 
leurs moyens d'action. 

Le livre du P. Jungmann est la deuxième édi- 
tion d'un ouvrage paru, il y a di.v-huit ans, sous 
un autre titre, « le Beau et les Beau ■■- Arts )> : mais 
l'auteur a si complètement remanié son œuvre 
primitive que c'est plutôt un traité nouveau qu'il 
a fourni. La première édition, épuisée dès 1872, 
ne comptait que 532 pages d'un format petit in- 
octavo. Celle-ci ne compte pas moins de 950 
pages d'un format beaucoup plus grand. 

Nous manquons en quelque sorte d'ouvra- 
ges sur l'esthétique, à l'usage des catholiques. 
Il y a quelques années, une revue savante disait 
que le livre du P. Jungmann (i^''« édition) était 
ce que nous avions de mieu.x en fait d'esthéti- 
que. Elle ne rétractera certainement pas cette 
parole aujourd'hui. 

Baumgartner, le premier, s'est occupé de la 
science des beaux-arts à un point de vue spécial, 
après lui !e panthéisme et le rationalisme en ont 
fait leur domaine (p. 675), et leurs conclusions 
tout en n'ayant pas été admises par tous les 
hommes compétents, servent cependant de base 
aux œuvres de certains savants catholiques qui 
se sont occupés des beaux-arts. 

Dans les derniers temps, l'art a fait de sensibles 
progrès sur le terrain catholique, il était donc 
opportun que la science catholique, elle aussi, 
produisît un ouvrage e.xposant l'Esthétique d'une 
manière complète et d'ajjrès ses principes. C'est 
le but que le P. Jungmann s'est proposé: disons- 
le tout de suite, qu'il nous parait avoir atteint. 
Tout d'abord il établit la notion de l'essence du 
beau d'après la sagesse des anciens(Theognis, Pla- 
ton, Aristote, le Portique, Plotin,Proclus,Maxime 
de Tyr, Hiéroclès, Plutarque, Cicéron, .Sénèquc), 
d'après la philosophie des Pères de l'Eglise 



T5it)liograpf)ic. 



(Grégoire de Nazianze, de Nysse, Basile de Cé- 
sarée, Denis l'Aréopagite, Jean Chrysostome, 
Clément d'Alexandrie, Origène), et d'après la 
science chrétienne des âges postérieurs (Inomas 
d'Aquin, Lessius, Pallavicini, Lcibnitz). (i"<= Par- 
tie I-IV.) Le résultat de ces profondes recherches 
consiste en trois définitions, différentes de forme, 
mais identiques au fond. 

La première est empruntée à Aristote, la se- 
conde exprime la doctrine de saint Thomas, et 
la troisième répond à une pensée profonde de 
Platon (p. 148 s.). Par sa conformité avec les 
opinions des plus grands penseurs dont l'his- 
toire fasse mention, ce résultat est la solution 
d'un des problèmes les plus difficiles de l'Esthé- 
tique, auquel les modernes avaient travaillé en 
vain jusqu'ici. 

L'auteur développe ensuite la notion du beau 
et montre comment elle trouve son application. 
Signalons surtout le chapitre : De l'idéal du 
beau, et cet autre: La beauté divine et son reflet 
dans l'Eglise et dans l'Univers. 

La cinquième partie traite de la noblesse, du 
charme, du ridicule, du comique, et des autres 
« qualités esthétiques ». 

La sixième partie est consacrée à l'examen 
d'un grand nombre de définitions du beau ; 
aucune n'est en harmonie avec celle de l'auteur. 
Quelques-unes veulent s'appuyer, mais à tort, 
sur la doctrine de saint Thomas. 

C'est après avoir établi cette base solide que 
l'auteur passe, dans le second livre, à l'étude de 
l'objet même de l'Esthétique, c'est-à-dire des 
beaux arts. Le P.Jungmann en donne la définition 
suivante : « Tout art, dont le but spécial exige, 
au point de vue esthétique, des produits aussi 
remarquables que possible, et qui, secondé par des 
circonstances favorables, est à même de produire 
des œuvres d'une beauté supérieure, a le droit 
d'être rangé dans la catégorie des beaux-arts. » 

L'auteur fait remarquer que cette définition 
seule s'accorde et avec la doctrine d'Aristote, et 
avec la nature des beaux arts et la manière de 
les pratiquer. 

Il combat ainsi la doctrine de ceux qui ne 
veulent assigner à l'art d'autre but que l'imitation 
de la nature. 

L'auteur distingue trois groupes de beaux- 
arts : les beaux arts religieu.x, civils, hédoni- 
ques ('). 

Il range parmi les premiers tous ceux qui ont 
pour but immédiat la glorification de Dieu, ou 
de la Mère de Dieu, ou des anges et des saints, 
ou en général l'édification des fidèles et le pro- 
grès de la vie religieuse; parmi les seconds, ceux 
dont les œuvres servent immédiatement à con- 

I. « Hédonique » du grec ^iSov^l, jouissance. 



server et à développer dans la société, cet esprit 
d'où dépend en réalité l'existence, la prospérité 
et l'épanouissement de la vie civile ; parmi les 
derniers (les arts hédoniques) tous ceux qui con- 
sidèrent comme leur destination propre,de procu- 
rer par leurs productions des jouissances esthéti- 
ques à l'homme, (p. 328). 

On peut d'ailleurs réunir les deux dernières 
catégories en une seule par opposition à la pre- 
mière et on arrive ainsi à diviser les arts en arts 
religieux et en arts profanes. 

Or en étudiant le développement de ces deu.x 
grandes divisions des beaux-arts, l'auteur arrive 
à ces deu.x conclusions d'une importance capitale. 

1° D'après le témoignage de l'histoire, les 
beaux-arts dans leur ensemble, se sont d'abord 
développés sur le terrain de la vie religieuse, et 
c'est sur ce terrain également qu'ils ont fleuri à 
leur plus haut degré, fp. 338 ss.) A l'appui de 
cettethèse l'auteur invoque les opinions desavants 
qu'on ne peut en aucune manière taxer à'uitra- 
viontaiiisine: Burke, M. Carrière, E. Schnaase, 
Hugber, Lubke, Edouard Muller, A. Feuerbach, 
H. Ulrici, Herder, puis Fénelon, Lasaulx, Fick, 
et F. V. Herder. 

La deuxième conclusion, qui pourrait être 
considérée comme découlant de la première, mais 
qui est établie par l'auteur au moyen de preuves 
spéciales, est la suivante : Depuis le commence- 
ment de notre ère, les beaux-arts religieux ont 
une bien plus grande importance que les beaux- 
arts profanes, voilà pourquoi la floraison de ces 
derniers dépend essentiellement de la culture des 
premiers. Si donc les beaux-arts religieux doivent 
en premier lieu attirer l'attention de l'Esthétique 
et de ceux qui sont destinés à la cultiver, quelle 
grande erreur ne commet-on pas en considérant 
cette science comme purement philosophique, 
puisque la théorie ainsi que la science de chaque 
art religieux prend essentiellement et en premier 
lieu sa racine dans la révélation surnaturelle 
(p. 366). Dès lors aussi peut-on traiter à'anackro- 
nisiiie, cette prévention exclusive en faveur de 
l'art classique antique, qui ne peut qu'entraver 
l'essor des beaux-arts. 

Ces conclusions nous font voir, que la notion 
de l'art religieux, ou bien, est tout à fait ignorée, 
ou bien est mal comprise même par des savants 
catholiques; elles amènent l'auteur à établir dans 
le 4'"'^ chapitre, la thèse suivante non moins im- 
portante. *.( Le principe essentiel, au moyen 
duquel un art devient chrétien, ne repose pas 
dans le sujet sur lequel il exerce son activité, 
mais dans le but surnaturel, pour lequel il tra- 
vaille. )' (p. 375 ss.) Outre les raisons qui prou- 
vent cette thè.se, l'auteur cite (p. 378) un passage 
assez long d'Ed. Hanslick ( Musikalic/ie Statio- 



I04 



WizMuc De r^rt cbtétien. 



neiijqui nous donne la preuve non seulement de 
sa vérité mais de sa nécessité. 

Le cinquième chapitre (p. 382 ss.) développe 
d'après cela deux lois générales, essentielles 
également à l'art religieux, et qui, jusqu'à pré- 
sent, ont été très peu observées par la théorie et 
la science, tandis que dans la pratique on n'en a 
tenu aucun compte. 

De nombreux exemples tirés de l'histoire des 
beaux-arts rendent la démonstration plus inté- 
ressante et plus claire. Plus d'une œuvre haute- 
ment louée et admirée, nous apparaît à leur 
lumière, quoique techniquement d'un fini achevé, 
tout à fait manquée, quant à sa destination. 

Lesi.xième chapitre(Les beaux-arts etlavérité) 
examine et établit la liberté de la poésie ou de 
l'invention, qui appartient principalement aux 
arts hédoniques. 

Dans le chapitre suivant, l'auteur s'occupe 
principalement des arts hédoniques. Il examine 
la valeur des principes de l'esthétique moderne 
et le jugement, motivé aussi bien par la raison 
que par l'histoire, n'est autre que celui de La- 
mennais : l'art pour l'art est une absurdité. 

La huitième partie s'occupe d/architecture. 
Pour répondre aux intentions de l'Eglise, cet art 
doit constituer la demeure visible de Dieu, de 
telle façon qu'elle en représente symboliquement 
la demeure invisible (p. 487 ss.). Après avoir 
caractérisé en général les procédés dont l'archi- 
tecture religieuse doit user pour répondre aux 
intentions de l'Église, l'auteur établit dans le 
deuxième chapitreque l'architecturegothique a le 
mieux répondu aux intentions de l'Église, et 
symboliquement représenté la demeure invisible 
de Dieu (p. 492). 

Letroisièmechapitre,plus court, traite de l'archi- 
tecture profane (p. 5 19). L'auteur établit que le 
style le mieux approprié à ses besoins est le style 
gothiqueet condamne l'architecture de la Renais- 
sance. 

L'histoire démontre d'ailleurs que l'archi- 
tecture profane ne s'est jamais développée 
indépendamment de l'architecture religieuse, 
c'est pourquoi son progrès ou sa décadence dé- 
pend du progrès ou de la décadence de l'archi- 
tecture religieuse (p. 525). 

Un chapitre des plus intéressants sur /'a/-/ 
métier (kunsthandwerk) ou comme nous disons 
« Vart i)idustricl » termine la huitième partie. 

Dès le début de la 9""= partie qui traite de l'art 
dramatique, l'auteur distingue, d'après saint Tho- 
mas, trois espèces de formes : la forme naturelle, 
la forme géométrique et la forme [)lanimétrique. 
D'après Aristote (p. 536 s.) l'art dramati([ue nous 
donne la conception des formes naturelles. 

Le drame n'est donc pas un art par suite de ses 



relations particulières avec la poésie(considérée à 
un point de vue restreint) mais il est un art pro- 
prement dit (p. 538 ss). 

Cet enseignement est nouveau, que nous 
sachions; ni l'Esthétique ni la poésie ne l'ont 
adopté jusqu'à présent, quoique le P. Jungmann 
l'ait déjà produit, il y a dix-huit ans, dans sa pre- 
mière édition. 

L'auteur réfute avec succès les objections qui 
lui ont été faites de différents côtés, au sujet de 
sa doctrine. Celle-ci, du reste, trouve une confir- 
mation éclatante dans la connexion intime qui 
existe entre l'art dramatique et la sculpture, re- 
connue par Winckelmann et plus explicitement 
encore par Anselme Feuerbach à propos des pro- 
ductions antiques. 

L'union de la sculpture et de la peinture forme 
le sujet très intéressant de ladi.^:ième partie. Par 
sa nature la sculpture est pragmatique,c'est-à-dire 
qu'elle veut représenter des actions de person- 
nages, et non pas des personnages seulement. Le 
principe des modernes au sujet de l'immobilité 
absolue et du parfait équilibre,est encontradiction 
formelle avec l'Esthétique grecque. Le mépris du 
coloris que manifeste l'Esthétique moderne, est 
condamné, non seulement par les arts du moyen 
âge, mais encore par l'art classique antique 
(p. 556 ss.). 

Ces trois propositions sont prouvées longue- 
ment, et après avoir déterminé le caractère essen- 
tiellement pragmatique de la peinture qui se sert 
de figures imparfaites (p. 577 ss.), l'auteur discute, 
dans le troisième chapitre, quatre propositions 
de Lessing et de l'Esthétique moderne, sur la 
sculpture. 

Le résultat auquel arrive le P. Jungmann mon-, 
tre au lecteur que cette discussion était néces- 
saire. Lessing prétend que le but propre de la 
sculpture et de la peinture est de représenter la 
beauté corporelle. Or, le P. Jungmann prouve 
d'une part, (jue l'argument dont Lessing se sert à 
priori pour prouver ce qu'il avance, pèche contre 
la logique, et d'autre part, qu'il ne peut s'accorder 
avec la vérité. Lessing prétend (jue chez les an- 
ciens, la beauté cori)orclle formait le sujet princi- 
pal des arts plastiques. 

Le P. Jungmann, par contre, montre encore que 
cette preuve est insuffisante, d'après les lois de la 
logique, et appuie son opinion par des faits tirés 
des œuvres de Schnaasc, Lubke, R. O. iMuUer, 
Rio, Brunn, et parmi les anciens, de Xénophon, 
Cicéron, Dio Chrysostome et de l'Anthologie 
grecque. Il prouve donc que les anciens eux- 
mêmes reconnaissaient au.v arts plastiques un but 
beaucoup plus noble et plus élevé. 

Signalons aussi la réfutation de cette propo.'-.i- 
tion de l'Esthétique moderne, d'après laquelle la 



Ti3ibIiograpï)ie. 



105 



sculpture doit se borner à représenter des figures 
isolées spéciales. En s'occupant des doctrines de 
Lessing, le P. Jungmann est naturellement amené 
à faire la critique de son fameux ouvrage, le 
<iLaocoon'^ . Sans doute ce livre prouve une grande 
sagacité d'esprit et renferme beaucoup de ré- 
flexions vraies. En lisant cependant la critique 
que le P. Jungmann fait des propositions fonda- 
mentales mêmes de ce livre, on a de la peine à 
s'expliquer l'enthousiasme sans bornes qui l'ac- 
cueillit à sa naissance, et le prestige immense 
dont il jouit encore à présent. En fait, l'ouvrage 
de Lessing prêche le plus pur réalisme. Le système 
de Lessing sur les arts plastiques ne vit son ac- 
complissement que dans les rêves de Schiller sur 
« la forme divinisée » et sur « la beauté archi- 
tectonique de l'homme ». Pour Schiller, l'idéal 
de ce genre est la déesse du Gnide, c'est-à-dire, la 
statue en marbre de l'hétaïre nue de Praxitèle. 
De là, aux blasphèmes de l'esthétique panthéiste 
(Vischer) d'après lesquels, le dieu, c'est à-dire, 
l'homme idéal doit son existence à la sculpture 
(p. 623, ss.), il n'y avait qu'un pas. 

Le quatrième chapitre de cette partie, s'occupe 
des arts plastiques au point de vue religieu.x. Le 
cinquième, de la sculpture et de la peinture 
comme arts civils et hédoniques. C'est dans le 
perfectionnement des degrés inférieurs de la pein- 
ture (genre, nature morte, représentation d'ani- 
maux, paysage) et dans l'intérêt qu'on leur porte, 
que le P. Jungmann aperçoit avec beaucoup de 
raison et en môme temps que Sulzer.de Lamen- 
nais et F. V. Schlegel, la décadence de la peinture 
proprement dite (historique) et la prédominance 
du réalisme. L'auteur prouve ensuite d'une façon 
aussi originale que sérieuse, qu'au point de vue 
esthétique, on ne peut tolérer la nudité dans les 
arts civils ou hédoniques. 

Nous ne nous étendrons pas longuement sur 
la onzième partie qui traite de l'éloquence, ni sur 
la douzième qui traite de la poésie, ces deux sujets 
ne rentrant pas dans le cadre de notre revue. 

L'auteur lui-même traite brièvement de l'élo- 
quence parce qu'il a publié séparément, il y a six 
ans, une théorie de l'éloquence au point de vue 
scientifique, où sont exposés les principes concer- 
nant l'Esthétique. Bornons-nous à dire quel'auteur 
complète la définition de l'éloquence telle qu'elle 
était en usage à Rome au temps de Cicéron. 
Celle-ci vaut beaucoup mieux cependant que 
toutes celles qui ont été proposées depuis.notam- 
ment par des auteurs français. 

Quanta la poésie, l'auteur détermine sa tâche 
propre qui consiste, moyennant la parole, à provo- 
quer des sentiments moralement permis. La 
poésie est ainsi séparée des autres arts oratoires, 
et qualifiée d'après son essence propre. L'auteur 
attire avec beaucoup de raison notre attention sur 



la valeur du trésor que constituent les productions 
de la poésie religieuse, surtout des anciennes poé- 
sies latines. Mone a raison en lui appliquant prin- 
cipalement, au point de vue de ses rapports avec 
la musique, les paroles qu'Ignace le ^lartyr pro- 
nonçait au sujet du christianisme : « Elle mérite 
toute considération, elle possède quelque chose 
d'admirablement grand. » En effet, malgré sa 
métrique ingénieuse, la poésie antique est de 
beaucoup surpassée par la poésie religieuse. 

De même que dans les autres parties, nous re- 
marquons dans la quinzième, qui traite de la mu- 
sique, une remarquable solidité psychologique. 

La musique impressionne physiologiquement 
le jugement sensible (p. 782). L'art de la musique 
consiste à rehausser les créations de la poésie par 
la mélodie (p 782). Cette définition nous paraît 
neuve également. L'antiquité ne connaissait pas, 
comme notre temps, la séparation de la musique 
et de la poésie;elle considérait comme un seul art 
les productions delà poésie unies à la mélodie, et 
c'est ce qu'elle appelait la musique. D'après elle 
l'effet et le but de la musique était de provoquer 
et d'exprimer des sentiments déterminés. Cette 
manière de voir a été modifiée depuis Bach et 
Hàndel, et actuellement la poésie est regardée 
comme un art propre ; de même en est-il de la 
musique, quoique prise dans un sens plus restreint. 
La science ne s'est pas préoccupée de ce change- 
ment essentiel dans la manière de l'interprétation, 
elle a continué à attribuer à la musique (quoi- 
qu'elle ne comprît sous ce nom autre chose que 
l'art, qui exclusivement livre l'élément tonique, 
c'est-à-dire la mélodie) la même activité et la 
même disposition qu'on lui donnait dans le temps, 
alors qu'on l'entendait dans le sens de la liaison 
de l'élément tonique avec le te.xte. C'est là l'er- 
reur contre laquelle s'élève Ed. Hauslick, et avec 
raison (Du beau musical). Le P. Jungmann est 
tout à fait de cet avis, et son opinion est la 
même: la musique seule est incapable d'inter- 
préter ou d'occasionner des sentiments détermi- 
nés (p. 846 ss.). 

Il y a cependant entre eu.x un point de désac- 
cord; Hauslick prétend que la musique instru- 
mentale est la musique prise dans le sens propre. 
Le P. Jungmann par contre, prouve, et cela du 
témoignage même de Hauslick, que la musique 
instrumentale proprement dite, ne peut être com- 
ptée au nombre des beaux arts (p. 852 ss.). 

Les chapitres traitant du champ liturgique et 
de la musique «pseudo-liturgique», contiennent 
la preuve certaine, que tous les chrétiens pieux 
doivent préférer le chant grégorien pour les céré- 
monies liturgiques, au chant en mesure (Benoit 
XI V)._ Le chant polyphone compris dans le sens 
de l'Ecole romaine a obtenu l'approbation de 
l'Eglise, c'est pourquoi il est parfaitement toléré. 



i^^' LniiAisoN. 



io6 



ïReiJue De l'art c&rctien. 



11 résulte de ce que nous venons de dire, que 
les messes incomparables de Ha}'dn et de Mo- 
zart sont tout à fait contraires à la manière de 
voir de Grégoire le Grand. L'erreur doit nécessai- 
rement se trouver quelque part; ou bien, Am- 
broise, Grégoire et tous les papes, qui après lui 
ont recommandé et même ordonné ces mélodies, 
n'ont pas compris l'essence de la piété et des sen- 
timents religieux, ou bien les compositeurs pro- 
fanes des deux derniers siècles se sont trompés 
(p. 838 ss.). 

Entre ces deux suppositions le choix n'est pas 
difficile à faire. 

L'auteur étudie ensuite la musique comme art 
profane et sa manière de voir sera certainement 
l'objet de contestations. Nous ne pensons pas 
toutefois qu'il ait à s'en inquiéter, en supposant, 
qu'on discute au point de vue de la science et du 
raisonnement. 

L'opéra, la fiction, tels qu'on les comprenait au 
XVI I*= siècle, si fécond en monstruosités, sont 
condamnés comme une absurdité (p. 811 ss.). 
Cette conséquence découle avant tout de la doc- 
trine enseignée par l'auteur dans la troisième 
partie, à savoir que l'art dramatique ne représente 
pas un sujet au moyen de paroles, comme c'est le 
cas dans la poésie, mais qu'il imite l'action, c'est- 
à-dire, qu'il emploie des personnages fictifs; or, 
entre les personnages fictifs et l'élément musical, 
l'accord naturel est difficile ; par contre, l'union 
de cet élément musical avec la parole, est parfai- 
tement naturelle pour l'e.xposition de la poésie. 
La conséquence de cette manière de voir trouve 
sa confirmation dans les opinions de Schopen- 
hauer, Sulzer, Alparotti, Riehl et surtout dans 
deux témoignages, dont l'un appartient à Richard 
Wagner et l'autre à Ed. Hauslick. 

Dans la quatorzième partie, l'auteur s'occupe 
de deu.x questions bien intéressantes: <Kdugoût » 
et « de la cause de la grande diversité des juge- 
ments esthétiques ». Ici encore, la plupart des 
preuves sont tirées de Platon, Aristote, Cicéron 
et saint Thomas d'Aquin. 

— L'Esthétique constitue une des sciences 
les plus difficiles; il est donc nécessaire que dans 
un ouvrage traitant de cette science et en traitant 
sérieusement se trouvent quelques chapitres, qui, 
pour bien être compris, demandent des con- 
naissances philosophiques assez peu communes 
de nos jours. De ce nombre est la seconde 
partie, où il est question de la bonté, de l'amour 
et de la jouissance (p. 52-96) ; ce sont des con- 
naissances, dont Schiller même a reconnu la 
nécessité pour ceux qui veulent étudier l'Es- 
thétitjue. 

Cependant le P. Jungmann a réussi à rendre la 
majeure partie de son livre compréiiensible pour 
tout homme instruit, plus compréhensible cer- 



tainement que les productions abstruses de 
l'Esthétique formaliste et panthéiste. 

Il a réussi en outre, à en rendre la lecture at- 
trayante, chose rare pour les œuvres traitant de 
sujets aussi philosophiques, grâce au grand nom- 
bre de témoignages invoqués et pour ainsi dire 
tissés dans l'exposition, au.x passages non moins 
nombreux des poètes les plus célèbres des temps 
anciens et modernes, aux traits tirés de l'histoire 
des beaux-arts. Celui qui veut, sans se vouer spé- 
cialement à l'étude de l'Esthétique, connaître ce- 
pendant les différents sj^stèmes qui se sont suc- 
cédé, en avoir une idée exacte et pouvoir appré- 
cier leur valeur, peut se borner à lire le livre du P. 
Jungmann. 

L'analyse qui précède suffira pour que nos lec- 
teurs puissent se faire une idée de l'importance 
de l'ouvrage du P. Jungmann au point de vue de 
l'art chrétien. Les grandes questions du réalisme 
dans l'art, du nu dans la statuaire et la peinture, 
de la supériorité de l'architecture gotliique au 
point de vue religieux, de la convenance de cette 
même architecture aux besoins de la vie civile, y 
sont discutées et résolues. 

Nous aurions bien quelques réserves à faire non 
pas sur les conclusions auxquelles l'auteur arrive, 
mais surles méthodesdedémonstrationemployées 
parfois. Ainsi, nous croyons qu'il y a moyen de 
démontrer avec plus de rigueur la supériorité du 
style gothique sur tous les autres styles, pour nos 
contrées. Nous ne pouvons pas admettre non plus 
que la cathédrale de Cologne, prise dans son en- 
semble, soit le chef-d'œuvre de l'architecture ogi- 
vale et surpasse tous les autres monuments 
(page 497). 

Peut-être l'auteur aurait-il pu choisir comme 
type d'hôtel de ville un meilleur exemple que ce- 
lui de Munster. 

Mais ce sont là des critiques de détail, nous 
n'aimons pas les comptes-rendus qui ne renfer- 
ment que des éloges, et elles ne nous empêchent 
en aucune face de reconnaître la valeur absolu- 
ment supérieure de l'ouvrage du P. Jungmann et 
de le recommander vivement à nos lecteurs. 

Nous nous réjouissons de posséder enfin un 
ouvrage complet d'Esthétique, capable de rendre 
service aux catholiques. 

Le P. Jungmann a dédié son livre à Auguste 
Reichcnsperger, le membre bien connu du centre 
au Reichstag allemand, qui a tant fait pour 
l'achèvement du ilôme de Cologne et qui, depuis 
des années, travaille avec un zèle que l'âge ne di- 
minue pas à la restauration des vrais principes 
artistiques. 

Quant à l'exécution typographique, la nouvelle 
édition est bien supérieure à la première et fait 
honneur à la librairie Ilerdcr de h'ribourg qui en 
est à la fois l'imprimeur et l'éditeur. 



ns 



BiùUograpfjic. 



107 



Le texte est enrichi de neuf illustrations, parmi 
lesquelles nous citerons pour la perfection la pho- 
totypie de la Sainte Cène de Léonard de Vinci, et 
pour la nouveauté la Vierge, peu connue et fort 
remarquable, de la bannière de Strasbourg. Il 
nous reste à exprimer un vœu: celui devoir pu- 
blier le plus tôt possible une traduction française 
de l'ouvrage du P. Jungmann. Nous sommes 
convaincu qu'elle trouverait un grand nombre 
de lecteurs et aurait une influence considérable 
sur les progrès de l'art chrétien. X. 



COLLKCTION DKS DÉCRKTS AUTHEN- 
TIQUES DE LA SACRÉE CONGRÉGATION DES 
RITES, par Ms"" X. Barbier de Montault, prélat de la 
Maison de Sa -Sainteté. Huit volumes de 500 pp., 
renfermant plus de sept mille décisions, depuis la 
fondation de la Congrégation des Rites par le pape 
Sixte-Quint, en 15S7, jusqu'à l'année 1870. — Prix 
net, franco 24 fr. 

L'importance du recueil complet des décrets 
authentiques de la Sacrée Congrégation des 
Rites, augmente, à raison du retour générai à la 
liturgie romaine et des études auxquelles se livre 
le clergé pour que les cérémonies du culte soient 
accomplies dans l'ordre légitime et canonique. 

Pendant plus de deux siècles, on n'eut pas 
d'édition authentique des décrets de la Congré- 
gation des Rites ; on ne les connaissait que par 
les citations qu'en faisaient les écrivains qui 
étaient en position d'être exactement informés ; 
ainsi, Gavantus, Merati, Cavaliéri, Benoit XIV, 
et autres qui habitaient Rome. 

En 1808, le cardinal de la Somaglia, préfet de 
la Sacrée Congrégation, fit entreprendre l'édition 
authentique connue sous le nom de Gardellini, 
qui surveilla l'impression. L'édition a été con- 
tinuée, et plusieurs volumes ont été ajoutés à 
l'reuvre primitive. 

Cette édition est-elle complète ? Il faut se 
garder de le penser. En effet, des décrets soit 
anciens, soit modernes, se retrouvent en original 
ou en copie authentique, dans les bibliothèques 
et les archives, aussi bien que dans les livres et 
revues qui traitent de matières ecclésiastiques. 

En 1863 et 1865, trois mille décrets qui ne 
sont pas dans Gardellini. ont été publiés dans 
les Analecta jiiris pontifiai, d'après les registres 
authentiques de la Sacrée Congrégation des Rites. 

Réunir en un seul corps ces éléments dispersés, 
tel a été le but de cette collection nouvelle, qui 
a le mérite de grouper et de coordonner toutes 
les décisions qui ont paru jusqu'à ce jour. 

Les décrets se succèdent suivant l'ordre chro- 
nologique. La première édition de Gardellini 
commençait à l'an 1600; on ne savait rien des 
actes de la Sacrée Congrégation tlurant les 



treize premières années de son existence. Gar- 
dellini retrouva plus tard les anciens décrets, 
qu'il croyait perdus sans remède ; il les publia 
à la fin de son cinquième volume. L'édition 
nouvelle les a reportés à leur véritable place, 
dans l'ordre chronologique. L'éditeur a agi de la 
même manière par rapport aux trois mille 
décrets nouv'eaux que \c?, Analectajuris pontificii 
ont fait connaître. 

Chaque décret, dans cette édition, porte en 
titre un sommaire en français et le nom en latin 
du diocèse pour lequel il a été rendu. Vient 
ensuite le texte même du décret, dans son 
intégrité. On a traduit en français les suppliques 
qui étaient en langue italienne, en sorte que les 
lecteurs français ne perdront rien de la précieuse . 
collection. Les décisions de la Sacrée Congré- 
gation sont toujours rédigées en latin, sauf de 
rares exceptions. 

Les décrets publiés dans ce recueil ont trait 
à la célébration du saint sacrifice de la messe, 
à la célébration des offices divins, aux cérémo- 
nies solennelles ou particulières, à l'interpréta- 
tion des rubriques générales, à l'administration 
des sacrements, à la répression des innovations, 
des usages blâmables et des abus. 

On y trouve aussi tout ce qui concerne la 
correction et la pureté du texte des livres litur- 
giques, qui sont : le bréviaire, le missel, le mar- 
tyrologe, le pontifical, le cérémonial et le 
rituel. On y remarque également l'approbation 
des offices, des hymnes et autres prières spéciales. 

Les huit volumes renferment plus de sept 
mille décisions, comme il a été dit plus haut. 
On se perdrait dans ce labyrinthe si l'on n'y 
était guidé par un fil conducteur. Non seulement, 
chacun des huit volumes est orné de sa table 
particulière, disposée dans l'ordre alphabétique, 
de manière à rendre les recherches promptes 
et faciles ; mais l'éditeur a placé à la fin du 
dernier volume une table générale des matière-; 
de toute la collection. Une troisième table fait 
connaître par ordre alphabétique les diocèses 
qui ont consulté la Congrégation et donné occa- 
sion aux décisions. 

Cette édition a été etitrcprise, coordonnée et 
achevée sous la surveillance de Mgr Karbier de 
Montault, prélat domestique du Saint Père. Son 
Émincnce le cardinal Donnet voulut bien accep- 
ter la dédicace. 

L. Ch.-\illot. 



LES ARTS A LA COUR D'AVIGNON SOUS CLÉ- 
MENT V ET JEAN XXII, par M.WRicE F.^ucon. 
— In-S'" de 124 PI), avec 2 pi. — Paris-Thorin 18S4. — 
Extrait des Alclanges d'Art/i(flh\i:;ie et d' Histoire. (Ecole 
rran(5aise à Rome.) 



io8 



iReuuc De rart cbrcticn. 



MM. Faucon, en dépouillant les registres 
des comptes du trésor pontifical conser- 
vés aux archives secrètes du Vatican, a pu en ex- 
traire les matériaux d'une étude pleine d'intérêt, 
sur les arts à la cour des papes d'Avignon, et sur 
la vie privée de Clément V etde Jean XXII. A ce 
double point de vue, le travail que nous signalons 
abonde en données nouvelles. Les noms d'artistes 
sont très nombreux dans ses extraits de comptes. 

Quand Clément Vchoisit.en i309,Avignonpour 
résidence, ilnesemble pas avoirpenséàrendrecettc 
résidence définitive; il ne prévit pas que ses suc- 
cesseurs fixeraient leur cour sur les bords du 
Rhône. Aussi, point d'édifices nouveaux, pas d'ar- 
chitectes ni de peintres pour les décorer. Un 
orfèvre siennois, maître Tauro, suffit à ses besoins 
et à ses libéralités. 

A l'avènement de Jean XXII, les choses chan- 
gent de face. Le palais est agrandi, les princi- 
pales églises, Notre- Dame-de-Domps, Saint- 
Étienne, Sainte-Madeleine, les Carmes, sont répa- 
rées, agrandies et couvertes de peintures, et Notre- 
Dame du Miracle est tout entière érigée par les 
soins du Pape: sa munificence s'étend même sur 
les églises et monastères des environs. Son neveu 
Armand de Nice élève le Petit Palais. 

Alors se forme une école locale d'artistes, et à 
leur tète Guillaume Cucuron, qui, de 1316a 1322, 
dirige comme architecte, les nombreux travaux 
dus à l'initiative du pape. A côté de lui se place 
Pierre de Gauriac, et au-dessous, Pierre Aude- 
bert, Mezier, Escudier, Rostaing de Morières, 
Guillaume d'Aramon, Béranger Bermont, Ray- 
naud Ebrard, etc. 

Les architectes appellent les peintres. Le prin- 
cipal est le frère Pierre du Puy (13 17-1327) qui 
dirige une légion d'artistes. Il a pour seconds 
Pierre Gaudrac et Carmellagne, et pour disciples 
distingués, Pierre Massonier et l'anglais Thomas 
Daristot.Ces artistes peignaient des retables et des 
tableau.K d'église en même temps qu'ils exécu- 
taient des décorations murales; et autour de ces 
maîtres se presse une foule d'ouvriers presque tous 
français. L'art italien, qu'on avait cru longtemps 
importé à Avignon par Giotto lui-même, n'y eut 
en réalité de représentants que sous Clément VI, 
à la venue de Simone Martini, précurseur d'un 
groupe d'artistes toscans ou ombriens. L'in- 
fluence ultramontaine s'accuse seulement,dès l'ori- 
gine, dans le domaine de l'orfèvrerie. Sous les 
auspices de l'argentier de Clément V, maître 
Tauro forma toute une colonie siennoise. 

Telles sont, en résumé, les conclusions de cette 
étude consciencieuse, que ne peut ignorer celui 
qui s'intéresse de près à l'histoire de notre art 
national. 



LKS SYMBOLES DE LA SAINTE TRINITÉ. 
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE par Eug. Van Robays, 
de la comp. de Jésus. (Extrait des Précis historiques.) 
— In-S° de 48 pp. — 2 pi. lith. — Bru.xelles, Vromant, 
1876. ■ — • 2,00 fr. 

Le R. P. Van Robays a rendu service aux ama- 
teurs d'archéologie religieuse et surtout aux artis- 
tes, en résumant, avec une précision méthodique, 
qui n'exclut pas un style élégant, un important 
chapitre de l'iconographie chrétienne. Cette 
science d'une utilité si pratique devrait être 
enseignée dans toutes les écoles d'art et de dessin ; 
on devrait en écrire un petit traité à mettre entre 
les mains des collégiens à la place du diction- 
naire de mythologie. Ce traité n'est pas fait. Les 
Didron, les Crosnier, les Cahier, et, de nos jours, 
des archéologues, parmi lesquelssedistingue notre 
collaborateur, M. le C"= Grimouard de St-Laurent, 
en ont préparé les matériaux. Mais on trouve peu 
d'écrits qui mettent, comme la brochure que nous 
signalons, ces connaissances à la portée de ceux 
qui pratiquent la peinture, la sculpture et l'ima- 
gerie. 

L. C. 



LE RELIQUAIRE DE L'EGLISE D'AUGNAT(en 

Auvergne), par M, l'abbé GuÉLON, curé de la Salvetat. — 
Clermont-Ferrand, Thibaud, lib. 1S83, in-8°. 

On lit dans la Revue Lyonnaise : 

Les anciens émaux sont devenus des plus rares. Con- 
servés jadis dans les trésors de nos églises où les avaient 
apportés les pieux pèlerins qui allaient visiter les Lieux- 
Saints et les chevaliers des croisades, ces objets d'art ont 
péri poui la plupart dans nos guerres de religion ou ont 
été brisés par la Révolution. C'est donc aujourd'hui une 
véritable bonne fortune pour les amis des arts c|uand ils 
peuvent en rencontrer un, qui a survécu au naufrage de 
tant de monuments si précieux. Au nombre des chercheurs 
heureux est I\L l'abbé Guélon, un archéologue distingué, 
curé d'une paroisse dans les montagnes de l'Auvergne, où 
se dresse encore l'un de ces admirables châteaux-forts 
élevés par les Templiers dans leurs commanderies. Dans 
l'antique église de cette humble bourgade se rencontre 
même encore une statue en cuivre repoussé très ancienne, 
et dont de riches amateurs offrent des sommes considéra- 
bles, mais la fabrique a raison de refuser. 'SI. l'abbé Gué- 
lon n'a pu manquer de donner une description de cette 
statue en même temps qu'il écrivait d'une façon si intéres- 
sante la monographie de sa localité. 

Le reliquaire qui fait l'objet de sa nouvelle publication 
existe dans l'église d'Augnat (Puy-de-Dôme); il a la forme 
d'une maison dont le toit, à double pente, est couronné 
par une galerie ajourée. Sa hauteur est de quinze centimè- 
tres, sa largeur de seize. Son ossature est recouverte de 
huit planches en cuivre rouge doré de deux à trois milli- 
mètres d'épai-seur, creusées au burin et émaillées par pla- 
ces. Vu à distance, tout ce coffret ressemble ù une mosaï- 
que ; malheureusement il manque quelques parties de son 
ornementation primitive. Mais on y voit encore sur un fond 
bleu semé de fleurons, trois cavaliers couronnés dont la 
tête est repoussée et eu relief sur la plaque ; on peut y 
reconnaître l'arrivée des rois Mages à Bethléem ; la plaque 
correspondante devait représenter W-ldoralion. Sur les 
petites faces sont les images de sainte Madeleine et de 



TJ5i&liograpf)i c. 



109 



sainte Marthe. Tout dans cet objet d'art rappelle les œuvres 
byzantines de la fin du onzième ou des premières années 
du douzième siècle que possèdent encore les églises d'Albi, 
de la Guêne dans la Corrèze, de Saint-Aurélien à Limoges 
et d'autres localités du Limousin. 

Ce reliquaire caché dans la poussière d'une sacristie 
était pour ainsi dire inconnu. On ne peut donc que savoir 
gré à M. l'abbé Guélon de lui avoir consacré une notice 
spéciale et de l'avoir représenté sur deux planches jointes 
à son intéressante étude. 



M. Jacques de Falke vient de publier à Stutt- 
gart (VV. Spemann), un livre d'un très grand 
intérêt : c'est V Esthétique des industries d'art, 
véritable guide et conseiller pour les collection- 
neurs des musées, les professeurs, etc. M. Falke 
est déjà l'auteur de deux ouvrages très estimés 
en Allemagne et Autriche. Ce sont : l'Art dans 
la Maison {Knnst un Hause) et l' Histoire du 
goût moderne (Geschichte des modernen Gesch- 
inackes). 



M. Louis Fagan, l'un des conservateurs du 
Cabinet des Estampes au British Muséum, dans 
son ouvrage intitulé Collectors Marks, est parvenu 
à réunir non moins de 688 chiffres, monogram- 
mes, écussons, devises et autres signes gravés et 
à les classer de manière à faciliter les recherches 
aux intéressés. 



Bcrioïiiqtie0. 

LE RÈGNK DE JÉSUS-CHRIST ('). 

(Revue illustrée du Musce et de la Bibliothique eucharisti- 
ques de Paray-le-RIonial). 

Sommaire du n° de juillet i 884. 

Texte. I. L! œuvre : Une première année (suite), le 
Secrétaire de la rédaction. — IL Symbolisme dans les 
vitraux de Saint-Etienne du Mont, K. P. Fristot, -S. J. — 
m. Le comte de Chambord, un témoin. — IV. Le 
Miracle de Bolsène, M'^'" X. Barbier de Montault. — 
V. Monuments de l'Eucharistie, A. F. — E. de L. — A. S. 

— VI. L'art chrétien et l'Eucharistie, M. Grimouard de 
S' Laurent. — VII. Catalogue du Musée eucharistique de 
Paray-le-Monial. — VIII. Adresse des catholiques français 
à l'Equateur. 

Illustrations. Brique de Kassrin, similigravure Petit. 

— Messe de Caravaca, héliogravure Dujardin. — Bijoux 
chrétiens, phototypie Quinsac. — Les Evangélistes, 
phototypie Braun. 

Sommaire du n° d'octobre. 

Texte. I. L'œuvre : Les etïluves du divin Cœur, E. de 
L. — IL Le premier miracle eucharistique : Emmaiis 

I. Lepii-xest de 10 frs. pour la France et de 12 frs. pour l'étran- 
ger, payés d'avance. 



R. P. Fristot, S. J. — III. Le reliquaire du saint corporal 
d'Orvieto, M»-''^ X. Barbier de iMontault. — IV. Monuments 
de l'Eucharistie, l'abbé Chabeau, E. de L. — A. de S. — 
V. L'art chrétien et l'Eucharistie (IV"= article) M. Gri- 
mouard de St-Laurent. — VI. Catalogue du Musée 
Eucharistique, A. de S. — VII. Les nouvelles du Règne, 
le Secrétariat. — VIII. Index synthétique des deux pre- 
mières années de la Revue, E. de L. — IX. Table des 
articles de l'année 1884. 

Illustrations. Châsse du Vigean et reliquaire de 
Salins, similigravure Petit. — L'exposition du corporal 
d'Orvieto, héliogravure Dujardin. — Predella au Musée 
Borely, phototypie Quinsac. — Le triomphe des docteurs, 
phototypie Braun. 

CETTE élégante et estimable revue eucha- 
ristique que nous recommandons chaude- 
ment à nos lecteurs, est en quelque sorte une 
publication d'art chrétien, tant il est vrai que la 
foi et l'art sont inséparables. Chaque livraison 
contient un ou plusieurs articles pleins d'intérêt 
pour l'artiste et l'archéologue. 

Quelles belles et savantes pages d'iconographie 
chrétienne nous donne le R. P. Fristot dans la 
livraison de Juillet dernier en nous expliquant le 
thème des vitrau.x de la chapelle des catéchismes 
à Saint-Etienne du Mont. On sait que cette église 
est un véritable musée de peintures sur verre du 
XVF'siècle, où l'on a rassemblédes œuvres remar- 
quables des premiers artistes de cette époque, tels 
que Jean Cousin, Claude Henriet, Enguerrand 
Leprince, Pinaigrier, Nicolas Lavasseur, etc.. 
Quoique d'origines diverses, ceux dont s'occupe 
le R. P. Fristot forment dans leur ensemble une 
magnifique synthèse qui embrasse l'histoire de 
l'Eucharistie tout entière. 

Le sens symbolique de ces œuvres pleines de 
science théologique est expliqué par l'auteur 
avec autorité, à l'aide des textes sacrés, en quel- 
ques pages qui deviendront classiques dans les 
futurs traités d'iconographie. Ceux qui auront lu 
le commencement de ce travail que contient la 
livraison de Juillet du Règne, seront impatients 
d'en voir paraître la suite. 

Le Règne reproduit en phototypie une des 
fresques d'Ygolin de Prête {XW" siècle), à la 
chapelle du Saint-Corporal d'Orvieto. Cette 
planche a pour commentaire un article sur le 
Saint Corporal. Aidé de photographies, de 
notes prises sur place par M. de Sarachaga, de 
documents conservés à la Bibliothèque de Paray- 
le-Monial, et de divers écrits. Mgr Barbier de 
Montault, qui a l'habitude d'épuiser les sujets qu'il 
aborde, se livre à une enquête minutieuse sur le 
miracle dont le saint corporal fut l'objet, sur les 
écrits qui en ont parlé, et les reliques qu'on con- 
serve du saint Sang répandu sur le corporal et les 
pierres de l'autel de Bolsène. A son tour il l'ana- 
lyse sous les différents points de vue de la liturgie. 



1 lO 



IReouc De l'art cïjrctien. 



de l'architecture, de l'iconographie, de l'émaillerie 
et du symbolisme. 

Signalons encore dans le même numéro une 
planche reproduisant divers bijoux chrétiens du 
VI*^ siècle (musée du Prado à Marseille). Plusieurs 
Semaines religieuses ont fait naguère une excel- 
lente campagne en faveur de la croix, présentée 
avec raison comme la plus belle parure. Les bi- 
joux dont il s'agit viennent à l'appui de cette 
propagande, qui n'a du reste pas été sans succès. 
Les femmes du VL' siècle prêchent d'exemple. 
Exhumés de la poussière et de la cendre de leurs 
tombeaux, ces objets en apparence frivoles, 
apportent à leur postérité lointaine de touchants 
enseignements. Défuntes, elles parlent à leurs 
jeunes sœurs et à leurs très arrières petites- 
filles. 

Nous avons en outre à relever une note sur une 
brique découverte en Tunisie, dans une basilique 
du 111'= siècle, et offrant un emblème eucharis- 
tique ; deux paons qui se désaltèrent dans un 
calice. 

Enfin, une nouvelle planche, de tapisserie de 
Rubens, à Madrid, nous offre la scène du triomphe 
des Evangélistes. 

M. le comte de Grimouard de Saint-Laurent 
poursuit son étude sur l'esthétique. Nous ne citons 
que pour mémoire la continuation dtin travail 
que nous aurons plus tard à examiner dans son 
ensemble : L Art cliréticn et l' Eucharistie, par M. 
le comte de Grimouard de Saint-Laurent. 

Sous ce titre : Le premier miracle euchai-istiquc, 
le R. P. Fristot nous donne une étude sur l'his- 
toire et l'iconographie du miracle d'Emmaiis. 

De quelle nature était la cène que Notre-Sei- 
gneur accomplit avec les deux disciples d'Em- 
maiis? De quelle façon se manisfesta-t-il à eux 
dans la fraction du pain? — Renouvela-t-il la 
cène du cénacle, avec la consécration? Laquelle 
des bourgades d'U'mouas, El-Koubeileh et Ko- 
louneih, eut le privilège d'être témoin de l'évé- 
nement. Telles sont les questions que l'éminent 
écrivain étudie à l'aide du texte de saint Luc, des 
témoignages anciens, de l'exégèse du récit évan- 
gélique, et de données archéologiques. La ques- 
tion iconographique qu'il envisage dans son livre 
nous intéresse particulièrement, non seulement à 
cause du grand nombre d'œuvres remarquables 
que cet épisode évangélique a inspirées aux diffé- 
rentes branches de l'art, mais par suite de l'écla- 
tante confirmation que l'interprétation tradition- 
nelle reçoit de la façon dont les maîtres de di- 
verses écoles ont rendu Vagnoverunt eu m infrac- 
tione panis. La plus ancienne représentation du 
mystère d'Emmaiis connue remonte au 111'= 
siècle (vue du musée Kircher à Rome). La scène 
la plus comrrumément reproduite, était celle du 



repas, la même qui est représentée dans la jolie 
image éditée par la maison de Saint-Jean l'Evan- 
géliste, à Tournai, que nous reproduisons ici. 




La première des planches de la livrai- 
son d'octobre représente deux scènes extraites 
d'une châsse en cuivre doré et émaiUé, celle de 
Saint-Pantaléon, à Salin (Cantal) ; le sujet est 
le martyre de sainte Procule. Une des fresques 
d'Ugolin de Prêle à la chapelle du Saint-Corpo- 
ral d'Orvieto, celle qui représente l'e.xposition du 
saint Corporal et de l'Hostie (belle phototypie), 
un socle de tabernacle du musée Borely à Mar- 
seille (XVI"= siècle), et un nouveau panneau de 
tapisserie de Rubens à Madrid, (le triomphe des 
Docteurs) tels sont les sujets des trois autres. 



REVUK LYONNAISE. 

Sommaire du n" kl; mai 1S84. 

Un réformateur au dix-septiime siècle, par E. Char- 
VÉRIAT. — Trois mois à Venise (suite et fin), par 

AMliROISE Tardieu. — Les Sculpteurs de Lyon du 
XIV" au X 1 7/1' siècle (suite et fin), par N ArALis Rondot. 

— Un déjeuner à Antilies, par FRANÇOIS COLLET. — 
Les trésors des églises de Lyon (suite), par LÉOPOLD 
NiEPCE. — Lettre à M. Paul Mariéton, par FRÉDÉRIC 
MlSTR.\L. — La chanson des Yeux, poésie, par P. M. — 
Li sètpoiitoun, chanson pro7'encale, par TeobOR AuiîANEL. 

— Lou parage de Clapoli, chanson pro7u'n(;ale, par Ai.Iîert 
Arnavielle. — La Rouîlo, poésie, par L. liE Berluc- 
Perussis. — Bllil.locjRAPHIE : Revue critique des livres 
nouveau.x. — Sociétés savantes. — Chronique. — Som- 
maire des Revues. 



TBibliograp&ic. 



I j I 



Sommaire du n° de juin. 

Ascension du ballon le Gustave, à Lyoti, juin 1784. — 
Le centenaire de Montoolfier, août iSSj, par RAOUL DE 
Gazenove. — Un lyonnais : Fn'iiiont, par Xavier 
Marmier, de l'Acadifmie française. — Notice sur 7en 
Manuscrit de la Légende dorée, de la bibliothèque de Mâcon, 
par le Comte de SOULTRAIT. — Vital de l'alous, sa 
vie et ses œuvres, par A. Vachez. — Rimes riches, poésies, 
par François Collet. — Le Congres des Sociétés savan- 
tes, 1SS4, par Henri StEIN. — Pensées (suite), par 
Joseph Roux. — La Rouina?iço de Jacoumino, poésie, 
par FÉLIX Gras. — A las estelos, poésie languedocienne, 
avec traduction française, par CONSTANT HENNioNet 
Auguste Foures. — Li pichot Mistèri, poésies, par 
Alex. Brémond. — Fai-andole, poésie, Auguste Marin. 

— Bibliographie : Revue critique des livres nouveaux. 
Héliogravure : Réduction du dessin de le Boissieu, 
représentant l'ascension du 19 janvier 1784. — Chronique: 
Table des articles contenus dans le tome septième. — 
Sommaire des Revues. 

Sommaire du n° de juillet. 

Lettres de Bernard de la Monnoye, par H. Beaune. — 
LJ Exposition de Turin, par François Collet. — Les 
Trésors des églises de Lyon {suite et fin), par LÉOPOLD 
NiEPCE. — Très humble essai de Phonétique lyonnnaise, 
par NlZIER DU PUILSPELU. — Les fêtes provençales de 
Paris, avec les discours d'' Arène, Mistral et Marié ton, par 
Paul MariÉTON. — La Koitèlo, poésie p?-ovcn cale, par 
A. DE Gagnaud. — Bibliographie : Revue critique des 
livres nouveaux. — Chronique. — Sommaire des Revues. 

Sommaire du n" d'août. 

Le président Batidrier, par LÉOPOLD Niepce. — Son- 
nets, par NlziER DU Puilspelu. — A travers le Vivarais, 
Balazuc et Pons de Balazuc, par LÉON VÉUEL. — L'Ex- 
position de Turin (suite), par François Collet. — 
V Atlantide, Joseph Roux. — Flour de Pasco, par A. de 
Gagnaud. — Pèr Santo-Estello de Paris. — Le Lauriè, 
par Auguste Fourès. — Chanson de Bresse. — Petites 
chansons, par POL DE MONT. — Discours languedocien, 
par Jules Boissière. — Bibliographie: Revue 
critique des livres nouveaux. — Sociétés Savantes. — 
Chronique. — Sommaire des Revues. 

Sommaire du n° de septembre. 

Les Lyonnais et leur influence, par LÉON RiOTOR. — 
JJ Exposition de Ttirin (suite et fin), par François 
Collet. — Le Roman naturaliste (suite), par J. Terrel. 

— Découverte d'un Christ en buis de fean Guillerniin, par 
R.GuiNARD. — .S'a//;rt, par Joseph Kovyi. — La cansoun de 
lafouvènço, terzincs provençales, par ValÈre BERNARD. 

— Un Noël moniluçonnais de Biâ, texte et commentaire, 
par L. C. — Es iéu, sonnet : — La Vido, chanson baptis- 
male, par Louis Roumieux. — La première page de 
français en Provence. — Chronique. — Errata, par X***. 
Bibliographie : Revue critique des livres nouveaux. — 
Chronique. — Sommaire des Revues. 

Sommaire du n° d'octobre. 

fournal d'un Voyage de France et d'Italie ( 1S61), ***. 

— Un coup d'œil tragique, par René dic CoL.WAZOU. — 
La Morale dans les Fables de La Fontaine, par ALEXAN- 
DRE Poidebard. — .'icènes alpestres, poésie, par PuiLS- 
PELU. — Lyon militaire sous Louis A'JV, par S. de 
RiLLiEUX. — Un poète forézien au XVF siècle, par \\. 
DE Terrebasse. — Pensées, par JOSEPH Roux. — Les 
antécédents du moi français « baptiser », par Paul 



Regnaud. — Rêve, poésie, -par Lucien Scarpatett. — 
Vénus Bruno, poème provençal, par Pierre Bertas. — 
Lou Viage de la Reina, poème languedocien, par A. LanG- 
LADE. — La Roumanço de Guilhem de Berguedan, chanson 
provençale, par FÉLIX Gras. — La Negro segairo. — La 
noire moissonneuse, planh lani^uedocien, par FoURÈS. — 
Chronique félibréenne, par P. AI. - Discours prononcé le 
12 octobre à la fête commémorative de Muret, par le Comte 
DE Toulouse-Lautrec. — Bibliographie : Revue 
critique des livres nouveaux. — Chronique. - Sommaire 
des Revues. 

NOUS avons déjà signalé l'article de M. L. 
Niepce sur les trésors des églises de Lyon. 

11 aborde le chapitre navrant qui a rapport 
au sac de ces églises par les Calvinistes. — On 
peut juger de l'étendue de la catastrophe par des 
passages comme ceux-ci : « Le neuvième jour 
de septembre baillé et livré au sieur Barthélémy 
de Gabiano la somme de 1000 livres, 10 sols en 
trois lingots d'argent pesant 71 marcs, 3 onces 
proveniies de cliappes qui ont esté brûlées et fondues 
par le commandement des messieurs. » — « Payé 
au sieur Paris, le cousturier, et à autres six com- 
pagnons, la somme de six livres pour avoir vaqué 
22 journées à descoudre les cliappes ainsi qu'on 
les bnl/oit et fondait » — « Payé à Jean de Lalande 
huit benses de charbon à 6 sols la bense, et 

12 sols de gros bois, pour la fonte des dites 
cliappes ! ! » 

M. Niepce donne des détails pleins d'intérêt 
sur la restitution de quelques reliques, notam- 
ment d'une partie de la mâchoire de saint Jean- 
Baptiste, rendue par Jean Cropper. 11 raconte le 
sauvetage d'une grande partie des reliques de 
saint Juste par l'obéancier Fr. Pupier. 

Nous assistons ensuite à la reconstitution du 
trésor des églises de Saint-Jean, de Saint-Etienne 
de Sainte-Croi.x, après le pillage de 1562. — Les 
inventaires accusent un accroissement progressif 
de richesses, suivi d'une diminution de reliques et 
de leurs récipients vers le commencement du 
siècle dernier. Cette analyse des inventaires est 
pleine de renseignements utiles pour l'histoire de 
nombreux objets d'art. 

L'auteur, arrivant à la sombre période de la 
révolution, fait un compte soigneux de tous les 
objets précieux dont les églises furent dépouillées. 
A l'exemple des Calvinistes, les révolutionnaires 
décrétèrent en 1792 que les ornements seront 
brûlés par des orfèvres experts et les cendres con- 
verties en lingots. En 1791 toute l'argenterie non 
dorée prit le chemin de la monnaie de Paris. 
Dans le courant de l'année suivante on y expédia 
250 marcs d'argenterie dorée, — 2 novembre 1792, 
nouvel envoi de 190 marcs d'argenterie, — jusqu'en 
janvier 1793, l'argenterie envoyée à la fonte 
atteignit la valeur de 130,000 francs. Celle de 
l'or ne pouvait être précisée. On procéda aussi 
au dégalonnevient des ornements. Les étoffes en 



I 12 



lactiuc ne rart cfjtcticn. 



dorure ont produit 619 marcs, les galons en or, 
240 marcs, et les galons en argent, 90 marcs. 
Parmi les ornements dcgû/onncs, il s'en trouvait 
entre autres un enrichi de perles, et portant cinq 
tableaux représentant les mystères brodés en or 



et en argent. 



Après avoir analysé les pertes irréparables es- 
suyées pendant la tourmente révolutionnaire par 
la primitiale de Lyon, M. Niepce nous fait con- 
naître à grands traits les richesses encore con- 
sidérables du trésor moderne de la cathédrale. 



AVEC la livraison de mai se termine le 
travail, si utile pour l'histoire de l'art, que 
M. N. Rondot a consacré aux sculpteurs de 
Lyon. Sa liste comprend en tout 261 noms, et 
parmi eux, il en est d'illustres. M. le chanoine 
Bouchant a récemment écrit un ouvrage assez 
notable, sur les Richier et leurs œuvres, dont 
notre Revue a rendu compte. M. Rondot 
apporte des documents nouveaux à leur sujet. 
Jacob Richier, maitre sculpteur,né à Saint-Michiel 
et probablement fils de Gérard, et de Marguerite 
Gronlot-Gérard, née en 1534, était le petit-fils 
du fameux Ligier. Cet artiste, cité dans les ar- 
chives de Lyon dès 1608, épousa en 161 5 Jeanne 
Chaléon, dont il eut deux fils, David et Charles. 
Il fut, au service du connétable Lesdiguières, le 
principal décorateur du château de Vizelle. Il fit 
trois mausolées pour la famille de Lesdiguières. Il 
habita Vizelle, Grenoble et Lyon où il fit les tom- 
beaux de Charles de Neufville, et de sa femme, 
placés dans l'église des Carmélites. La médaille 
de Marie de Vignon, qu'on conserve de cet artiste, 
est un des chefs-d'œuvre des médailleurs français. 

En signalant cesdonnées nouvelles, intéressantes 
pour l'histoire des Richier, nous devons dire qu'un 
travail récent de M. E. Cartier (i) bat en brèche 
l'opinion qu'a émise dans nos colonnes M. le 
chanoine J. Didiot, en adoptant l'avis de 
M. le chanoine Bouchant, au sujet àQsgros saints 
de Solesmes. Ce dernier avait attribué les sta- 
tues en question à Ligier Richier. M. E. Cartier, 
dont l'autorité est considérable en la matière, 
repousse énergiquement cette opinion ; le soli- 
taire de Solesmes incline à en faire honneur à 
Floris d'Anvers. 

Reprenant la liste des artistes lyonnais, et 
les documents exhumés par M, Rondot. citons 
encore : maître Martin Hendricy, né à Liège en 
1614, devenu sculpteur de la ville de Lyon ; 
Antoine Coyzevox, dont l'histoire a été écrite 
par M. H. Jouin; J.-B. Guillermin, auteur du beau 

\. Les sculptures de Solcstnts et les Richier. {Extrait delà Revue 
du Monde catholique) Paris, P.iliné, 1884, 



crucifix en ivoire conservé au Musée Calvet 
d'Avignon (ce crucifix fut commandé en 1650 
par les confrères Pénitents de la Miséricorde 
d'Avignon, qui en furent émerveillés); Jacques 
Mimerai, Nicolas et Guillaume Conston, auteur 
de la statue équestre de Louis XIV; Jean II 
Thierry, etc. 

LA bibliothèque de Maçon possède un des 
trois volumes d'un manuscrit de la légende 
dorée, contenant des légendes qu'on ne rencontre 
pas ou guère dans les autres copies. Il se fait 
remarquer en outre par des miniatures d'une 
beauté exceptionnelle, paraissant dus à quatre 
artistes différents. Il porte les armes de Philippe 
de Vermont, ce qui permet de fixer la date de sa 
confection entre les années 1430 et 1458. M. le 
comte de SouUiart, qui nous fait connaître en 
détail le contenu de ce précieux volume, en 
extrait in extenso la vie de saint Yves. 

Le congrès de Sociétés savantes de cette année 
a donné occasion à des réflexions peu flatteuses 
pour l'ensemble des sociétés historiques et 
archéologiques des provinces. Le Comité des tra- 
vaux historiques, fondé il y a cinquante ans sous 
l'inspiration de M. Guizot, réorganisé récemment 
par AI. Ferry, n'a pas produit merveille. La même 
situation existe en Allemagne, et M. G. Hay s'en 
est plaint naguère dans une vigoureuse bro- 
chure ('). 

Un article récent (=) du Polybiblion, dû au 
savant professeur de l'Université de Liège, 
M. Godefroid Kurth, dit aussi son mot sur cette 
question délicate. Tous signalent le mal, qui est 
l'apathie des sociétés, et proposent des remèdes 
plus ou moins efficaces. 

A son tour M. Henri Stein prend à partie nos 
érudits de province, « les travaux de quatrième 
ou cinquième main, les inepties philologiques, 
les dissertations philosophiques à perte de vue, 
les rêveries préhistoriques, les mauvaises traduc- 
tions latines de chants incompris, » qu'il reproche 
à beaucoup d'entre eu.x etc. Il propose comme 
remède, décharger les différents membres du co- 
mité des travaux historiques de la haute direc- 
tion historique et archéologique des divers 
départements. 11 signale au.x sociétés savantesune 
source de documents trop négligée, et qui pourrait 
largement alimenter leurs travau.x : ce sont les 
archives seigneuriales et notariales. Ces dernières 
devraient être centralisées soit au chef-lieu du 
département, soit dans les chambres de notaire; 
avec M. Kurth, il conseille aux sociétés locales 
de se réunir entre elles en congrès régionaux. 

Heureuse a été l'idée d'organiser à l'exposition 
de Turin un château et un bourg du moyen âge, 

1. Die Territorial-Geschichte und ihre Beuchti^un^. CJotha. 1S82. 

2. Folybiblion, t. XI, 18S4, p. 278. 



15 i 6 U g r a p f) i c 



"3 



formant la section de l'Histoire de l'Art ; char- 
mante est la description que donne de ce pitto- 
resque ensemble M. Collet. 

L'aspect extérieur et les ouvrages de défense du 
château sont reproduits au château d'Ivrée ; la cour, du 
château de Fenis ; la salle baroiiale, du château delà 
Manta, autrefois aux marquis de Saluce ; les cuisines, la 
chambre à coucher et la chapalle, du château d'Issogne ; 
la salle d'armes, du château de Verres ; les décorations 
du plafond, des châteaux de Strambino, près l'Ivrée et 
d'Issogne. 

Les fresques ont été exécutées d'après des calques ou 
des copies très exactes de fresques originales. Pour les 
meubles, les tentures, les tapis, le linge, la vaisselle, les 
ustensiles et bibelots de toutes sortes, on a reproduit 
tout ce qu'on a pu trouver de pièces authentiques, aux 
armes de familles nobles établies dans le Piémont au 
XV' siècle. La reste a été exécuté, sur les dessins de 
M. Gilli, d'après des miniatures de manuscrits, des 
estampes, des fresques, des tableaux, des vitraux peints, 
des broderies sur étoffes ; ou à leur défaut, d'après des 
inventaires de mobiliers de châteaux piémontais com- 
pulsés et annotés par Piétro Vayra. 

Les maisons du bourg sont des restitutions de maisons 
originales encore existentes à Bussoléno, dans la vallée 
de Suse, Frossasco, près Pignerole, .-llba, Cuorgué, 
Chierie, Toigliana, Borgo franco, Pignerol, Mondovi, 
Osegna. La fontaine est reproduite des anciennes fontaines 
publiques d'.-Vulx et de Sabbertrand, dans la vallée de 
Suse, sur la ligne du chemin de fer de Modène â Turin. 
Les portes ont leur modèle à San Gioro, à Asti et à 
Rivoli ; une tour est imitée de la tourelle d'une maison à 
Alba. 

Au débouché d'un sentier pittoresque on se trouve 
tout à coup au pied du haut mur d'enceinte du bourg. 
Une croix de pierre, naïvement ouvragée, se dresse sur 
un socle carré. A l'angle s'élève une tour ronde percée de 
meurtrières, rentlée de moucharabis. En face l'unique 
porte du bourg s'ouvre béante, menaçante sous une 
grosse tour carrée, curieusement décorée de fresques. 
Un fossé franchi par un pont-levis, s'enfonce en avant 
du mur et des tours. Le sommet du mur est découpé 
de créneaux. La maçonnerie du mur et des tours est 
faite en cailloux roulés disposés en fougère. 

La porte franchie, nous voici sur une petite place du 
fond de laquelle part la rue étroite, tortueuse, pittoresque 
qui conduit au château, à l'extrémité et au point culmi- 
nant du bourg. Les maisons sont hautes perchées sur 
des portiques. Les toits se redressent en pignons et en 
tourelles. Les étages s'avancent en porte îi faux les uns 
au-dessus des autres. Les murs sont en briques, en 
pierre, en torchis. Les charpentes sont partout apparen- 
tes ; les tètes des poutres s'arrondissent, se tordent en 
figures fantastiques. Les fenêtres sont rares, petites ou 
coupées de meneaux dans les deux sens, et garnies de 
papier huilé ou de petits lozanges de verre enchâssés 
dans un réseau à mailles de plomb. Partout la pierre 
est sculptée, ou recouverte de fresques ou d'appliques 
en terre cuite. C'est une débauche d'ornementation 
naive, un décor perpétuel d'une charmante originalité. 
A droite et à gauche, tout le long, s'enfoncent les por- 
tiques, bas, aux arcades de pierre ou aux lourds piliers 
de bois ; voûtés, comme des porches d'église, ou plafon- 
nés à caissons, comme des salles de château ; élevés 
d'une ou deux marches au-dessus du sol de la rue ; 
ser.-ant de vestibules et de dégagements aux bou- 
tiques et aux ateliers qui s ouvrent au fond. Chaque 
boutique, chaque atelier est occupé par des artisans et 
<les bourgeois, hommes et femmes, en costume du temps. 
La rue s'élargit en faisant un brusque détour h 



gauche. Nous sommes en face de l'église. La façade 
est couverte de fresques. La porte est fermée. On 
cherche instinctivement le custode pour se la faire ouvrir, 
quand on s'aperçoit que cette façade alléchante cache 
l'absence du reste. D'im;îérieux motifs financiers ont 
imposé ce trompe l'œil à la commission. A gauche, au 
delà d'un passage voiité, qui descend à un embarcadère 
sur le Pô, l'hôtellerie s'annonce par la branche de pin 
traditionnelle et par l'inscription : « à l'insègne de sainte 
Georgeo on mange bien. » 

Une place triangulaire marque la fin du bourg. Le 
mur crénelé du préau de l'hôtellerie forme un des côtés. 
Le fond est formé par le mur d'enceinte, couronné de 
créneaux mauresques, flanqué de tours. A droite, sur 
un monticule abrupt, se dresse fièrement le château. 
Le chemin de mulet qui y conduit passe devant un 
hangar oii sont rangées les machines de guerre ; les 
balistes et les catapultes à lancer des boulets de pierre 
et des carreaux. Un pont mobile précède la porte fermée 
par une herse de fer, dont la manœuvre se fait par des 
treuils placés à l'étage au-dessus. Une salle fortement 
voiitée donne accès dans la cour. Bien jolie, cette cour, 
sur trois côtés, deux galeries de bois superposées ser- 
vent de dégagement aux appartements des deux étages. 
Au fond un perron semi-circulaire, puis un double 
escalier, aux marches trop hautes, conduit à la première 
galerie, dans un coin de laquelle les faucons se tiennent 
debout, chaperonnés de rouge, sur leurs perchoirs. Des 
armoiries, des devises, des personnages, les scènes 
grotesques ou fantastiques sont peints à fresque sur les 
murs. Deux escaliers en pente douce s'enfoncent dans le 
sous-sol où sont disposés les celliers, les écuries et les 
cachots. 

On entre par une porte basse, toute bardée de fer, 
dans la salle d'armes. On traverse la cuisine des gens, 
celle des maîtres, et on débouche dans la salle à manger 
magnifiquement décorée ; la chaire du seigneur tourne 
le dos à la grande cheminée. Son couvert est mis sur 
une nappa damassée de couleurs vives. La nef d'orfèvre- 
rie contenant les épices est placée à côté. 

Deux longues tables bordées de bancs et d'escabeaux 
sont destinées aux serviteurs et aux hôtes. Quatre 
crédences sont chargées de vaisselles de terre vernissée, 
d'étain et de cuivre ; de hanaps, d'aiguières, de buires, 
de bassins aux formes variées. 

.■\u premier étage on visite une salle de défense, au 
dessus de l'entrée, l'antichambre, la salle d'apparat, la 
chambre nuptiale, l'oratoire, une seconde chambre à 
coucher et la chapelle. Les murs de la salle d'apparat 
sont couverts de peintures curieuses qui représentent, d'un 
côté, la fontaine de Jouvence et ses effets merveilleux ; 
de l'autre une série de héros tel que: «Julius César» 
« Judas i\Lachabeus » le « Roi David >\ et le « Roi .-Vrtus». 
Il ya sur l'autel de la chapelle un splendide triptyque en 
bois sculpté et doré. Toutes les fenêtres sont garnies de 
vitraux peints. On redescend par un escalier droit ménagé 
dans le donjon, on voit en passant, la chambre du scribe 
encombrée de manuscrits et de Chartres, et on aboutit à 
un passage souterrain, voûté et sombre, par lequel on se 
retrouve bientôt en dehors de la seconde enceinte, contre 
la palissade qui forme la première défense du bourg. 
Un sentier couvert vous ramène au chalet et au tourni- 
quet. 

Il vient de se faire à Lyon une découverte 
inattendue qui intéresse l'art chrétien. Il s'agit 
d'un second Christ en croix du sculpteur lyon- 
nais, Jean Guillermin, célèbre par le Christ en 
ivoire d'.\vignon dont nous parlions plus haut. 
Cette pieuse sculpture appartient à M. E. 



1S35. — i^*^ Livraison 



114 



IRctJue De lart cbrcticn. 



W'aldmann ; une vente a^-ant attiré son attention 
vu le prix d'objets similaires, il letira de l'ainioirc 
ce trésor enfoui,et convoqua ses amis pour l'exa- 
miner ; on reconnut alors que l'objet était signé : 
FEciT Jean Gvii.lermin. 

On consulte Désandré, dans son Essai liistori- 
qnesurles Crucifix d'ivoire, et l'on trouve le signa- 
lement de l'objet. On le rapproche du Christ en 
ivoire d'Avignon: on retrouve entre les deux tous 
les traits de ressemblance que comportent les 
œuvres d'un même artiste. 

C'est l'histoire de cet intéressant crucifix, que 
raconte, en quelques pages écrites avec élégance 
et érudition, M. F. Guinard, doyen de la faculté 
de Théologie de Lyon. 

L. C. 



revue des arts décoratifs. 
Sommaire du n° de novembre 1884. 

TEXTE. — A nos lecteurs^ par Victor Champier. 
• — Sur le décor du verre, par Emille Galle. — Les 
metibles de l'école de Bourgogne, par A. DE Champeaux. 

— Lettres d'Angleterre : la poterie de Laiiiletli, par P. V. 

— Nos plcinclies hors texte. — Chronique de renseignement. 

— Gazette tiniverselle. — Bulletin de PUnioti centrale des 
Arts décoratifs (documc7its sur la S" Exposition; — la 
loterie). 

PLANCHES HORS TEXTE. — Sculpture de'corative: 
Fragment de la cheminée du château d'Ecouen (XVI'^ 
siècle). — Vases en porcelaine de Sèvres. — Esquisse 
pour une composition décorative, par P. V. Galland. 

La Revue des Arts décoratifs avait annoncé son 
décc.s, et nous avons reproduit la nouvelle dans 
notre dernière livraison en faisant à la Revue son 
oraison funèbre. Mais c'était une mort de phénix, 
car voici que la défunte renaît de ses cendres. — 
Après quelques mois, elle reparaît dans le même 
habit très élégant, sous la direction, cette fois, 
de V Union centrale des Arts décoratifs qui de- 
vient son propre éditeur. Elle reprend la série 
de ses articles de vulgarisation des arts industriels, 
joliment illustrés et se distinguant à la fois par 
l'élégance de la forme et le caractère pratique. 
Monsieur Emile Galle, quittant l'émail et le 
touret pour la plume, nous initie aux secrets du 
décor du verre. On voit qu'il est du métier, car 
son style a le brillant, le piquant, l'étincelant 
de la verroterie et de la cristallerie. — Nous 
avons grande envie de lui serrer la main, pour 
avoir si bien formulé une si féconde vérité : « Le 
décor dn verre, c'est-à-dire reinbcllissetiient d'une 
vialicre splendide, consiste à mettre en valeur les 
propriétés auxquelles il doit son prestige, et non 
d'autres.y> — Cet a.xiômc paraît banal; plût à Dieu 
qu'il fût admis par tous en pratique ! — Les 
idées de l'auteur sur l'esthétique du verre sont 
aussi limpides de vérité que brillantes dans leur 



expression. On reprend confiance dans l'avenir de 
l'art, quand on lit de pareilles pages. 

Monsieur M. de Champeaux, en nous entrete- 
nant des meubles de l'école de Bourgogne, et de 
cette menuiserie lourde et bizarre qui s'est inspi- 
rée des compositions monumentales du Dijonnais 
Hugues Sambin, prénnunit heureusement le lec- 
teur contre les défauts de goût qui caractérisent 
cette école intéressante mais peu exemplaire. 
Sans ces réserves, d'ailleurs trop timides, l'étude 
en question contiendrait en fait de principes, et 
au point de vue de son influence sur les artistes, 
le contrepied des saines idées de M. Gallé. 

Nous avons été heureux de retrouver, dans un 
article consacré à \a. poterie Lainbcth de Londres, 
les mêmes impressions que nous avons éprouvées 
nous-mêmes en visitant les ateliers artistiques de 
la fameuse maison Doulton. Il y a là des 
traits saillants dont chacun devrait faire son 
profit. — Puiser les idées aux sources originales, 
dans les musées, au lieu d'imiter ses concurrents ; 
répudier tout élément étranger dans le personnel 
artistique, afin de rester original ;faire d'une bonne 
école de dessin la pépinière de l'atelier; laisser à 
chaque artiste son initiative, dans une limite con- 
venable ; bannir toute recherche prétentieuse, se 
complaire dans une noblesimplicitéd'effctjdeman- 
derà la matière même l'inspiration des formes; tels 
ont été les principes appliqués chez Doulton. — 
Partout ailleurs il produirait merveille. — Nous 
serions tenté de reprendre ici la formule de 
M. Gallé, et de dire : le décor de la terre, c'est-à- 
dire l'enibcllisseinent d'une matière commune par ttn 
verni brillant, consiste à mettre en valeur de faibles 
reliefs rehaussés par une coloration peu variée, et 
des dessins très décoratifs, et bien appropriés à la 
forme générale de l'objet. 

GAZETTE ARCHÉOLOGIQUE. 

SoM.MAIRE DE.S N"^ 8-9 1884. 

TEXTE. — L. Munatius Plancus et le Génie de la 
ville de Lyon, par M. J. DE WlTTE. — Les trésors de 
vaisselle d'argent troiivés en Gaule, par MM. H. Thi'.DE- 
NAT et A. HEron DE ViLLEFOSSE (suite). — Fouilles et 
recherches archéologiques au sanctuaire des jeu.vis th niiq lies, 
par M. Paul Monceau. — Le chapiteau normand aux 
XI' et XJP sihies, par M. Ruprich-Rdbert. — Vierge 
en ivoire de la collection Bligny, par M.R. DE LASTE^•RIE. 
— Chronique : Académie des inscriptions et belles- 
lettres ; Société nationale des antiquaires de France ; 
nouvelles diverses ; sommaire des recueils périodiques ; 
Bibliographie. 

PLANCHES. — xxxiv. L. Munatius Plancus et le 
Génie de la ville de Lyon. — xxxv-xxxvii. Trésor 
d'argenterie romaine découvert h Moncornet (Aisne). — 
xxxviil. Plan archéologique de l'Isthme de Corinthe. — 
XXXIX. Chapiteau.\ anglo-normands du XIl"^ siècle. 

On remareiuc à l'époque romane, en Norman- 
die, deux sortes de chapiteaux : celui du XP 



15 i b I i 5 r a p f) i c . 



115 



siècle, qui semble dériver de l'art antique et re- 
produit généralement la volute classique ; et le 
chapiteau cubique, qui apparaît au XII'' siècle; 
cette dernière forme est due vraisemblablement à 
l'art de la Scandinavie. — C'est ce qu'établit 
M. Ruprich-Robert dans un article extrait d'un 
ouvrage qu'il prépare : V Architecture normande 
aux XI' et XII"^ siècles, en Normandie et e)i 
A ngleterre. 

Vers l'an looo, le christianisme fut introduit 
en Scandinavie par le roi Olof Trygrason, et l'on 
y éleva des églises construites en bois; quelques- 
unes, du XII° siècle, subsistent ; on y remarque 
que les colonnes des nefs sont des poteaux cy- 
lindriques prolongés au-dessusdesarches des bas- 
côtés par d'autres poteaux, dégrossis et assemblés 
bout à bout, au moyen de tenons pénétrant 
dans les chapiteaux des colonnes. — La forme 
de ces derniers n'a été adoptée que parce qu'il 
fallut conserver au bois, à l'extrémité de la colonne 
percée d'une mortaise, toute la force nécessaire ; 
cette sorte de renflement à quatre facettes en 
demi cercle est, comme le fait remarquer l'auteur, 
la conséquence absolument logique de l'emploi 
du bois; du reste, détail important et topique, la 
base offre la même forme, renversée, que le 
chapiteau. L'absence du tailloir achève de 
prouver qu'il s'agit ici d'un renflement d'assem- 
blage plutôt qu'un encorbellement de chapiteau. 

Or, en descendant vers le centre de l'Europe, 
on voit cette forme se reproduire en pierre, s'accli- 
mater sur les bords du Rhin, gagner le midi. 
A Marmoutier, on trouve le chapiteau et la base 
norvégiennes dans une colonnette monolithe. — • 
Loin de son berceau, ce membre d'architecture 
oublie la raison de sa première forme, et à Pavie, 
on rencontre ce chapiteau cubique construit en 
briques. — - Mais c'est surtout en Normandie et 
en Angleterre qu'on constate au XI I'^ siècle l'in- 
fluence du chapiteau Scandinave. Là il s'allie 
parfois à la volute classique, et toujours il reçoit 
le tailloir, auquel il forme lui-même encorbel- 
lement. L'emploi de la pierre lui est adapté avec 
logique. 

Certes les recherches sur les origines de l'archi- 
tecture aboutissent rarement à des conclusions 
aussi curieuses et aussi saissisantes de vérité, que 
l'étude de M.Ruprich- Robert ; nous n'hésitons pas 
à croire que sa théorie du chapiteau cubique de- 
viendra classique dans les traités d'archéologie. 

Nous ne ferons que signaler pour mémoire la 
belle vierge en ivoire de la collection Bligny, 
dont la Gar:ette donne une jolie estampe avec 
une note de IVI. Lasteyrie; nous la reproduisons 
nous aussi dans la présente livraison, en même 
temps qu'un article de M. L. de Farcy sur l'ex- 
position de Rouen. 



RKVUE CATHOLIQUE DE BORDEAUX. 

EN terminant son cosas de Espana, relation de 
voyage pleine de charme, M. P. G. Deydon 
s'arrête assez longuement à la visite de YEscurial. 
Rien de pesant, de morne, de triste, dit-il, comme 
cette masse de granit gris, que le soleil le plus 
radieu.x ne parvient pas à égayer. Elle produit 
l'effet d'un vaste catafalque défraîchi. — 

Philippe II ayant gagné la bataille de Saint- 
Quentin le jour de la Saint-Laurent, ce monu- 
ment élevé comme ex vota, affecta en plan la 
forme de la grille du saint martj-r; l'église en 
occupe le centre. Le voj'ageur signale les fres- 
ques des voûtes par Luca Giordano, les statues 
en bronze doré de Charles-Quint et de Philippe II, 
le lutrin colossal, et les centaines de livres de 
plain-chant, in-folios de parchemin, ornés d'en- 
luminures exquises; à la sacristie, une galerie de 
tableau.x comprenant la Sancta Forma, chef- 
d'œuvre de Claude Coello, puis le Panthéon, le 
Saint-Denis des Espagnols. — Plus heureux que 
leurs frères de France, les souverains de ce pays 
n'ont pas vu leur suprême repos troublé par la 
Révolution; on y voit trois rangées superposées de 
sarcophages : Charles-Quint, Philippe II, Phi- 
lippe III, Philippe IV, Charles II, Charles III, 
Charles IV et Ferdinand I sont là vis-à-vis des 
reines qui furent mères ; à côté est le Panthéon 
des Infants. Le cloître contient des fresques que 
malheureusement les étrangers outragent à plai- 
sir. On sort du palais réconcilié avec lui, à cause 
de merveilles auxquelles il sert de prison. 

Nous trouvons dans la même revue la suite des 
Documents historiques sur A rcaclion par iVI . S . Léon 
de Gouvéa. L'archéologue y trouvera quelque 
peu à glaner. 

REVUE DE L'ART FRANÇAIS ANCIEN ET 
MODERNE. 

Sommaire du n" de septembre 1884. 

Partie ancienne : Philibert Deloine, par M. .\. de 
MONTAIGLO.N — Le testament et les enfants de Ftan<;^ois 
Cloiiet (suite et fin), par M. J. J. Guiffrkv. — Philippe 
de Champagne, par A. de M. — Le sculpteur Foneon, 
communication de M. J. Guiffrey-Veniat, par A. de M. — 
Partie moderne : Montcil et David d'Angers, par M. 
A. Advielle. — Le viiniaturiste Aui^ustin, par \'. A. — 
NÉCROLOGIE. : F. Ch. F. Combarceis". —Textes. — Nou- 
velles diverses. 

Sommaire du n° d'octobre. 

Partie ancienne : Que sont devenus les Mémoires du 
duc dAntin? par M. Henri Jol'in. — Guillaume 
Veniat. par M. Paul Mantz. — Le peintre Ferdinand 
Elle et le mariage de sa fille Catherine, par M. J.-J. 
GuiKFREV. — Le graveur Jean-Baptiste Massard, par M. 
A. DE iMoNTAlGLON. — Cochin et FAcatlémie de Saint- 
Luc, autographe communique, par M. Etienne P.arrocei,. 
— Actes d'état civil concernant Houdon, communiqués. 



ii6 



iRctJUC t)c r^rt cïjvcticn 



par M. II. J. — Quelques peinlres oubliés de Pancienne 
Friuicc, lleudon, l.ahoi^uc. Desfossés, Lecaur, Cliérel, 
Hcduni, actes d'état civil communiqués par M. H. J. -- 
Partie moderne : Epitaplies de peintres français 
relevées dans les cimetières de Paris : Greuse, Vincent, 
Pithou, Michallon, par M. H. J. — Les portraits dartistes 
français à la l'il/a A/édicis, Appendice, par M. H. J. — 
Nécrologie: Paul Abadie, Joseph de Nittis. — Nou- 
velles diverses. 

La livraison d'octobre contient des renseigne- 
ments nouveaux ou peu connus, d'un intérêt 
secondaire, sur une série d'artistes des trois 
derniers siècles ; Giiilhniiiie Veniat, menuisier de 
la maison du roi (►f. 1656). — Ferdinand Elle, 
originaire de Malines, et les graveurs _/. B. Mas- 
sard, Cocliin, le statuaire, Hoiidon, né en 1741, et 
les peintres, Hendon, Lalwguc, Desfossés, Lecœîtr, 
Chère t, Hodiini. 



SEMAINES RELIGIEUSES. 

M. P. Moreau donne dans la Semaine religieuse 
de Bourges un document que ne dédaignerait pas 
une revue spéciale. C'est un contrat par lequel 
Jehan Chasgiwn, maître brodeur, (le même qu'a- 
vait déjà signalé M. le baron de Gcrardot dans 
ses Artistes de Bourges) entreprend, en 1577 un 
parement d'autel historié très riche. Le détail 
en est fort intéressant. 

Un bon archéologue donne dans la Semaine 
religieuse de Bcauvais, sous ce titre : quelques mots 
d'archéologie, des notes rédigées avec science, 
dans un bonesprit,et sous une forme attrayante. 
On y trouve des détails inédits ou peu connus, 
que des spécialistes pourront relever avec fruit. 
Nous avons sous les yeux les articles Are triom- 
fhal, Pavage et Peinture, qm sont fort instructifs. 

L'AquitaiuedL donné une série d'articles signés 
A. Dupré, sur le culte de saint Louis dans l'ar- 
chidiocèse de Bordeaux. Aux différents points 
de vue hi.storique, hagiographique et antéologi- 
quc, cette élude ne manque pas d'intérêt. 



L Ècito de Fourvières {\>. A,"] \), donne une étude 
historique et archéologique sur la crypte de 
Notre-Dame et de Saint-Pothin à Saint-Vixier, 
richement restaurée et agrandie. 

La Semaine religieuse de la Lorraine publie une 
intéressante variété sur les Keliqiies de sainte 
Pauline à Magiiières. 

Un correspondant de la Semaine de Beattvais 
a rencontré, en visitant l'intéressante église de 
Fresnes-Léguillon, et signale avec raison, trois 
belles chapes à orfrois des XVP' et XVIL siècles. 
— Il y a trouvé aussi des exemples de ces ealices 
de quête dont M. le chan. J. Corblet a parlé dans 
nos colonnes (v. son article sur les vases et usten- 
siles eucharistiques). 

Notre collaborateur Mgr Barbier de Montault 
a commencé dans la Semaine de Poitiers une 
étude sur le vitrail de Saint-Laurent à la cathé- 
drale de Poitiers. 

Un collaborateur de la Revue catholique de 
Bordeaux, M. l'abbé J. Léon de Gouvéa, dans ses 
Documents historiques sur Arcaehon, nous révèle 
des détails curieux sur un édifice religieux pres- 
que totalement oublié, la chapelle de Notre- 
Dame-dcs- Monts, à la Teste, qui servait à une 
certaine époque d'église paroissiale. 

La Semaine religieuse, historique et littéraire 
de Lorraine commence la publication d'un travail 
ayant pour objet les origines de l'église de Toul. 

Enfin la Semaine religieuse de Rouen nous tient 
au courant de la découverte importante, qui vient 
d'être faite à l'église de Saint-Ouen. On sait 
qu'en exécutant des travaux pour l'établisse- 
ment d'un calorifère, on a mis au jour quantité 
de sarcophages remontant au XIL' siècle, ou à 
des époques antérieures, des sépultures abba- 
tiales des plus remarquables. La place nous 
manque pour donner aujourd'hui des détails sur 
CCS trouvailles. Nous }• reviendrons. 

L. G. 




T5 i b U g; r a p ï) i E . 



Il 



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S-^^-^^-^S. -^,-S..S„m-^^.^.^-^ ^ P?!. P^.^^ 






InDe^* biblîograpljique. 






:^rcl)éoloste etBeau;c<:^rts^'\ 

••—-—-—---— jTrance. -.-.-.-c,— .^^-^-^ 

Allou (Ms"^ A.). — La cathédrale et le palais 
ipiscoPAL DE Meaux. — Meaux, Le Blonde), 1884, 
in-i 2, 53 p., vignettes. 

Bérard (l'abbé F.). — Étude historique et ar- 
chéologique sur l'abbaye du Thoronet. (Var. ) — 
Avignon, lib. Seguin frères. In-8, 43 p. et pi. — 3 fr. 

Bernard (F. C.)- — Notice sur le château de 
GisoRS. — Paris, Chaix, 1884, in- 8°, 6 p. 

Blancard (L.). — Le saïga mérovingien dérive 
DE la silique byzantine. — Marseille, iinp. Barla- 
tier, 1884, in-S", 4 p. 

Boissoudy (A. de). — La cathédrale de Bour- 
ges. — Bourges, imp. Sire, 1884, in-8°, 16 p. 

Boissoudy (A. de). — La Sainte-Chapelle de 
Bourges. — Bourges, imp. Sire. In-S° 195 p. et pi. 

Boutillier(L'abbé).(*) — Le mobilier d'une égli- 
se paroissiale DE LA BANLIEUE DE NeVERS EN 1638. 

— Nevers, imp. Vallière, 1884, in-8°, 7 p. 

Boutillier. — Rapport sur le tombeau d'Yo- 
lande DE Bourgogne, comtesse de Nevers, récem- 
ment déposé au musée lapid.\ire de la Porte du 
Croux. — Nevers, imp. Vallière, 1884, in-8°, 7 p. 

Cartier (E.) (*) • — Les sculptures de Solesmes et 
LES RiCHiER. — ^1-8° de 32 pp. extrait de la Revue 
du Monde catholique. 

Chabau (l'abbé). (*) — L'Église d'Ydes et son 
SYMBOLISME. — (1884). — Aurillac, chci: l'auteuf. 

Clermont-Ganneau (C). — Mission en Pa- 
lestine et en Phénicie, entreprise en 1881. — 
S'' rapport. — Paris, Maisonneuve et C^ In-8. 146 p. 
avec fig. et 12 pi. (Extrait des Arcliives des missions 
scientifiques et littéraires.) 

Delaforge (E.). — Melun et environ.s, ancien- 
nes chapelles. — Melun, impr. Drosne, 1S84, in-12, 
26 p. 

Delisle (Lcopold), membre de l'Institut, direc- 
teur de la Bibliothèque Nationale. - Ivkn taire des 

manuscrits de la BlULIOTHliQUENATIONALE. Fouds 

de Cluni, Paris, Champion, 1884, in-8, 413 pages. 

Faucon (Maurice). — Les arts a la cour d'Avi- 
gnon sous Clément V et Jean XXII. — In-8° de 
124 pp. avec 2 pi. — Extrait des Allia n^es d'Archéo- 
logie et d'Histoire. (Ecole française à Rome.) 

I. I^i-s ûuvr.n,t;cs marqués d'un asiérisc|ue (*) sont ou seront 
l'objet d'un article biljliographique dans la Revue. 



Fournier (E.). — Histoire des enseignes de 
Paris, revue et publiée par le bibliophile Jacob, 
AVEC UN appendice PAR J. CousiN. — Paris, Dentu, 
1884, in-8°, XVI-458 p., dessins et plans. 

Germain (L.). Inscription d'autll du XV' siè- 
cle, A Marville (Meuse). • — Nancy, impr. Crépin- 
Leblond, 1884, in-8°, 8 p. (Extrait du Journal de la 
Société d'archcol. lorraine, février 1884.) 

Germain (L). — Le camée antique de la 
eibliothÎlQue de NA^•CY. — Tours, imp. Bousrez, 
1884, in-8°, II p. et pi. (Extrait du Bulleti?i monumen- 
tal, 1883.) 

Glasson (E.). — Les origines du costume de la 
magistrature. — Paris, Laroze, 1884, in-8°, 33 p. 
(Extrait delà Nouvelle reloue historique de droit français 
et étranger.) 

Godard-Faultrier (V.). Inventaire du musée 
d'antiquités Saint-Jean et Toussaint de la 
VILLE d'Anger!5. — 2" édition. Avec le concours de : 
A. Michel, le lieutenant-colonel Duburgua, E. Lelong, 
et A. Giffard. Angers, imp. Lachèse et Dolbeau. 
In-8, 600 pp. — ' 8 fr. 

Grimouard de Saint-Laurent (le comte de), 
commandeur de l'ordre de Pie IX. — Manuel de 
l'Art chrétien. — Un beau volume in-8. Librairie 
Oudin frères, éditeurs, 68, rue Bonaparte, Paris, — 1 5 fr. 

Gros (Henry) et Henry (Charles). — Histoire de 

LA Peinture a l'Encaustique dans l'antiquité. — 
Un volume in-8°, illustré de 30 gravures. Édition sur 
papier ordinaire, 7 fr. 50. Quelques exemplaires sur 
papier de Hollande, 15 fr. 

Guélon (L'abbé). (*) — Le reliquaire de l'église 
d'Augn.-\t. — Clermont, Thibaut, 1884, in-8°, 8 p., 
2 pi. 

Rucher (H.l. — Restaur.ation des vitraux 
de l'église de Solre-le-Chateau (Nord). — Tours, 
Bousrez, 18S4, in-8°, 15 p., fig. (Extrait du Bulletin 
monumental, 1883.) 

Humbert (Lucien). — L'œuvre de Stanislas 

DIT LE bienfaisant. 

Livret illustré du muséeLuxemboukg, contenant 
environ 250 reproductions d'après les dessins originaux 
des artistes, gravures et divers documents, publié sous 
la direction de F. G. Dumas. i'= édition. Paris, Baschet. 
ln-8, LXVn-256 pp. — 3 fr 50. 

Lami (S.). — Dictionnaire des sculpteurs de 
l'antiquité jusqu'au VP siècle de notre ère. 

— Paris, Didier, 18S4, in^", VIII-149 p. 

Marionneau (Ch.). — Les Salons bordelais, 
ou Exi'osmoNS des beaux-arts .\ Bordeal'x, au 
xviii' siècle (1771-1787), avec des notes biogra- 
phiques sur les artistes qui figurent à ces expositions. 
Bordeaux, V'= Moquet. In-S, XIII-213 pp. — 10 fr. 
(Extr. dts publications de la Société des bibliophiles 
de Guyenne. Tiré à 175 exemplaires.) 

Mély (M. F. de). — La Céramique italienne. 

— Sigles et monogrammes. Librairie de Firmin Didot 
et C"^^, 56, rue Jacob, Paris, 1884,248 pp. 



ii8 



iRetiue De l'art cbrcticn 



Ménard (R.). Prof, à l'École nationale des Arts 
décoratifs. — Histoire des .\rts DÉcoR.vriFS. 
La décoration en Grèce. Première partie : Architec- 
ture et Sculpture. Paris, Rouam. In-i6, 84 pp. avec 
40 fig. — 75 c. 

Barbier de Montault (X.), prélat de la maison de 
Sa Sainteté. (*) — Collection des décrets authenti- 
ques DE L.\ SACRÉE C0NGRÉG.\T10N DES RITES. — ■ Huit 

volumes de 500 pp., renfermant plus de sept mille 
décisions, depuis la fondation de la Congrégation des 
Rites par le pape Sixte-Qnint, en 1587, jusqu'à l'année 
1870. — Pri.\ net, franco 24 fr. 

Muntz (Eugène). (*) — Le triclinium du L.vrRAN, 
Charlemagne et Léon IH. — Paris, Baer, 1 844 ; in-S" 
de 15 pp. Pri.x 1.50. 

Nageotte (E.). — La polychromie dans l'art 
ANTIQUE. — Besançon, impr. Dodivers, 1884, in-S*^, 
27 p. 

Palustre (Léon). ■— L'ancienne cathIdi^ale 
DE Rennes, son état au milieu du XVni<= sii'ccle 
d'après des docu.ments inédits. — Paris, CKam- 
pion, 1884, in-8°, 216 p. (Entrait du BuUelin monu- 
mental ). 

Pharond (E.). — La Topographie historique 
et archéologique d'Abbeville. — T. HI et dernier. 
Paris, Dumoulin. In-8, 62S pp. — 7 fr. 50. 

Piolin (R. P. Dom Paul), prieur de l'abb.iye de 
Solesmes, président de la Société historique et archéo- 
logique du Maine. (*) — Testament du cardinal 
Charles d'Angennes (1587). — Mamers, Fleury, 
1884, in-8°de 14 pages. 

Racinet (A.). — Le Costume historique, 500 
planches, 300 en couleurs, or et argent, 203 en 
camaïeu avec des notices explicatives et une étude 
historique. — 14"= livraison. Paris, Firmin-Didot et 
C'"=. In-fol, 92 pp. et 24 pi. Chaque livraison, 12 fr. ; 
édition de luxe, — 25 fr. 

Ronchaud (L. de). — La Tapisserie dans l'an- 
tiquité; le PÉPLOS d'AthÉNÉ; LA DÉCOR.'VTION IN- 
TERIEURE DU Parthénon, restituée d'après un 
PASSAGE d'Euripide. — • Paris, Rouam. Li-8, 164 pp. 
avec vign. — 10 fr. 

Taillebois (E). — Quelques mots sur les 

PRÉTENDUES inscriptions DES ConVincli TROUVEES 

EN Ecosse ; l'inscription tarbélienne du Vieux- 
PoiTiERS (Vienne). — Dax,im,)r. Justère, 1SS4, in-8^, 
16 p. pi. 



Allemagne. 

Adamy (Doc. Dr Rud.). — • Architektonik auf 

HISTORISCHER U. ASTHEÏISCHER GrUNDLAGE. — • 2'' 

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chitektonik der altchristl. Zeit. 2. Hàlfte. Mit 65 
Holzschn. u. ZinkHochatzgn. Hannover, Heiwing. 
Gr. in-8, XI et 145-281 p. Chaque partie : — 7 fr 50. 



Boulkowski (Alex.). Dictionnaire numismati- 
que pour servir de guide aux amateurs, experts et 
archeteurs des médailles romaines impériales et grec- 
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melt, verglichen, ûbertragen, erklàrt u. autographiert. 
3"= fasc. Leipzig, Henrichs. Gr. in-8, |)p. 531-618. 
29 fr. (Inhalt : Geographische Inschriften altagyp- 
tischer l^enkmaler.) L'ouvrage complet coûtera 250 fr. 

Duniichen (Johs.). — Der Grabpalast d. Pa- 

TUAMENAP IN DER THEBANISCHEN NeKROPLIS. ^ In 

vollstànd. Copie seiner Inschriften u. bildl. Darstellgn., 
u. m. Uebersetzg. u. Eriautergn. derselben hrsg. i. 
Abth. Inschriften iib. Titel u. Wiirden d. Verstor- 
benen u. Verzeichnisse der alljàhrl. Todtenfesttage, 
wiederf. dieselben angeordneten Opferspenden, Nebst 
Vorder- u. Seitenansticht d. Grabgebàudes, wie Grun- 
driss u. Durchschnitte sammtl. Ràume. Leipzig, Hin- 
richs. In-fol., XVI-48 pp. et 27 tableaux. — 63 fr. 

Eitelberger von Edelberg (R.). Gesaelte 
KUNSTHiSTûRiscHE ScRiFTEN. — 4"= volume. Wien, 
Braumiiller. Gr. in-8, X-396 pp. 18 fr. 60. (Inhalt: 
Die mittelalterlichen Kunstdenkmale Delmatiens in 
Arbe, Zara, Nona, Sebenico, Traù, Spalato u. Ragusa. 
Mit 115 illustr. ira Text u. 26Taf. nach den Zeichngn. 
d. Archit, Winfried Zimmermann.) 

Essenwein, (.A..) Seiman (E. A.). — Kultur 

HISTORISCHER BiLDERATLAS. Il' BaND, MoVEN AgE. 

— Leipzig, 1883, in-fol. oblong, 120 pi. et texte ex- 
plicatif. 

Guide pour Heidelberg et ses enviro.ns, avec les 
jjlans de la ville, des ruines du château et du jardin 
de Schvvetzingen et une carte routière. Wiirzburg, 
Woerl. In- 16, 24 pp. — i fr. 

Hefner-AIteneck (J. H. von). — Trachten, 
KUNSTWERKE UNO Gerathschaften vom fruhen 
Mittelalter bis Ende d. 18 Jahrhund. — 2'^ édit. 
Francfort, Keller, in-4°. 

Helbig (W.). — Das ho.merische Epos, aus den 
Denkmal?;rn erlautert. — Archiiologische Unter- 
suchgn. Mit 2 Taf. u. 120 in den Text gedr. Ab- 
bildgn. Leipzig, Teubner. Gr. in-8, VIII-353 pp. — • 
14 fr. 

Hermann (K. F.). — Leurbuch der griech- 
ischen Antiquitaten. — Neu herau.sg. von H. 
Bliimmer und W. Dittenberger, Fribourg, Mohr, 2 vol. 
in-8". 

Jaennicke (F.). — Mettl.^ciier Muséum — 
!'■'■ .\bthcilung: Deutsches Steinzeug bis zum Ende 
des 18 Jahrhunderts. Maycnce, Dicmer, 1884, in-8°, 
1 1 pi. 

Jungmann (Joseph). (*) Priestcr der Gesellschaft 
Jesu, Doctor der Théologie und ord. Professor 
derselben an der Universitiit zu Innsbruck mit 



15it)liograpbie. 



119 



Erlaubnisz der Obern. — Aesthetik. • — Zweite, voll- 
stândig umgeaibeitete und wezentlich erweiterde 
Auflage des Bûches « Die Schônheid und die ?chône 
Kurst » mit r.eun Illuslratiomn. F'reiburg im Brisgau 
Herder'sche Buchhandlung, 1884. Prix: 15 francs. 

Lehner(D''F. A. von)Directordes fiirstl.Hohenzol- 
lernschen Muséums in Sigmaringen. — Die Marien 

VEREHRUNG IN DEN ERSTEN JaHRHUNDERTEN. 

(Le culte de Marie aux premiers siècles, par le Z>' F. A. 
V. Lehfier, conseiller à la Cour, directeur du musée du 
prince de Hohenzollern à Sigmaringen, avec 8 planches 
doubles en lithographie. Stuttgart. J. Cotta.) 

Levin (Thdr.). — Repertor um der bei der 

KONIGL. KUNST-ACADEMIE ZU DuSSELDORF AUFBE- 

wahrten Sammlungen. Diisseldorf, de Haen. Gr. in-S, 
X-393 PP- — 3 fr. 35. 

Mutcher (Rich). — Die deutsche Bucheril- 

LUSTRAÏION DER GOTHIK U. FrUHRENNAISSANCE. 

4"= et 5*= livraisons. Miinchen, Hirth. In-fol., p. 121- 
232, avec nombreuses illustrations. Chaque livraison : 

— 24 fr. 

Otte (D. Heinr.). — Handbuch der kirchlichen 
Kunst-Archaologie d. deutschen Mittelalters. 

— In Verbindg. m. dem Verf. bearb. v. Oberpfr. 
Ernst Wernicke, 2° volume, i'='' livraison. Leipzig, T. 
O. Weigel. In-8, p. 1-160 avec figures. La livraison : 

— 5fr. 

Pay (J. de). — Die Renaissance in der Kir- 
chenbaukunst. — Entwiirfe zu Kirchen, Leipzig, 
Wasmuth., gr. in-fol. 

Reinike (Kreisbauinsp. E.). — Die klinischen 
Neueanten der Universitat Bonn. — Mit vielen 
in den Text eingedr. Holzschn. (Aus : « Centralbl. 
d. Bauverwaltg. ») Berlin, Ernst et Korn. gr. in-8, 
32 PP- — 3 fr. 80. 

Springer (Rudolf). — Kunsïhandbuch fur 
Deutschland, Œsterreich und die Schweiz. 
EiNE Zusammenstelling der Sammlungen, Le- 
hranstalten und Vereine fur Kunst und Kunst- 
oewerbe. — Dritte Vermehrte Aufiage. Un volume 
in- 18, de 601 pages. Berlin, \\'eidmannsch Buch- 
handlung 1883. 

Straub (le chanoine A.). — L'Hortus deliciarum 
de l'abbesse Herrade de Landsperg. — Repro- 
duction héliographique d'une série de miniatures, 
calquées sur l'original de ce manuscrit du douzième 
siècle. Texte explicatif. Ed. par la société pour la 
conservation des monuments historiques d'Alsace. 
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et 2 feuilles de texte, — 18 fr. 75. 

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nen Kunst. — 4" livraison, Leipzig, Grunow. In-8, 
pp. 289-384. Chaque livraison: — 2 fr. 50. 

Trendelenburg (Adf.). — Die Laokoongruppe 
UND DER Gigantenfries DES Pergamenischen Al- 
tars. Ein Vortrag. Mit 2 Lichtdr.-Taf. ■ — Berlin, 
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Eine Auswahl v. 100 Gemiilden Rembrandts, nach 
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Mit Textbd. — Complet en 20 livraisons. Stuttgart, 
Neff. 1'''= livraison ; gr. in-fol., 3 feuilles et 8 pages de 
texte avec photogravures. — 4 fr. 

Hunnewell (J. F.). — The Historical Monu- 
ments OF France. With Plates. — Boston. In-8, xiv- 
336 pp. — 23 fr. 

Jlelmken (F. Th.). The cathedral of Cologne, 
it.s legends, hi.story, architecture, décorations 
AND art treasures. — Translated by J. ^\'. ^\■atkins, 
2= éd., Cologne, Boisserée, in-8'^. 

Kenyon (R. L.). ■ — The Gold Coins of Englaxd 
Arranged and Described: Beiiig a Sequel to Mr. 
Hawkins' Silver Coins of England. — London. Qua- 
ritch. In-8, 290 pp. — 30 fr. 

Lee (V.). — EuPHORiox : Being Studies of 
THE Antique and the medi.ïval in the Renais- 
sance. — Londres, Unwin. 2 vol. in-8°. 

Perkins (Charles G.)- — Historical Handeook 
OF Italian Sculpture, Illustrated. — Un volume 
in-8°,de 432 pages. — London, Remington et Co. 1883. 

Stephens (George). — Handbook of the old- 
northern runic Monuments of Scandinavia and 
England, Londres, Williams and Norgate. — 1884, 
in-4°, fig- 

Stephens (Prof. Geo.). — Old Northern Runic 
Monuments of Scandinavia and England. Now 
first Collected and Deciphered. Vol. III. With many 
Hundreds of Facsimiles and Illusts. — London, Wil- 
liams and Norgate. In-fol. — 64 fr. 



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I20 



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compagné d'une carte de la ville de Tournai et d'une 
centaine de gravures. — 18S4. — ■ Sjc. St-Augustin, 
Lille. — 4 fr. 

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Kintschots. — Malines et ses environs, par l'abbé 
Van Caster. — Gand et ses environs, par E. Bumers. 

— Bru.kelles et ses environs, par G. Nève. 

Van Caloen (R. P. Dom Gérard) (*) bénédictin de 
l'abbaye de Maredsous. — Les bas-reliefs de Mared- 
sous provenant ue l'abbave de Florenne et le 
ci.MEiTi'-.RE FRANC DE Maredsous. — (Extrait du 
t. X\'I des Annales de la Société archéologique de Namur. 
in-8% 22 p. Namur, Wesmael-Charlier, 1884 (avec une 
planche). 

Van Caster (l'abbé G.). — Histoire des rues de 
Malines et de leurs monuments. — Malines, imp. 
J. Ryckm.<.n3-Van Deuren. In-8, 3S0 pp. — 5 fr. 

Van Robays (Eug.) de la com p. de Jésus. — Les 
symboles de la sainte Trinité. Étude archéologi- 
que. (Extrait des Précis historiques.) — In 8" de 48 ])p. 

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des types de différents poinçons et marques de vieille 
argenterie européenne. Avec neuf planches. — Copen- 
hague, Lehmann et Stage. In-8, 52 pp. — 3 fr. 



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Alonso, In-4, 82 pp. y 3 laminas. — 2 fr. 50. 



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DELLA Sardegna: ccnni cronologici, con quadri e li- 
togralie. — ■ Ancona, Morelli, edit. In-S, 5g pp. — 
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graphicos de seus auctores, etc.) — Lisboa, imp. Na- 
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EM Portugal. Fasciculo 2", Documentos ineditos col- 
ligidos por Rodrigo Vicente d'.\lmeida. — Lisboa, imp. 
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^ 



^ 



I iMiiii i ■ii n iii i i pi iii m II ■ ■ ■ ■"' ^ '■°- iiii n ^T' f^rfflytlV ^Trf ii l i^ t fffTi¥Mr iTt"rMnff ■■■rTLTr^Ti fTT¥Tri vr i T"" ^'^ *^ i r >;!'■■'■ I II II ii m u yn r* n^/i 







Gfjrontquc. 



SOMMAIRE, — ŒUVRES nouvelles; Pluie de statues; efnoraison d'églises 
(Oraduur-sur-Vayres, Besançon, Péronville, Saint-Sernin, Vernoux, Oroix, Paray, Bordeaux, 
Hervé, Schaerbeeck, Equateur, Rome) ; Peintures murales du Panthéon et de Saint-Paul à 
Londres; hôtel de ville de Saint-Nicolas. — RESTAURATIONS; Jubé delà cathédrale de 
Rouen ; clocher de Saint-Front à Périgueux ; hôtel de ville de Louvain ; église de Saint-Bavon, 
à Gand ; églises de Bayonville, de Braine le Comte et de Saint-Eustache à Paris ; tour de Clovis ; 
Société des Amis des monuments historiques ; la Marienburg ; conservation de monuments et 
Sociétés des Beaux-Arts en Allemagne ; travaux à Rome, dôme de Venise. — TROUVAILLES: 
Fouilles de la rue de la Bucherie, à Paris ; trouvailles à Tulette, à Harmignées, à Maredsous ; 
un Albert Durer et plusieurs Rembrandt. — CONGRÈS ET EXCURSIONS. — EXPOSITIONS. 
— MUSÉES. — VENTE. 




oecuurfô nouvelles. 

N notre temps si pauvre en 
grands hommes, les illu- 
strations pullulent. Aussi 
pleut-il des décorations et 
des statues sur la France. 
Le nombre de monuments 
qui voient le jour depuis 
quelque temps, à la gloire 
Uj^^là::-j,-Z<^J:^bo . ■ j, -î£ri de nos concitoyens en 
faveur dans l'opinion, est quelque chose de prodi- 
gieux. Cette épidémie règne du reste aussi chez 
nos voisins. 

En ce moment sont exposés à la salle Melpo- 
mène les projets du monument Gambetta qui ont 
été l'objet d'un concours. Récemment on inau- 
gurait à Valenciennes le monument deWatteau, 
et en même temps la statue d'Etienne Dolet à 
Paris. Celle de Simon Saint- Jean s'élevait à 
Millery (Rhône). Le monument àes six bourgeois 
de Calais est mis au concours. On peut voir au 
square du Temple la statue de Béranger sur son 
piédestal, et celle de Viollet-Le-Duc préside à 
l'installation du nouveau musée de moulages. 
M. Idrac termine l'effigie en bronze d'Etienne 
Marcel, qui est destinée au petit square de l'Hôtel 
de Ville. La maquette en plâtre de la statue 
de Claude Bernard a été portée sur l'emplace- 
ment choisi à Paris pour son érection, au haut 
du grand escalier qui mène au collège de 
France. On s'occupe activement du monument 
Berlioz. Les amis de Gil-Pérèsont résolu d'élever 
un monument à la mémoire de cet artiste, avec 
l'aide du ministère des Beaux-Arts. Un comité 
fonctionne pour l'érection d'une statue à Ledru- 
RoUin, Boulevard-Voltaire. Le monument com- 
mémoratif de la Révolution française s'élèvera 
bientôt sur une des places de Paris. Les bourga- 
des imitent les grandes villes, et la commune de 



Tantonville (Meurthe-et-;\Ioselle) vient d'inau- 
gurer le monument de M. Jules Tourtel, tout 
récemmentdécédé. Les Gantois vont placer Liévin 
Bauwens sur le piédestal, RI. Chapu met la main 
au monument de G. Flaubert, etc 

L'Italie ne reste pas en arrière. Le monument 
de Cavour vient d'être l'objet d'un concours. Celui 
de Victor Emmanuel, à Rome, sera adossé au flanc 
septentrional de l'église de VAra-Cœli, contre 
le Capitole, regardant de front le centre du Cor- 
so. La statue, véritable apothéose de l'usur- 
pation sacrilège, foulera en quelque sorte aux 
pieds les ruines de la puissance temporelle du 
Saint-Siège. Cette orgueilleuse figure, hissée sur 
un piédestal de 12 mètres de hauteur, sera 
quatre fois plus grande que nature. — Du reste, 
il ne sera bientôt plus possible d'éviter dans la 
péninsule une statue de ce souverain, sans se 
heurter à une statue de Garibaldi. Plusieurs 
villes d'Italie se proposent d'en élever de nouvel- 
les, notamment Palerme; rien ne vaut ce qui 
vient d'arriver à Pavie, où un comité s'était formé 
pour ériger une statue au « héros ». Le monu- 
ment a été inauguré l'an dernier, mais le quart 
d'heure de Rabelais est arrivé, car la gloire se 
paye, surtout en bronze. Or le comité avait 
dépensé ses ressources en fêtes d'inauguration, 
et le pauvre fondeur en appelle aux tribunaux. 

Un monument élevé à la mémoire de Guillau- 
me II vient d'être solennellement inauguré à 
Luxembourg. C'est une statue équestre sculptée 
par M. A. Mercié. 

Il nous a toujours paru, que la statue isolée 
comporte en quelque sorte la glorification de 
l'homme tout entier ; à ce point de vue il y a 
véritable scandale, à accorder les honneurs du 
bronze à des illustrations très réelles, mais fort 
peu édifiantes à certains égards. 

Les saints seuls en mériteraient, parce que leur 



1885. 



i'*^ Livraison. 



122 



îRctJuc De rart ct)rcticn. 



grandeur est surnaturelle. Mais ils sont préci- 
sément les déshérités des honneurs publics. — 
Tandis que les nations catholiques rougissent de 
leurs saints, voici que l'hérétique Angleterre leur 
fait la leçon. Lord Grandville élève un impo- 
sant monument à saint Augustin, l'apôtre en- 
voyé par le Pape pour convertir l'Angleterre. 
Voici quelques détails à ce sujet. Ce monu- 
ment, dont nous avons déjà dit un mot, mar- 
quera sur les rivages de l'Angleterre l'endroit 
vénéré où saint Augustin eut sa première entre- 
vue avec le roi Ethelbert. Ce lieu se trouve sur 
la route de Ramsgate, près de Ebbs-Fleet, dans 
l'ile de Thanet. Le sol y est très fertile et une 
ancienne légende s'exprime en ces termes au 
sujet de cet endroit, qui s'appelle encore Gotvians- 
field (le champ de l'homme de Dieu) : « Félix 
telliis, aijits gleba contraxisse benedictioneni credi- 
tiir adventu Bcati Aiigiistini. » (Heureuse terre, 
dont on croit que le sol a été béni par le fait de 
l'arrivée de saint Augustin !) 

Il y a un demi-siècle, un grand chêne existait 
encore à cet endroit ; il était connu sous le nom 
de Chêne de saint Augustin ; à notre époque 
même, le petit cours d'eau qui arrose ce 
champ et ne se dessèche jamais, s'appelle la 
Source de saint Augustin. 

Le monument aura une hauteur d'environ vingt 
pieds, et sera taillé dans la pierre çlite doulling 
quarries, dont la durée est séculaire. 

Il sera orné des emblèmes des quatre Évan- 
gélistes : le lion, l'aigle, l'homme et le bœuf ; il 
sera orné de bas-reliefs représentant l'Annoncia- 
tion, la Vierge avec l'enfant, le Crucifiement, la 
Transfiguration, les douze Apôtres avec leurs 
emblèmes (le traître Judas étant, conformément 
au symbolisme antique, représenté avec une tête 
d'animal) etc. 

Voici la traduction de l'inscription latine qui 
a été composée pour orner ce témoignage de 
reconnaissance du peuple anglais au grand saint 
qui porta la lumière de la foi dans sa patrie : 

« Augustin, arrivé enfin à Ebbs-Fleet, dans l'île 
de Thanet, après avoir couru de grands périls sur 
terre et sur mer, rencontra dans ce lieu le roi 
Ethelbert, y parla pour la première fois chez 
nous, et y jeta heureusement la première se- 
mence de la foi chrétienne, qui se propagea avec 
une admirable rapidité par toute l'Angleterre. 
Afin de conserver chez les habitants de Kent 
le souvenir de ce fait, George Leveson-Govver, 
comte Grandville, a fait élever ce monument 
— 1884.» 

Il faut remarquer que Lord Grandville 
n'est pas catholique, et que saint Augustin 
avait été envoyé par le Pape pour convertir 
l'Angleterre. 



SEM. le cardinal Guibert vient de désigner 
. pour succéder à M. Abadie, comme archi- 
tecte de la basilique du Sacré-Cœur, M. Dau- 
met, à qui l'on doit, entre autres importants 
travaux, la restauration du Palais de Justice. 

LE jour de la Toussaint, une cérémonie à la fois simple 
et grandiose avait lieu dans la salle synodale de 
l'dvcché d'Angers. Il s'agissait de remettre à Mgr Freppel 
une crosse d'honneur et des insignes épiscopaux, témoi- 
gnage de l'admiration et de la reconnaissance des catho- 
liques, à l'égard du grand prélat. — Ces objets, d'un carac- 
tère éminemment artistique, méritent ici une mention 
spéciale. Nous comptons en donner dans la prochaine 
livraison une description détaillée, dont la publication est 
forcément retardée par la confection des planches qui 
doivent l'accompagner. 



LE grand nombre d'églises construites ou 
restaurées de nos jours forme une des 
antithèses caractéristiques de l'époque contempo- 
raine. Humainement parlant, c'est à peine croy- 
able, surtout en ce qui concerne les campagnes. 
Or, ce tour de force s'est reproduit sur beaucoup 
de points du territoire français dans ces derniers 
temps ; témoins les nombreux exemples qui 
suivent: 

En moins de deux années, a été rebâtie, sur un beau 
plan, l'église d'Oradour-surA'ayres. Le 28 avril 1S78, avait 
lieu la pose religieuse de la première pierre ; le 7 octobre 
1SS4, la consécration épiscopale du monument. 

Monument ! c'en est un, au moins de foi, de générosité, 
de zèle et de bonne entente. Quant à l'architecture, elle est 
du genre roman ; une seule nef en croix latine, voûte un peu 
basse, avec un transept original et chevet rayonnant. Du 
vieil édifice, on a utilisé seulement la base du clocher, 
autrefois au milieu, et maintenant à l'entrée. Vitraux et 
grisailles sont de la facture H. Feur, de Bordeaux, le maî- 
tre-autel, des ateliers Gardien, de Limoges. 

LE 30 août a eu lieu à Besançon, la bénédiction solen- 
nelle de la première pierre de l'église dédiée aux pre- 
miers aputres de la province, les saints Ferréol et Ferjeux. 
Le style adopté est le style roman ; l'église aura une cou- 
pole centrale, avec deux tours et clochers comme les 
anciennes basiliques. La crypte ancienneoccupera le milieu 
de l'église souterraine, et au lieu d'ctre no)ée dans la 
maçonnerie, l'enceinte des rochers restera exposée aux 
regards des visiteurs, et donnera au monument le cachet 
de vérité que lui avaient enlevé les travaux des derniers 
siècles. Les fouilles de l'abside sont achevées, les bases des 
chapelles de l'hémicycle s'élèvent et donnent une idée 
du plan d'ensemble. 

LE mercredi 10 septembre, Mgr l'Évêque d'Orléans, 
répondant à une gracieuse invitation de'son vénéré 
collègue de Chartres, Mgr Regnault, consacrait sous le 
vocable de saint Pierre, la nouvelle église de Péronville 
aux confins du pays Dunoiset de la Beauce Orléanaise, et 
y scellait dans le sépulcre de l'autel les reliques des 
saints Félix, Hilaire et Lyé. 

La structure du nouveau monument a été conçue et 
exécutée dans la disposition des édifices de la période du 
XI= au XII" siècle, et dans le style roman de transition 
qui les caractérise. Un autel roman taillé en belle pierre 
de Poitiers, dû à la munificence de la noble famille de 



Cf)toniquc. 



123 



Gaudart d'AlIaines, d'Orléans, s'harmonise ainsi que son 
tabernacle avec l'architecture générale de l'église et en 
décore avantageusement le sanctuaire, au-dessous duquel, 
en forme de crypte, s'ouvre une sacristie commode et 
spacieuse. 

ON vient de terminer les nouveaux travaux de dallage 
de l'église Saint-Sernin. Ceux qui ont vu les pierres 
usées et les vieilles briques qui formaient le pavé de la 
basilique savent combien cette restauration était néces- 
saire. Fatiguée d'attendre les secours de l'État, qui ne 
sont plus aujourd'hui pour les édifices religieux, la Fabri- 
que s'est décidée à supporter cette dépense à l'aide de 
grands sacrifices et de quelques souscriptions privées. 

On a couvert une superficie d'environ deux mille mètres 
en marbre dit de Sainte-Anne, connu par son extrême 
dureté et provenant des carrières d'Arudy, vallée d'Ossau 
(Basses-Pyrénées). 

Les dessins et la direction de l'œuvre sont dus à M. 
Courrèges, architecte en même temps que fabricien. 

ON a beaucoup loué les corvées volontaires 
faites au inoyen âge pour la construction 
de nos cathédrales. En voici une imitation offer- 
te récemment par les hommes de Vernoux 
(Ardèche), en faveur de leur église du Sacré- 
Cœur. On lit dans la Semaine religieuse de Tou- 
louse: 

« J'ai voulu voir à l'œuvre ces chrétiens si fervents ; je 
me suis transporté sur les lieux de l'extraction du sable, 
extraction qui ne se fait pas sans peine, tant s'en faut. 

« Plus de cent hommes ou jeunes gens forts et robustes 
étaient uniquement occupés à ce travail ; d'autres plus 
âgés ou trop jeunes remplissaient les sacs; de nombreuses 
charrettes (40 ou 50) très bien attelées, le transportaient 
ensuite de la route à l'église, qui se trouve à 2 kilomètres 
de distance. 

« Vers les cinq heures du soir, la corvée était ter- 
minée ; beaucoup l'avaient commencée à trois heures du 
matin. 

« Tambours et clairons en tête, nos deux cents ouvriers 
du bon Dieu entrent dans Vernoux en ordre parfait, et 
viennent prendre part à un banquet offert par les autres 
catholiques, qui n'avaient pu les aider de leurs bras. 

<.< \'ers les sept heures tout le monde s'est retiré, un peu 
fatigué peut-être, mais tous heureux d'avoir été les ou- 
vriers du Sacré-Cœur. » 



la réalisation du vœu le plus cher des habitants du quar- 
tier sud. 



M 



GR l'évêque de Tarbes a consacré, le 7 novembre, 
la nouvelle église d'Oroix, patrie de Mgr Laurence. 

MGR Thomas, archevêque de Rouen, vient de faire 
ériger dans la basilique de Paray, l'église de son 
baptême, un magnifique baptistère, cfiuvre artistique au 
suprême degré, assure-t-on, et vraiment digne du dona- 
teur. 

LA nouvelle église du Sacré-Cœur de Bordeaux, œuvre 
de M. Mondet, n'est pas encore terminée à l'exté- 
rieur. Aux côtés de l'entrée principale on élèvera deux 
clochers surmontés de lanternes avec dômes. 

L'église, réclamée en 1875 V^'^ ""^ pétition et autorisée 
en 1S76 par un décret du gouvernement, a été construite 
sans le concours de la ville. L'initiative et la générosité 
du cardinal Donnet, du clergé et des fidèles, ont permis 

I. C'est au môme artiste que sont dues les mosaïques exécutées 
aux fonts-baptismaux de Saint-Sernin et aux chapelles de Sainte- 
Germaine et de Notre-Dame Bonnes Nouvelles. 



APRÈS bientôt quinze ans, l'église de Val-Dieu, près 
de Hervé (Belgique) renversée il y a un demi-siècle, 
vient de sortir de ses ruines et de recevoir de l'évêque 
consécrateur le caractère religieux qui lui permet d'être 
livrée au culte. 

Il a fallu quinze années d'un travail opiniâtre, d'un 
dévouement sans bornes pour mener à bonne fin l'œuvre 
de restauration. Mais maintenant cette œuvre est accom- 
plie. Sur les anciens fondements, des murs à l'aspect impo- 
sant se sont édifiés, et voici qu'un monument d'un caractère 
sévère illustre de nouveau et pour des siècles, la solitude 
du Val-Dieu. 

La consécration de cette basilique a été faite le lundi 20 
octobre, par Mgr l'évêque de Liège. 

LA fabrique de l'église paroissiale de Sainte-Marie, à 
Schaerbeek (Bruxelles), a procédé, à l'adjudication 
de l'entreprise des travaux d'achèvement de cet édifice. 
Travaux suspendus, depuis plus de vingt ans. 

D'après les plans et devis de l'architecte provincial 
Hannotte, la dépense qui reste à faire monte à 
fr. 165,254-53. 



LA République de l'Equateur vient d'allouer 
les fonds nécessaires pour l'érection d'un 
temple national au Sacré-Cœur de JÉSUS. C'est 
le premier décret du nouveau gouvernement. 
Ce grand acte inaugurera d'une manière heureuse 
la carrière du président Caamano, le digne suc- 
cesseur de l'héroïque Garcia Moreno. Selon l'ex- 
pression du député qui a défendu le projet au 
Parlement, cette basilique sera le rempart de 
l'Equateur. 

« Messieurs, dit-il,l'isthme de Panama va s'ouvrir : on dit 
que la civilisation européenne va déborder chez nous par 
ce canal, et couvrir de ses trésors tous nos océans. Eh 
bien ! voici le moment d'élever bien haut le flambeau 
de notre foi pour illuminer de son éclat les eaux du Paci- 
fique et attirer à nos plages tous ces voyageurs errants. 
Les âmes cherchent naturellement la foi, parce que la foi 
est une lumière, et l'âme cherche la lumière. La basilique 
du Sacré-Cœur, élevée sur le sommet du Pichincha comme 
le symbole de la foi de tout un peuple, voilà le phare qui 
doit éclairer les flots du Pacifique... > 

De si nobles paroles ne s'entendent guère plus 
dans les Parlements européens. 



LE dimanche, 19 juillet dernier, on a fait, à Rome, avec 
une pompe solennelle, la consécration de l'église de 
Sainte-Marie-de-la-Victoire et de l'autel de la Sainte- 
Vierge, don de Son Excellence le prince Don Ale.xandre 
Torlonia. C'est Son Éminence le cardinal Jacobini, secré- 
taire d'État de Sa .Sainteté, qui a accompli les cérémonies 
prescrites par le rituel. L'autel est construit entièrement 
en lapis-lazuli et autres marbres précieux. .-Xu-dessus se 
trouve une gloire ou iitonstranci or et argent, destinée à 
entourer le tableau miraculeux de la Madone, qui y a été 
transporté proccssionnellement, après la consécration 
de l'autel. {Rosier de Marie.) 



124 



IRcuuc e rart cJjvcticn. 



A Sainte-Marie-Madeleine des Pères ministres des in- 
firmes, la clôture du triduum a dté des plus brillantes. Sur 
la façade on lisait l'inscription suivante : 

SVPPLICATIONES IN TRIDVVM 

OB CENTESI.MV.M ANNVM 

A PVBLICO ET SOLEMNI EXERCITO 

MENSI MARIANO 

A ce. RR. (■) INFIli.MIS MINISTRANT. INSTITVTO 

QVOTQVOT ESTIS DEIPAR/E CLIENTES 

IPSAiM ADPRECAMINI 

VBERElM OPEM ALL.ATVRAM 

(Ibidem) 
Voilà de bonne épigraphie latine, comme on sait la faire 

à Rome. 

En France, il en va autrement; cju'on en juge par le 

tombeau du premier archevêque de Rennes. 

Sur une plaque de marbre noir, fixée au piédestal, est 

gravée l'inscription suivante : 



MEMORI^ 
E. E. In X° P.\tris D. D. Godfridi Brossays 
Saint-Marc. S. R. E. Prksbyteri Cardinaus 
Tituli s. Mari.e de Victoria 

Pruii Redonum Archiepiscopi 

hoc iionumentum clerus populusque mœ 

rentes et grati posuere 



DANS la ville de Landshut, M. F. X. Banh, de Munich, 
est occupé à orner la nouvelle église du Saint-Esprit 
de peintures murales, à l'aide d'un nouveau procédé qui 
lui est propre. Il doit retracer les sept œuvres de miséri- 
corde et a eu l'idée de mettre en scène des sœurs de cha- 
rité, exerçant leurs sublimes fonctions auprès de l'humanité 
souffrante. 



LES importantes décorations dti Panthéon 
touchent à leur fin. On vient de découvrir 
deux fresques de M. Maillot, peintes dans la 
chapelle latérale de droite, et une mosaïque de 
M. Hébert, qui décore le cul de four central placé 
au fond du monument, derrière l'autel de carton 
doré, qui, espérons-le, ne tardera pas à disparaî- 
tre. Voici, d'après la légende explicative, le sujet 
des fresques de M. Maillot : 

<< Sous le règne de Charles VIII, au milieu d'un 
nombreux cortège, où figurent l'évêque de Paris, l'abbé 
de Sainte-Geneviève, le clergé des paroisses et les 
corporations, le parlement et les autres cours souveraines, 
l'an 1496, le 12 janvier, la châsse de sainte Geneviève, 
portée par des bourgeois de Paris, vêtus de chemises de 
pénitents, est conduite solennellement à l'église Notre- 
Dame pour obtenir la cessation des pluies qui, depuis trois 
mois, désolent la ville. >"> 

L'œuvre manque d'accent et de mouvement ; tous les 
personnages sont du même ton, qu'ils soutiennent la 
châsse, soufflent dans des trompettes ou se prosternent 
devant les restes de la sainte. 

La fresque de M. Maillot a pourtant une qualité, celle 
de ne pas s'imposer. On peut ne pas la voir. L'artiste est 
resté dans des tons gris et mornes qui, joints à l'obscurité 
relative du lieu, empêchent ses innocentes compositions 
d'être gênantes. 

I. Clericis regularibus. 



L'immense mosaïque de l'abside a été confiée à M. Er- 
nest Hébert. L'effet en est éclatant et l'œuvre mérite à 
tous les points de vue une étude spéciale. C'est par M. de 
Chenevière, alors qu'il était directeur des Beaux-Arts, que 
ce grand travail a été demandé à M. Hébert ; on lui 
laissa le choix du mode d'exécution, soit en mosaïque,soit 
par les procédés de peinture accoutumés. M. Hébert opta 
pour la mosaïque. Un atelier de mosaïste était alors en 
voie de création à la manufacture de Sèvres sous la di- 
rection d'un des meilleurs artistes du Vatican, M. Pogge- 
si. C'est cet atelier qui a exécuté les travaux de l'abside 
du Panthéon avec le concours de M. Guilbert Martin, qui 
a consenti à mettre les grands feux de son usine à la 
disposition de M. Poggesi pour les quantités considérables 
d'émaux nécessaires. 

Le sujet que M. E. Hébert a dû représenter est celui- 
ci: /,<.' Christ montrant à l'ange de la France /es destinées 
de son peuple dans une visio/i. Une inscription latine, à 
lettres d'or sur fond bleu, due ;\ M. Leblant, exprime ainsi 
ce programme : Angelum Galliœ custodem Christus pa- 
triœ faia docet. Le CHRIST, debout au milieu de la com- 
position, tient de la main gauche le livre des destinées ; 
de la main droite, il commande aux événements qui se 
déroulent devant lui, représentés par les peintures de 
MM. Cabanel, Puvis de Chavannes, Bonnat, etc., qui 
résument l'histoire mystique de notre pays. L'ange de la 
France, à gauche du Christ, l'épée nue à la main, sem- 
ble assister à quelque lamentable désastre du pays dont 
il est le gardien ; mais l'attitude de la figure semble dire 
que de beaux jours peuvent luire encore pour la patrie. A 
gauche, l'auteur a placé sainte Geneviève, patronne de 
l'Eglise et de Paris, et à droite Jeanne d'Arc avec son 
armure. La martyre n'a pas d'auréole ; mais la Vierge 
est auprès d'elle, lui mettant la main sur l'épaule et la 
présentant au Sauveur. 

Il y a, dans cette mosaïque un sentiment décoratif et 
hiératique très caractérisé, dans le sens de celui que révè- 
lent les mosaïques de San ApoUinare Nuovode Ravenne. 

La composition est claire, d'une tonalité franche, har- 
monieuse et agréable. Le fond d'or, quoique trop éclatant, 
était commandé par la forme même de l'emplacement. On 
sait, en effet, que ces sortes de fonds seuls réussissent 
dans les voûtes demi-sphériques où la lumière ne les frap- 
pe jamais directement, et c'est le cas ; on sait également 
que, dans ces conditions, ils donnent à la mosaïque tout 
l'éclat et tout le charme qu'elle comporte. 

Nous faisons toutes nos réserves quant à la composi- 
tion. — Toute cette décoration du Panthéon n'a rien de 
commun, comme conception, avec les règles tradition- 
nelles de l'art chrétien, dont il n'est pas permis de s'écarter 
quand on décore une église. Nous sommes en présence 
d'une église païenne par sa forme, dans laquelle l'art mo- 
derne se donne carrière avec plus de talent que de com- 
pétence. 

Nous avions écrit ce qui précède, quand nous 
avons reçu d'un de nos collaborateurs une note, 
qui relève avec raison un grave abus. 

On lit ce passage dans la description que 
donne le Figaro de l'œuvre de M. Hébert : 

A gauche, l'auteur a placé, suppliante, la bergère sainte 
Geneviève, patronne de l'église et de Paris, et à droite la 
grande Lorraine Jeanne d'Arc, avec son arnrure, sa jupe 
rouge et son visage de suppliciée. La martyre n'a pas 
d'auréole, mais la vierge, la grande consolatrice est auprès 
d'elle, lui mettant la main sur l'épaule et la présentant au 
Sauveur en signe d'adoption. 

Ici l'd parole est à notre correspondant : 

Voilà donc Jeanne-d'Arc définitivement canonisée par 
les artistes laïques en dehors et sans le concours de 



C ironique. 



125 



l'Église, qui seule est compétente sur ce point. On lui 
refuse, il est vrai, Vaiiri'ole (lisez nimbe), mais on la place 
néanmoins parmi les saints, en pendant de sainte Gene- 
viève. Un vitrail de la basilique de Saint-Epure à Nancy, 
la désigne ainsi: Sainte Jeanne d'Arc. Puisque les 
autorités ecclésiastiques laissent faire, là où leur devoir 
strict, conformément au concile de Trente, serait de parler 
et surtout d'agir, nous ne cesserons de protester contre 
de pareilles exhibitions qui prouvent plus d'enthousiasme 
irréfléchi que de science canonique. X. B. de M. 



On écrit de Saint-Nicolas au Fondsenblad 
de Gand: 

«TA décoration de notre hôtel de ville gothique, bâti 
■L' sur les plans et sous la direction de M. Pierre Van 
Kerckhove, ancien élève de l'école St-Luc de votre ville, 
s'achève peu à peu. Le cabinet du bourgmestre entre 
autres est orné d'une peinture murale qui, sous le rapport 
du goût, du caractère et de son harmonie avec le style 
du monument, est remarquable dans toutes ses parties. 
Elle a été exécutée par M. Rémi Goethals, lui aussi ancien 
élève de l'école St-Luc. 

Sur la cheminée de la salle dont je parle, au milieu de 
rinceaux traités à la manière gothique, on remarque l'écu 
de la ville entouré des blasons de tous les chefs-lieux de 
canton de l'arrondissement de St-Nicolas, tandis que, sur 
la partie inférieure, se détachent les armes du pays et de 
la province. 

De la partie inférieure des murs de la salle, ornée d'un 
lambris de bois de chêne, s'élève un arbuste luxuriant 
chargé de fruits ; autour du tronc courent et s'entremêlent 
des tiges de fleurs et dans ses branches sont posées des 
multitudes d'oiseaux aux ailes bigarrées. Cette végétation 
parcourt toute la chambre. Aux nœuds des branches, rap- 
pelant les métiers,pendent d'élégants écus, conçus d'après 
les règles les plus sévères de la science héraldique. Tout 
chargés d'or et resplendissant des plus brillantes couleurs, 
ils donnent à la salle un aspect ancien ; on se croirait 
transporté au milieu de ce moyen âge, où les Métiers, alors 
dans toute leur splendeur et leur puissance, ne manquaient 
jamais d'orner leurs lieux de réunion des emblèmes de 
leurs industries florissantes. 

Sur un fanion nous lisons la devise suivante de notre 
regretté littérateur Conscience et tirée de son Lion de 
Flandre : De ambachteji icerktcn gezanienlijk voor de alge- 
meene welvaart. (Les métiers travaillaient de concert pour 
la commune prospérité.) 

Je ne puis terminer sans rendre justice à l'éminent archi- 
tecte M. Pierre Van Kerckhove. Toutes les boiseries, qui 
ornent cette salle et qui sont travaillées sur ses dessins, 
excitent l'admiration des nombreux étrangers qui visitent 
notre splendide hôtel-de-villc. 

Aussi l'académie de St-Luc en tire une grande gloire 1 
Honneur à cette école qui par ses maîtres et ses élèves a 
relevé la vieille architecture flamande et a fait revivre les 
anciennes splendeurs de notre art national. » X. 



BLC5tauration,s. 



'ENLÈVEMENT du jubé de la cathé- 
drale de Rouen a provoqué quelques 
protestations des amis de l'art du 
XVI 11^ siècle, qui font observer, que 
ce jubé était un des rares monuments élevés en 




France sous le règne de Louis XVL II fut cons- 
truit par le cardinal de la Rochefoucauld, avec 
les marbres cipolins de Leptis Magna et sous la 
direction de Lecombe et Clodion, en remplace- 
ment du magnifique jubé gothique du XIV'^ siè- 
cle, dont les travaux d'enlèvement accomplis, il y 
a quelques mois, ont révélé d'admirables restes. 

On ne saurait nier que l'aspect général de la 
nef et du chœur n'ait gagné à la disparition de 
ce monument, dont le style grec détonnait au 
milieu d'un édifice gothique. Mais des artistes, 
des amateurs et la Commission départementale 
d'antiquités, ont pensé qu'il était toujours délicat 
de porter la main sur une œuvre d'art. 

Nous trouvons à ce sujet, dans le dernier 
numéro du Moniteur des Arcliitectes, un intéres- 
sant article de M. Eugène Dutuit. M. Dutuit 
propose de reeousti uirc le jubé à ses frais, le minis- 
tère des beaux-arts aura à se prononcer sur cette 
proposition. 

M. Dutuit ne se dissimule pas qu'il a peu de 
chances de recevoir une réponse favorable. En 
attendant, il fait exécuter trois dessins du jubé, 
représenté tant du côté de la nef que du côté du 
chœur. Il en offrira deux exemplaires à la Com- 
mission des antiquités et deux autres à la ville de 
Rouen, de sorte que les écrivains qui, plus tard, 
s'occuperont de la cathédrale, auront sous les 
yeux les documents nécessaires pour se former 
une opinion motivée sur cette œuvre d'art. — En 
présence d'une initiative si généreuse nous ne 
pouvons nous défendre d'un regret. L'honorable 
collectionneur dont le nom est justement estimé 
d'ailleurs dans le monde des arts, témoigne pour 
une œuvre remarquable, d'un véritable culte. 
Ce culte louable ne serait-il pas satisfait par la 
reconstruction du jubé dans tout autre emplace- 
ment qu'au seuil du chœur de la cathédrale? 

Quelle bonne fortune, non pas seulement pour 
l'archéologie, mais aussi pour l'art chrétien, si la 
sollicitude et la munificence de ce grand citoj-en se 
proposait un but plus élevé encore, s'il prenait 
à cœur de parfaire l'unité du monument, de restau- 
rer son ordonnance primitive, d'après les don- 
nées qu'on possède, en restituant l'antique jubé, 
en style ogival ! Le jubé récemment démoli ne 
serait pas perdu pour les archéologues, la clôture 
du chœur ne serait pas supprimée ( et qui ne 
sait, que la liturgie, la majesté du monument et 
les plus saines traditions s'unissent pour réclamer 
son maintien?) et l'on rendrait ainsi à la cathédrale 
de Rouen l'un des éléments les plus importants 
de son ancienne et harmonieuse ordonnance. 

VOICI, d'après M. Dutuit lui-même, quel était le jubé 
qu'on avait détruit pour faire place au nouveau. 
C'était un jubé gothique du .VIV'" siècle, ayant de cha- 
que côté un autel dont le style était en harmonie avec 



120 



IRcDiic D c rart cïjrcticn. 



celui de l'édifice. On y accc'dait par un escalier spacieux. 
Il y avait au milieu une porte en fer, sous une arcade ogi- 
vale, et de chaque côté, une porte en cuivre. Le jubé était 
surmonté d'un crucifix. Le 3 décembre 16 17, Louis XIII, 
entouré de ses ministres, y entendit une prédication de 
l'archevêque François de Harlay. 

L'un des autels était dédié à Notre-Dame du Vœu, 
parce qu'en 1637, les échevins de la ville, oii la peste sé- 
vissait depuis vingt ans, vinrent en grande pompe y sus- 
pendre une lampe d'argent comme le symbole du vœu 
public. L'autre autel, dédié à Stc Cécile, était l'autel du 
Puy des Palmods, confrérie littéraire dont le but était de 
distribuer des prix à ceux qui célébraient le plus conve- 
nablement dans leurs poésies l'Immaculée Conception. 

Le cardinal de Bonnechose ne cessa de demander, pen- 
dant tout le temps qu'il fut à la tête du diocèse de Rouen, 
la suppression du jubé qui entravait les cérémonies du 
culte et n'était pas dans l'esprit du rite romain. 

Mgr Thomas, son successeur, a fait entendre les mêmes 
réclamations. 

Enfin, la décision a été prise par le Comité des monu- 
ments diocésains, qui compte dans son sein plusieurs 
membres de l'Institut. 



ON sait qu'il est depuis longtemps question 
de restaurer le clocher de Saint-Front de 
Périgueux. 

M. Abbadie avait formé le projet de le démolir 
et de le reconstruire de fond en comble, comme 
il a si malheureusement fait de l'église elle-même. 
Nos lecteurs apprendront sans doute, avec plaisir, 
que ce malencontreux projet a peu de chances 
d'être mis à exécution. Le ministre des cultes, 
avant de permettre que l'on touchât une seule 
pierre de ce vénérable monument, a voulu pren- 
dre l'avis d'une commission spéciale d'architectes 
et d'archéologues. C'est là, dirons-nous avec la 
Gazette archéologique, un précédent qui s'écarte 
trop des traditions de l'administration des édifi- 
ces diocésains, pour que nous ne nous empres- 
sions de le signaler au public et d'en féliciter le 
ministre. Cette commission s'est réunie récem- 
ment à Périgueux, et s'est livrée à un minutieux 
examen du monument. 

La Gazette croit qu'elle a unanimement recon- 
nu que la démolition de ce curieux clocher serait 
un acte de vandalisme injustifiable, et qu'il y 
aurait tout au plus lieu de démolir la partie supé- 
rieure de la tour, jusqu'à l'endroit où du plan 
carré elle passe au rond. L'état déplorable dans 
lequel se trouvent les parties hautes de l'édifice, 
pourrait justifier cette solution. Espérons cepen- 
dant que M. Bruyerre, l'habile architecte qui 
remplace aujourd'hui M. Abbadie, saura restau- 
rer le tout sans recourir à un aussi fâcheux 
expédient. 

LES habitants du X<= arrondissement à Paris, 
signent en ce moment une pétition tendant 
à la suppression de l'église Saint- Laurent, une 



des plus anciennes de Paris, pour construire à 
sa place la nouvelle mairie de l'arrondissement 
de l'Enclos Saint-Laurent. 



LA restauration de la salle gothique de l'hôtel 
de ville de Louvain est l'objet de nom- 
breuses critiques. 

Celles que nous trouvons dans la Gazette de 
Loiivaiii nous paraissent fondées. 

Dès l'entrée de la salle on est désagréablement surpris 
par la vue d'une énorme porte en ogive avec tympan 
sculpté, dont on ne trouve guère d'exemples à l'intérieur 
de nos anciens hôtels de ville. Il y a dans le grand ves- 
tibule du rez-de-chaussée des types de portes anciennes 
originales, pourquoi ne s'en est-on pas inspiré.' On ne con- 
testera pas qu'elles aient le caractère voulu. 

Les fenêtres n'avaient primitivement pas de châssis. 
Elles étaient fermées simplement par des volets. Evidem- 
ment il fallait ajouter des châssis, mais pourquoi n'a-t-on 
pas adopté pour ceux-ci les formes généralement usitées 
au quinzième siècle? Les châssis de cette époque s'ou- 
vrent en deux parties distinctes dans le sens de la hau- 
teur. Ceux que l'on vient de faire s'ouvrent d'une pièce ; 
c'est une disposition que l'on tâcherait en vain de justifier. 

Les volets nouveaux échappent tout aussi peu à la cri- 
tique. Nous ne parlerons pas de la manière dont ils sont 
accrochés aux anciens gonds, qui existent encore; cela est 
tout à fait défectueux et n'est pas digne d'un apprenti 
forgeron ; mais leur forme elle-même est une innovation 
dont nous cherchons en vain la raison. 

Tous ceux qui ont visité le musée, établi précisément 
au-dessus de la salle gothique, ont pu y voir un des volets 
primitifs, et constater que ceux-ci ne ressemblaient en rien 
aux nouveaux. 

Pourquoi l'architecte a-t-il ici encore voulu innover? 
Trouvait-il le travail de son devancier trop imparfait? 
Peut-être l'extérieur de ces volets anciens était-il un peu 
rude, â cette épocjue on tenait aux clôtures solides, mais 
leur face intérieure est charmante avec ses petits compar- 
timents élégamment sculptés. Et quand même ils seraient 
aftreux ils sont anciens : c'est une qualité qui suffit, qui 
prime toute autre lorsc|u'il s'agit d'une restauration. 

11 serait bien difficile aussi d'approuver la ferronnerie des 
châssis et de la grande porte. Elle n'est pas dans le style 
de l'époque, elle manque d'unité, et telles charnières sont 
d'un dessin absolument sans caractère. 

La hotte de la cheminée nouvelle, maçonnée cependant 
à l'intérieur, est à l'extérieur en bois peint en pierre blan- 
che! Nous ne pensons pas que l'on puisse citer beaucoup 
d'exemples anciens de cette espèce. 

Que dire des peintures? Nous savons que l'on a discuté 
longtemps sur le genre qu'il fallait adopter. La solution h. 
laquelle on s'est arrêté est loin d'être la meilleure. 11 fallait 
de la peinture monumentale, on nous a donné des tableaux, 
dont nous ne voulons pas discuter l'exécution, mais qui 
défigurent toute l'ordonnance architectonique de la salle. 
Il y a l.'i des perspectives qui ouvrent de véritables trous 
dans les murs. Or, le premier principe de la peinture déco- 
rative est de faire valoir l'architecture, bien loin de la 
détruire. 

Le plafond est orné de gracieuses nervures en bois 
retombant sur de charmants culs-de-lampes. Les aiguilles 
des poutres portent de petits groupes sculptés avec beau- 
coup d'art. Pourquoi a-t-on enduit tout cela d'une vilaine 
couleur noire, que les reflets de maigres filets d'or ne par- 



C&roniquc. 



127 



viennent pas à éclairer, et qui a transformé ces parties si 
délicates en masses sombres où l'œil ne distingue plus 
aucun détail? Est-ce pour marquer que c'est du vieux 
chêne? Mais les planches et les poutres auxquelles elles 
sont fixées sont du même âge et, franchement, nous préfé- 
rons leur couleur. 

Nous sommes heureux de pouvoir terminer par des élo- 
ges: l'exécution des menuiseries ne laisse rien à désirer, 
et fait honneur à MM. Goyers qui en ont été chargés. 



LA paroisse de Bayonville (diocèse de Renne), perdue 
pour ainsi dire au fond des Ardennes, possède une 
église des plus belles de la contrée. C'est un précieux reste 
du XV" siècle. Il y a 25 ans, ce n'était qu'une pauvre ma- 
sure, aujourd'hui c'est un vrai monument, entièrement 
restauré dans son architecture, ses vitraux et son mo- 
bilier. 



ON s'occupe de restaurer le portail de l'église Saint- 
Eustache à Paris. Les échafaudages sont posés. 
Ce portail, commencé en 1754, n'a pu, par suite de vicis- 
situdes diverses, être terminé qu'en 1 788 par l'architecte 
Moreau. 

Ox répare en ce moment la tour de Clovis qui tombait 
en ruines et menaçait d'écraser un jour ou l'autre le 
lycée Henri IV. 

Cette tour provient de l'ancienne abbaye de Sainte-Ge- 
neviève, dont l'origine remonte à l'an 519; l'abbaye fut 
ruinée par les Normands, en l'an 800, et reconstruite en 
1177. • 
Les fondations de la tour sont du VP siècle. 
La tour elle-même est du XI P, sauf la partie supérieure. 



SUR la demande de M. Gamier, l'architecte de l'Opéra, 
une commission vient d'être nommée par la Société 
des Amis des monuments historiques dans le but de s'en- 
tendre avec les députés et les conseillers municipaux de 
la Seine sur les moyens à employer pour arrêter la ruine 
des sculptures de la porte Saint-Denis qui se dégrade de- 
puis quelque temps. 

La Société se propose un classement, non seulement des 
œuvres d'art qui méritent à Paris une attention spéciale, 
mais encore de ces vieux hôtels, de ces portes, de ces pein- 
tures, que peu de gens connaissent dans les recoins de 
Paris et qui sont cependant une de nos richesses. Elle 
étudie non seulement les œuvres du passé, mais les me- 
sures propres à donner dans l'avenir un aspect pittoresque 
à la capitale. 



PAR suite de la démolition des maisons delà 
rue Bodenbroeck opérée en vue de dégager 
le chevet de l'église Notre-Dame au Sablon à 
Bruxelles, le Sacrarium adossé à l'un des côtés 
a été mis à découvert et M. Schoy, architecte, a 
été assez heureux pour retrouver la date précise 
de son érection (1549). Ce Sacrarium figure 
comme ensemble sur une toile, chef-d'œuvre de 



David Teniers, peinte en 1652, actuellement à la 
Galerie du Belvédère à Vienne ('). 

Ce chef-d'œuvre d'architecture et de sculpture 
du style ogival fleuri eut terriblement à souffrir 
du vandalisme des édiles bruxellois du commen- 
cement du siècle. Ces magistrats peu avisés 
vendirent comme terrain à bâtir l'espace com- 
pris entre l'édifice et la voie publique. De 
vulgaires maisonnettes s'adossèrent au chevet et 
les propriétaires, pour gagner de la place, sacri- 
fièrent sans pitié les saillies sculptées ou moulu- 
rées de l'encombrant Sacrarium auquel ils confi- 
naient. 

M. Schoy a dégagé les plâtras et blocailles 
qui aveuglaient les niches et pratiqué des fouilles, 
au pied de l'édicule; elles ont fourni des débris 
précieux pour le rétablissement authentique des 
détails de l'ordonnance supérieure. 

Pour justifier la précision de ses profils et de 
ses relevés, M. Schoy a fait prendre soixante- 
seize moules en terre glaise qui ont été ensuite 
coulés en plâtre. Cette collection de reliefs archi- 
tectoniques est vraiment curieuse et fait voir avec 
quel soin et quelle conscience travaillaient les 
artistes aux siècles de foi. C'est le même souci 
qui a permis à l'architecte de rétablir avec certi- 
tude certains détails d'une délicatesse extrême, 
totalement perdus au.x faces visibles et qu'il are- 
trouvés quasi intacts aux recoins les plus sacrifiés 
et les plus à l'abri du regard des passants. 

Les épures du Sacrarium de Notre-Dame au 
Sablon ont mérité à M. Schoy les médailles d'or 
d'architecture à l'exposition universelle d'Amster- 
dam et au Salon de Paris de cette année. La série 
d'études élaborées en vue de la restitution du 
Sacrarium, fera connaître, dans la section d'ar- 
chitecture à l'exposition universelle d'Anvers, une 
œuvre assurément très méritoire. 



On nous écrit de Gand : 

IL se fait en ce moment à la cathédrale de Gand un 
commencement de restauration exécutée par un maître 
en cet art, M. A. Van Assche, qui a fait en Flandre des 
chefs-d'œuvre du genre. 

Le chœur de cette église date du XIIP siècle. Sa con- 
struction, interrompue, n'a été reprise qu'au commence- 
ment du XVP' siècle. On éleva alors les nefs et le transept, 
et les supports de la voûte hardie de la croisée, exécutés 
en pierre blanche, furent greffes sur la maçonnerie en cal- 
caire bleu tournaisien de l'antique chœur gothique. Les 
voûtes des collatéraux du chœur furent refaites en même 
temps. 

A une époque plus récente l'architecture des chapelles 
rayonnantes fut noyée dans des masses de plâtras et cachée 
sous de lourds mausolées en marbre, affreux parasites 
envahissant tous les murs. Le chœur fut clôturé par de 

I. Salle du i" étage, n" 51, VI. (Elle mesure 4'5"x j'g"). Elle re- 
présente l'archiduc Léopold Guillaume abattant l'oiseau placé sur la 
flèche de l'église de Noire-Dame auSablon le 23 avril 1651. 



128 



ïRctJue De rart cïj rétien. 



vastes cloisons en marbre blanc et noir, dont la plate, 
monotone et glaciale surface, entrecoupée de pilastres 
corinthiens, s'élève presque jusqu'à la pointe de grandes 
arches gothiques, les dérobant aux regards, à l'intérieur 
comme à l'extérieur du sanctuaire. 

On vient de découvrir un bien curieux fragment d'ar- 
chitecture, dont nous reproduisons un croquis. La pre- 
mière chapelle rayonnante, que l'on rencontre en pénétrant 
dans le pourtour du chœur, est séparée du bras du tran- 
sept, non par un mur plein, mais par une arche ogivale 
dans laquelle s'encadre un gros boudin rond, cantonné, à 
partir de la naissance de l'ogive, d'une double petite 
baguette. Notre vignette fait voir cette arche, du côté de 
la chapelle, et donne la coupe de la première travée du 
déambulatoire (côté de l'Épître). Le spectateur regarde 
vers les nefs. 




'hisSi 



f 







Ajoutons que M. A. Van Assche met, la dernière main à 
la restauration de l'église de Sainte- Elisabeth, autrefois 



chapelle de l'ancien béguinage de Gand. L'intérieur a été 
entièrement gratté, et l'on peut analyser un intéressant 
travail de reconstruction, opéré au XVl" siècle, d'une 
église du X1I1"= siècle, dont on a réemployé une partie des 
matériaux, notamment les colonnes, les soubassements 
et les beaux chapiteaux à crochets. 

On sait que l'intolérance d'une administration hostile a 
forcé les béguines à quitter leur habitation séculaire. Leur 
pittoresque cité, d'une physionomie si pieuse, est aujour- 
d'hui sécularisée.LeursjoHes maisonnettes en style flamand, 
précédées de jardinets, gardent encore un certain cachet 
claustral. Mais des cabarets sont établis dans ces asiles 
de la prière. Au-dessus du linteau d'une porte ornée d'un 
bas-relief représentant JÉSUS ait jardin des Olives^ on lit 
l'enseigne Aie cliatnoir. En face de l'église, dans les locaux 
d'une coininunatité, est installée l'officine du journal le plus 
impie de Gand. 

L'EGLISE de Braine-le-Comte (Belgique) subit une 
transformation complète, due à l'initiative de M. 
le curé Dujardin. 

De l'ancienne église, de style ogival primaire, i! ne reste 
que des traces ; le XV" siècle a entièrement remanié le 
monument, et le XVI" a achevé de le transformer, en allon- 
geant le chœur et en élevant une tour très monumentale. 
L'église garde un retable et un tabernacle en tour, de la 
Renaissance, remarquables dans leur genre, et une statue 
colossale de saint Christophe, du XVI" siècle, sur un pié- 
destal superbe. 

On a beaucoup embelli le vaisseau, dans ces derniers 
temps, en mettant à nu le bel appareil de la maçonnerie, 
les nervures des voûtes et leurs tympans en briques. 
M. le curé, aide de son zélé vicaire, M. J. Croquet, prépare 
une intéressante étude sur cette église, fort curieuse dans 
ses détails. 



Monsieur Von Kirtis écrit au Courrier de l'Art : 

LAALarienburg,château-fort situé dans la Prusse Orien- 
tale, sur les rives de la Nogat, fut au XIV'= siècle la 
résidence favorite du grand-maitre de l'Ordre Teutonique. 
C'est donc une sorte de sanctuaire national. Composée de 
trois corps de bâtiments distincts, cette construction est 
un curieux spécimen de l'architecture mihtaire du moyen 
âge. Longtemps abandonnée, la Marienburg tombait pres- 
que en ruines, lorsque après la guerre de 1870, la Prusse 
eut l'idée de restaurer ce nid sombre et farouche de l'Aigle 
noir. C'est depuis cette époque que les crédits, jadis inscrits 
annuellement au budget pour la cathédrale de Cologne, 
sont aflectés à la Marienburg. L'Etat doit se charger de 
la maçonnerie et de toutes les grosses réparations ; on 
compte sur la libéralité des assemblées municipales et des 
particuliers pour faire exécuter la décoration intérieure 
dans le style du temps. Le Landtag de la Prusse Occiden- 
tale vient de votera cet effet une somme de 25,000 marks. 
Les grands seigneurs des deux Prusses, dont plusieurs ont 
conservé un véritable culte pour les souvenirs féodaux, ne 
manqueront pas d'y apporter leur obole. Sous peu, la vieille 
citadelle des Teutons sera entièrement rajeunie. Puisse- 
t-elle ne pas l'être d'une manière trop maladroite ! 

Du reste, la question de la conservation et de la restau- 
ration des monuments historiques est à l'ordre du jour en 
Allemagne. En France, une commission importante, com- 
posée d'architectes et de savants des plus distingués, est 
chargée de ce soin ; elle doit avoir à lutter sou\ent contre 
bien des difficultés de clocher, faute d'une législation pré- 
cise qui faciliterait considérablement sa tâche. L'Italie et 
l'Autriche sont, si je ne me trompe, les seuls pays de 
l'Europe cjui possèdent une bonne loi sur la matière. Le 



chronique 



129 



Landtag prussien va ctie saisi dans sa prochaine séance 
d'un projet de loi analogue, qui me semble conçu avec une 
grande habileté et beaucoup de sens pratique. Voici quelle 
en est l'économie générale: les différentes sociétés d'ar- 
chéologues, d'historiens et d'architectes qui existent en 
Prusse, (et il y en a environ 150 comprenant plus de vingt 
mille membres), seront les auxiliaires directs d'une com- 
mission centrale siégeant à Berlin et qui sera chargée de 
veiller à l'entretien de tous les monuments d'art dignes de 
ce nom et de prévenir tous les actes de vandalisme. N'est- 
ce pas une idée ingénieuse et pratique à la fois que de se 
servir de cette façon de ces nombreuses sociétés, qui ne 
demandent pas mieux que de se produire au grand jour 
et d'apporter à une oeuvre d'ensemble le fruit de leur tra- 
vail et de leur expérience.' 

En dehors de ces associations d'un caractère plutôt ar- 
chéologique et savant, l'Allemagne compte plus de 70 
sociétés dites des Beaux-Arts (Kiinsfgcsfl/sc/in/'lcii ).]q sais 
que vous en avez aussi un certain nombre en France ; 
seulement je crois que celles d'Allemagne exercent une 
influence plus utile, plus efficace sur le mouvement artis- 
tique que les vôtres. Chez vous, en effet, ces sociétés se 
contentent d'envoyer tous les ans à la Sorbonne des délé- 
gués qui lisent des mémoires pliis ou moins intéressants 
sur telle ou telle question d'art. Évidemment ce n'est pas 
assez. Ici elles ne négligent pas non plus ces traxaux d'éru- 
dition ; mais elles s'occupent, en outre, d'organiser des 
expositions oîi figurent les œuvres d'art appartenant aux 
personnes qui habitent la région. Pendant que chez vous 
on se propose tout simplement d'inventorier toutes ces 
richesses (ce qui est une besogne de très longue haleine 
et fort difficile;, ici on les met sous les yeux du public. 
C'est plus pratique et plus utile à la fois. Le goûl de ces 
expositions locales s'est répandu en Allemagne surtout 
depuis 1S79, époque à laquelle la ville de Munster eut 
l'idée d'en organiser une. Aujourd'hui il n'est pas de ville 
d'Allemagne de quelque importance qui ne tienne à hon- 
neur d'avoir sa Kiinstaustcttung : Berlin a déjà organisé 
la sienne, à l'occasion des noces d'argent du prince P'ritz ; 
puis ce fut le tour de Dresde, de Cassel, etc. On en annonce 
une pour l'automne prochain à Coblentz. Cette année nous 
en avons une qui mérite une mention spéciale ; c'est celle 
de Posen, ville de la grande Pologne, qui était restée long- 
temps réfractaire au mouvement artistique. 



IL y a une quinzaine d'années. Pie IX donna l'ordre de 
renouveler entièrement la couverture de plomb de la 
coupole de Saint-Pierre. Ce travail vraiment gigantesque 
vient d'être terminé. On y a employé 354,365 kilogr. de 
plomb; la surface à couvrir était de 6,102 mètres carrés 
56 ; la dépense totale s'est élevée à 2co,ooo francs, payés 
sur les fonds affectés à l'entretien de la basilique du 
Vatican. Et (chose intéressante à noter) pendant toute la 
durée de ces travaux dangereux, aucun ouvrier n'a été ni 
tué ni même blessé. 

On signale aussi l'achèvement des travaux de restaura- 
tion de l'église Hanta Marin delta l'itloria, située dans la 
■;//(( Vinli Settembre. Cet édifice, célèbre parle marbre qui 
y abonde, incendié en partie en 1833, vient d'être entière- 
ment rajeuni, grâce à la générosité du duc Alessandro 
Torlonia, qui s'est chargé de toute la dépense. La demi- 
coupole qui couronne l'abside est toute neuve. \. l'intérieur, 
les murs sont couverts d'une grande peinture à fresque de 
Serra, représentant l'entrée des troupes catholiques à 
Prague, après la victoire de la Montagne-Blanche, pendant 
la guerre de Trente-Ans. 

En dehors de Rome, les travaux de restauration des 
monuments artistiques sont également poussés avec une 
grande activité, grâce ;\ la vigilance de la Coinmissitni con- 



servatrice. Ainsi on vient d'enlever l'échafaudage qui, 
depuis trois ans, cachait les arcades inférieures du palais 
des Doges, à Venise. On peut déjà se rendre compte des 
travaux de restauration qui sont réellement très réussis ; 
tous les chapiteaux endominagés ont été fort habilement 
réparés avec leur riche ornementation. On a dû même en 
remplacer un entièrement avec sa colonne, et l'on s'en est 
tiré à merveille, puisque non seulement le style a été scru- 
puleusement respecté, mais encore on est parvenu à imiter 
la patine du temps, à s'y méprendre. 



Trouuailles. 




N vient encore, en faisant des fouilles 
dans une rue de la Cité, de faire une 
découverte qui prouverait, ainsi qu'un 
archéologue l'a prétendu, que le sous- 
sol de Paris est plus intéressant à étudier que le 
dessus. 

Nous lisons en effet dans \& Journal des Arts : 

Des tranchées de gaz et d'égoût ayant été pratiquées 
dans le sol de la rue de la Bucherie ont mis à 
découvert de nombreuses sépultures de l'époque méro- 
vingienne, seinblant rayonner tout autour de cet édifice. 
Des sarcophages de pierre et de gypse ont pu être 
recueillis et iront rejoindre à l'hôtel Carnavalet la 
riche collection funéraire provenant du fief des tombes 
(Notre-Dame-des-Champs), du cimetière de Lourcine 
(Loctis cineriiin) et de la nécropole de Saint-Marcel. 
La rue Galande tirait son nom du clos qu'elle bordait 
et dont elle formait la limite au sud ; clos qu'on a 
surnommé aussi de Mauvoisin (mauvais voisin) et qui 
confinait à celui de Bruneau et du Chardonnet. La rue 
de la Bucherie était le centre du clos Mauvoisin, qui 
touchait par conséquent à la rivière. Les sépultures trou- 
vées entre les deux clos prouvent qu'ils ont été bâtis 
beaucoup plus tard qu'on ne le pense généralement. En 
1202, il n'y avait point encore de construction, puisque 
c'est alors qu'une fille des seigneurs de Cariante, Mahaut, 
ou Mathilde, qui avait épousé Matthieu delMontmorency, 
donna à cens à divers particuliers, à condition d'y bâtir 
des maisons, un clos de vigne qu'elle possédait en ce lieu. 
C'est donc au commencement du XIII"= siècle que les 
deux clos commencèrent à se peupler. Jusque-là, on n'y 
voyait que des vignes et des champs ; et cependant là 
s'élevaient, pendant la période gallo-romaine, de splendi- 
des villas, dévastées par les premiers barbares, puis par 
les- Normands et réduites à l'état de ruines et de terrains 
vagues. Entre ces dévastations et le mouvement de 
reconstruction qui se produisit au XlIP siècle, se placent 
les nombreuses sépultures qu'on vient de découvrir. Les 
petites paroisses de la Cité enterraient leurs morts autour 
delà chapelle de Saint-julien-le-Pauvre, et c'est en vertu 
de cette antique tradition que l'Hôtel-Dieu 5 a longtemps 
envoyé ses défunts. 



On lit dans le Nouvelliste de Rouen : 

DES ouvriers étaient occupés à creuser le sol de la 
cathédrale d'Évreux pour y installer un calorifère. .-Xu 
milieu des fouilles, la pioche de l'un d'eux frappa sur du 
bois. L'attention des travailleurs fut alors éveillée et on 
piocha avec mille précautions. Au bout de quelques 
instants on mit à nu un cercueil de chêne assez bien con- 



l'*^ LlVR.\lSON'. 



130 



iRctiuc De ratt cbtéticn. 



serve, dans lequel se trouvaient des ossements recouverts 
de fragments d'étoties brodées d'or, une crosse en cuivre 
dord et un anneau pastoral de toute beauté. La crosse 
fort bien ciselée, est emmanchée à un bâton de chêne, 
bien conservé en apparence, mais auquel on ose à peine 
toucher, car les vers l'ont creusée à un tel point qu'il est 
très peu épais. Quant ii la bague, elle est en or finement 
filigrane, avec un gros brillant entouré de pierres précieu- 
ses. Des premières recherches au.xquellcs on s'est livré, il 
semble résulter que ces restes sont ceu.\ d'un évêque 
d'Evreu.x qui aurait été inhumé là vers le commencement 
du XI 11'' siècle. 

A l'église de Saint-Ouen de Rouen, des circonstances 
analogues ont amené la découverte de plusieurs précieux 
sarcophages dont nous parlons plus haut. (V. p. 1 16). 

UNE découverte intéressante vient d'être faite à 
Tulette (Drôme). On a trouvé, à 1,500 mètres de 
cette commune, en extrayant du gravier pour les chemins, 
une louve en bronze, ayant dû servir d'enseigne militaire 
romaine. 



LA Epoca, du 16 septembre, annonce que 
l'autorité militaire vient de mettre à jour 
en Catalogne une petite chapelle abandonnée, 
d'une haute valeur artistique, qui date du 
X1V'= siècle, et dont tous les détails architectu- 
raux sont parfaitement conservés. C'est dans cette 
chapelle qu'a été célébrée, en présence du roi 
d'Espagne, la messe d'action de grâces pour la 
découverte de l'Amérique par Christophe Co- 
lomb. 



ON a procédé récemment dans la propriété 
de ]\i. le comte de Looz de Cors\varem,à 
Harmignies près de Mons, aux fouilles de tombes 
franques.lla été découvert là sur le bord du che- 
min de fer un riche et vaste cimetière. On a 
jusqu'ici fouillé 70 sépultures. 



PENDANT l'hiver de 1883-84, des ouvriers 
terrassiers occupés à faire des plantations 
dans un terrain voisin de Alaredsous (Namur) et 
appartenant à MM. Desclée, mirent à découvert 
une tombe contenant un fer de lance. Cet instru- 
ment dénotait une origine franque et fixa aussi- 
tôt l'attention. Des fouilles amenèrent la mise au 
jour d'une nécropole assez considérable. Il est 
rendu compte de cette découverte dans un article 
bibliographique qu'on trouveraplushaut.(V. p. 100) 



Le Moniteur de Rouie donne la nouvelle 
suivante : 

LA découv-erte d'un magnifique manuscrit grec sur 
parchemin pourpre et écrit en lettres d'argent, trouvé 
Uaiis les archivcb de Kossano i^Calabrej, avait attire com- 
me on sait l'attention des eminents critiques Gellhardt et 



Harnack,qui en 1880 publièrent un remarquable fac-similé 
de ce manuscrit : Evangclioriuit Codex grœciis purpureus 
Nossa/iffisis. 

On regrettait cependant de nombreuses lacunes 
dans le texte de saint Matthieu. Or, le Kme abbé 
Cozza-Luci, vice-bibliothécaue de la sainte Eglise Ro- 
maine, a été assez heureux pour voir ses patientes recher- 
ches couronnées par la découverte des quelques feuillets 
qui manquaient au manuscrit de Rossano. 

Nous espérons que ces précieux feuillets seront pro- 
chainement publiés et commentés. On fait remonter ce 
manuscrit au VI" siècle. 



On nous écrit de Liège : 

EN faisant quelques réparations à l'une des chapelles 
Nord de la cathédrale Saint-Paul à Liège qui axait 
été entièrement modernisée au goût du siècle dernier, on 
a fait plusieurs découvertes qui ne sont pas sans intérêt. 
U'abord on a retrouvé, adossé au mur oriental, la tombe 
et la inensa de l'ancien autel ; au-dessus de cet autel, un 
cordon de moulures formait une sorte d'encadrement à 
des peintures murales, destinées primitivement à rempla- 
cer un retable Les peintures ont été impitoyablement 
hachées au-dessus de l'autel, afin de faire tenir les plâtra- 
ges qui devaient les remplacer, mais à droite et à gauche, 
on voit encore deux personnages, moitié grandeur natu- 
relle, faciles à reconnaître. Uu coté de l'évangile, c'est 
saint Jean-Baptiste, tenant un Agiius Dei, dont la tête est 
entourée d'un nimbe crucifère. iJe l'autre coté c'est l'ar- 
change saint Michel perforant le dragon de sa lance 
victorieuse. Les nimbes de ces figures sont dorés, les têtes 
et les mains sont peintes en couleurs naturelles, mais les 
vêtements sont en grisaille. Ces figures se détachent sur 
un fond rustique. — On assure que les chapelles de l'an- 
cienne collégiale Saint-Paul ont été construites au XV 
siècle, et cela semble hors de doute pour la plupart d'entre 
elles ; cependant le mur sur lequel ces peintures se trou- 
vent parait plus ancien, et les peintures elles-mêmes ac- 
cusent le XIV''-' siècle. La voûte de la chapelle porte 
également de nombreuses traces de sa polychromie pri- 
mitive. La clef de voûte, un mascaron grimaçant éner- 
giquemcnt taillé, a été peinte de couleurs vives et la 
chevelure était entièrement dorée. Les champs des voûtes 
sont ornés d'énergiques rinceaux, dont la végétation est 
en partie vert clair et en partie d un rouge très foncé. Ces 
arabesques se détachent sur un fond blanc laiteux, dé- 
coupé par un rusticage rouge, tracé dans le sens des 
assises de l'appareil de la voûte. Les nervures sont redes- 
sinées par de larges filets accompagnes d'un perlé noir. — 
Dans son état primitif cette décoration picturale devait 
être d'un sjrand etitét. 



OX vient de retrouver en Autriche un iVlbert 
Durer authentic|ue, représentant la Alise 
du Christ an tombeau. Ce tableau appartenait 
depuis longtemps à l'Académie de peinltire vien- 
noise, mais il était caché par une composition 
qu'on attribuait à un élève de Lucas de Cranach. 
Le conservateur du musée de l'Académie eut 
l'idée d'enlever soigneusement cette composition 
de médiocre valeur et le tableau original apparut 
et fut reconnu, après un examen attentif, comme 
l'œuvre certaine de Durer. 



Cl)ro nique. 



131 



PARMI les tableaux trouvés lois de la re- 
construction du Palais des Beaux-Arts de 
Berlin, on a découvert, parait-il, une Rcsurrection 
du Christ, de Léonard de Vinci, datée de 14S0. 

Cette peinture va être photographiée, et des 
épreuves seront communiquées à certains con- 
naisseurs. 



UNE des plus belles œuvres de Rembrandt, 
le Doreur, provenant de la collection du 
duc de Morny, vient d'être acquise par un riche 
banquier américain, pour l'ornement de sa gale- 
rie de New-York, au prix de deux cent vingt 
mille francs. 

Cette admirable toile a figuré, il y a dix-huit 
mois, à l'Exposition des Cent Chefs-d'Œuvre, 
qui eut lieu dans la galerie Pierre Petit. C'est 
assurément l'une des plus merveilleuses toiles 
de Rembrandt. 

D'AUTRE part il parait qu'on a récemment 
découvert à Vecht, en Hollande, dans des 
circonstances curieuses, deux œuvres de Rem- 
brandt, jusqu'ici inconnues. Nous reproduisons 
cette nouvelle sous toutes réserves. 

On procédait au château de Maurik, à une vente de por- 
traits anciens appartenant à la famille Beeresteyn. Consi- 
dérés comme œuvres d'une valeur secondaire, ces portraits 
étaient simplement consignes au catalogue comme ta- 
bleaux sur panneau et tableaux sur toile. Dans le nombre 
il y en avait deu.x de Rembrandt, plus ou moins détériorés 
en certaines places par la poussière, mais d'une authen- 
ticité incontestable. Pendant l'Exposition qui a précédé 
la vente, des amateurs, en grattant un peu la poussière, 
avaient découvert sur les deux toiles la signature <,< R. H. 
van Ryn » et la date de 1632, et constaté ainsi que ces 
portraits appartiennent à la première période du maître. 
Les amateurs cependant n'avaient fait part à personne de 
leur découverte, espérant sans doute en bénéficier eux- 
mêmes. Au moment de la vente, les enchères s'élevèrent 
rapidement, pour ces deux toiles, à 40 et à 50,000 florins. 
C'est alors que la famille Beeresteyn, étonnée, apprit l'ori- 
gine de ces deux œuvres capitales. Elle se mit aussitôt 
à les disputer et poussa les enchères à 75,000 florins 
(158,000 francs), prix auquel elle est restée propriétaire de 
ses tableaux. Si non i vcro... 

CECI nous rappelle l'acquisition faite, il y a 
dcu.x ans, à la vente du chevalier Soenens 
de Gand, par M. R. de Pauw, d'un magnifique 
tableau du même maitre. Plus heureux que les 
amateurs hollandais, M. de Pauw fut seul à recon- 
naître le faire sans pareil de Rembrandt sous des 
repeints grossiers. Nous venons de revoir cette 
œuvre magistrale, étincclante de lumière, d'un 
coloris si puissant qu'on n'en peut croire ses yeux. 
Elle représente deux enfants faisant des bulles de 
savon. Voici comment \ç. Journal d:s Beaux- Arts 
a, dans le temps, décrit cette peinture : 

Les deux acteurs de la scène sont revêtus de costumes 
impossibles et d'accoutrements que l'on ne peut rappoiter 



ni à un pays ni à une époque déterminés. Leurs têtes, dont 
l'une est enguirlandée de fleurs des champs, dont l'autre 
est ceinte d'un diadème étincelant de pierreries, se dé- 
tachent sur les sombres mais transparentes profondeurs 
d'une grotte. La lumière se joue avec une magie presque 
surnaturelle dans les filaments d'or des cheveux et le 
scintillement des pienes précieuses. Des monnaies d'or 
et d'argent roulent sur le terrain où l'on remarque au pre- 
mier plan une cassolette allumée, dont la fumée en s'é- 
chappant permet de lire dans ses spirales les mots : 
VaiUtas vanitalmn, oninia vanitas. 

Tous les admirateurs du peintre de la ronde de nuit, — 
et il y en a beaucoup — se réjouiront de voir son œuvre 
augmenté d'une toile restée inconnue de ses biographes, 
et qui, avec la signature de Rembrandt, est un excellent 
spécimen de son inexplicable pinceau. 



CCongrcs et eCrcursions. 




l'E Congrès annuel de la Société frmiçaise 
d'archéologie a eu lieu cette année dans 
l'Ariège. L'excursion a commencé par 
la visite de la cathédrale de Pamiers, 
dont l'intéressante porte de la fin du XII<= siècle, 
offre des chapiteaux historiés curieux. Au-dessus 
du porche s'élève un clocher à fenêtres ogivales 
construit au XIV*-' siècle, sauf le dernier étage, 
qui date du siècle suivant. C'est un type intéres- 
sant d'une soite de constructions particulière au 
Languedoc, et dont le clocher des Jacobins de 
Toulouse formait un des plus beaux spécimens. 
Après avoir jeté un coup d'œil à un curieux 
logis de la fin du XV<^ siècle, le Congrès se rend 
à Notre-Dame du Camp. Cette église à une 
nef fut renou\eléc au XIV'^ siècle, mais de cette 
reconstruction il ne reste que la façade, bien 
restaurée, entièrement en briques, flanquée de 
deux tourelles crénelées reliées par une courtine 
également crénelée. Cet appareil de défense 
militaire constitue le principal intérêt du monu- 
ment. 

Une partie du personnel du Congrès fit en 
voiture une excursion à Mirepoix. On passa par 
Vais, dont la curieuse église, adossée à une 
grosse tour militaire, rentre dans la catégorie 
des rares églises à plusieurs étages. Mirepoix 
est bâti sur le plan des villes bastides. En 13 18, 
le pape Jean XXII en fit le siège d'un évêché. 
La cathédrale dédiée à saint Maurice, fut 
élevée parles soins des deu.x évêques, Guillaume 
II (1405-1431) et Philippe de Lévis (1449-1537). 
Elle présente un des tj'pes les plus intéressants 
deces églises à nef large et unique, quelontrouve 
surtout dans le Midi de la I-^'rancc, au Sud de la 
Garonne. C'est, parait-il, la plus large qui existe 
en France. I--llc ne le cède pas à la célèbre nef 
de la cathédrale de Gerône, en Catalogne, sa 
contcmporaine,qui mesure extérieurement 23'"JO. 



132 



Eeuue oc l'art cbrcticn. 



La construction de cette dernière donna lieu à 
la convocation d'une junte d'architectes appelés 
d'Espagne et de France, pour décider si l'édifice 
était susceptible d'être recouvert par une seule 
voûte; question résolue par l'affirmative. Mire- 
poix n'avait pas reçu de voûte avant la restau- 
ration moderne. Une tour carrée, qui flanque le 
côté sud, est surmontée d'une flèche à crochets du 
XVI*^ siècle, d'une remarquable élégance. 

Après un coup d'œil sur la tour du XII"^ siècle 
située dans la rue des Couverts, on se rendit au 
château de Lagarde, où l'on remarque une porte, 
quatre tours d'angle et des courtines élevées par 
François de Lévis (XIV« siècle.) La belle tour 
d'escalier à moitié éventrée, et qui accuse le com- 
mencement du XII« siècle, est due à Jean de 
Lévis, sénéchal de Carcassonne. 

On fait une halte à Saint-Jean de Verges, dont 
l'église romane a été décrite naguère par M. de 
Lahondés ('), et à l'église de la Daurade, qui 
conserve une porte du XI IF" siècle. Près de Taras- 
con on trouve l'antique sanctuaire de Notre-Dame 
de Sabart, l'une des plus importantes églises du 
pas^s, but d'un antique pèlerinage; son histoire 
a été racontée par M. Garrignon et a paru dans le 
Bulletin momoiiental (;). 

L'édifice conserve intact son plan basilical 
primitif. On voit encore l'église d'Unac (3) fort 
beau t}-pe d'église romane. Sa belle abside, munie 
de contreforts, flanquée de deux absidioles, 
percée de belles fenêtres dont l'élégante voussure 
retombe sur des colonnettes, a gardé grande 
tournure. Le clocher, avec ses deux étages de 
fenêtres géminées, couronne dignement la vieille 
basilique. 

Le congrès en terminant ses travau.x, a décerné 
quatre médailles en vermeil à MM. de Lahondés 
pour ses Recherches sur les momintents de l'Ariège 
et pour son Histoire de Pamiers ; Noguier, 
fondateur du musée lapidaire de Béziers, pour 
son Catalogue cpigraphique du musée ; Pasquier, 
pour ses travaux d'archéologie et de paléonto- 
logie ; et Garrigou, pour l'ensemble de ses travaux 
scientifiques. 



NOUS donnons, p. 79, le compte-rendu de 
l'excursion faite en Septembre dernier au 
pays des Trévircs par la Gilde de St- Thomas et 
de St-Luc. 



LA Société centrale des architectes de Belgique 
a fait en mai dernier une excursion en 
Normandie. Elle a visité le Mans, Vitré, Cou- 

1. V. /iull. jnonum. ai. née 1875. 

2. Le Sfiàaratès, par H. Garrignon. BttiL moniim. 1877. 

3. Ibid. 



tances, Baycux, Caen, Lisieux, Trouville, le 
Havre et Rouen. ]\L Corroyer a fait à ses 
membres les honneurs du mont St-Michcl, et ils 
ont joint à tant d'autres leurs protestations 



contre la fameuse digue. 



eCrpositions. 




lIOUS avons parlé dans notre dernière 
livraison de l'exposition des arts déco- 
ratifs. — Il y a lieu d'y signaler une 
bien intéressante exhibition, celle des 
verrières originales. Deux à trois cents panneaux 
anciens du XI 1= au XVI F' siècle, intacts ou 
restaurés, ont été fort habilement dressés sur les 
paliers des deux grands escaliers latéraux. C'est 
la première fois, croyons-nous, qu'une pareille 
exposition a été tentée et on y a parfaitement 
réussi. Des décalques de vitraux connus ainsi que 
de nombreuses photographies jointes aux ver- 
rières originales, résumaient l'œuvre complète de 
nos anciens peintres verriers. 

C'étaient des fragments de verrières originales 
du XI F siècle provenant de la cathédrale de 
Châlons-sur-Marne, des vitraux des cathédrales 
de Strasbourg et de Poitiers, notamment une 
fenêtre absidaic avec la légende de Saint-Lau- 
rent ; des envois de la cathédrale de Bourges, les 
figures de saint Valérien, de sainte Cécile, de 
saint Pierre et de saint Paul, une Résurrection 
de Lazare, Ste Madeleine au.K pieds du CllRlST, 
et un vitrail contenant la corporation des chan- 
geurs etc. ; comme complément quelques vitraux 
cisterciens. 

Pour le XIII'= siècle, la cathédrale de Bourges 
a fourni plusieurs autres sujets de corporation, 
les tisserands, les forgerons, plus une Assomp- 
tion ; celle du Mans, divers panneaux de fenêtres 
avec deux saints Georges et autres saints. Citons 
encore une Vierge de Poitiers ; Adam et Eve et 
divers panneaux circulaires provenant de la rose 
de la façade principale de Notre-Dame-de- 
Paris. 

Du XIV'= .siècle, on voyait des débris venant 
des cathédrales de Châlonset de Bourg, et, d'une 
origine inconnue, la Visitation, l'Adoration des 
Mages, la Naissance du CllRIST, etc. 

Du XV^, des compositions architecturales, 
encadrant des personnages et des sujets de piété, 
sorties de l'abbaye d'Eymoutiers dans la Haute- 
Vienne, de Saint-Germain-dcs-Prés, de Saint- 
Séverin et de Saint-Gcrvais de Paris ; puis quel- 
ques vitraux suisses tirés d'édifices civils. 

Le XVI»^ était représenté par de nombreux 



Cbronique. 



133 



échantillons remarquables. Un vitrail célèbre est 
celui donné par Charles de Villiers, comte évêque 
de Beauvais à l'église de Montmorency, exécuté 
en 1524. Les églises mises à contribution sont 
celles de Montmorency, de Saint-Gervais de 
Paris, de Saint-Julien-du-Sault, les cathédrales de 
Châlons et d'Autun. 



NOUS ne nous occupons guère des exposi- 
tions de peinture et de sculpture, dans 
lesquelles nous voyons l'un des écueils de l'art 
moderne. Il est évident que nous sommes en 
pleine démagogie ; l'artiste ne connaît plus de 
mission ; il ne marche plus à la tête de son siè- 
cle, mais à la remorque du public; il relève uni- 
quement de ses caprices ; il cherche la vogue en 
flattant les plus bas instincts du vulgaire. 

On pourrait admettre les expositions comme 
l'épreuve que peut utilement subir une œuvre, 
dont l'objectif est ailleurs. Mais aujourd'hui 
l'exposition et la vente par l'exposition est la 
fin suprême du tableau. Or l'essence du grand 
art n'est-il pas d'avoir un objet, un but élevé, 
supérieur, étranger à la préoccupation de vente 
et même à la vogue .'' — Aussi que nos peintres 
sont petits, avec leurs tableaux de genre, à côté 
des maîtres anciens qui peignaient leurs retables, 
dans la noble et sereine pensée de les voir figurer 
sur un autel et servir à l'édification du peuple ! 

Donc, à Dieu ne plaise que nous nous mêlions 
à ce peuple de critiques incompétents, qui met 
sur le gril les pauvres artistes modernes! Cela ne 
nous empêchera pas toutefois de signaler à l'oc- 
casion quelque bonne tendance qui peut se faire 
jour dans le chaos pictural et sculptural d'une 
exposition ; c'est ici le lieu de citer quelques 
lignes du Journal des Beaux-Arts à propos du 
salon de Bruxelles. 

<i Voici un Philosophe de M. Fr. De Pauw 
juché un peu haut et qui me parait renfermer de 
sérieuses qualités d'exécution. Il y a là une sa- 
veur gothique très agréable à l'œil. Remarquez- 
vous cette tendance à emboîter le pas avec 
Qucntin-Metsys.' En voilà plusieurs que je prends 
sur le fait : Van Hove (Edmond), Van Haver- 
maet, H. de Brackeleer, Impens de Pauw, quel- 
ques artistes de l'école de Dusseldorf, et d'autres 
dont les noms m'échappent. Nous y reviendrons. » 

Nous disons à notre tour à ces courageu.x 
lutteurs : bravo, et courage ! Mais gardez-vous de 
faire juges de vos vaillants efforts ni les critiques, 
ni le public des salons. 



DANS l'avenir, il est aisé de prévoir que l'on 
désignera volontiers à Rouen, l'année 1884, 
sous le nom d'année des Expositions. On a rare- 



ment vu en province pour une seule année une 
aussi grande variété d'expositions, organisées 
simultanément et, chose plus rare encore, toutes 
couronnées de succès tant au point de vue des 
recettes que de leur parfaite installation. 

Notre précédente livraison contient, sur l'expo- 
sition d'imagerie organisée par la comité catho- 
lique, un article de M. Ch. de Linas, qui nous 
dispense d'y revenir, et nous donnons dans ce 
fascicule même, une lettre de M. de Farcy, sur 
l'exposition rétrospective. — Signalons, outre 
l'exposition des Beaux-Arts, une exhibition d'un 
intérêt local tout particulier que chaque ville 
devrait avoir à cœur d'imiter. On avait réuni au 
Musée une importante série de Peintures, Dessins 
et Estampes relatifs à la topographie ancienne et 
moderne et à l'histoire monumentale de la Ville. 
Les Archives municipales, le Musée, la Biblio- 
thèque, des amateurs, des artistes, des éditeurs 
ont concouru à former un ensemble très varié qui 
raconte au regard charmé toutes les transforma- 
tions de la grande cité normande. 



LE Bayrisches Gcicerbciiuiscum, à Nuremberg, orga- 
nise, pour l'époque du 15 juin au 30 septembre 1885, 
une e.\position internationale d'ouvrages d'orfèvrerie, 
joaillerie, bronzes d'art et d'ameublement, ainsi que de 
machines, outils et métaux bruts nécessaires à leur fabri- 
cation. Cette exposition sera complétée par une division 
historique. 

Cette division historique aura pour but de donner un 
aperçu du développement successif des travaux d'orfèvre- 
rie et de joaillerie, des bronzes d'art et d'ameublement ; 
de montrer les avantages des travaux anciens au point de 
vue technique et artistique, et d'éveiller, par suite, l'ému- 
lation vers des perfectionnements et des progrès dans le 
domaine des ouvrages modernes en métaux. 

Elle embrassera les produits des arts et métiers prove- 
nant des âges les plus reculés jusqu'aux œuvres des temps 
modernes, soit jusqu'au commencement de ce siècle ; 
ainsi : des ouvrages de bijouterie d'or et d'argent, de 
joaillerie ; des ouvrages artistiques en cuivre, y compris 
des émaux ; des bronzes d'art et des ouvrages en laiton ; 
des produits artistiques des potiers d'étain. 

Les articles ressortissant à la division historique seront 
l'objet d'une exposition privilégiée et pourvus du nom de 
leur propriétaire ('). 



Si toute l'aristocratie ])olonaise de la province avait 
voulu y participer, l'Exposition de Posen, qui n'a duré 
d'ailleurs qu'une quinzaine de jours, eût été une des plus 
intéressantes et des plus brillantes qu'on puisse imaginer; 
car les chefs-d'œuvre de tous les icnips et de tous les pays 
ne manquent pas chez M.M. l'otocki, Radziwill, Chlapow- 
ski, Cieszkowski, etc. Ce dernier est le seul qui ait con- 
senti .^ envoyer ici les perles de sa riche galerie, et c'était, 
on peut le dire, le principal attrait de cette Exposition, qui 
ne comprenait en tout que 175 tableaux et une dizaine de 

I. I-es envois des objets destinés à indivision historique seront 
reçus jusqu'au 30 avril 1885. 



134 



IRctJue De rart chrétien 



sculptuies.Au premier rang figuraient X Adoration des Rois 
Maires, de Paul \'éronèse ; une Grande dame milanaise, 
de Franc^ois Moroni; un superbe van Ostade et un Albert 
Cuyp de grande valeur. Citons encore deux toiles attri- 
buées à David Teniers, une belle marine de Backhuysen, 
un van Huysum, un Stev. l'alamedes, etc. Parmi les pem- 
tures modernes rien de particulier ;\ noter. Mais en revan- 
che dans la sculpture on a admiré l'œuvre d'un artiste qui 
est en même temps un poète célèbre en Pologne : c'est une 
porte de bronze commandée à M. Théophile Lenartowicz, 
par le comte Cieszkowski pour le tombeau de sa fille. M. 
Lenartowicz, qui habite l'Italie depuis plus d'un demi- 
siècle et qui est déjà très connu dans ce pays, s'est inspiré 
dans ce morceau des plus beaux modèles de la Renais- 
sance. 



u 



NE curieuse salle a été ouverte tardivement 
_ au public, à l'exposition des Arts décoratifs,^ à 
l'e.xtrémité du palais de l'Industrie, au premier étage, côté 
de la place de la Concorde. Son attrait consiste exclusive- 
ment en de superbes boiseries anciennes appliquées contre 
les murs, ce qui a permis de les rétablir telles qu'elles 
devaient être dès leur première destination. Les plus 
remarquables de ces boiseries par leur ancienneté, leur 
richesse et leurs détails d'exécution proviennent du salon 
dit « du cardinal Mazarin », au château d'Ormesson. 
Dans un coin de la salle, on a dressé une autre boiserie, 
une cheminée au.x proportions monumentales, datant de 
Henri IL 



--^^eCrpositions ouuccte.s ou annoncccs. --- 

ANVERS. — Exposition de mai-octobre 18S5. 

GL.A.SCOW. — 24'' Exposition de l'Institut des Beaux- 
Arts, du 3 février au 30 avril 1SS5. 

LYON. — Exposition annuelle de la Société des Amis 
des Arts, de la 2' quinzaine de janvier à la fin de mars. 

LYON. — Exposition permanente des Beaux-Arts de 
Lyon, 38, rue de Bourbon, tous les jours de 1 1 h. à 4 
heures. 

NOUVELLE-ORLÉANS. — Exposition universelle, 
du 16 décembre 1884 au l" juin 1885. 

NUREMBERG. — Exposition internationale d'orfè- 
vrerie, joaillerie, bronzes, du 15 juin au 30 septembre 1885. 

PARIS. — Salon de 1885 du r' mai au 30 juin. 

PARIS. — Exposition nationale de 18S6, du i" mai au 
15 juin. 

PAU. — 21" Exposition annuelle de la Société des 
Amis des Arts de Pau. Ouverture le 25 janvier, clôture le 
15 mars 1885. 



iHusces. 



E conservateur du musée de Cluny vient 
d'enrichir ses collections de huit grands 
panneaux de carrelage provenant du château 
de la Bâtie, près Rouen et exécutés en mars 
1548 par <( Mosseot Abaqueene, esmalier en 

Notre-Dame de Sotteville-les-Rouen ». Un 




terre de 

autre carrelage du même artiste se trouve déjà exposé 

à Cluny. 

Une acquisition plus importante a également été faite 



en Hollande par le même musée; il s'agit d'une plaque 
funéraire en cuivre. La France jusqu'à ce jour, ne possé- 
dait aucune pièce de ce genre et était réduite à n'exposer 
dans ces musées que des copies prises dans les Musées 
de Bruges et de Gand. 

Enfin il vient d'être fait don au musée de Cluny, par le 
ministre de la guerre, de vingt-cinq magnifiques plaques 
de cheminées datant des -KVL', XVI I" et XVI IL siècles, 
et provenant de la démolition d'appartements qui faisaient 
partie du fort de Vincennes. (Courrier de l'Ari.) 



LE musée des moulages sera prochainement agrandi 
par l'installation de trois nouvelles salles. Toute la 
galerie de gauche du palais du Trocadéro sera transformée 
en musée. Comme l'indique son nom, le musée des mou- 
lages est composé exclusivement de reproductions ; mais 
ces reproductions ont été prises sur les plus beaux chefs- 
d'œuvre de sculpture et d'architecture connus en France. 
Un seul ouvrage original s'élève au milieu de toutes ces 
merveilles reproduites en plâtre : c'est le buste en mar- 
bre de feu M. Viollet-le-Duc. Quant aux ouvrages compo- 
sant le musée proprement dit, quoique faits de la veille, on 
dirait qu'ils datent tous de plusieurs siècles, grâce aux per- 
fectionnements obtenus pour donner au plâtre les teintes 
rigoureusement exactes des monuments dont ils sont la 
reproduction fidèle. Voici par exemple, parmi les ouvrages 
les plus importants exposés récemment, le portail de la 
cathédrale de Bordeaux. (11 aura pour pendant le portail 
de la cathédrale de Rouen, qu'on est en train de cons- 
truire, et dont les deux portes latérales sont déjà mon- 
tées). Puis, un tombeau provenant de l'église Saint-Just, 
à Narbonne ; une stalle du chœur de la chapelle de l'an- 
cien château de Gaillon dans l'Eure, superbe morceau de 
sculpture, dont l'original se trouve aujourd'hui dans la 
basilique de Saint-Denis. Les futures salles actuellement 
en voie d'installation sont remplies de moulages empilés 
contre les murs et provenant principalement du centre et 
du midi de la France. Deux petits monuments seulement 
s'élèvent, entièrement construits, au milieu d'une des sal- 
les ; ce sont les reproductions de deux fontaines que l'on 
peut voir encore, l'une à Blois et l'autre sur une des pla- 
ces publiques de Caen ('). (Journal des Aris.) 



M. Adolphe Guillon vient de faire don au Musée des 
Arts décoratifs d'une remarquable collection de carreaux 
émaillés de Bourgogne, qui rendra les plus grands services 
aux faïenciers parisiens. 

M. Guillon, a découvert les modèles de ces curieux car- 
reaux dans les abbayes de Vézelay et de Cluny ; dans les 
églises de Cliâteau-Censoir, de Vincelles, de Cudot ;dans 
les châteaux de CourtroUcs, de Sacy, de Vontenay, de 
Vergy, de Brazey, etc. 

Cent neuf spécimens ont été ainsi réunis et disposés en 
six grands panneaux, que l'administration du Musée a 
placés dans la galerie extérieure, au palais de l'Industrie. 

(Ibidem.) 



MONT.\K(;iS possède un musée prest|ue récent 
encore mal classé, mais assez riche et contenant 
plusieurs œuvres provenant de la région. 

I. Par uncdccibion récente du ministère des beaux-arts le public est 
autorisé à prendre, sur place, des dessins des ouvrages exposés. Tou- 
tefois, ces dessins doivent ôtre exécutés à la main, sans aucune instal- 
lation. 11 est également défendu de prendre des vues à l'aide d'ajjpa- 
reils photograpliiques, ce privilège appartenant exclusivement à un 
artiste pliotograplie, et cela en venu d'un traité passé avec l'admi- 
nistration. 



Ci) ro nique. 



Ô3 



On remarque dans l'escalier des pierres tombales pro- 
venant de l'abbaye de Sainte- Rose, près de Roscy-le- 
Vieil, au premier étage, une petite salle consacrée aux 
sculptures, moulages, esquisses et dessins du baron Henri 
de Triqueti. Parmi les tableaux un certain nombre de 
primitifs de diverses écoles. 



LA galerie nationale de Londres vient de faire l'acqui- 
sition d'une des plus belles œuvres d'Andréa Mante- 
gna : Sainson et Dalila. La note générale de ce tableau 
porte à croire qu'il faisait pendant ^w Jugement de Salo- 
tnon, du même peintre, qui appartient à la galerie de 
Louvre. 



LE musée de Lille vient de s'enrichir de divers dons. 
M"" Sproit lui a offert un petit flamand primitif, pan- 
neau de o"',28 de haut sur o"',4o de large qui représente 
saint Joseph, la Vierge et l'Enfant Jésus traversant un 
village. 



SUR l'initiative du duc Torlonia, secondé en cela par 
j\I. Fiorelli, la ville de Rome se propose de fonder 
deux nouveaux musées qui seront du plus haut intérêt au 
point de vue archéologique ; l'un, le Museo iirbano, renfer- 
merait les œuvres d'art antiques trouvées dans la ville 
même ; l'autre, le Museo tutino, serait réservé aux objets 
découverts dans la campagne romaine. 



LE gouvernement saxon se propose d'installer prochai- 
nement dans l'ancienne résidence des archevêques 
de Magdebourg un muser provincial qui, en dehors des 
objets préhistoriques, contiendra des œuvres d'art du 
moyen âge et de la Renaissance. Entre autres curiosités 
on y verra deux chambres, l'une du XVI", l'autre du XV'II<-' 
siècle, complètement aménagées dans le style du temps. 

Le musée des Arts industriels de Berlin va s'enrichir 
également d'une acquisition analogue, grâce au fonds dit 
de Fréd. Guillaume. On y installera deux chambres 
Renaissance allemande de 1540: les plafonds, les portes 
et les fenêtres, tout est de cette époque. L'une de ces piè- 
ces provient du château Ha;nrich de F'ranconie, l'autre du 
château de Haldenstein, près Coire ; cette dernière avec 
ses magnifiques sculptures est connue depuis longtemps 
et passe pour être le plus bel ouvrage en bois suisse. 



LE nouveau musée conmiunal de Gand vient de s'ou- 
vrir dans l'ancienne chapelle sécularisée des Frères 
du Mont Carmel, à laquelle M. le baron Bcthune a consa- 
cré une étude dont nous avons entretenu nos lecteurs. 
( V. J\evue de l' Art chrétien, 1S84, p. 386J 

Il était temps que la ville de Gand, si ijopuleuse, si riche 
en monuments, et qui cultive avec tant de succès l'art tradi- 
tionnel, eût enfin son musée. — S'il est regrettable de voir 
les services civils envahir les sanctuaires de la piété, du 
moins on a tiré de celui-ci le parti le plus digne, parmi 
les usages auxquels il fut successivement affecté, et nous 
aimons mieux y voir exposer des antiquités, que déballer 
des légumes et des denp;es alimentaires. Car tel a été 
le sort de l'antique chapelle, après bien de péripéties. 

Avant d'y installer le musée, l'administration commu- 
nale a fait approprier et restaurer ce monument ; mais 
cette restauration est des plus malheureuses. M. A. de 
Ceuleneer a formulé â ce sujet, dans \c Journal des lieaux- 



Arts, des critiques fondées sur lesquelles nous aurons à 
revenir. 

Le musée n'est pas riche, mais assez intéressant toute- 
fois. Il est installé avec goût, dans un local superbe. Les 
chapelles latérales del'antique oratoire forment des compar- 
timents disposés d'une manière particulièrement heureuse 
pour classer les objets parépoque; dévastes vitrines s'allon- 
gent dans les nefs ; de vieux gonfanons de soie pendent 
aux entraits du berceau lambrissé, ou forment de beaux 
trophées, accrochés au haut des murailles. Les objets de 
l'époque ogivale ne sont pas très nombreux ; mais la partie 
la plus intéressante est celle qui concerne les anciennes 
corporations gantoises. 

La collection des torchères est des plus remarquables 
et rarement on trouvera réuni un aussi grand nombre d'ob- 
jets ayant appartenu â d'anciennes corporations. Une sec- 
tion non moins riche que la précédente est celle de la 
ferronnerie. Il y a là des ouvrages de toute beauté et une 
collection de serrures de coffres-forts peut-être unique en 
Belgique. Mentionnons aussi quelques jolis grès dont 
plusieurs proviennent de la collection Minard. 

La création du musée est due en grande partie à M. 
Ferd. Vanderhaeghen. — M. H. Van Duyre en est con- 
servateur ('). 



Signalons la -louable initiative prise à Courtrai par 
quelques archéologues et en particulier par M. J. 
Van Ruymbeke. Le noyau d'un musée y est formé, et 
grâces à leurs efforts, le reste n'est plus qu'une question 
de temps. Le local choisi est des plus heureusement adapté 
à pareille destination. 11 n'est autre que l'une des tours 
de la superbe porte-d'eau qui excite l'admiration de tous les 
voyageurs par son aspect pittoresque et imposant. — 
Il n'y a pas longtemps que le musée archéologique de 
Bruges ne consistait, comme aujourd'hui celui de Cour- 
trai, qu'en quelques épaves du passé réunies dans la tour du 
Franc Courage à nos amis de Courtrai. 



UN terrible incendie a manqué d'anéantir 
la Galerie des tableaux anciens et le 
Musée Thorwaldsen : 

« Du grand et pompeux château de Christiansborg où 
le Roi avait récemment réuni en un banquet les membres 
du congrès des sciences médicales, il ne reste plus qu'une 
ruine sombre et fumante dont les murs épais de deux 
mètres menacent de crouler. Les trois ailes du palais sont 
brûlées de fond en comble. Les efforts héro'iques des pom- 
piers et des militaires ont réussi seulement à préserver le 
Musée Thorwaldsen, l'église du château, la grande Biblio- 
thèque royale et l'Arsenal. C'est un grand bonheur, car 
tous ces bâtiments touchaient au château et en partie 
faisaient corps avec lui. Les archives et la riche Galerie de 
peintures des anciens maîtres flamands et italiens sont de 
même sauvés, mais il y a naturellement beaucoup de 
tableaux très endommagés. 

<,< La château de Christiansburg est situé sur un îlot, 
entouré de canaux. Dès les temps anciens il y avait là un 
château fort. Le roi Christian V y bâtit ensuite un palais 
qui devait surpasser en splendeur tous les châteaux royaux 
de ce temps en Europe. En 1794 ce palais fut la proie des 
flammes. Au commencement du XIX' siècle, le Danemark 

I. La fabrique de St-Michel a fait don -lu musée d'antiquités de la 
niaquirtte en l)ois de la tour carrée de cette église dont la construc- 
tion commencée en 1440 ne fut jamais aclievée ; trois plaques en 
cuivre doré repoussé et deux statues en marbre blanc représentant 
l'EsiJérance et la Charité, ont été également remises au musée 
par la fabrique. 



1.-^6 



iRcuuc De rart cfjrcticn 



se trouvant en guerre avec l'Angleterre, la reconstruction 
du château fut suspendue. Ce ne fut qu'en 1S28 que la res- 
tauration fut achevée. Depuis lors, Christiansborg avait 
été habité par les rois Frédéric VI et Frédéric VII. Mais 
Christian IV s'en servait seulement pour les fêtes, comme 
le récent banquet offert au congrès des médecins. 

« Dans l'aile sud se trouvaient les locau.\ de la repré- 
sentation (le /litisiùti^ry^ dans l'aile nord était la Galerie des 
peintures. Dans les autres parties, il y avait les archives 
secrètes du royaume et les salles de la cour suprême. » 



■ Ifcnrcs. 



O 



N lit dans la Chronique des Arts et de la 
Curiosité, du 6 décembre 1884, p. 488: 

La collection Basilewiski. 



« L'année de la curiosité vient de perdre le plus beau 
« fleuron de sa couronne. Vendue hier soir sur un simple 
« télégramme, la collection Basilewiski ! vendue six mil- 
<i; lions de francs au gouvernement russe, qui, depuis 
« longtemps, négociait avec le propriétaire par l'entremise 
« de M. le comte Polotzoff. 

« Pour tous, c'est le gros morceau de la saison, qui s'en 
« va. Pour beaucoup, c'est le rêve de Perrette au pot au 
« lait, qui s'évanouit. Une collection de cette importance, 
« en effet, ne se disperse pas sans laisser un million entre 
« les mains des intermédiaires, que les ventes font vivre. 
« Le catalogue était en partie préparé... Quelle décep- 
« tion pour les amateurs, qui préparaient déjà pour le 
« mois de mars leurs munitions de guerre! Jamais, depuis 
« la vente Sollikoft", qui avait produit 1,800,000 francs en 
« 1860, le public n'aurait assisté à des enchères aussi 
(< importantes. Toute l'Europe intelligente, aimant les arts, 
« aurait été présente. Dans cette galerie de la rue Blanche, 
« où l'on était admis sur carte personnelle, une fois par 
« semaine, il y avait, depuis de longues années, des mer- 
« veilles amassées... Pour les voir, il faudra désormais 
<,< faire le voyage de St-Pétersbourget demander au musée 
« de l'Ermitage, la salle Basilewiski... 

{Figaro.) Paul Eudel. 

Tous les amis de l'art ancien et particulièrement de l'art 
religieux, si bien représenté dans cette belle collection, 
regretteront sincèrement l'enlèvement de ce trésor de 
notre pays. Exposées en 1867 dans les salles de l'histoire 
du travail et en 1878 au Trocadéro, les principales pièces 
sont connues de bien des amateurs ; il était d'ailleurs facile 
de les visiter ; une simple demande de carte ouvrait la porte 
de la vaste galerie, où les ivoires, les éniau.x et les pièces 
d'orfèvrerie les plus étonnantes étaient rangées sur des 
dressoirs ou des crédcnces admirables. 

Quel dommage que le gouvernement français ait com- 
mis la même faute que pour la collection Soltykoff (celle- 
là dispersée de tous côtés) et laissé la Russie, la moins 
intéressée des nations européennes dan s la question, puisque 
tous les objets sont d'origine française, alleinande ou ita- 
lienne, faire l'acquisition de ces chefs-d'œuvre du passe. 
La parole en ce cas, comme en bien d'autres, est aux mil- 



lions. Peut-être en aurait-on trouvé s'il avait été question 
d'une autre collection Campana, composée de vases étrus- 
ques ou romains sans nombre: mais ici on était en plein 
art religieux (catacombes, art byzantin, moyen-âge et 
renaissance), c'était une bien mauvaise note par le temps 
qui court et avec les tendances anti-cléricales à la mode. 
Quel excellent fond eût fait cette collection pour le 
futur palais des Arts décoratifs ; mais n'insistons pas et 
espérons, sans trop y compter, qu'à l'avenir on ne laissera 
plus échapper pareille occasion. 

Voici, à titre de renseignement, les divisions du catalo- 
gue raisonné, édite chez Morel en 1874, sous la direction 
de M. Darcel avec de fort belles planches en or et couleurs. 
Il contient 561 numéros; inais depuis son impression de 
nombreuses acquisitions avaient été faites par M. Basi- 
lexviski, entr'autres l'admirable croix de procession en or 
ciselé et repoussé de la fin du Xlll'' siècle ('), exposé au 
Trocadéro entre les deux reliquaires émaillés de l'ancien 
trésor de Bâle. Actuellement la collection comprend 750 
numéros. 

1 . Art des catacombes. 

Marbre, numéro i. — Terre cuite numéro 2 à 25. — 
Ivoire 26 à 31. — Bronze 2,2 à 39. — Verre 40 à 44. 

2. Art Byzantin et époque Carlovingienne. 
Ivoire 45 à 78. — Mosaïque 79 à So. — Émaux 81. 

3. Art du moyen âge. 

Calcaire 82 et 83. — Marbre 84 et 85. — Ivoire 86 
1 12. — Bois 1 13 à 1 19. — Meubles 120 à 123. — Matières 
plastiques 124. — Bronse et dinanderie 125 à 137. — Or- 
fèvrerie 138 à 189. -- Étain 190. — Émaux 191 à 237. — 
Emaux translucides 238 et 239. — Verre 240 et 241. — 
Mosaïque 242. — Ferronnerie 243 et 244. — Coutellerie 
245 à 250. — Armes 251 à 255. 

4. Art de la Renaissance. 

Marbre 256 et 257. — ■ Ivoire 258. — Bois sculpté 25g 
à 265. — Meubles 266 à 274. — Matières plastiques 275 
et 276. — Terre cuite 277. — Terre cuite entaillée 278 à. 
282. — • Bronze 283 à 287. — Ferronnerie 288 à 292. — 
Coutellerie 293. — Armes 294 à 300. — Émaux Vénitiens 
301 à 304. — Émaux peints ya^ à 349. — Faïences peintes 
350 à 489. — Verrerie 490 à 543. — Tapisserie 544. — 
Broderie 545 à 550. 

5. Art oriental 551 à 558. 

6. -Supplément 559 à 561. 

Tels étaient les titres des chapitres du catalogue dressé 
en 1874 par M. Darcel et illustré de 50 planches la plu- 
part en chromolithographie. Souhaitons à toutes les 
grandes collections d'être décrites d'une façon aussi 
savante et avec un tel luxe de reproductions. Puisse sur- 
tout le gouvernement, si généreux des millions de la 
France C|uand il s'agit de la Tunisie ou du Tonkin, en 
réserver quelques-uns (ne fût-ce que tous les vingt ans) 
pour l'acquisition de collections telles que celles du prince 
Soltykoft ou de M. Basilewiski, et ne pas laisser passer 
à l'étranger des spécimens de cette importance pour notre 
art national ! L. F. 

I. Voyez dans \'Art ancien à l'exposition de 1878 par M. I,. 
Gonse, rédacteur de la Gazette des Beaux Arts, p. 232, la reproduc- 
tion de celle croix unique, accomp.agnée de deux branches, portant 
l'une St Jean, l'autre la Vierge. 







REPONSE. 

Plaques de foyer en fonte de feri'^^]. — Nous avons 
remarqué récemment, au château de Montbras 
(c'"^ de Taillancourt, Meuse) une très grande 
plaque de foyer qui doit remonter à la fin du 
XV<= siècle ; beaucoup plus large (2'"o8) que 
haute, elle affecte la forme d'un rectangle avec 
un petit fronton triangulaire sur le milieu. Au 
centre, une croix de Jérusalem, cantonnée de 
quatre croiscttes, sur un cercle ; au-dessus, écu 
de France. Sur les côtés: 2 écus de France; 
2 étoiles à 6 rayons rectilignes ; 6 écus au lion 
rampant, tenant une hallebarde ; enfin, 2 écus en 
losange, à 6 tours, posées 3, 2 et i. 

Dans la maison de Jeanne d'Arc, à Domremy, 
existe, nous dit-on, une plaque pentagonale, of- 
frant les mêmes armoiries inconnues : au lion 
rampant arme d'une hallebarde. 

Dans la collection, importante pour les XVI 1° 
et XVIII^ siècles, du Musée de Bcaune, on re- 
marque une plaque de la fin du XV'= siècle, tou- 
jours de forme pentagonale. Le milieu de la 
partie inférieure n'offre pas de décoration ; dans 
le haut, trois croix dites de Lorraine, dont celle 
du milieu, de plus grande dimension, repose sur 
un cercle ; sur les côtés, deux fleurs de lys. (D'a- 
près une comm. de Mgr Barbier de Montault.) 
— Ces emblèmes paraissent désigner le roi 
René. 

Je pourrais signaler de nombreuses plaques 
datées de la seconde partie du X VI"^ siècle : 1 570, 
la châsse de Saint-Hubert; 1583, Ecu de France- 
Navarre ; 1584, Jugement de Paris ; 1590, Noces 
de Cana ; etc., etc. Jamais je n'en ai vu du XV<= 
siècle qui portassent une date. 

L. Germ.\ix. 



QUESTION. 

Notre-Dajne de Bon-Secours, de Nancy. — La 
statue de Notre-Dame de Bon-Secours, à Nancy, 
est, depuis deu.x ou trois siècles, l'objet d'un pèle- 
rinage très populaire. On la croit sculptée par un 
artiste de grand mérite, Mansuy Gauvain, suivant 
le compte du receveur général de Lorraine pour 
l'année 1506, qui porte : « Payé par le receveur à 
Mansuy, menusier, pour avoir taillié ung ymaige 
de nostre Dame affublée d'un manteau ouvert, 
et taillié gens de tous estas... VIII fr. V gros. » 
{Btdl. de la Soc. d'Arch. Ion:, 185 1, p. 53. etc.) 



I. Voir année i8 



, p. 621. 



Cette statue représente en effet la Vierge, les bras 
étendus, écartant un vaste manteau, qui lui cou- 
vre la partie supérieure de la tète, et sous lequel 
sont agenouillés, en dimension beaucoup plus 
petite, un grand nombre de personnages de tou- 
tes conditions, ecclésiastiques d'un côté, laïques 
de l'autre. 

L'origine iconograpliique de cette statue, qui 
constitue, dans le duché de Lorraine, un t}-pe 
tout à fait particulier, connu uniquement sous le 
nom de Notre-Dame de Bon-Secours, n'a jamais, 
croyons-nous, été étudiée. Nous n'avons pas ren- 
contré en l'rance d'images analogues de la Vier- 
ge ; mais nous en avons retrouvé plusieurs dans 
différentes provinces de l'Espagne, notamment 
dans des bas-reliefs funéraires à Burgos, qui nous 
ont paru dater du XV<= siècle. Dans son ouvrage 
La sainte Vierge (p. 493), M. l'abbé Ménard a 
donné une gravure de la Vierge des Grottes {de 
las Cuevas) du Musée de Séville ; Marie étend 
les bras ; le Saint-Esprit plane au-dessus de sa 
tête ; deux anges soutiennent les pans de son 
manteau ; des Chartreux agenouillés implorent 
sa protection. On remarque dans la Vie militaire 
et religieuse de M. P. Lacroix (p. 204), une gra- 
vure représentant « Notre-Dame de Grâce abri- 
tant sous les plis de son manteau les premiers 
grands maîtres de l'ordre militaire de Montessa » ; 
c'est une peinture sur bois du XV« siècle, vénérée 
dans l'église du Temple à Valence (Espagne). 
Les ducs de Lorraine, Jean et Nicolas d'Anjou, 
auraient pu s'inspirer de ces images par suite de 
leurs campagnes dans la Catalogne ; toutefois, 
il est plus probable que ce type iconographique 
a été rapporté en Lorraine de l'Italie, où les ducs 
de la dynastie angevine, ainsi que René II, firent 
plusieurs expéditions militaires et envoyèrent 
étudier leurs artistes. Pei-sonnellement, nous con- 
naissons peu l'Italie ; nous savons cependant que 
des représentations analogues s')' rencontrent 
assez souvent, bien que Rome ait toujoui's préféré 
le type de la Vierge por'tant sur ses bras l'enfant 
JÉ.SUS. L'Atlas Marianus (t. II, p. 69) reproduit 
Notre-Dame de Monte Berico, couvrant des pans 
de son manteau deux hommes agenouillés; la 
statue remonterait à l'an 1426. Nous possédons 
l'empreinte d'un sceau ovalaire, dont la légende 
nous parait ètie : ^ SIG. MONA. MOMA. S. 
MARIAE II DEMIS PADOL S BEN DE OB; 
il offre la même image de la Vierge, abritant 
deu.x petites religieuses. 

Nous désirerions savoir exactement : où, à 
quelle époque et dans quelles circonstances, ce 
type a pris naissance. 



138 



Ecuuc Dc rart cïjrcticn. 



N'y aurait-il pas lieu de rapprocher de cette 
représentation de la Vierge celle de sainte Ursule 
écartant son manteau pour couvrir de ses pans, 
soit plusieurs des onze mille vierges, comme dans 
une statuette d'Avioth (Meuse) ou dans l'une des 
peintures dc la fameuse châsse de Bruges, par 
Memling, soit quelques-unes de ces mêmes com- 
pagnes précédées, au premier plan, de £i'//s de 
tous états, à genoux, les mains jointes, comme 
dans la curieuse statue de l'église Saint-Michel 
de Bordeaux ? 

L. Germain. 



QUESTION. 

IL existe encore un certain nombre de groupes 
sculptés représentant la sainte Vierge debout, 
tenant l'Enfant JÉSUS sur le bras gauche et lui 
présentant de la main droite un «encrier». Une 
charmante statue de ce genre, sculptée en bois 
de chêne et polychromée, remontant au milieu 
du XV*' siècle, est conservée à l'église Notre- 



Dame de Macstricht. — Une autre figure de même 
nature, de grandeur naturelle, mais d'une époque 
plus récente, se trouve dans une niche, au tympan 
de l'ancienne boucherie à Gand. On nous a assuré 
que dans quelques peintures anciennes en Italie, 
on voit des représentations de la sainte Vierge 
avec le même attribut. 

Nous ne connaissons pas d'auteur qui, en s'oc- 
cupant de l'Iconographie chrétienne, donne le 
moindre renseignement à cet égard, et c'est en 
vain que l'on chercherait des éclaircissements 
dans les Caractéristiques des Saints Aw P. Cahier, 
dans la Christliche Synibolik de Mcntzel et les 
auteurs allemands, dans M^s Jameson et les ar- 
chéologues anglais. Tous les auteurs consultés 
sont muets à cet égard. 

Peut on citer en France et dans d'autres pays, 
des groupes représentant la sainte Vierge et 
l'enfant Jésus de la même manière.' — Est-il pos- 
sible de fixer l'origine et de préciser la signification 
de ce symbole et peut-on l'expliquer soit par des 
textes sacrés, soit par d'autres documents écrits? 

J. H. 



ERRATA. 



Page 



75, col. 2, in fine au lieu de Parniers lisez Painiers. 

» 83, » 2, 1. 8, » de Vaneille lisez de Vei-neilh, 

» 103, » 2, 1. 23, » Hubger lisez Kiigler. 

» 105, » 2, passim )) Hauslick lisez Hanslick. 




^ ?s^;irf3<M?v?d?vi^?d?v 




,' 1 r T T'i w 1 1 r nr r . 1 1 w t tt ir'ï ir t rt ^ '" w ■ ■ i iittitti f '. 1 ■ 1 1 f Tr mn' t"! UTIJiUll r"iTT¥ffWt ffl^' 1 



Bel3ue lie 



l'Hrt chrétien 




4^ 



^ parnisfinut taus ïcs trais moie. J 

28'"e année. — A"" %tm. 4^! 

z 4<]' 

^amc 111/ (xxxve he ta collEction). 4 
2™^ liuraison. — auril ^885. <^| 

H UtLlJ IIX£DLA *JtlJLlllllJ tAJJUJIlllirit-]JAAlMUMrTn ^xinjlliiJ^ li"77llir|ff* rn 'rrrTTTTT r--n 




Jlt JSgmboItgmc cbictten au ICI' mtlt, ti^après 

les poèmes t>e ;QrUtience« (Pcuricme et Pcmlcr article.) (V. la 

livraison de janvier 1885, p. i.) m^^mW^^êmm^.^m^^mi^m~ 




V. 

EUX sacrements ont été repré- 
sentés par Prudence sous une 
image symbolique. 

« Jésus, dit-il, oignit les yeux 
« de l'aveugle avec de la terre humectée de 
« sa salive et pétrie de ses mains. Il lui mon- 
« tra ensuite par quelle ablution devaient 
« être guéries ses ténèbres. La piscine de 
« Siloé élève ses eaux de temps en temps, et 
« ne les fait pas continuellement bouillonner: 
« mais, à des intervalles réguliers, son bassin 
« se remplit d'un large flot. Des troupes de 
« malades soupirent après le moment où 
«jaillira la source avare, et où ils pourront 
« nettoyer par un bain purifiant les souillures 
« de leurs membres : ils attendent que l'eau 
« sonore fasse ruisseler la pierre, et restent 
« suspendus à la margelle desséchée. Le 
« Christ ordonne (à l'aveugle) de laver à 



« cette fontaine la boue étendue sur son 
« visage, afin que la lumière le fasse de nou- 
« veau resplendir. Car il savait qu'il avait 
« formé de boue la figure humaine autrefois 
« couverte de ténèbres, et qu'il avait ensuite 
« appliqué sur le nouvel Adam le médicament 
« sorti de sa bouche. Sans le divin souffle du 
« souverain Seigneur, en effet, la terre est 
« aride et impropre à guérir; mais après qu'un 
« esprit liquide, sorti d'une bouche céleste, a 
« mouillé la terre vierge, celle-ci devient un 
« principe de salut, et, ainsi baptisée, elle 
« peut rendre la lumière. L'aveugle se tient 
« debout, les yeux rouverts par la bouche du 
« Christ, il proclame qu'il a recouvré la 
« lumière grâce à l'application de la boue et 
« au contact des flots brillants, il montre à la 
« ville étonnée l'auteur de la lumière, le do- 
« nateur des jours, qui n'a pas dédaigné de 
« montrer aux hommes errants et malades, 



REVUE DE l'art CHRÉTIEN. 

1885. — a'"^ Livraison. 



140 



iRctiiic De rart chrétien 



« en son propre corps, la vertu médicinale 
« de l'eau ('). » 

J'ai dû citer ce long et subtil passage, qui 
n'est pas sans beauté dans l'original, mais 
qu'il est à peu près impossible de traduire 
d'une façon supportable. Il a trait manifeste- 
ment au sacrement de Baptême, et célèbre 
« la vertu médicinale de l'eau » que Jésus 
a montrée par son propre exemple, corpore 
sub proprio, en se soumettant dans le 
Jourdain au baptême de Jean. Tombée sous 
forme de salive de la bouche du Sauveur, ou 
coulant en ondes brillantes dans la piscine 
de Siloé, l'eau rend la lumière aux aveugles, 
à la créature ténébreuse, au vieil homme 
devenu le nouvel Adam. Elle est l'instru- 
ment de « l'illumination » produite par le 
Baptême, autrefois appelé de ce nom. Les 
images, assez fréquentes dans l'art primitif, 
de la guérison des aveugles par le Sauveur 
au moyen de la boue liquide, ou de la des- 
cente dans la piscine, non de l'aveugle, il 
est vrai, mais du paralytique, sont probable- 
ment des symboles du Baptême. Dans une 
des chambres du cimetière de Calliste, à 
côté de peintures représentant un homme 
qui tire de l'eau un poisson, emblème du 
Baptême, et un autre qui administre réelle- 
ment ce sacrement, on distingue l'image du 
paralytique emportant son lit sur ses épaules 
au sortir de la piscine miraculeuse ('). M. 
de Rossi voit dans cette représentation 
encore une allusion au Baptême (■'). Ter- 
tuUien considère l'eau de la piscine de 
Bethesda, miraculeusement remuée par 
l'ange, comme un emblème de l'eau purifica- 
trice du Baptême (■*). Dans le rituel Gothique- 
Gallican, l'une des prières de XOrcio Ba- 
ptismi contient cette invocation : « O Dieu, 

1. Apotheosis, 675-703. 

2. De Rossi, Routa sotlerranea, t. II, pi. XVI, 11° 6. — 
Cf. Rome souterraine française, pi. \'l, n° 3. 

3. De Rossi, 1. c, p. 334. 

4. TertuUien, De H-iptisiiio, 5. 



qui, par le ministère d'un Ange, rendez 
médicinales les eaux de Bethesda, daignez 
ordonner à l'Ange de votre miséricorde de 
descendre dans ces fontaines sacrées ('). » 
Prudence semble voir dans les deux périodes 
de la médication de l'aveugle-né, consistant 
l'une dans l'onction des yeux par le limon 
mêlé de salive, l'autre dans l'ablution faite 
à la piscine, deux symboles représentant 
également les vicdica purgamina aquœ, la 
vertu purificatrice de l'eau baptismale : 
seulement ici, comme dans un quatrain du 
Dittochaeoii (=), il étend à la piscine de Siloé 
les prérogatives merveilleuses de celle de 
Bethesda (^), et la montre entourée de 
malades, trait que l'Évangile rapporte seu- 
lement de la dernière, et à propos d'un 
autre miracle (''). 

Prudence a raconté dans une hymne du 
Cathemerinon le passage de la mer Rouge 
par les Hébreux que conduisait une colonne 
lumineuse (-). Dans le dernier chant de ce 
recueil il rappelle le même épisode, en lui 
donnant un sens symbolique indiqué par 
saint Paul et par les Pères de l'Eglise, et 
dont j'ai déjà parlé. « Tous ont été baptisés 
sous la conduite de Moïse dans la nuée et 
dans la mer, » écrit l'Apôtre faisant par ces 1 
paroles du passage de la -mer Rouge 
l'archétype du sacrement de Baptême ('). 
« Le passage à travers la mer Rouge est 
un Baptême, » dit saint Augustin ('). C'est 

1. Descendat super has aquas Angélus benedictlonis 
tux... qui BethesdiB aquas Angelo medicante procuras... 
Angelum pictatis tuaî his sacris fontibus adesse dignare. 

2. Dittochaeon, 129-132. 

3. Voir Fouard, Vie de N.-S. Jésus-Christ, Appendice 
vin, t. I, p. 505, 509. 

4. Cf Brockhaus,- p. 233, 257. 

5. Cal/ieinerinon, V. 

6. Omnes in Moyse b^ptizati sunt in nube et in mari. ; 
I Cor., X, 2. .. 

7. Per mare transitus baptismus est. S. Augustin,. Sermo 
352. — Cf. TertuUien, De Baptismo, g; Origcne, Homilic^ 

I in fosiie. — Bèdc écrivait encore au VIII'-" siècle ; « La .■ 
mer Rouge a pour sens le liaptcme consacré par le sang 
du Christ. La verge avec laquelle la mer fut touchée est 



ïLe %gmt)Olismc chrétien au iu^ siècle, D'après les poèmes De PcuDcnce. 141 



ainsi que l'entend Prudence. « Notre chef 
« a blessé l'ennemi et nous a délivrés des 
« ténèbres de la mort. Son peuple traversant 
« la mer a été purifié par les flots ; il le lave 
« dans les douces eaux et porte devant lui la 
«colonne de lumière ('). » Il est impossible 
de ne pas voir dans ces paroles une allusion 
à l'eau du Baptême, au sacrement purifica- 
teur et illuminateur, comme l'appelait l'an- 
tiquité chrétienne. 

Prudence symbolise l'Eucharistie par 
deux figures empruntées l'une à l'Ancien, 
l'autre au Nouveau Testament. 

La première est le miracle de la manne 
rapporté dans X Exode ('). « Les Hébreux 
« ayant eu faim dans le désert, leur camp se 
« trouva rempli d'un mets blanc comme la 
« neige, tombé en flocons plus épais qu'une 
« grêle glacée : ils dressent des tables pour y 
« goûter ce festin, s'y nourrir de ce mets que 
« leCuRisT leur envoiedu ciel étoile (")... — 
<(, Les tentes de nos pères,dit ailleurs le poète, 
« sont toutes blanches du pain des Anges (^),» 
c'est-à-dire de la manne qui les couvre 
comme une neige. Mais cette manne est 
elle-même la figure d'un autre « pain des 
« Anges,» de Q.ç.panis angelicus que la poésie 
liturgique des siècles suivants a chanté 
merveilleusement. Prudence met ces paroles 
éloquentes dans la bouche de la Sobriété, 
reprochant leur luxe et leur mollesse aux 

la croix du Christ, que nous recevons par le Baptême. 
Ses nombreux ennemis qui piîrissent avec le roi, ce sont 
les péchés : le roi lui-même, c'est le diable qui est étouffé 
dans le Baptême spirituel. » 

1. Hic expiatam fiuctibus 
Plebem marino in transitu 
Repurgat undis dulcibus 
Lucis columnam pr;fferens. 

Catlteiiierinoii, XH, 165-168. 

2. Exode, xvi, 14-36. 

3. Implet castra cibus tune quoque ninguidus 
Inlabens gelida grandine dcnsius : 

Hic mensas epulis, hac dape construunt, 
Quam dit sidereo CHRiSTUsab œthere. 

Cathcnurinon, v, 97-100. 

4. Panibus angelicis albent tentoria patrum. 

Dittochaeon, 4 1 . 



contemporains de Théodose, fils dégénérés 
des anachorètes et des martyrs : « N'est-elle 
« plus dans vos âmes,cette soif du désert ?est- 
« elle tarie, cette eau du rocher qui fut donnée 
« à vos pères et sous la verge mystique jaillit 
«de la pierre entr' ouverte ? Le mets des 
«Anges n'est-il pas tombé d'abord près des 
«tentes de vos ancêtres, ce mets que, plus 
« heureux maintenant en ce siècle tardif, le 
« peuple des derniers temps mange vraiment 
«en se nourrissant de la chair même du 
«Christ (') .^» Le sens du symbole est ici 
clairement donné par le poète, qui semble 
se borner à traduire les paroles de jÉ.sus- 
CiiRisT lui-même : « Voici le pain qui des- 
«cend du ciel : il n'est pas comme la manne 
« dont ont mangé vos pères et qui ne les a 
« pas empêchés de mourir : celui qui mange 
« ce pain vivra éternellement (''). » A l'époque 
où Prudence rappelait dans ses vers le sens 
mystique de la manne donnée dans le désert 
au peuple juif un peintre chrétien dessmait 
sur un arcosolium d'une catacombe la repré- 
sentation du même miracle avec un sens 
aussi évidemment symbolique. Une fresque 
de la fin du quatrième siècle, découverte il 
y a vingt ans dans la catacombe de Cyria- 
que, représente un nuage d'où s'échappent 
des flocons bleuâtres. Quatre Israélites, 
deux hommes et deux femmes, portant par- 
dessus leurs tuniques àç.'s, peimlœ (habits de 
voyage) avec un capuchon rabattu, re- 
cueillent dans les plis de ces vêtements 
des flocons qui tombent comme de la neige. 
«Il est vrai, dit M. de Rossi, qu'aux chapi- 
tres XVI de \ Exode et XI des Nombres, 
nous lisons que la manne tombait ainsi 

1. Excidit ergo animis eremi sitis,excidit ille 

Fons patribus de rupe datus, quem mystica virga 
Elicuit scissi salientem vertice saxi.' 
Angelicusne cibus prima in tentoria vestris 
Fluxit avis, quem nunc sero felicior ;ïvo 
Vespertinus edit populus de corpore Christi ? 
Psychomachia, yj\-y](i. 

2. S. Jean, vi, 59. 



142 



ïRetiuc ne l'art cfj rétien. 



qu'une rosée et que les Juifs la ramassaient 
par terre ; mais le peintre a choisi pour 
rendre la scène claire et intelligible le 
moment où la manne tombait du ciel et a 
cru pouvoir représenter les Juifs la recevant 
dans leurs pcmilœ ('). )) Au sommet de l'arc, 
une peinture.aujourd'hui noircie, représente 
une couronne de palmes qui environnait 
peut-être, comme tant d'autres couronnes, 
dit M. de Rossi, le monogramme constan- 
tinien du Christ, a Le miracle de la manne, 
ajoute l'archéologue, n'a jamais été vu dans 
les peintures et sculptures primitives ; de 
sorte que les monuments ne peuvent nous 
aider à deviner le mystère. Mais le Sauveur 
lui-même le révèle au chapitre VI de 
l'Évangile de S. Jean : c'est lui qui est 
la V7'aie viaiine, Xapaiit vivant descendit du 
ciel. Et l'artiste a peut-être exprimé ce 
mystère en inscrivant le monogramme du 
Christ dans une couronne, d'oui jaillissent 
les rayons qui illuminent le nuage chargé 
de manne ('). » 

Une autre figure de l'Eucharistie, em- 
pruntée par Prudence au Nouveau Testa- 
ment, est le miracle des pains et des pois- 
sons deux fois multipliés par Jésus dans le 
désert et mangés par la foule de ceux qui 
l'avaient suivi pour écouter sa parole. De 
l'aveu de tous les commentateurs de l'Evan- 
gile, ce prodige est un des plus beaux et 
des plus clairs symboles de ce pain eucha- 
ristique dans lequel Jésus se donne lui- 
même à la pieuse faim de ses fidèles sans 
que l'aliment divin s'épuise jamais, « tant 
est grande l'opulence de la table éter- 
nelle (^). » — - « Des milliers de personnes 
assises ont été, dit Prudence, nourries de 
cinq pains et de deux poissons et douze 

1. RhU. di archeol. crist., i863,p. 76 et 78. 

2. Ibid., p. So. 

3. yEteniio tanta est opulentiamensae. 

Dittochaeon, 148. 



corbeilles de restes ont été recueillis. Vous 
êtes, ô Jésus, notre nourriture, notre pain, 
d'une éternelle suavité ; il n'a plus jamais 
faim, celui qui mange le mets préparé par 
vous : ce n'est pas une faim vulgaire qu'il 
satisfait, mais il nourrit en lui-même le prin- 
cipe de la vie ('). » 

En un autre passage, après avoir ra- 
conté d'une façon pittoresque le même 
miracle et s'en être servi pour prouver con- 
tre les Ebionites la divinité du Christ, qui 
a pu de rien créer le monde comme il a fait 
croître entre ses mains quelques aliments 
devenus la nourriture d'une foule immen- 
se ('), le poète, dans un langage plein de 
respect et de mystère, fait allusion aux cor- 
beilles dans lesquelles les apôtres recueilli- 
rent et mirent en réserve les fragments des 
pains multipliés. « Afin que ce qui fut la 
« nourriture des hommes ne périsse pas foulé 
« aux pieds, ne soit pas abandonné sans gar- 
« diens aux loups, aux vautours ou aux souris, 
«douze hommes ont été placés pour conserver 
«les biens du Christ et les montrer de loin 
« entassés dans des corbeilles d'osier (3). » Ces 
corbeilles sont fréquemment représentées 
sur les fresques des catacombes ou les bas- 
reliefs des sarcophages soit aux pieds du 
Christ dans la scène de la multiplication 
des pains, soit devant la table où les sept 
disciples prennent le repas mystérieux que 
Jésus leur offrit sur les bords du lac de Ti- 

1. Quinque panibiis peresis et gemellis piscibus 
Adiatim refecta jam sunt accubantium millia, 
Fertque quai us ter quaternus feiculoium fragmina. 

Tu cibus panisque noster, tu percnnis suavitas, 
Nescit esurirc in ;evum qui tuam sumit dapeni, 
Nec lacunam vtntiis iuiplct, sed fovet vitalia. 

Ciit/uiiwrinon, IX, 58 63. 

2. ApoUieosis, 706-735. 

3. ...Nepost hominum pastus calcata périrent, 
Ncve relicta lupis, aut vulpibus exiguisve 
Muribus in priudam nullo custode jacercnt. 
Bis sex adpositi, cumulatim qui bona Christi 
Servarent gravidis procul ostentata canistris. 

Apolheosis, 736-740. 



Le ^pmbolisme chrétien au iti' siècle. D'après les poèmes De IpruDence. 143 



bériade après sa résurrection, soit près du 
trépied sur lequel reposent le pain et le 
poisson eucharistiques. Leur nombre varie 
selon le caprice de l'artiste ou les nécessités 
de la symétrie, car le caractère emblématique 
de telles peintures l'emporte sur l'exactitude 
littérale de la représentation. On y voit 
tantôt sept corbeilles comme dans l'un des 
miracles de la multiplication des pains ('), 
tantôt douze comme dans l'autre (') ; quel- 
quefois on en compte cinq, six ou huit. Dans 
les représentations du miracle lui-même les 
corbeilles placées aux pieds du Sauveur 
sont le plus souvent au nombre de sept ; il 
en est ainsi sur beaucoup de sarcophages et 
dans trois peintures des catacombes d'Her- 
mès, de Calliste et de Domitille ('). Mais 
Martigny se trompe en disant que le second 
des miracles de la multiplication des pains, 
à propos duquel l'évangéliste raconte que 
sept corbeilles de restes furent recueillis, 
est seul ordinairement représenté par les 
artistes anciens, parce que les pains qui fu- 
rent alors multipliés étant des pains de fro- 
ment, et non, comme dans le second miracle, 
des pains d'orge (•"), seul il offre un symbole 
des espèces eucharistiques {^). Les peintres 
primitifs représentent tantôt le premier, 
tantôt le second des miracles opérés par 
Notre-Seigneur en faveur des foules qui 
l'avaient suivi dans le désert, et prennent 
comme symbole de l'Eucharistie celui dans 
lequel les pains d'orge multipliés produisi- 
rent douze corbeilles de restes aussi bien 
que celui où sept corbeilles seulement furent 
remplies après la multiplication des pains 
de froment. Dans les fresques de la cata- 
combe d'Alexandrie où le miracle de la 

1. s. Matthieu, xv, 37; S. Marc, vill, 8. 

2. S. Matthieu, xiv, 20; S. Marc, vi, 43 ; S.Jean, vi, 13. 

3. Garrucci, Siorin delF arte crist., pi. xxni, i.xxxiv; 
De Rossi, Roma sol/crraiiea, t. 1 1, pi. A et B ; t. 1 1 1, pi. IX. 

4. "Aprous Kpi9£vovS. Panes liordcaccos. S. Jean, VI, 9. 

5. Martigny, art. Eucliaristic, p. 290. 



multiplication des pains et des poissons est 
représenté d'une manière si curieuse et si 
évidemment eucharistique, douze corbeilles 
sont déposées aux pieds du Sauveur ('). Il 
semble que le nombre des corbeilles et 
même la distinction entre l'un et l'autre 
miracle, tous deux symboles du même sa- 
crement, soient indifférents aux yeux des 
peintres des premiers siècles: dans une fres- 
que du quatrième, de la catacombe de Cal- 
liste, deux corbeilles de pain seulement 
sont placées près du Christ opérant le mi- 
racle (''), et sur la frise si intéressante du 
sarcophage de Junius Bassus, qui remonte 
à l'an 359, l'agneau, symbole du Christ, 
étend la verge miraculeuse au-dessus de 
trois corbeilles remplies de pains (^). 

Dans les trois passages (^) où il raconte 
le miracle de la multiplication des pains. 
Prudence prend pour symbole de l'Eucha- 
ristie celle des pains d'orge, et parle des 
douze corbeilles qui furent remplies ensuite; 
puis, comme pour montrer quels saints et 
redoutables mystères avaient été cachés par 
le Christ dans ce prodige, type et prophétie 
d'un prodige plus grand et plus durable, il 
s'écrie: « Mais pourquoi ai-j'e l'audace de 
« dévoiler ces vérités d'une voix tremblante, 
« indigne que Je suis de chanter les choses 
« saintes {^) ?» et, se tournant, pour ainsi dire, 
vers une autre image représentée souvent 
dans les catacombes ou sur les sarcophages 
à côté de celle des corbeilles des pains eu- 
charistiques: « Sors du tombeau, Lazare (') ! » 
dit-il, comme pour cacher son trouble 
et passer brusquement à un autre sujet. 

1. Bull, di ardieol. crist., 1865, p. 73 et planche. — 
Cf. ma Rome souterraine, fig. 22, p. 319. 

2. De Kossx, Roina sotterranea, t. III, pi. vin, l. 

3. Route souterraine, fig. 47, p. 449. 

4. Cathemerinon, IX, 5S-63 ; Apotheosis, 706-740 ; Ditto- 
chaeon, 145-148. 

5. Secl quid h;ïc titubanti voce rete.\o, 
Indignus qui sancta canam .-■... 

6. Ihid., 742, 743- 



144 



IRcuuc oc ract cfjrcticn. 



Il semble que le souvenir de la disciplina 
arcani ('), encore en vigueur au quatrième 
siècle, se présente soudain à sa pensée et 
qu'il s'effraie d'en avoir trop dit. « Les caté- 
chumènes ne savent, dit saint Augustin, ce 
que reçoivent les chrétiens (^), » et saint 
Jean Chrysostome ajoute: « Les initiés seuls 
connaissent le mystère de l'Eucharistie (f). » 
Après s'être exprimé en termes assez clairs 
pour être compris des initiés, Prudence a 
craint que les catéchumènes, et surtout les 
profanes, pénétrassent le sens ineffable du 
symbole, et il a coupé court à ses révéla- 
tions (■•). 

VL 

LES premiers chrétiens avaient une 
grande dévotion pour la croix, dont ils 
aimaient à tracer le signe sur leur front et 
leur poitrine. Pendant longtemps ils évitè- 
rent de dessiner ouvertement la croix sur 
leurs monuments, redoutant les railleries des 
païens qui s'étaient traduites un jour par une 
caricature célèbre ('), craignant plus encore 
peut-être de scandaliser les catéchumènes 
et les nouveaux baptisés par l'image d'un 
instrument de supplice réputé déshonorant 
et servile ; mais en même temps ils recher- 
chaient toutes les occasions de figurer la 
croix sous une forme dissimulée que les 
seuls initiés devaient comprendre : ils cou- 
paient par une barre transversale la hampe 
de l'ancre, ils donnaient une apparence de 
croix aux mâts des navires, aux jougs des 

1. Martigny, art. Secret, p. 725-728 ; Haddan, art. Di- 
sciplina arcani^ dans Smith, p. 564-566 ; Peters, art. Ar- 
camiiscrplin., dans Kraus, p. 74-76 ; Roller, les Catacombes 
de Rome, t. I, p. 156-160. 

2. S. Augustin, Tract. XXVI injoatin. 

3. S. Jean Chrysostome, Homilia I.XXII in Matth. 

4. Cf. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 344 ; et 
Rome souterraine, p. 398. 

5. Garrucci, // croce/isso graffito in casa dei Cesan, 
Rome, 1857 ; Kraus, Le crucifix blasphématoire du Pala- 
tin, trad. par Ch. de Linas ; Rome souterraine, fig. 27, 
P- 334- 



voitures, au.x marteaux, aux divers sym- 
boles ou instruments peints sur les murail- 
les des catacombes ou gravés sur les pierres 
sépulcrales ('). 

Parmi les images dissimulées de la croix, 
une des plus anciennes est le T latin, le 
tau grec. « Le tati des Grecs, dit Tertullien,le 
T des latins, sont une image de la croix ('). » 
C'est en effet la forme d'un patibitluvi an- 
tique, du gibet où étaient crucifiés les mal- 
faiteurs et les esclaves. La croix en forme 
de T, la crux coiniuissa ou patibiilata, est 
assez fréquemment gravée sur les marbres 
des catacombes, soit seule (f), soit dominant 
dans un mot ou une combinaison de let- 
tres (^). Comme la lettre tau exprimait en 
grec le nombre 300, celui-ci fut aussitôt 
regardé dès les temps apostoliques comme 
symbolisant la croix (^). On poussa plus 
loin encore ce raffinement de symbolisme: 
le nombre 31S devint une allégorie de la 
croix et de Jésus-Chkist tout ensemble, la 
croix étant représentée par T ou 300 et 
Jésu.s-Christ par les deux premières lettres 
de 'r/;îroj;, I signifiant en grec 10 et H cor- 
respondant à 8 ; et l'on en vint à citer comme 
une sorte de tessera devant suggérer aux 
initiés la pensée de Jésus sur la croix le 
verset de la Genèse où il est question des 
3 1 8 vernœ envoyés par Abraham au secours 
de Lot prisonnier (°). Après avoir reproduit 
le récit du vieux livre inspiré et montré 
Abraham armant ses serviteurs pour la 

1. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, pi. xiv, xv, XLIX; 
Bull, di arch. crist., p. 50-70, et planche iv ; Martigny, 
art. Instruments, p. 380 ; Rome souterraine, p. 332. 

2. Tertullien, Contra Marcioncm, III, 22, citant Ezé- 
chiel, l.\, 4. 

3. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, pi. XXIX, 28, XLin, 
14 ; Bull, di archeol. crist., 1S63, p. 82. — Rome sou- 
terraine, p. 336. 

4. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, pi. xxni, 5 ; 
Bull, di archeol. crist., 1863, p. 35. — Rome souterraine, 

P- 337, 433, fig- 43- 

5. S. Barnabe, Ep., 9, dans Dressai, Patres apostolici, 
p. 20 ; Clément d'Alexandrie, Stromata, VI, 11. 

6. Genkse, xi\", 14. 



le ^î^mboUsmc chrétien au iM' siècle, D'après les poèmes De PruDence. 145 



délivrance de son neveu, l'arrachant, lui, sa 
femme, ses enfants, ses trésors, des mains 
des rois vainqueurs, Prudence ajoute : « Ce- 
«ci est une figure de notre vie. Il nous faut 
«veiller en armes, et, au moyen de forces 
« réunies dans notre maison, délivrer toute 
«portion de nous-mêmes qui serait captive de 
«la volupté. Nous aussi, nous possédons un 
« grand nombre de servheurs(verm{/^,esc\a.- 
€ ves nés dans la maison), si nous comprenons 
«quelle est la puissance de 300 additionné 
«de deux fois 9 (').» Par ce langage bizarre- 
ment énigmatique Prudence fait une incon- 
testable allusion au symbolisme compliqué 
dont on vient de voir l'origine et le sens (^): 
nous sommes forts, veut-il dire, si nous 
connaissons la puissance de Jésus crucifié. 

J'ai hâte de sortir de toute cette gema- 
^ria{^)et de demander à notre poète des sym- 
boles plus simples et plus clairs de la croix. 

L'un nous est donné dans ces vers de 
Prudence : « Le peuple hébreu avait soif 
«dans le désert, et un étang amer au goût 
«ne lui offrait que des eaux stagnantes et 
«enfiellées. Le saint Moïse dit : Prenez du 
« bois, jetez-le dans le gouffre, ce qui est amer 
«acquerra une douce saveur (■♦). » C'est le 
fait rapporté dans \Exode, XV, 23-25. Ce 
bois qui adoucit toutes les amertumes est 
une image de la croix. « L'eau du triste 
«lac, dit Prudence, de fiel devient, grâce au 

1. H;i;c ad figuram prasnotata est linea, 
Quam nostra recto vita resculpat pede : 

Nos esse large vernularum divites 
Si, quid trecenti bis novenis additis 
Possint, figura noverimus niystica. 

Psychoinacliia, Prœfatio, 50-5S. 

2. Cf. Brockhaus, p. 229. 

3. Sur Xn/abbala en général et la gematria en parti- 
culier, voir les Màlaiiges if archéologie des PP. Martin et 
Cahier, t. I, p. igo et suiv. 

4. Aspera gustatu populo sitiente lacuna 
Tristificos latices stagnanti felle tenebat. 
Moyses sanctusait : Lignum date, gurgitcni in istum 
Conjicite, in dulcem vertentur amara soporem. 

Diitochaeoii, 49-52. 



«bois, un doux miel attique : c'est le bois 
«qui donne une saveur douce aux choses 
«les plus âpres, car l'espérance des hommes 
«vit attachée à la croix ('). » 

La croix est encore symbolisée par le ser- 
pent d'airain que Moïse éleva dans le désert 
et dont la vue guérissait les Israélites {'). 
« Comme Moïse éleva le serpent dans le 
désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme 
soit élevé, » a dit Jésus-Christ annonçant 
son crucifiement (3). Les premiers chrétiens 
voyaient dans le fait biblique ce que le 
Sauveur lui-même leur avait appris à y voir, 
un type du crucifix. Ils se plaisaient à le 
regarder se dressant ainsi dans le lointain 
des âges : « La croix, dit Prudence, a été 
«annoncée d'avance, la croix a été d'abord 
«ébauchée, les siècles antiques se sont im- 
« prégnés de la croix (■*). » Aussi saint Am- 
broise est-il l'écho de la tradition quand il 
écrit : « L'image de la croix, c'est le 
serpent d'airain. Il était le propre type du 
corps du Christ, de sorte que quiconque le 
regardait ne devait pas périr (f). » Prudence 
a chanté le serpent d'airain : « La route 
«desséchée du désert était brûlante de noirs 
« serpents, et des morsures empoisonnées 
«saisissaient le peuple, couvert de livides 
« blessures. Le prudent chef suspendit à une 
«croix un serpent d'airain qui guérissait le 
«venin (*). » Le livre des N'onibirs n'a pas 

1. Instar fellis aqua tristifico in lacu 

Fit, ligni venia, mel velut Atticum ; 
Lignum est, quo sapiunt aspera dulcius ; 
Nam prasfixa cruci spes hominum viget. 

Callieiiierinoii, \',93-96. 

2. Nombres, xxi, S, g. 

3. S. Jean, ni, 14. 

4. Crux pra-notata, crux adumbrata. 
Crucem vetustacombiberunt sjecula. 

Pcri Stcphaiion, X,629, 630. 

5. S. Ambroise, De Spiritu saiicto, III, 9; De Salo- 
mone, 12 ; sermo 55 De cntcc Christ i. 

6. Fervebat via sicca eremi serpcntibus atris, 
Jamque venenati per vulnera lixida niorsus 
Carpebant populum ; scd prudcns a;re politum 
Dux cruce suspendit, qui virus tempcret, anguem. 

Dittochaeon, 45-48. 



146 



IRctiue De rart chrétien. 



dit que le serpent d'airain ait eu pour sup- 
port une croix. L'imagination chrétienne 
ajoute ce détail afin de montrer clairement 
de qui il était le type et le symbole. 

Une autre circonstance de l'e.xode du 
peuple juif offre une image naturelle de la 
croix. Quand les Hébreux combattirent au 
sortir du désert contre les Amalécites, 
Moïse monta avec Aaron et Ur au sommet 
d'une colline et jusqu'à la fin de la bataille 
demeura les bras en l'air, priant ('). « Pen- 
« dant que l'armée combattait, dit Prudence, 
« le prophète, les bras levés et étendus, acca- 
« blait d'en haut Amalec, car il offrait alors 
« une image de la croix (-). » Cette attitude 
était celle de la prière chez les premiers 
chrétiens, et quand ils invoquaient Dieu les 
mains étendues, pareils à ces Orants dont 
l'art chrétien a multiplié les images sur les 
murailles des catacombes et sur le flanc 
des sarcophages, ils se plaisaient à se consi- 
dérer comme des crucifix vivants. « Quand 
un homme, étendant les mains, vénère Dieu 
avec un cœur pur, il est un symbole de la 
croix, » écrit Minucius Félix {'=). Au mo- 
ment de leur supplice les martyrs priaient 
quelquefois les mains étendues en forme de 
croix : manibus in modum crucis expansis 
crantes, disent les Actes des saints Fruc- 
tueux, Augure et Euloge (''). Prudence a 
chanté le supplice et le triomphe de ces 
saints : il les montre de même, sur le bûcher 
qui les consume, étendant les mains pour 
prier. « Les nœuds dont on avait attaché 
« leurs mains tombèrent brûlés sans que leur 

1. Exode, xvn, 9-12. 

2. Hic, pr;eliante exercitu, 
Pansis in altum brachiis, 
Sublimis Amalec premit, 
Crucis quod instar tune fuit. 

Ca/Jieinerinon, XII, 169-172. 

3. Minucius Félix, Octavius, 39. 

4. Martyrol. Usiiardi, xil Kal. Febr. — Le texte publié 
par Ruinart dit seulement : In sipio iropcei Domini consti- 
tutif ce qui a le même sens. 



« peau fût atteinte. Le supplice n'osa pas 
« garder emprisonnées des mains qui de- 
« valent se lever en forme de croix vers le 
« Père, et les bras qui devaient prier Dieu 
« devinrent libres ('). » Le poète compare 
les trois martyrs aux enfants Hébreux dans 
la fournaise : « Vous croiriez voir l'image de 
« ces trois héros qui, à Babylone, chantaient 
« dans le feu à la grande stupéfaction du 
« tyran ('). » Les peintres et les sculpteurs 
des premiers siècles avaient coutume de re- 
présenter les trois Hébreux debout au mi- 
lieu des flammes, les bras en croix. 

VIL 

L'ART chrétien présente des apôtres 
divers symboles : les plus fréquents 
sont les brebis et les colombes. Quelques 
mosaïques des basiliques romaines montrent 
les apôtres en personne : à côté de chacun 
d'eux est un palmier {f). Prudence a parlé 
symboliquement des douze membres du col- 
lège apostolique. Par exception les symboles 
qu'il emploie ne correspondent pas à ceux 
dont se servait habituellement l'art chrétien. 
Tantôt il les compare aux douze pierres que 
Josué fit placer dans le lit du Jourdain en 
souvenir du passage miraculeux du fleuve 
par le peuple Israélite (■*). « C'est là, dit le 
poète, un emblème des apôtres ('); » et ail- 

1. Nexus denique, qui manus retrorsus 
In tergum revocaverant devictas, 
Intacta cute decidunt adusti. 

Non ausa est cohibere pœna palmas 
In niorem crucis ad Patrem levandas, 
Solvit brachia quie Deum precentur. 

Péri Stcplianon, vi, 103-108. 

2. Priscorum spécimen trium putares, 
Quos olim Babylonicum per ignem 
Gantantes stupuit tremens tyrannus. 

Ibid., 109-111. — Les Actes font la même comparaison; 
Ruinart, Acta martyriim se/ecta, p. 222. 

3. Ciampini, Vet. Mon., t. II, pi. xxill. 

4. JObUlO, IV, 9. 

5. Qui ter quatcrnas denique 
Refluentis amnis alveo 
Fundavit et fixit pctras, 
Apostolorum stemniata. 

Catlicmerinon, XII, 177-180. 



le ^î^mboUsme cfjrcticn au it)^ siècle, D'après les poèmes oe IpruDcnce. 147 



leurs : « Ces douze pierres furent placées 
par nos ancêtres dans le fleuve comme une 
figure des disciples (') : » disciples, ici, a 
évidemment la signification d'apôtres. Tan- 
tôt il les compare aux douze fontaines qui 
coulaient dans l'oasis d'Elim où se reposè- 
rent quelque temps les Hébreux en marche 
dans le désert ('), et il fait en même temps 
des soixante - dix palmiers qui , d'après 
XExode, croissaient en ce lieu, l'emblème 
des soixante-dix disciples que Jésus envoya 
prêcher en Galilée (^). « Le peuple, dit-il, 
vint sous la conduite de Moïse là où six 
et six fontaines arrosaient de leur eau 
transparente soixante-douze palmiers : ce 
bois mystique d'Elim nous offre dans les 
livres le nombre des apôtres (*). » Ici au 
moins le symbolisme, bien que fort subtil, 
rappelle par certains traits ceUii qui était 
en usaee dans l'art du IV^ siècle. Pru- 
dence compare les apôtres aux douze 
fontaines comme les peintres et les mosaïstes 
symbolisaient les évangélistes par l'image 
des quatre fleuves du paradis terrestre, et 
il prend pour emblème des disciples les 
palmiers dont les mosaïstes firent quelque- 
fois un symbole des apôtres. 

Les branches détachées de cet arbre, les 
palmes, avaient également dans l'antiquité 
chrétienne une valeur symbolique. Elles 
étaient, ainsi que les couronnes, considérées 
comme des emblèmes de victoire. On les 
gravait sur les tombeaux de simples chré- 

1. Testes bis senes lapides, quos flumine in ipso 
Constituere patres in forniam discipulnriim. 

J'>i//oi/iaeo}i, 57-60. 

2. Exode, xv, 25. 

3. S. Luc, x, I. 'Ep8o(i.T|KovTa, dit le texte grec ; scplua- 
ginta duos, selon la Vulgate. Prudence adopte tantôt l'une, 
tantôt l'autre leçon : dans \' Apotheosis, 1005, 1006, il parle 
comme la Vulgate. 

4. Devenere viri Moyse duce, sex ubi fontes 
Et sex forte alii vitreo de rore rigabant 
Septenas decies palmas, qui mysticus Elim 
Lucus apostolicum nunierum libris quoque pinxit. 

Dittochaeon, 53-56. 



tiens qui avaient pieusement « achevé leur 
course, » selon le mot de saint Paul ('), et 
paraissaient aux survivants mériter la ré- 
compense céleste. Mais on les considérait 
surtout comme le symbole de la victoire 
par excellence, celle que remportaient les 
martyrs. Prudence intitule : Sur les cotiron- 
nes, Tzioi l-i'Tjiy.vilyj, le poème composé en leur 
honneur. « La palme du martyre » était 
devenue dès les premiers temps chrétiens 
une expression classique : elle se lit dans 
toute espèce de documents et est représen- 
tée, ainsi que la couronne, sur une multitude 
de monuments. Prudence a souvent rappelé 
ces beaux symboles. « Les fleurs des mar- 
« tyrs, » les Innocents massacrés à Bethléem 
par l'ordre d'Hérode, « se jouent, dit-il, au 
« pied de l'autel avec les palmes et les cou- 
« ronnes (') ». 11 parle des dix-huit palmes 
remportées par les dix-huit martyrs de 
Saragosse(3). Il montre le martyr de Siscia, 
saint Ouirinus, aspirant après «la palme de la 
« mort ('') ». « L'Esprit-Saint, dit-il, a donné 
une palme aux martyrs de Calahorra (^). » 11 
célèbre en termes remarquables la victoire 
de sainte Agnès, « à qui est offerte une 
« double couronne : la virginité, préservée de 
« toute souillure, et la gloire d'une libre 
« mort (*). » On croirait voir une traduction 
de ces beaux vers sur un fond de coupe où 
est représentée sainte Agnès debout entre 
deux colombes dont chacune lui offre une 
couronne, sans doute les deux couronnes 

1. S. Paul, II TiM., IV, 7. 

2. Aram ante ipsam simplices 
Palmis et coronis luditis. 

Catheinerinon, XII, 131, 132. 

3. Octies parlas deciesque palmeas. 

Péri Siephanân, IV, 106. 

4. Palmam mortis. 

Ibid., VII, 53. 

5. Ibid., VIII, 12. 

6. Duplex corona est prœstita martyri, 
Intactum ab omni crimine virginal, 
Mortis deinde gloria libene. 

Ibid., XIV, 7-9. 



REVUE DE l'art CHRÉTIEN. 
1885. — 2"*'^ LIVRAISON. 



148 



lacijuc De rsrt cijrétien. 



dont parle le poète, celle de la virginité et 
celle du martyre ('). 

VIII. 

LES chrétiens ont exprimé avec une 
force inconnue de la plupart des 
païens la distinction essentielle de l'âme et 
du corps. « lia rendu à la nature son esprit 
qui en faisait partie et restitué son corps à 
son origine (^), » tel est le langage vague 
d'une épitaphe païenne, indice d'idées plus 
vagues encore. « Il a rendu à Dieu son âme, 
à la terre son corps {'), » tel est le langage 
ferme et précis des épitaphes chrétiennes. 
Le symbolisme artistique et littéraire en 
usage chez les premiers fidèles exprime avec 
une force singulière cette distinction des 
deux éléments qui composent la personne 
humaine. 

L'âme, chose ailée, pure, immatérielle, 
s'élevant d'un vol naturel vers les hauteurs, 
et qui planerait toujours si elle n'était em- 
prisonnée dans le corps, c'est la douce et 
chaste colombe. Elle est peinte, dans les 
catacombes, au-dessus des tombeaux, se 
jouant dans les bocages et parmi les fleurs 
du paradis, becquetant les grappes de la 
vigne mystique, buvant dans des vases 
pleins d'une eau qui ne tarira plus ; on la 
voit gravée sur les pierres sépulcrales, avec 
un rameau d'olivier dans le bec, et auprès 
d'elle se lit une de ces légendes qui tradui- 
sent l'image symbolique : spiritvs sanctvs 

ANIMA INNOCENS ANIMA INNOCENTIS- 

SIMA PALVMBA SINE FELLE SPIRITVS 

Tvvs IN FACE (''). Le symbole de la 
colombe était surtout appliqué à l'âme des 

1. Ce verre est reproduit en couleurs dans J?ome 
souterraine^ pi. IX, n" 2. 

2. NATVRAE SOCIALEM SPIRITUM CORPVSQVE ORIGINI 

REDDIDIT. V>Q>\%h\&VL, Inscriptions antiques de Lyon, p. 477. 

3. DEO ANIMAM REDDIDIT, TERR/E CORPVS. Bjlll. di 

archeol. crist., 1873, p. 148. 

4. Rome souterraine, p. 298 ; Northcote, Epitaphs oftiic 
cataconibs, p. 160-162. 



martyrs. Les Actes de saint Polycarpe 
racontent qu'au moment où le sang coulait 
sous le glaive une colombe s'élança de son 
corps ('). Après le supplice de saint Bénigne, 
disent ses Actes, « les chrétiens virent 
s'envoler de la prison à travers les airs 
une colombe plus blanche que la neige, 
qui indiquait par son vol que la sainte 
âme du martyr montait au ciel. Cette 
colombe laissa une odeur si suave, que 
tous se figuraient jouir des délices du 
paradis (^) ». On multiplierait aisément les 
exemples semblables. Je me bornerai à un 
seul, emprunté à Prudence. Le poète chante 
le martyre de sainte Eulalie : il la montre 
buvant avidement la flamme du bûcher. 
« Aussitôt resplendit une colombe, qui sem- 
« ble, plus blanche que la neige, s'échapper 
« de la bouche de la martyre et monter 
« jusqu'aux astres : c'était l'esprit d'Eulalie, 
« pur comme le lait, rapide, innocent (3). » 
Une lampe de terre cuite ayant fait par- 
tie de la collection Martigny porte moulée 
sur son disque l'image d'une colombe sor- 
tant d'un vase. C'est l'âme qui se dégage 
du corps (+). Un vase de terre, fragile et 
grossier, est un symbole adopté à la fois par 
l'antiquité profane et l'antiquité chrétienne 
pour signifier la partie matérielle de notre 
être. « Le corps est, pour ainsi dire, le vase 
de l'âme, — le corps n'est qu'un vase, un 
réceptacle de l'âme, — Dieu voit les âmes 

1 . Epistola Ecdesiœ Smyrnensis de mariyrio S. Poly 
carpi, dans Ruinart, p. 33. Cependant le texte relatif à la 
colombe n'est pas sûrement établi ; voir la correction de 
Funk. Cf. mon Histoire des persécutions pendant tes deux 
premiers sihles d'après les documents arc/u'oiogigues,. 
Paris, 1885, p. 321, note i. 

2. Acta S. Benigni, dans Surius, t. XI, p. i. 

3. Emicat inde columlja repens, 
Martyris os nive candidior 
Visa relinquere et astra sequi ; 
Spiritus hic erat Eulalia; 
Lacteolus, celer, innocens. 

Péri Stephanôn, m, 161- 165. 

4. Martigny, art. Vase, p. 771. 



te %^mboli5nu chrétien au iM' siècle, D'après tes poèmes De IpcuDence. 149 



nues, sans s'arrêter aux vases matériels, — 
si tu es privé de sentiment, tu cesseras 
d'être sous le joug des douleurs et des vo- 
luptés et de servir à un vase si fort au-des- 
sous de toi, » — ainsi parlent Lucrèce, 
Cicéron et Marc-Aurèle {'). « Quand tu 
meurs tu n'es pas mort, ton âme a aban- 
donné un vase fétide, >> dit une inscription 
grecque de la fin du deuxième siècle restituée 
et commentée par M. Miller et dans laquelle 
est sensible l'influence du néo-platonisme (''). 
Tel est le langage des penseurs appartenant 
à l'élite intellectuelle du monde païen. Les 
chrétiens ne pouvaient manquer de s'appro- 
prier une comparaison si noble et si vraie. 
Saint Paul avait dit dans le même sens et 
avec un accent plus haut encore : « Que 
chacun de vous sache posséder son vase 
honorablement et saintement {'). » Après 
lui Tertullien répète : « Nous sommes des 
outres, des vases de terre (^), :>> et Lactance 
s'écrie : « Le corps est comme le vase qui 
sert de domicile à l'esprit céleste (=). » Le 
symbole du vase, fréquemment gravé sur 
les marbres des catacombes (^), a le plus 
ordinairement cette signification. Il est 
l'emblème du corps gisant dans le tombeau. 
Quelquefois une colombe est dessinée près 
du vase pour compléter l'idée par une anti- 
thèse éloquente, et montrer d'un côté l'en- 
veloppe d'argile, de l'autre l'âme qui vient 
de s'en dégager, ce qui est mort et ce qui 
ne peut mourir. C'est l'idée même exprimée 
par la lampe de la collection Martigny : 
seulement cette dernière ne représente pas 
le corps et l'âme séparés après la mort, 
mais fait plutôt allusion au moment où l'âme 

1. Lucrèce, De natiira reruiii, III, 441; Cicéron, 7//jt«/. 
qitœst., I, 22 ; Marc-Aurèle, Penst'es. 

2. Revue archéologique^ t. X.W'I (1S73), P- S4-94. 

3. I Thess., IV, 4. 

4. Tertullien, De patientia^ 10. 

5. Lactance, Div. Iitsf., u, 12. 

6. Voir Rotne souterraine, p. 329-331. 



se détache du corps, où elle tremble, pour 
ainsi dire, sur les lèvres des mourants com- 
me un oiseau dont les ailes palpitent, s'en- 
tr'ouvrent et qui va prendre son essor. 

Prudence emploie éloquemment dans ses 
vers le symbole du vase, avec le sens qui 
vient d'être expliqué. « Ce que tu t'efforces 
« de détruire, — fait-ildire au persécuteur par 
« saint Vincent, — c'est un vase fragile, un 
« vase de terre, qui de toute manière doit un 
« jour se briser ("), » et un ange exhortant le 
martyr, quand le dernier soupir est près de 
s'exhaler de ses lèvres, lui adresse ces pa- 
roles : « Dépose maintenant ce pauvre vase 
« caduc fait de terre, qui va se briser et se 
« dissoudre, et vole libre vers le ciel {^). » Ce 
symbole put être d'autant plus fam.ilier à 
Prudence que l'Espagne, sa patrie, est, de 
toutes les parties du monde romain, celle 
qui a produit le plus de potiers chrétiens et 
d'où proviennent le plus d'amphores mar- 
quées du monogramme constantinien, de 
croix, de pieuses acclamations (^j. 

Pour représenter la distinction ou plutôt 
la trop fréquente opposition de l'âme et du 
corps, Prudence se sert d'un autre symbole, 
dont je ne retrouve pas l'équivalent dans 
l'ancien art chrétien. <i Dieu reçut avec un 
« geste différent les offrandes des deux frères, 
<i acceptant celles qui étaient offertes avec 
« un cœur vivant, rejetant celles qui procé- 
« daient d'un sentiment terrestre. Le labou- 
« reur jaloux tua le pasteur. Abel est le type 
« de l'âme, notre chair est représentée par 

1. Hoc quod laboras perdere 
Tantis furoris viribus. 
Vas est solutum ac fictile, 
Quocumque frangendum modo. 

Péri Step/tanôn, v, 160-164. 

2. Pone hoc caducum vasculuin, 
Compage textum terrea, 
Quod dissipatiun solvitur. 

Et liber ad cctluni veni. 

Ibid., 301-304. 

3. Hull. di archeol. cris/., 1880, p. 92. 



I50 



Ecuuc De rart cbcétien. 



Caïn(').» Abelet Caïn sont sculptés sur quel- 
ques bas-reliefs de sarcophages, dans l'acte 
d'apporter chacun leur offrande à Dieu : l'un 
tient en main des épis, l'autre un agneau ('). 
Mais aucun écrivain des premiers siècles, à 
l'exception de Prudence, n'a songé à voir 
soit dans les sentiments différents des deux 
frères, soit dans la violence exercée par l'un 
contre l'autre, l'image de l'opposition exis- 
tant depuis le péché originel entre les ten- 
dances de l'âme et du corps et le symbole 
de l'oppression que celui-ci fait trop souvent 
peser sur celle-là. Pour eux Cam et Abel 
sont une figure de la Synagogue et de 
l'Église, ou plus souvent du Christ immolé 
et des Juifs déicides. Abel, dont l'offrande 
est acceptée de Dieu et dont la mort suit 
cette offrande, est particulièrement le type 
du Sauveur, à la fois prêtre et victime {=). 
Prudence lui-même a dans un autre poème 
rapproché la mort d'Abel de celle du 
Christ (■•). 

IX. 

ON retrouve dans les poésies de Pru- 
dence un certain nombre d'autres 
symboles dont la représentation nous est 
offerte par les monuments de l'art religieux. 
Ainsi Daniel exposé dans la fosse aux lions 
et miraculeusement nourri par Habacuc, — 
Jonas précipité du vaisseau, recueilli et 
rejeté par le poisson monstrueux, — Élie 
enlevé au ciel dans un char de feu, — font 
partie du cycle artistique des premiers siè- 
cles chrétiens et n'ont pas été oubliés par 
le poète. 

Daniel entre les lions est un des sujets 

1. Fratrum sacra Deus nutu distante duorum 
Aestimat accipiens viva et terrena refutans. 
Rusticus invidia pastorem sternit : in Abel 
Forma anim;e exprimitur,caro nostra in munereCaïn. 

Dittochacon, 5-8. 

2. Martigny, art. Abel et Cciï/i, p. 2, 3 ; Heuser, ^lùel 
tind Kiiiit, dans Kraus, p. 2, 3. 

3. Voir les textes dans Kraus, 1. c. 

4. Haiiuirtigenùi, l'riLfatio, 20-26. 



les plus fréquemment représentés dans les 
œuvres de l'art chrétien, depuis les peintu- 
res tout à fait primitives des catacombes (') 
jusqu'aux boucles de ceinturon de l'époque 
mérovingienne ('). Sur les sarcophages 
Habacuc est souvent représenté apportant 
à Daniel la nourriture que Dieu lui envoie. 
Les Pères de l'Église voient dans cette 
représentation soit un symbole de la résur- 
rection des corps, soit une image des mar- 
tyrs chrétiens, soit l'emblème de l'eucharis- 
tie que les prêtres et les diacres distribuaient 
aux confesseurs de la foi renfermés dans les 
prisons ['). Sur un sarcophage de Brescia, 
le poisson, symbole ordinairement eucharis- 
tique, est présenté à Daniel par Habacuc 
en même temps que le pain (^). Prudence 
raconte l'histoire de Daniel miraculeuse- 
ment nourri dans la fosse aux lions comme 
un exemple du soin avec lequel la Provi- 
dence veille aux besoins de ses serviteurs 
et les défend contre les supplices, les juges 
injustes, la rage des tyrans. « O sécurité 
« toujours accordée à la piété et à la foi! les 
« lions indomptés lèchent le prophète et 
« tremblent devant l'enfant de Dieu. Ils se 
« tiennent près de lui et ferment leurs mâ- 
« choires : leur rage s'adoucit, leur faim de- 
« vient miséricordieuse, leur gueule tourne 
« autour de leur proie et ne s'abreuve pas 
« de son sang. Mais alors qu'il étendait ses 
« mains vers le ciel et, captif, privé d'ali- 



1. llull. di archeol. crist. 1865, p. 42 ; Rome souterraine, 
lig. 10, p. 109. 

2. Edmond Le V<\ax\\., Inscriptions c/irc'tiennesdeiu Gante, 
planches XLU et LXXXVII. 

3. Voir les textes dans Kraus, art. Daniel, p. 344, 345. 
— Aringhi, Roina stibterranea, t. Il, p. 504, et Martigny, 
art. Daniel, p. 238, ajoutent qu'Habacuc apportant des ali- 
ments à Daniel enfermé dans la fosse aux lions est aussi 
une figure du soulagement que les prières des vivants 
apportent aux âmes du purgatoire; c'est, disent-ils, l'opi- 
nion d'un grand nombre de Pères. Kraus fait observer que 
les deux écrivains ne citent aucun texte à l'appui de cette 
assertion. 

4. Oderici, Moniinienti eristiani di Jirescia, pi. XII, 3. 



le ^gmfaoUsme cfjréticn au iu^ siècle, D'après les poèmes oe Ipriioencc. 151 



« ments, invoquait Dieu dont il avait déjà 
« éprouvé le secours, un ange reçut l'ordre 
« de voler vers la terre pour donner au ser- 
« viteur de Dieu sa nourriture : le messager 
« franchit l'air docile, aperçoit de loin les 
« mets rustiques que le prophète Habacuc 
« distribuait à ses moissonneurs, saisit par 
« les cheveux celui-ci chargé de paniers et 
« le porte suspendu à travers les airs. Bientôt 
« Habacuc et la nourriture sont déposés dans 
« la fosse aux lions; il offre les aliments qu'il 
« portait : « Prends joyeux, dit-il, et mange 
« avec plaisir le repas que t'envoient dans ce 
« péril le Père céleste et l'ange du Christ. » 
« Daniel les prend, lève les yeux au ciel, et, 
« fortifié par la nourriture, répond : Amen, 
« — s'écrie: Allehiia (') ! » 

Il est intéressant de rapprocher ce récit 
des œuvres de l'art chrétien représentant le 
même sujet. Prudence ne dit pas combien 
d'animau.x étaient renfermés avec Daniel 
in lacu leoniun: le texte biblique nous 
apprend que la fosse renfermait sept lions (-). 
Les artistes chrétiens n'en représentent 
jamais que deux, un de chaque côté du pro- 
phète, traitant la lettre de la Bible avec une 
liberté dont les monuments nous donnent 
de nombreux exemples, et faisant passer la 
symétrie avant l'exactitude littérale. C'est 
ainsi qu'ils représentent les mages tantôt au 
nombre de deux, tantôt au nombre de 
douze, et qu'ils augmentent ou diminuent 
arbitrairement le nombre des corbeilles dans 
les peintures faisant allusion au miracle de 
la multiplication des pains : la pondération 
du tableau, le groupement harmonieux des 
personnages ou des accessoires, l'emportent 
à leurs yeux sur toute autre considération. 
La tradition artistique était si bien établie 
en ce qui concerne le nombre des lions 
qu'elle finit par être acceptée non seulement 

1. Cathemerinon, iv, 46-72. 

2. Daniel, xiv, 31. 



des peintres ou des sculpteurs, mais même 
des poètes; un écrivain espagnol du cin- 
quième siècle, Dracontius, s'exprime ainsi: 
ii La fureur des lions n'atteignit pas le pieux 
Daniel, à qui la grande bonté de Dieu des- 
tine un aliment, laissant à jeun l'un et l'autre 
lion ('). » Dracontius avait probablement 
sous les yeux en écrivant ces vers une pein- 
ture, un bas-relief ou même quelqu'un des 
nombreux ustensiles, coupes, lampes, fibu- 
les sur lesquelsce sujetétait ainsi représenté. 
Par d'autres détails. Prudence sembleencore 
s'inspirer des monuments artistiques. Ainsi, 
il montre l'ange saisissant Habacuc parles 
cheveux pour le transporter à Babylone : le 
texte sacré le raconte, et les sculpteurs chré- 
tiens ont osé représenter sur quelques sar- 
cophages ce sujet difficile: sur un sarcophage 
de Brescia la main de l'ange ou peut-être 
la main divine, sortant du ciel figuré par 
sept étoiles, tient le prophète par les che- 
veux et le transporte dans les airs (") ; sur 
un sarcophage du musée de Latran, Daniel 
reçoit une corbeille de pains des mains 
d'Habacuc qu'un homme barbu tient par les 
cheveu.x ('). Ce personnage, dit M. de Rossi, 
ne peut être un ange, car jamais l'art chré- 
tien n'a représenté les anges avec de la 
barbe ; la comparaison avec d'autres figures 
du même bas-relief permet à l'archéologue 

1. Sceva Danielem rabies atque ira leonum 
Non tetigisse pium, cui destinât insuper escam 
Magna Uei pietas, jejuno iitroque teone. 

Dracontius, De Dco, 111, 123. — De même, dans la Vie 
de saint Simcon Stylite, 9; Domine, (\\x\duos leones\\\xm\- 
liasti, suscipe aniniam ejus in pace. (Rosweide, Vitcc 
Patruin, p. 172.) — Un autre exemple de la liberté avec 
laquelle les artistes primitifs traitaient ce sujet, est la pein- 
ture du 1" siècle, dans la catacombe de Domitille, où 
Daniel est représenté, non dans la fosse, mais au contraire 
sur une sorte de tertre ou d'estrade qu'escaladent les lions, 
selon l'usage romain pour les condamnés a</ &\r//rtjy voir 
Rome souterraine, fig. 10, p. 109, et Hisl. des persécutions 
peiuiant les Jeux premiers siècles d'après les documents 
archéologiques, p. 403, note 2. 

2. Oderici, /. c. 

3. Bull, di archeol. crist. 1S65, p. 69. 



152 



lacuuc Dc l'art cbcctien. 



romain d'y reconnaître la seconde personne 
de la sainte Trinité, le Verbe ("). Nous 
avons déjà vu que pour Prudence les anges 
qui apparurent à Abraham, luttèrent avec 
Jacob, descendirent dans la fournaise de 
Babylone, n'étaient autres que le Verbe 
divin caché sous une apparence angélique. 
Le poète a peut-être une pensée semblable 
quand il met dans la bouche d'Habacuc 
ces mots adressés à Daniel: « Prends ce 
« que t'envoient le Père souverain et l'ange 
« du Christ {-), » ajigelus CJwisti. Par cette 
expression, assez étrange à propos d'un fait 
de l'Ancien Testament, et qui semble met- 
tre sur la même ligne l'Ange et Dieu le 
Père, Prudence paraît vouloir désigner le 
Christ lui-même: il interpréterait dans ce 
cas le récit biblique comme le sculpteur du 
sarcophage de Latran. Ajoutons que les bas- 
reliefs représentent souvent Habacuc offrant 
à Daniel la nourriture dans une corbeille ; une 
fibule mérovingienne le montre même por- 
tant un panier attaché sous chaque bras (3). 
Prudence est tout à fait d'accord avec la 
tradition artistique quand il peint Habacuc 
«pliant sous le poids des paniers », //(?;^z> 
graveiu canistris (+). Enfin les peintures et 
les bas-reliefs montrent toujours Daniel 
priant les bras étendus, dans l'attitude dont 
nous avons déjà parlé, et qui aux yeux des 
premiers chrétiens était un symbole de la 
croix: Prudence le représente de même 
« étendant vers le ciel ses deux mains », 
cum tendcret ad siiperna palmas ('). Ses vers 
sont le commentaire le plus exact et le plus 
circonstancié des innombrables monuments 
de l'art chrétien consacrés à la représenta- 



1. Ibid., p. 71. 

2. Cathcinerinon, IV, 68. 

3. Edmond Le Blant, Inscriptions chrt'ticnnes de lu 
Gaule, pi. Lxxxvn. 

4. Cathcinerinon, iv, 62. 

5. Ibid., 52. 



tion du martyre de Daniel et de ses mer- 
veilleux épisodes. 

Les peintures des catacombes, et surtout 
les bas-reliefs des sarcophages, reproduisent 
l'enlèvement d'Élie au ciel sur un char de 
feu ('). Le prophète est quelquefois repré- 
senté seul, quelquefois donnant son manteau 
à Elisée {^). Les artistes n'ont pas cherché à 
exprimer la nature miraculeuse du véhicule 
qui l'emporte à travers les airs : ils se sont 
toujours bornés à copier un quadrige an- 
tique (^) : sur un sarcophage d'Arles le Jour- 
dain, couché à la manière des fleuves que 
personnifie l'art classique, assiste, presque 
sous les pieds des chevaux, à l'enlèvement 
du prophète (•'). Les premiers chrétiens ont 
vu dans cette histoire biblique une figure 
soit de la Résurrection, soit de l'Ascension 
du Sauveur {•'); ils l'ont prise aussi comme 
un symbole de la délivrance de l'âme fidèle, 
symbole répété dans les touchantes invoca- 
tions des liturgies funéraires ("). Prudence 
se borne à raconter l'histoire d'Élie comme 
un exemple et une figure des récompenses 
promises au chrétien purifié par le jeûne. 
« Cette observance a fait la grandeur d'Elie, 
« le vieux prêtre, l'hôte de la campagne 
« aride. On raconte qu'il s'était séparé du 
« tumulte des hommes et avait méprisé la 
« société de leurs crimes pour jouir du chaste 
« silence des déserts. Mais bientôt sur un 
« char ailé que traînaient des coursiers de 
« feu, il fut enlevé dans les airs, afin que la 
« contagion des souillures d'un monde cruel 

1. Rois, ii, 11-13. 

2. \'oir Rome souterraine, fig. 46, p. 446. 

3. Peut-être le quadrige qui emporte dans les airs le 
char du soleil; cf. Sedulius, Carmen Paschate, I, 1S4, et 
Piper, Mvtkoloi^^ie itnd Symbolik des Christenthums, t. I, 

P- 75- 

4. JCdmond Le Blant, Etudes sur les sarcophat^es clin'- 
tiens antiques de la ville d Arles, pi. xviii. 

5. Martigny, art. Élic, p. 273. 

6. Edmond Le Blant, Les bas-reliefs des sarcophages 
chrétiens et les liturgies funéraires, dans la Revue archéo- 
logique, t. XXXVI II, (1S79), p. 237. 



iLe ^gmboligmc chrétien au itie siècle, D'après les poèmes De IpruDcnce. 153 



« n'atteignît pas l'homme qu'avaient illustré 
« de longs jeûnes ('). » 

« Il n'est pas, dit avec raison Martigny, 
une classe de monuments dans l'antiquité 
chrétienne où Jonas ne soit reproduit ('). » 
On le retrouve sur les fresques des cata- 
combes, les bas-reliefs des sarcophages, les 
pierres sépulcrales, les lampes, les médailles, 
les pierres gravées. Trois épisodes de l'his- 
toire du prophète sont ordinairement repré- 
sentés : Jonas jeté à la mer par ses compa- 
gnons de navigation et recueilli par un im- 
mense poisson, — Jonas rejeté sur le 
rivage, — ■ Jonas assis près de Ninive sous 
l'arbrisseau miraculeux qui protège sa tête 
contre les rayons du soleil. Ces trois épi- 
sodes ont été racontés par Prudence. 

Jonas, envoyé de Dieu pour aller prêcher 
la pénitence aux Ninivites, veut se sous- 
traire à sa mission et s'embarque sur un 
vaisseau qui faisait voile vers Tharse. « Il 
« escalade le haut navire, on détache le 
« câble humide qui retenait la proue, on 
« prend le large, la mer devient orageuse. 
« Alors on recherche qui est cause du péril, 
« et le sort désigne le prophète fugitif. Le 
« coupable, dont le crime avait été révélé 
« par les dés remués dans l'urne, est con- 
« damné à périr seul au lieu de tous : on le 
« lance du haut du navire, il est englouti 
« dans la mer : reçu dans la gorge d'une bête, 
« il est plongé vivant dans le gouffre d'un 



1. Elia tali crevit observiintia, 
Vêtus sacerdos, ruris hospes aridi; 
Fragore ab omni quem remotiim et segregem 
Sprevisse tradunt criminiim frequentiam, 
Casto fruentem syrtiiim silentio. 

Sed mox in auras igneis jugalibus 
Curruque raptus evolavit pr,i,'pete, 
Ne de propinquosordium contagio 
Dirus quietum mundus adflaret virum 
Olim probatis inclytum jejuniis. 

Cat/tcmcrinon, VU, 26-35 

2. Martigny, An.yo/ms, p. 397. 



« immense ventre ('). » Les artistes chré- 
tiens ont donné à l'animal mystérieux les 
formes les plus fantastiques, ils en ont fait 
une sorte de dragon des mers, de capricorne, 
d'hippocampe aux proportions démesuré- 
ment agrandies, se préoccupant sans doute 
d'empêcher toute confusion entre ce monstre 
marin et le poisson symbolique si souvent 
représenté dans les monuments des trois 
premiers siècles. Prudence s'amuse à racon- 
ter avec plus d'imagination que de bon goût 
le séjour de Jonas dans les entrailles du 
monstre, indiqué d'un mot rapide par la 
Bible. « La proie rapidement avalée échappe 
« à l'atteinte des dents, franchit la langue 
« sans la rougir de son sang, et de peur d'être 
« broyée par les humides molaires traversa 
« toute la bouche, passa à travers le palais ; 
« pendant trois jours et trois nuits elle de- 
« meura dans le gosier du monstre, errant 
« à travers les cavernes des viscères, se 
« promenant dans les tortueux détours du 
« ventre, pouvant à peine respirer à cause 
« de la chaleur que dégageaient intérieure- 
« ment les entrailles (^). » 

Prudence a raison d'arrêter là sa descrip- 

1. Celsam paratis pontibus scandit ratem, 
Udo revincta fune puppis solvitur, 
Itur per altum, fit procellosum mare : 
Tum causa tanti quaîritur pericli, 
Sors in fugacem missa vatem decidit. 

Jussus perirc solus e cunctis reus, 
Cujus voluta crimen urna expresserat, 
Prasceps rotatur acprofundo immergilur : 
Exceptus inde belluinis faucibus 
Alvi capacis vivus hauritur specu. 

Cathemt'7-ino)i, vu, 106- 115. 

2. Transmissa raptim pra;da cassos dentium 
Eludit ictus incrucntam transvolans 
Inipune linguam, ne retentam mordicus 
Ofiam molares dissecarent uvidi. 

Os omne transit et palatum pnuterit. 

Ternis dierum ac noctium processibus 
Mansit fermo de\oratus gutture, 
Errabat ille per latebras viscerum, 
Ventris recessus circumibat tortiles 
Anhelis extis intus ;ïsiuantibus. 

Cathetneniwn, vu, 1 16-125. 



154 



ÏRctiuc Oc I'3rt cfjrcticn. 



tion et de passer à un autre épisode. Il ra- 
conte ainsi la délivrance du prophète: « De- 
« meure intact après un séjour de trois nuits, 
« il est vomi avec effort par le monstre sur 
« le rivage murmurant où se brise le flot, où 
« la blanche écume bat les rochers salés, il 
« tombe, poussé par un hoquet, et s'étonne 
« d'être encore en vie ('). » Le poète le 
montre ensuite se rendant chez les Ninivites 
et leur annonçant la colère de Dieu qui va 
consumer leur cité, puis « montant sur le 
« sommet d'une haute montagne d'où il 
« pourra voir l'embrasement et la ruine de la 
« ville, et là abrité par les rameaux noueux 
« d'une plante qui naît soudain et le couvre 
« de son ombre (') ». La Bible ajoute que 
le Seigneur, pour donner une leçon à Jonas 
mécontent de voir la vengeance divine 
arrêtée par la pénitence des Ninivites, fît 
au lever du jour piquer par un ver l'arbris- 
seau, qui se dessécha subitement. Prudence 
ne mentionne pas cette circonstance, repro- 
duite sur un seul monument de l'art des 
premiers siècles, une lampe ayant fait par- 
tie de la collection Martigny ('), et s'abstient 
de donner un nom à l'arbrisseau miraculeux, 
courge (nicnrbita), selon l'ancienne version 
italique, lierre (hedera), selon la traduction 
de saint Jérôme : la plupart des monuments 
artistiques suivent l'ancienne version et 
montrent Jonas étendu sous une cucurbita 
qui s'arrondit en berceau sur sa tête, lais- 
sant pendre ses fruits allongés. 

1. Intactus exin tertise noctis vice 
Monstri vomentis pellitur singiiltibus, 
yua murmuranti fine fiuctus frangitur, 
Salsosquecandens spuma tundit pumices, 
Ructatus exit seque servatum slupet. 

Cathcmcrinon, vu, 126-130. 

2. Apicem deinceps ardui niontis petit 
V'isurus uiide conglobatum turbidœ 
Fumum ruinœ cladis et dir:c strucm, 
Tcxtus flagcllis multinodis geiminis, 
Nato et repente pcrfruens umbraculo. 

Ihid., 136-140. 

3. Martigny, Lettre à M. Edmond Le Hlant sur une 
lampe chri'tienne inédite, p. 8 et planche (Belley, 1872) 



Prudence trace ensuite un tableau fort 
animé de la pénitence des Ninivites effrayés 
des prédictions de Jonas. Au risque de m'é- 
carter pendant quelques instants du sujet 
de cette étude, je demande la permission de 
faire une courte digression sur ce curieux 
passage. Par une coïncidence assez singu- 
lière, le tableau que trace ici Prudence n'est 
pas absolument dénué de couleur locale et 
paraît à peu près conforme aux renseigne- 
ments que fournissent les découvertes mo- 
dernes. Les femmes, dit-il, arrachent leurs 
colliers et remplacent par la cendre et la 
pénitence les gemmes et les tissus de soie('). 
L'orfèvrerie était en Assyrie, à l'époque 
même du premier empire, parvenue à un 
degré très élevé de perfection : les nom- 
breux bijoux trouvés dans les ruines de 
Khorsabad en sont la preuve (-). On y a 
rencontré beaucoup de pierres fines, corna- 
lines, agates, primes d'améthyste, jaspes, 
lapis-lazuli, qui sont percées et sans doute 
étaient destinées à être assemblées en col- 
liers et en bracelets. Quant au.x riches étof- 
fes, la textrine assyrienne est célèbre dans 
toute l'antiquité : les robes de soie de l'As- 
syrie étaient encore recherchées à l'époque 
romaine. Prudence montre les patriciens 
décorés de bulles, htillati paires, qui déchi- 
rent leurs vêtements en signe de deuil ('). 
Bullati patres paraît une expression assez 
étrange. Ce ne peut être une imitation des 
mœurs romaines, car à Rome la bulle était 
précisément réservée aux jeunes garçons, 
qui la déposaient avec la robe prétexte. Si 
Prudence avait pu avoir quelque connais- 
sance de l'art assyrien, on s'expliquerait 

1. Glaucos amiclus induit monilibus 
Matrona dcmptis, proquc gemma et serico 
Crincm fliientem sordidus spargit cinis. 

Ccithi-merinon, vu, 148-150. 

2. Victor Place, Ninive et P Assyrie, t. 1 1, p. 191 (Paris, 
1867). 

3. Squallent recincta veste bullati patres. 

Ciithcmerinon, vu, 151. 



ïLc Symbolisme c&tcticn au iu^ siècle, D'après les poèmes De IpciiDcnce. 155 



facilement ce mot : les fouilles modernes ont 
fait découvrir de nombreux bijoux en or, de 
forme ronde, et les bas-reliefs nous ap- 
prennent que ces bijoux étaient portés par 
des hommes, qui se paraient de bracelets 
et de massives boucles d'oreilles. L'anneau 
de celles-ci était garni d'ornements tantôt 
formant des pendeloques, tantôt imitant de 
grosses têtes de clous (') : il semble que le 
nombre de ces clous marquait le rang plus 
ou moins élevé des personnages qui entou- 
raient le roi. La qualification de bullati 
patres "^ourx-aJiX. s'appliquer aux grands d'As- 
syrie ainsi parés. Le roi lui-même, dit 
Prudence, s'associa au deuil universel en 
dépouillant ses vêtements teints de la pour- 
pre de Cos et en déposant son diadème 
d'émeraudes et de perles enfilées (-). Ceci 
est encore d'une couleur exacte : le com- 
merce des Phéniciens importait en Assyrie 
des étoffes teintes en pourpre : on s'étonne 
seulement d'entendre parler de la pourpre 
de Cos, Coas iiinrices. Cos était célèbre dans 
l'antiquité par ses tissus diaphanes, si sou- 
vent chantés par les poètes et réprouvés 
par les moralistes ; mais la pourpre venait 
de Tyr(3). Prudence est le premier qui 
parle du murex de Cos. Quant aux éme- 
raudes du diadème, gemmas virentes, elles 
sont parfaitement à leur place : les émerau- 
des étaient au nombre des pierres les plus 
estimées des anciens et ils en possédaient, 
dit-on, qui atteignaient des dimensions énor- 
mes. Il existait en Egypte des gisements 
d'émeraudes dans le voisinage de la mer 



1. Botta, Monuincnt de Ninive, pi. CLXI. 

2. Rex ipse Coas œstuantem murices 
Laenam révulsa dissipabat fibiila, 
Gemmas virentes et lapillos sutiles. 
Insigne frontis exuebat vinculum 
Tarpi capillos impeditus pulvcre. 

Cathcmerinon, vu, 156-160. 

3. Tyrisque ardebat murice lana. 

Virgile, Enéide, iv, 212. 



Rouge (') ; l'une de ces carrières a été dé- 
couverte de nos jours (^). Il y en avait 
également en Chaldée, ou du moins le com- 
merce en apportait dans ce pays : Théo- 
phraste parled'une émeraude d'une grosseur 
extraordinaire qu'un roi de Babylone avait 
envoyée en présent à un roi d'Egypte (3). 
Quant aux lapilli sutiles qui ornaient le 
front du roi, selon Prudence, j'y vois un 
cordon de gemmes enfilées plutôt que des 
pierres enchâssées dans un diadème de mé- 
tal, comme le veulent tous les traducteurs 
du poète (■+) : les Assyriens, conduits par 
un très fin sentiment de l'art, n'aimaient 
pas ces incrustations, qui rompent les belles 
surfaces unies du métal (^) : ils portaient de 
préférence des gemmes sans monture, enfi- 
lées. Lapilli sutiles serait donc ici une 
expression d'une grande justesse archéolo- 
gique. Je ne prétends point, assurément, 
que Prudence ait connu la civilisation assy- 
rienne comme on la peut connaître de nos 
jours, mais il m'a paru curieux de faire voir 
qu'en puisant probablement dans sa seule 
imagination les couleurs du tableau, il n'a 
point commis de trop grossières erreurs, et 
que le hasard l'a servi avec un bonheur ex- 
traordinaire. N'est-il pas permis de croire 
un peu à l'intuition des poètes ? 

J'ai hâte de clore cette dissertation, et de 
rentrer dans les limites de cette étude. L'his- 
toire de Jonas a été prise dans les premiers 
siècles chrétiens comme un symbole de la 

1. Du Mesnil-Marigny, Histoire de Véconomie politique 
des aneiens peuples de l'Inde, de VE^'pte, de ta Judée et de 
la Grhe, t. I, p. 280. (Paris, 1878.) 

2. Mémoires de la société des antiquaires de France, t. 
xxxvm (1877), p. 2ig. 

3. Thdophraste, De lapidibus. 

4. Certains lexiques (par exemple le Dictionnaire clas- 
sique de Quicherat et Daveluy) s'appuient de l'autorité de 
Prudence pour traduire lapilli sutiles par v< pierres en- 
châssées ». Forcellini, Totius latiuitatis Lexicon (Schnee- 
bergae, 1829-1S31) est plus prudent ; au mot sutilis, rap- 
portant l'expression lapilli sutiles, il l'interprète ainsi : 
consuti in coronam vel adsuti diadeinati. 

5. Beulé, Fouilles et découvertes, t. II, p. 223. (Paris, 1873.) 



REVUE DE l'art CHRÉTIEN. 
1885. — 2""^ LIVRAISON. 



156 



Ecuiic Oc rartcbrctien. 



Résurrection. Jésus-Christ lui-même l'avait 
interprétée ainsi : « Cette génération mau- 
vaise et adultère demande un signe, et il ne 
lui en sera point donné d'autre que le signe 
de Jonas le prophète ; car, comme Jonas 
fut dans le ventre de la baleine trois 
jours et trois nuits, ainsi sera le Fils de 
l'homme dans les entrailles de la terre 
trois jours et trois nuits ('). » Symbole par 
excellence de la Résurrection du Sauveur, 
l'histoire de Jonas est en même temps un 
symbole de celle qui est promise aux chré- 
tiens : elle figure à ce titre dans les prières 
liturgiques et a probablement cette signifi- 
cation sur les sarcophages. Prudence la 
raconte dans une pensée moins haute et 
moins dogmatique : il ne décrit les trois 
épisodes ordinairement représentés sur les 
monuments — le prophète précipité du ba- 
teau et recueilli par le monstre, — rejeté 
sur le rivage, — • abrité sous l'arbrisseau, — 
que pour arriver à la longue et minutieuse 
description de la pénitence des Ninivites 
et lui demander cette leçon pratique : « Dieu, 
« ému par un tel repentir, met un frein à 
« sa colère, adoucit son oracle sinistre, car 
« sa clémence est toujours prête, elle absout 
« facilement les péchés de ceux qui se 
« repentent et se laisse toucher par les 
« larmes (=). » 

Il arrive quelquefois ainsi à Prudence de 
tirer un simple enseignement moral d'épi- 
sodes bibliques ayant aux yeux de ses con- 
temporains une valeur typique beaucoup 
plus haute. Le sacrifice d'Abraham, dans 
lequel les Pères de l'Église et les artistes 
des premiers siècles voient tous un symbole 

1. s. Matthieu, xn, 39, 40. 

2. Mollitus his et talibus brevem Deus 
Iram refrénât temperans oraculum 
Prosper sinistrum, prona nam clementia 
Haud difficulter supplicein mortalium 
Solvit reatum fitque fautrix flcntiuin. 

Cat/iciin-rhwn, vil, 171-175. 



du sacrifice du Christ et qui apparaît avec 
cette signification évidente dans une des 
Chambres des Sacrements au cimetière de 
Calliste ('), n'est de même à ses yeux qu'un 
bel exemple d'obéissance à Dieu (-) ; ainsi 
encore Job, représenté sur quelques sarco- 
phages comme symbole de la Résurrection 
de la chair, à cause de l'admirable profes- 
sion de foi mise dans sa bouche par la 
Bible (3), n'est pour Prudence qu'un type 
de la patience du juste parmi les épreuves 
delà vie (■+). 

IE terminerai ce rapide aperçu du sym- 
bolisme de Prudence par l'étude de trois 
~ autres symboles, dont l'un est emprun- 
té à l'Ancien Testament et deux au Nouveau. 
Il est douteux que Samson ait jamais 
été représenté sur les monuments de l'ancien 
art chrétien. Martigny fait observer que la 
plupart des figures où l'on a cru le recon- 
naître, emportant sur son dos les portes de 
Gaza, sont des images plus ou moins dé- 
fectueuses du paralytique de l'Évangile qui, 
guéri, emporte son grabat ('). Le savant 
archéologue cite cependant une fresque de 
la catacombe de Saint-Hermès dans laquelle, 
dit-il, ce sujet peut être reconnu avec quel- 
que vraisemblance. Garrucci, qui publie 
cette peinture, y voit avec plus de raison 
selon moi la représentation ordinaire du 
paralytique C^). Samson me paraît avoir pris 

1. De Rossi, Ruina sotterranea,\. II, pi. xvi, 6. — Rome 
soiiterniiiu', pi. V, 1. 

2. Psyclwinacliia, Prœfatio, 1-8. 

3. Job, xix, 25-27. — Ce célèbre passage est loin d'être 
aussi clair dans l'original hébreu que dans la Vulgate: 
Girodon, Exposé de la Doctrine catholiqut-, t. II, p. 229, 
note 4. Voir sur ce sujet une très curieuse dissertation de 
M. Edmond Le Blant, D'une teprésciitation ini'dite de 

Joh sur un sarcophage d'Arles (extrait de \a.Ke7iue arché- 
logique, 1860.) 

4. Psyc/ioinac/iia, et suiv. 

5. Martigny, art. Samson, p. 710. 

6. Garrucci, Sloria delParle cristiana, pi. i.xxxui, 2. 



le ^pmtjolismc chrétien au iM' sicclc. D'aptes les poèmes De IpruDcnce. 157 



place pour la première fois dans l'art chré- 
tien par deux des peintures en mosaïque 
dont Prudence a composé les légendes. 
Deux tétrastiques du Dittochœon les décri- 
vent. L'une était relative au lion tué par 
Samson, et représentait probablement le 
héros déchirant de ses bras puissants la 
bête fauve. « Du miel, dit le poète, est sorti 
« de la bouche du lion, tandis que la mâchoire 
« de l'âne a laissé couler de l'eau, » ■ — allu- 
sion aux deux faits racontés dans le livre 
des Juges, XIV, 8, XV, 19. « C'est ainsi, 
« continue-t-il, que la folie nous inonde d'eaux 
« insipides et que la force produit la dou- 
« ceur ('). » Le second tableau représentait 
Samson lâchant dans les champs des Phi- 
listins trois cents renards à la queue desquels 
il avait attaché des torches allumées. « Ainsi, 
« dit Prudence, le perfide renard, c'est-à-dire 
« aujourd'hui l'hérésie, répand dans nos 
« champs la Hamme du vice (-). » Le renard 
était déjà dès le temps de Prudence ce 
qu'il est devenu dans la littérature du moyen 
âge, le type de ruse et perfidie. Jésus-Christ 
a comparé Hérode à un renard (^\ Il exis- 
tait probablement, à l'époque où vivait notre 
poète, de ces écrits sur la signification 
symbolique des animaux, Philologus, Bestia- 
riutn, dont le P. Cahier croit pouvoir faire 
remonter l'original jusqu'à Tatien {^) et 
dont on trouve une mention dans le décret 
Gélasien sur les livres condamnés (5). Vulpes 

1. Invictum virtute comas leo frangere Samson 

Agreditur : necat ille feram, sed ab ore leonis 
Mella fluunt, maxilla asini fontem vomit ultro : 
Stultitia exundat lymphis, dulcedine virtus. 

Dittûchœon, 65-67. 

2. Ter centum vulpes Samson capit, ignibus armât, 
Pone fauces caudis circumligat, in sata mittit 
AUophylum segetesque cremat : sic callida vulpes 
Nunc heresis flammas vitiorum spargit in agros. 

Ibid., 69-72. 

3. S. Luc, XiII, 32. 

4. MiHanges d\irchéologic, t. II, p. 88. 

5. Liber Physiologus, qui ab h.treticis conscriptus est, 
et B. .^mbrosii nomine signatus, apocryphus. M igné, Pa- 
irol. lot., t. LIX, col. 163. 



esi animal dolosiiiii, et ttiinis fraudu/e)iiii>n, 
ci argiiinentosum, dit un Bestiaire latin pu- 
blié par le P. Cahier (•) : cette dernière 
épithète s'applique bien à l'hérésie. Le 
Bestiaire ajoute : Vulpes igitur figuram 
habet diaboli (-). Il n'est pas impossible que 
Prudence en écrivant les vers cités plus 
haut se soit fait l'écho du Physiologus, au- 
quel il a peut-être emprunté aussi les détails 
fabuleux sur les amours et la mort de la 
vipère donnés par lui dans un long passage 
de X Hamartigenia (3), symbole, dit-il, de 
l'union de l'âme avec le démon, d'où naissent 
le péché et la mort (''). 

Un symbole plus intéressant, et dont l'ori- 
gine se trouvée en de nombreu.x passages de 
l'Ancien etdu Nouveau Testament,est donné 
par un autre quatrain du Dittochœon. Sous 
un tableau représentant la construction du 
temple de Jérusalem par Salomon, le poète 
avait écrit : « Le temps vient, où le Christ 
« construit dans le cœur de l'homme son vrai 
« temple, dans lequel les Grecs apportent leurs 
«adorationsetîesBarbaresleursprésents(5).)> 
Lidée du temple spirituel construit par le 
Christ et ouvert par lui à tous les hommes 
de bonne volonté. Grecs et Barbares, est au 
fond de la littérature prophétique, et se re- 
trouve sans cesse dans l'Évangile et dans les 
écrits des apôtres. La littérature du deuxième 
siècle l'a plusieurs fois reproduite. Dans 
une vision du livre d'Hermas les anges cons- 
truisent de pierres vivantes une tour qui est 
l'Église (*). Un autre passage montre non 

1. Mélanges d'archéologie, t. II, p. 20S. 

2. Ihid., p. 209. 

3. Hamartigenia, 5S1-607. Cf. Bestiaire latin, dans les 
Mélanges d'archéologie, t. II, p. 134. Mais Prudence a 
peut-être tiré plutôt ces détails d'Elien, de Pline, ou 
d'un auteur môdical, comme semblent l'indiquer les vers 
582-583. 

4. Hamartigenia, 608-624. 

5.Tempus adest,quoteniplum honiinis sub pectoreChristus 
jCdificet, quod Graia colant, quod Barbara ditent. 

Diltochceon, 83, 84. 
6. Pasteur, \'ision III, S. 



158 



Ectiuc De rart cbrcticn. 



plus les anges, mais douze belles vierges, 
puissances et vertus du ciel, travaillant à 
l'édification de la tour ('). L'art chrétien a 
reproduit sous des formes diverses cette gra- 
cieuse allégorie, et on peut en citer plus d'un 
exemple, depuis une fresque des catacombes 
de Naples représentant des jeunes filles qui 
construisent une tour {-) jusqu'à la Dispute 
dic Saint Sacrement où Raphaël a dessiné, 
dans un coin de son admirable composition, 
derrière le groupe de droite, un édifice gran- 
diose et inachevé, temple spirituel qui croît 
toujours et ne sera couronné qu'à la fin des 
temps. 

Ainsi l'Église est symbolisée par un 
temple dont les élus sont les pierres vivan- 
tes, les anges ou les vertus les constructeurs, 
et le Christ l'architecte. Prudence a pris 
encore le temple dans un autre sens symbo- 
lique. « Détruisez ce temple, avait dit le 
Sauveur aux Juifs, et je le rebâtirai en trois 
jours (3). » Il parlait de son corps destiné à 
ressusciter après trois jours. Prudence, dans 
un beau passage de XApotheosis, oppose de 
même au temple juif « dont les holocaustes 
« gisent enterrés sous un amas de ruines(+) >> 
le temple chrétien « que nul ouvrier n'a 
construit, qui n'est fait ni de bois ni de 
marbre, qui n'a ni voûtes ni colonnes, mais 
a été formé par la parole éternelle de Dieu, 

1. Ibid.^ Similitudes ix, x. 

2. Bellennann, Ueber die altcstcn diristlichen Begriib- 
nistâltcn, planche V ; Guéranger, Suinte Cécile, fig. 13, 
p. 197. (Paris, 1874.) 

3. S. Jean, 11, 19. Cf. S. Matthieu, XXVI, 61 ; xxvn, 
40 ; S. Marc. XIV, 58 ; XV, 29. 

4. At tua congestœ tumulant holocausta ruinae. 

Apotheosis, 537. 



et n'est autre que le Verbe fait chair. C'est là 
le temple éternel que les Juifs ont essayé de 
renverser par les fouets, la croix, le fiel, 
qu'ils ont abattu en effet, car il avait pris 
dans le sein de sa mère les éléments mortels, 
mais que la majesté du Père a rétabli vivant 
après trois jours ("). » 

Si le temple a été pris dès l'antiquité la 
plus reculée, et sur la parole de Jésus- 
Christ et des apôtres, comme le symbole 
soit du corps même du Sauveur, soit de son 
Église, cette dernière s'est présentée tout 
naturellement à l'esprit des chrétiens sous 
une autre image appartenant au même 
ordre d'idées et indiquée dans \' Apocalypse 
de saint Jean. L'Église triomphante est 
comparée par lui à une Jérusalem nouvelle, 
construite de métaux éclatants et de pierres 
précieuses, éclairée par la lumière de Dieu 
même, illuminée par l'Agneau (-). Prudence 
s'est inspiré de cette brillante et suave 
peinture quand il a tracé, à la fin de la 
Psychoniachia, le tableau de l'édifice mer- 
veilleux du temple nouveau, où réside la 
Sagesse, assise sur un trône : temple cons- 
truit, comme la Jérusalem nouvelle, d'or, 
de saphir, de jaspe, d'améthyste, ayant 
comme elle douze portes, symboles des 
douze apôtres, et dont la description est 
calquée sur celle de la cité sainte que l'exilé 
de Patmos vit descendre du ciel, portant 
en elle la clarté de Dieu ('). 

Paul Allakd. 

1 . Apotheosis, 518-531. 

2. Apocalypse, xxi, 10-27. 

3. Psyc/wiitaehia, 823-8S7. 




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iTrS lettres îl''un SOlitflitC ■■^^--^■^^^-""^ Pour être proclamée ///^^^r^/^, l'éducation 

^. par ^1. €C. €Cartier. rvi,-^v.^7v^.-w. artistique ne prétend pas moins s'émanciper 
=;^^^=:^=:^==^=z==== de tout fondement métaphysique: comment 

l'art pourrait-il s'élever au-dessus du vul- 
gaire terre-à-terre, lors même qu'il ne se 
complaît pas dans les fanges les plus ab- 
jectes? Puisque le plus noble apanage de 
l'humaine nature n'est que « la sécrétion de 
la matière grise du centre cérébro-spinal » 
l'artiste n'a guère à prendre souci de préparer 
son œuvre par la méditation du sujet, — il 
ne faut plus parler des sentiments surna- 
turels, — ni par l'étude des caractères et la 
composition des personnages. L'audace 
remplace le travail et la chance tient lieu 
de talent. Avides de lucre et gonflés de 
gloriole, les Apelles et les Phidias de l'ave- 
nir ne s'imaginent pas qu'avant de four- 
nir. la course, il faut du moins apprendre à 
marcher. Comment se préoccuperaient-ils 
de mûrir dans les enseignements du maître 
et la méditation des œuvres du génie, ces 
sublimes problèmes de l'esthétique qui, en 
élevant la pensée au delà des horizons sen- 
sibles, commande à l'inspiration et imprime 
aux créations de l'art un reflet de la beauté 
idéale dont la splendeur est l'émanation de 
la Vérité incréée ? 




U milieu du tourbillon 

S des événements et des 

a . , , 

^ idées qui emporte notre 

époque, parmi les ruines 
des institutions sociales 
et les audacieuses néga- 
tions de tout principe 
basé sur la vérité révélée, il semble oiseux 
et téméraire à la fois, de s'appliquer à 
reconnaître et à définir les éléments syn- 
thétiques et les règles fondamentales de 
l'idéal chrétien dans le domaine des arts. 
Notre siècle a vu l'homme assouplir à sa 
volonté deux puissants éléments et faire 
de la conjonction de leurs forces opposées, 
les collaborateurs de son travail et les véhi- 
cules de son existence : dès lors le cours de 
sa vie entière semble réglé à la vapeur. Plus 
n'est besoin d'apprendre à penser avant 
d'oser écrire, de s'initier aux leçons de l'école 
avant d'affronter le jugement du public. 
L'art, soumis au scepticisme positiviste con- 
temporain, a subi les funestes effets de cette 
impulsion fébrile sur la formation intel- 
lectuelle des jeunes générations. Que nous 
sommes loin des laborieux exercices du 
trivium et du qnadriviitni, des longues 
épreuves de l'apprentissage pour arriver à 
la maîtrise ! Le progrès moderne a bien 
nivelé ce fatras! Les salons &\.\^s expositions 
des beaux-arts sont encombrés de ces essais, 
de ces ébauches hâtives qui, sous l'étiquette 
menteuse d'imprcssionnisiiie ou d\Hudcs, 
déguisent mal les tâtonnements d'artistes 
novices, trop tôt émancipés de l'atelier, voire 
de l'école de dessin. 



IL 

LES hautes écoles du moyen âge s'é- 
taient appliquées, on sait avec quelle 
ardeur, à l'étude de ces questions spéculati- 
ves, pour la solution desquelles la doctrine 
des sages de l'antiquité trouve dans la 
Révélation évangélique son complément 
et son correctif Le nom du docteur aneéli- 
que se présente ici sous la plume, car sa 
théorie aristotélicienne du Beau, illuminée 



REVUE DE l'art CHKÉTIKN, 
1885. — 2*"^ LIVRAISON. 



i6o 



Ectiuc De l'art chrétien. 



par la Foi, résume dans sa plus haute for- 
mule l'enseignement esthétique des siècles 
chrétiens. Après saint Thomas d'Aquin, la 
notion doctrinale de l'idéal artistique reli- 
gieux s'obscurcit au milieu des épreuves de 
l'Église. La Renaissance prit garde de 
relever ces études qui eussent logiquement 
amené la condamnation des principes mis 
en vogue par le néo-paganisme et le discré- 
dit des œuvres artistiques conformes à la 
mode du jour. Les ténèbres accumulées 
pendant près de quatre siècles, avaient si 
complètement dérobé à la vue des artistes 
et de leur public les rayons du soleil de l'art 
chrétien, qu'il eût semblé chimérique, au 
début de notre siècle, d'en vouloir réveiller 
la notion. L'art religieux était si bien caché 
sous le travestissement du péplum et de la 
toge, si bien dissimulé derrière le masque 
au type athénien, si bien enserré par les 
bandelettes du culte de la « belle antiquité », 
qu'il paraissait frappé de la rigidité cada- 
vérique ; mais comme Lazare, il n'était pas 
mort, il dormait.Ce ne sera pas aux yeux 
des historiens futurs un des caractères les 
moins bizarres du XIX™^ siècle que cette 
rénovation du goût du moyen âge dans le 
domaine du beau: ou plutôt, ne craignons 
pas de le proclamer, c'est par un dessein 
manifeste de la Providence que le souftle de 
l'esprit chrétien s'est ranimé dans la sphère 
des œuvres artistiques, tandis que notre 
civilisation et l'art qui la reflète, s'abîment 
dans les négations de l'éclectisme et les 
prostitutions des sensualités réalistes. Sans 
doute, des éléments hétéroclites ont con- 
couru à cette étonnante résurrection des 
formes plastiques chrétiennes : aussi les uns 
se sont arrêtés en chemin, parce qu'ils n'ont 
point compris le but de leur noble mission ; 
les autres se sont subitement détournés, 
brûlant ce qu'ils avaient adoré afin de con- 
quérir une popularité frelatée. Mais la 



cause de l'art religieux est immortelle 
comme la Foi qui l'inspire : elle a vu de 
toutes parts s'élever des champions con- 
vaincus et dévoués : à côté de ceux qui 
aidés du crayon, du pinceau, de l'ébau- 
choir ou du marteau, travaillent à rendre à 
l'idée chrétienne, dans l'ordre des faits et 
dans le domaine des formes, l'influence 
dont l'engouement païen l'avait dépossédée, 
d'autres vaillants ont pris la plume pour 
défendre la cause sainte contre l'ignorance 
de la foule et les railleries des hommes de 
métier. Est-il besoin de rappeler — pour 
ne citer que ceux dont l'àme est retournée 
vers la source de toute Beauté — Monta- 
lembert et Rio, Boisserée et Gôrres, Pugin, 
à la fois apologiste et artiste ? Leur œuvre 
n'a pas été stérile ni leur apostolat infécond. 
Dans la o^rande armée de la Dresse, les rangs 
des volontaires de l'art chrétien ne sont pas 
affaiblis, l'existence même de cette Revue 
le démontre; nous y demandons aujourd'hui 
une mention à l'ordre du jour pour l'un de 
nos vétérans, M. E'tienne Cartier, l'éminent 
et sympathique auteur des Lettres cPnn 
solitaire. Quelque faible et incomplet que 
soit le résumé de ces magistrales études d'es- 
thétique chrétienne, auquel la Reinie veut 
bien ouvrir ses colonnes, il vaudra, nous 
l'espérons, aux doctrines si bien exposées 
par l'érudit écrivain, la cordiale adhésion 
des amis de l'art chrétien. 

IIL 

«^ I TRAVAILLERAI faire connaître aux 
X artistes le beau véritable » tel est le 
but (pie s'est proposé l'auteur ; ses lettres, 
écrites au lendemain de l'incendie de la 
« grande I^abylone moderne », reflètent 
cependant \-a paix des cloîtres bénédictins ; 
à Solesmes, en effet « le beau naturel n'est 
que l'encadrement du beau véritable, du 



ïLe ûeau esthétique et l'iDéal cîjrctien. 



i6i 



beau surnaturel où Dieu lui-même se ma- 
nifeste dans les magnificences de la liturgie, 
qui est l'art chrétien par excellence. » 

« Le beau, comme le vrai, a sa source en 
Dieu, qu'il apprend à connaître et à glori- 
fier. » Il faut donc avant toute chose que 
l'artiste chrétien s'instruise de la vérité ré- 
vélée, puisque « ses œuvres doivent être 
l'expression des croyances de tous ». Cette 
étude est d'autant plus nécessaire à notre 
époque que « le matérialisme et l'athéisme 
existent depuis longtemps dans les ateliers 
de nos peintres et de nos sculpteurs » et 
qu'en admettant les jugements de l'opinion 
sur les grands peintres de la Renaissance, 
« on s'expose à adhérer ainsi à des principes 
qui sont ceux du protestantisme et de la 
Révolution et qui conduisent nécessaire- 
ment au sensualisme et à la décadence. » 

C'est en s'initiant tout à la fois aux 
mystères du symbolisme, aux leçons de 
l'archéologie et aux règles de l'esthétique, 
que l'artiste chrétien se formera à l'accom- 
plissement de sa noble mission. 

Le symbolisme « est l'expression visible 
des choses invisibles» ; il a sa source et sa 
raison d'être dans les perfections inappré- 
ciables de Dieu, révélées aux hommes par le 
double mystère de la création et de l'Incar- 
nation du Verbe ; aussi se manifeste-t-il 
dans les choses de la nature comme dans les 
actes de la liturgie, « qui en est la forme la 
plus élevée», depuis les sacrifices d'Adam 
jusqu'aux solennités du culte catholique. 
Le symbolisme est une science nettement 
définie par saint Paul (Rom. I, 20) ; dès les 
premiers âges, il a trouvé d'admirables inter- 
prètes dans saint Denys l' Aréopagite et dans 
saint Méliton de Sardes, dont la Clavis, si 
heureusement retrouvée par le cardinal Pitra, 
« est le manuel le plus complet du symbo- 
lisme chrétien, le dictionnaire indispensable 
de ceux qui étudient les textes sacrés ». 



L'archéologie qui, comme le prophète 
Ézéchiel, ressuscite les peuples dont elle 
relève les vestiges, est une science moderne; 
née au lendemain de la découverte de 
Pompéi et d'Herculanum, elle étend 
chaque jour son empire et apporte à la 
vérité de nos Livres Saints des témoins 
providentiels et irréfragables. Bien que 
jusqu'ici cette science « ne soit pas encore 
complète parce qu'elle a fait plus d'analyse 
que de synthèse », elle est un puissant auxi- 
liaire pour l'artiste ; mais elle ne doit pas 
être plus, car « l'essence de l'art n'est pas 
l'imitation, pas plus l'imitation d'une époque 
que l'imitation de la nature ». 

Qu'on n'oublie pas cependant que « l'art 
comme la société a deux forces dont l'union 
constitue sa vitalité ». Ces forces sont l'auto- 
rité et la liberté. La tradition — c'est-à-dire 
« le droit de rechercher dans le passé les 
formes qui ont le mieux exprimé l'idée que 
l'artiste veut rendre » — la tradition repré- 
sente l'autorité ; la grande hérésie de la 
Renaissance est de s'en être séparée. En 
effet, « il n'y a pas de grand art, sans art 
traditionnel, » puisque, pour être compris 
et justifié, « il faut que l'art reçoive de la 
religion et de la patrie, l'idée qu'il doit 
exprimer ». L'étude des monuments chré- 
tiens dans le passé peut seule fournir à 
l'artiste cet élément indispensable de son 
programme. 

IV. 

Au delà des horizonssensibles des choses 
contingentes, l'artiste doit tendre par 
les élévations de l'àme jusqu'à la contem- 
plation de l'idéal, du beau parfait et immua- 
ble. Le beau, que tous comprennent par un 
sentiment d'attraction intime et inné, — 
d'où son nom grec za/,o;, qui attire — semble 
pouvoir difficilement être défini par une 
formule acceptée de tous. Sans s'arrêter aux 



102 



IRetiuc oc rart cijïcticu. 



théories esthétiques de la Grèce, qui cepen- 
dant eut parfois sur ce sujet, <?: des accents 
vraiment chrétiens », M. Cartier demande 
à saint Denys l'Aréopagite de « résumer la 
sagesse antique en l'éclairant des lumières 
de la foi » : son Traitd des N'oins divins, 
développé par saint Thomas d'Aquin dans 
un commentaire récemment retrouvé, nous 
découvre, en effet, les vrais principes de 
l'esthétique chrétienne. 

Le beau, se manifeste à l'homme par le 
sens de la beauté, qui en est l'effet et le reflet, 
et, de même que le bon, lui apparaît dans 
l'identité d'une insondable perfection comme 
une émanation de l'Infini imprimant la 
marque de ses attributs à toute créature. 
C'est donc Dieu — Platon le pressentait 
déjà, — qui est le beati. par essence, comme 
il est le bon par excellence, unissant et 
maintenant tous les êtres par le lien d'un 
amour infini, semblable au soleil dans une 
splendeur sans décadence comme sans 
accroissement. « Le beau est une ressem- 
blance divine )> : d'une part, l'harmonie de 
la substance avec les proportions et les 
ornements, ramène à Vanité par la conve- 
nance du sujet avec la pensée créatrice et 
par son rapport avec la forme parfaite ; 
d'autre part, il trouve sa manifestation dans 
cette trinité des sphères où le beau se 
révèle parmi tous les ordres des êtres, le 
beau sensible, le beau intellectuel et le beau 
moral. C'est ainsi que, grâce aux mystères 
de la création, de la nature divine et de 
l'Incarnation, « Jésus-Christ est le beau 
suprême, le principe, la source du beau 
surnaturel dans le monde ; c'est lui qui le 
communique à tous les êtres et qui nous le 
dispense par sa grâce et par ses sacrements ; 
puisqu'il s'est fait semblable à nous pour nous 
rendre semblables à Dieu en nous unissant à 
Lui.JÉsus-CiiRisT est le grand maître de l'es- 
thétique, la doctrine et le modèle du beau ...» 



V. 



CONSIDÉRÉE dans son rapport avec 
l'homme, l'esthétique « doit recher- 
cher le beau absolu et l'unir au vrai et au 
bon dans la lumière de l'intelligence et 
l'amour de la volonté ». Mais, tandis que 
« en Dieu, le beau est parfait »,chez l'homme, 
« l'esthétique varie selon les rapports qu'il 
établit entre le vrai, le beau et le bon ». 

L'œuvre tout entière de la création — que 
Dieu, à divers périodes de cet acte tout- 
puissant, déclara bonne, — nous montre que 
« le beau est encore plus la perfection du 
bon que la splendeur du vrai » ; aussi « le 
beau affirme le vrai, mais il prouve surtout 
le bon ». N'est-ce pas ce que le Créateur 
a voulu marquer en daignant donner à 
notre nature <lson image et sa resse7nblance?Jf 
Mais l'éternel ennemi du Bon et du Beau 
a réussi à faire déchoir l'homme de ce 
privilège : la divine ressemblance est altérée 
par la concupiscence, qui est la manifes- 
tation du mal vis-à-vis de la beauté. C'est 
ainsi que « depuis le paradis terrestre, le 
beau est toujours le motif et la récompense 
dans la lutte du bien et du mal ». Le motif: 
nous voyons à chaque page des annales 
de l'humanité, l'auteur du mal « employant 
les trois concupiscences et abusant du beau 
sensible pour détruire le beau moral », 
comme les monuments de toute l'antiquité 
en témoignent. La récompense : car l'hom- 
me racheté, en usant de sa liberté pour la 
soumettre à la volonté divine, rétablit par 
cet effort l'harmonie, c'est-à-dire la beauté, 
dans les actes de son intelligence et de sa 
volonté vis-à-vis des choses sensibles, et 
par cette triple victoire se rend digne de la 
communication des ineffables beautés que 
Jèsus-Ciirist, le prototype du beau, nous 
a méritées par la Rédemption victorieuse 
de la mort, du péché et de l'enfer. 



le beau esthétique et TiDéal cDrctien. 



163 



VI. 

TROIS éléments doivent concourir à la 
formation du talent de l'artiste; trois 
éléments aussi doivent se traduire dans ses 
œuvres ; il faut qu'elles reflètent le caractère 
religieux, social et individuel du milieu 
dans lequel elles se produisent. « Ces 
éléments existent avec des formes variées 
et à des degrés différents. Leur puissance, 
leurs rapports, leurs proportions expliquent 
toutes les phases de l'art chez un peuple, 
son origine, ses développements, ses gran- 
deurs et ses décadences. » 

Il en est ainsi particulièrement dans le 
domaine des idées religieuses, qui forment 
la véritable pierre de touche du progrès 
artistique à tous les âges de l'humanité. 
Nous ne pouvons suivre ici dans ses inté- 
ressants développements, la lumineuse dé- 
monstration de cette thèse que M. Cartier 
emprunte aux monuments et aux théories 
de toutes les civilisations. Soit que la vérité 
demeure intacte parmi les patriarches et 
chez les Hébreux, soit qu'obscurcie par les 
erreurs et les fictions imposées à la crédu- 
lité populaire, elle reste à peine reconnais- 
sable entre les billevesées et les débauches 
du paganisme, toujours la religion préside 
au mouvement artistique et littéraire des 
peuples antiques. L'auteur peut donc con- 
clure, en s'autorisant de cet examen et des 
témoignages des premiers apologistes de la 
foi chrétienne, que les religions païennes 
avaient conservé de nombreuses parcelles 
de la vérité et que c'est à celles-ci qu'il faut 
attribuer le mérite incontestable de leurs 
monuments et de leurs œuvres artistiques. 

L'histoire des siècles modernes confirme, 
à son tour, ce témoignage : « Le Christ est 
le seul élément religieux qui puisse main- 
tenant vivifier l'art et produire des chefs- 
d'œuvre.» Le spectacle des œuvres inspirées 



par les négations hérétiques ou le scepti- 
cisme protestant et rationaliste, n'est point 
fait pour infirmer cette vérité. 

« L'art chrétien est un par son élément 
religieux, mais il est varié par son élément 
social. » L'art, en effet, s'épanouit au sein 
de la société humaine et il reflète nécessai- 
rement les conditions variées du milieuioù 
il se produit. C'est ainsi que, suivant les 
progrès des sciences, — sciences spécula- 
tives comme la théologie et la philosophie, 
et sciences positives comme les mathémati- 
ques, l'histoire, les connaissances naturelles, 
— ainsi que le développement de la civili- 
sation et des mœurs, l'art s'élève ou s'abaisse 
avec le niveau intellectuel et moral du 
siècle. De même que la connaissance et 
l'amour de Dieu sont les éléments essentiels 
de toute prospérité sociale, ainsi le génie 
artistique décroît — nous en sommes les 
témoins attristés, — sous l'influence du scep- 
ticisme et du matérialisme insurgés contre 
l'Auteur de tout bien et de toute beauté. 

Diverses causes individuelles agissent 
également sur l'inspiration de l'artiste dans 
la composition de son œuvre. Les races 
humaines ont produit des types nettement 
caractérisés et sensiblement marqués dans 
les monuments de l'Orient et de l'Occident: 
il semble que la prophétie de Noë à l'égard 
de ses descendants soit traduite jusque dans 
les travaux des fils de Sem et de Japhet. 
Chaque peuple a son type, chaque contrée 
ses aspects, chaque nation son caractère 
moral ; on les retrouve dans leurs créations 
artistiques, car « les sens de l'artiste se 
développent dans ses rapports avec tout ce 
qui l'entoure » et ses œuvres en porteront 
nécessairement le reflet. Ainsi se formèrent, 
malgré les divergences du caractère dans 
chaque individu et les conditions spéciales 
de son existence, ces écoles et ces corpora- 
tions d'artistes, dont les fortes traditions se 



164 



IRetiuc De ratt chrétien. 



perpétuèrent.sous l'égide d'une foi commune 
pendant tout le moyen âge; bien qu'affaiblies 
par la corruption de la Renaissance, elles 
demeurèrent debout jusqu'au fatal boulever- 
sement révolutionnaire. 

VIL 

SI l'analyse nous montre qu'un triple élé- 
ment concourt à la formation intellec- 
tuelle de l'artiste et à la création de ses œu- 
vres, la synthèse nous fait bientôt découvrir 
que «l'art est un, dans son principe, dans son 
but et dans ses moyens ». Le principe de 
l'art, c'est Dieu ; il s'est révélé à nous dans 
l'ordre de la nature, par la création de la 
lumière, par le mystère de l'Incarnation dans 
l'ordre des choses surnaturelles. Le but de 
l'art, c'est de glorifier Dieu ; telle est la 
fin que Dieu s'est proposée en faisant 
l'homme et en le rétablissant plus tard dans 
la grâce, et toutes choses lui ont été données 
comme des moyens pour parvenir à ce but. 
L'homme est doué de la pensée ; il la 
communique par la parole, base de la litté- 
rature et de la musique ; il s'empare de la 
matière pour traduire et perpétuer son idée 
dans les monuments de l'architecture et de 
la sculpture ; il combine les éléments de la 
lumière pour revêtir ses œuvres de la cou- 
leur et les animer par les jeux du clair- 
obscur. « Ainsi l'art, expression du beau, 
de l'invisible, est un par ses moyens comme 
par son principe et sa fin. L'architecture, la 
sculpture, la peinture ne doivent pas s'isoler. 
Elles se pénètrent, elles agissent ensemble 
et forment une unité, comme les membres 
d'une famille ; de même que l'union d'une 
famille en fait la Hoire et la fortune, cettt; 
alliance des branches de l'art en assure la 
puissance et la grandeur. » L'art chrétien 
obéit aux mêmes lois que l'Eglise catholique, 
sa mère: «c'est surtout par l'unité cju'il sur- 



passe l'art païen. » Ici encore il faut cons- 
tater que la Renaissance, qui a tout divisé, 
tout spécialisé, a fait fausse route ; en retour- 
nant au paganisme, elle n'a plus compris 
l'unité et la fraternité de l'art. 

Vin, 

TELLE est, dans un résumé bien 
incomplet et, nous le craignons, bien 
peu fidèle, la notion de l'art chrétien ainsi 
qu'elle est apparue à l'éminent écrivain de 
Solesmes comme le couronnement et la 
synthèse de ses incessantes méditations dans 
les sphères de l'esthétique éclairée par la 
foi. Pour « formuler sur l'art une doctrine 
chrétienne, bien différente de celle que nous 
a laissée la Renaissance et que professe 
notre matérialisme moderne », M. Cartier 
ne s'est pas borné à puiser aux sources 
pures mais profondes de la théologie et de 
la raison. L'histoire tout entière de l'art, 
depuis ses origines préhistoriques jusqu'à 
ses débordements actuels, est là pour con- 
firmer les enseignements de la théorie 
spéculative. C'est en parcourant successi- 
vement les principaux monuments de la 
civilisation antique chez les Egyptiens, les 
peuples de l'Orient, les Grecs, les Étrusques 
et les Romains, puis en relevant soit dans 
les catacombes, soit dans les écrits des 
apologistes et des Pères de l'Eglise, les 
premiers éléments de l'art chrétien, que 
l'auteur nous amène à l'étude des grandes 
œuvres où se traduisent, dans l'ordre des 
faits, les conceptions artistiques du génie 
inspiré par la foi catholique. Voici l'architec- 
ture byzantine, représentée par Sainte- 
Sophie de Constantinople, dont on a 
manifestement exagéré rinfiuence sur l'art 
occidental: puis vient l'architecture romane, 
dans ses deu.x aspects créés par les écoles 
du Rhin et du Midi ; le style ogival parait 



le beau cstbétique et riDcal chrétien. 



165 



enfin, au X 1 1 P siècle : c'est alors que « l'ar- 
chitecture chrétienne semble avoir atteint 
sa perfection, car jamais l'élément religieux 
n'a été plus heureusement uni à l'élément 
social.» Les autres branches des arts suivent 
une marche parallèle : la sculpture, avec 
ses filles, la glyptique et la numismatique, 
apporte son témoignage ; il en est de même 
pour la peinture, soit qu'elle s'applique aux 
monuments mêmes, aux manuscrits, aux 
verrières, aux tapisseries, aux tableaux 
proprement dits ou à leurs reproductions 
gravées. 

Nous aimerions à pouvoir reproduire, 
même dans un cadre restreint, ce magnifique 
tableau de l'histoire du génie artistique à 
travers les âges ; mais le lecteur nous per- 
mettra de lui laisser le plaisir d'étudier ces 
pages si instructives dans l'œuvre de M. 
Cartier. Il serait impossible, en effet, de 
donner ici, ne fût-ce qu'un aperçu de tant 
d'observations érudites, de judicieuses cri- 
tiques, de considérations aussi fermes 
qu'élevées sur les caractéristiques de chaque 
époque, dans la voie du progrès artistique. 
Sans doute, quelques-unes des idées émises 
sur la genèse des styles, certains faits 
invoqués à leur appui, donneraient occasion 
de formuler des réserves ou des critiques : 
c'est ainsi que la part faite aux monuments 
et aux joyaux artistiques de l'Allemagne 
est bien réduite, alors que M. Cartier prend 
à cœur de faire attribuer à ses compatriotes 
la palme dans toutes les branches de l'art. 
De telles questions peuvent être envisagées 
sous trop d'aspects divers pour ne pas 
demeurer livrées aux disputes des savants : 
mais où le lecteur n'hésitera pas à donner 
gain de cause à l'érudit écrivain, c'est dans 
la réfutation de cette thèse, chère à nos 
modernes rationalistes, qui voudrait \-()ir 
dans l'invasion de l'esprit laïc la cause de 
l'admirable floraison des arts au XII l'^siècle. 



Viollet-Leduc n'a pas craint, on le sait, de 
donner à ce système l'appui de son nom et 
l'autorité de sa science archéologique : celle- 
ci ne gagnera certes pas à la discussion dont 
elle est l'objet dans les Lettres d'îin solitaire. 

IX. 

IL est une autre thèse, constamment affir- 
mée et universellement admise depuis 
trois siècles, contre laquelle M. Cartier 
n'hésite pas à s'inscrire courageusement en 
faux. « L'opinion est généralement favorable 
à la Renaissance; beaucoup de catholiques 
même en font une gloire de l'Église, parce 
que Rome paraît en avoir été le centre. i> 
A rencontre de ce préjugé, le solitaire de 
Solesmes estime «qu'il y a là une erreur 
déplorable, propre à arrêter tout retour vers 
l'art chrétien» ; il s'appuie pour la réfuter 
non seulement sur les principes de l'esthé- 
tique chrétienne mais encore sur l'étude des 
chefs-d'œuvre de la Renaissance et la 
biographie de leurs auteurs. Laissons-lui la 
parole : 

« La Renaissance, — dont le nom même 
est un mensonge esthétique et une injure 
au christianisme, car que pouvait-il re- 
naître de vrai, de beau et de bien après la 
naissance du Christ.-' — la Renaissance 
fut une grande victoire du tentateur, une 
révolte sociale contre Dieu et son Lglise, 
un triomphe des trois concupiscences sur la 
chrétienté. » 

« La Renaissance altéra le beau; la Réforme 
nia le vrai; la Révolution attaqua le bien;... 
elles composent une trinité infernale et ne 
sont qu'un même acte d'indépendance de 
l'homme, un outrage à la souveraineté divine; 
si on étudie bien la Renaissance, on verra 
qu'elle a été le principe de la Réforme, dont 
la Révolution fut le couronnement et la 
perfection. La Renaissance a été une pre- 



i66 



îRctiue De rart cfjrctien. 



mière séduction.qui entraîna les deux autres. 
Elle profana le beau sensible en le détour- 
nant de son but ; le beau intellectuel fut 
alors obscurci et le beau moral disparut 
dans l'orgueil de l'esprit et l'ivresse des 
sens... La grande erreur esthétique de la 
Renaissance est d'avoir séparé le beau du 
vrai et du bien et de l'avoir placé dans ce 
qui plaît aux sens. Les artistes n'ont plus 
cherché le beau en Dieu, qui en est le prin- 
cipe et la fin ; ils poursuivent uniquement 
le beau sensible, et comme ce beau a besoin 
aussi de vrai et de bon, ils cherchent ce vrai 
et ce bon dans les choses secondaires, dans 
l'imitation de la nature et dans la science des 
moyens. C'est ainsi que la Renaissance se 
trouva entraînée à l'étude du nu, qui devint 
pour elle une passion qu'elle poussa jusqu'à 
la folie. Le nu est la forme de la concupis- 
cence ; l'artiste de la Renaissance en fit son 
idéal et le glorifia dans ses œuvres contraire- 
ment à toutes les lois des convenances et de 
la civilisation. Il n'en rougitpas,comme Adam 
devant son Créateur, et ne craignit pas d'en 
offenser les regards de sa mère et de sa fille; 
il en souilla même le sanctuaire, et la chapelle 
Sixtine est là pour montrer à quel excès fut 
poussée cette profanation, témoin ce fameux 
ftigement dernier, où Charles Blanc lui- 
même, ne peut voir c^xinne grande planche 
d'anaioinie. » 



jS— 



MICHEL-ANGE et Raphaël sont les 
deux coryphées del'école Renaissante. 
M. Cartier s'applique, en étudiant leurs 
œuvres, à reconnaître les déplorables consé- 
quences de l'intluence du néo-paganisme sur 
ces puissants génies. 

Raphaël, on le sait, a compté de nos jours 
des admirateurs fanatiques, qui malgré leur 
ardente orthodoxie, «lui rendaient une sorte 



de culte et auraient volontiers demandé sa 
canonisation ». C'est ainsi que l'abbé Darras 
déclare la Ti'ansfignration « le chef-d'œuvre 
de toutes les écoles, le dernier terme de la 
puissance humaine en peinture, la limite qui 
dans l'art sépare l'homme de l'ange », tandis 
que M. le marquis de Ségur estime que 
pour dessiner \2. Dispute du Sainf-Sacrcme^it, 
le génie de Raphaël, aussi immatériel que 
son nom, « a été prendre au ciel ses couleurs, 
ses expressions et ses lignes ». Ces éloges, 
même en faisant la part d'un enthousiasme 
hyperbolique, sont-ils justifiés.'' \.^ solitaire 
de Solesmes, tout en reconnaissant que 
« Raphaël est certainement la plus pure, la 
plus belle, la plus séduisante personnifi- 
cation de la Renaissance », n'a pas voulu 
s'en tenir au sentiment général, dont le 
comte de Maistre déjà faisait la critique; 
il étudie donc le peintre d'Urbin à la fois 
dans les actes de sa vie et dans les œuvres 
de son pinceau. On aurait mauvaise grâce, 
après avoir lu ces pages, empreintes d'une 
admiration profonde pour le talent incompa- 
rable de Raphaël en même temps que d'un 
inébranlable attachement aux règles de l'es- 
thétique chrétienne, à ne pas souscrire au 
jugement formulé au terme de cette con- 
sciencieuse étude: « Raphaël est le peintre 
le plus admirable, le plus parfait, le plus 
heureusement doué que je connaisse. . . mais 
Raphaël n'a été chrétien ni dans sa vie, ni 
dans ses œuvres... il a fait d'une manière 
admirable de l'art pour lart; il a aimé et 
glorifié la chair; il n'a pas cherché le beau 
surnaturel; il n'a pas vécu avec le CiiuiST 
comme Fra Angelico, et il n'a pu faire les 
choses du Christ: Chifa case di Cristo, con 
Cristo debe star sevipre. » 

Cette devise favorite du peintre angélique 
résume la doctrine catholique tout entière 
sur le beau. Le Christ est l'idéal, car, 
comme l'a dit Lamennais : « Il est le beau 



île beau cstîjctiquc et l'iDcal cbrcticn 



167 



complet, le beau dans ses rapports avec le 
vrai et le bien! » Il faut donc que l'artiste 
s'applique à réaliser dans ses œuvres la 
devise de l'Apôtre : Iiistaurarc omnia in 
Christo. Dans la sphère artistique comme 
dans tous les autres domaines de l'activité 
humaine, le Christ est la voie, la vérité et 
la vie. L'art trouve en Lui \ alpha et F oméga, 
le coiuinenceiiicnt et la fin, il en est la source^ 
car rien de ce qni a été fait na été fait sans 
Lui ; il en est le couronnement, car il est 
la lumière qui a hii parmi les ténèbres du 
paganisme et du sensualisme et qni éclaire 
tout Iiomme venant en ce monde. Toute œuvre 
de l'artiste doit être un snrsnm corda; il est 
vraiment juste et raisonnable qu'elle redise, 
en tout temps et en tout lieu, la gloire de 



Celui qui est la splendeur éternelle de 
l'Auteur de toutes choses. Heureux sont 
ceux à qui il a été donné de comprendre 
les grandes vérités de l'esthétique chrétienne 
et qui peuvent dire, comme le solitaire de 
Solesmes au terme de son œuvre : « O 
Christ! idéal de l'art chrétien, idéal que 
l'œil ne peut voir, l'oreille entendre et le 
cœur de l'homme concevoir; idéal du vrai, 
du beau et du bien, idéal de Dieu, idéal de 
l'homme, idéal du ciel et de la terre, idéal 
du temps et de l'éternité, idéal qu'il faut 
posséder dans son âme pour bien l'exprimer, 
éclairez-moi; venez en moi, pour que je vous 
connaisse, que je vous adore et vous aime : 
venez Seigneur Jésus ! Vejii, Domine fesu ! » 
B'J" Jean Bethune de Villers. 




KEVUE UE LAKT CHRETIEN. 
1885. — :"" LIVKAISON. 



ï±±^ k kk^AAÈ. kà.±±^ ^k±±AÈ.^ÂAÈ., 



L^ ^ X ^ ^^ 



Bvotjcrirs et tissus, conservés autrefois à la 



catj)éï)rale ïi^Hugers» (-'"•^- article). (voIi-t. h, (1884), p. 270) 



1"^^^^^^^^ ;^ ^ ^ ^^^^ ^^T^'^ ^ ^TfT¥¥¥¥TfT¥¥¥^ ^ 



C&apitrc i). 



Les Vestimenta. 




\'ANT de commencer ce long 
chapitre, il ne sera pas inutile 
de parler de quelques pièces, 
antérieures à 1297. 

La chasuble de saint René, dont on n'a 
malheureusement aucune description, fut 
longtemps conservée à la cathédrale avec 
son calice. Elle était sans doute fort usée 
en 1297, car elle figure au rang des chasubles 
communes : //rw ochy a/ias çuofic/iatias, 
computata illa sancti Rexati. 

A l'église collégiale de Saint-Julien ap- 
partinrent jusqu'à la Révolution les vête- 
ments de saint Lezin, évêque d'Angers et 
son fondateur. C'étaient juie aitbe, une chape 
(chasuble), une étole et un manipule cC étoffe 
de soie rouge sans s^alon : tous ces objets restè- 
rent dans le trésor jusqu'à la translation 
qui en fut ordonnée par Mgr l' évêque datis son 
église (0. L'étole était remarquable: « On 
voit sur l'un des bouts la figure d Eve séduite 
par le serpent avec ces mots : Per Evam 
PF.RniTio, et, sur r autre bo2it, l'AnJtonciation 
avec ces mots: Per Mariam recuperatio [-). 

Enfin la collégiale de Saint-Martin 
possédait la chasuble, l'étole et le manipule 
de saint Loup, évêque d'Angers (3). 

Ces précieuses reliques périrent en 1793: 
il n'en reste plus que le souvenir. 

D'un autre côté l'ouverture des tombeaux 

1. Aich. Dcpaitciiic'iitates, c. 42. 

2. B. M., ms. 621, p. 3. 

3. Arch. DJp., c. 42. Nous verrons plus loin cLins la 
lettre de Pocquet de Livonnière au P. Montfaucon, qu'il 
lui annonçait le dessin de la chasuble de saint Loup: il a 
été perdu sans doute, s'il ajamais été fait. 



de quelques évêques d'Angers aurait [)u 
nous donner de curieux spécimens d'anciens 
ornements ; malheureusement, on a presque 
toujours négligé de prendre note de ce qui 
fut trouvé. Voici cependant ce qu'on sait des 
tombeaux d'Ulger, de Raoul de Beaimiont 
et de Nicolas Geslant. 

Un chanoine fit briser, en 1757,1e couver- 
cle de pierre du mausolée d'Ulger, mort 
en 1 149 : « On le trotiva couvert de ses or- 
nements pontificaux. Ses souliers étaient 
quarrés par les extrémités et sans talon, le 
dessus était décoiipé à la façon de la chaus- 
'sure des anciens. Son suaire s'était conservé 
encore entier et presque dans sa première 
blancheur. Comme je n'ai vu aucun des 
restes de sa soutane, j' ignore s'il en. avait tine. 
Son rocket était d'une toile assez fine, sa 
chasuble d'une étoffe de soie a fleurs 
rouges sur fond violet. Sa crosse de bois 
était dans toute sa longuettr. La populace, 
informée de cette découverte et poussée par 
une curiosité funeste accourut en foule à ce 
tombeau. On l'ouvrit par l'endroit qu'on avait 
i]iutilement refermé dès le matin. Chacun 
s'empressa d enlever quelque partie des vête- 
ments, qui couvraient les ossements de ce 
grand évêque : rien n' ei'it échappé à ce pillage, 
si on ne se fût empressé de cacher ce précieux 
ornement à ses regards... ('). >> Le couvercle 
ayant été brisé du côté des pieds, il est fort 
possible que la mitre, dont ne parle point le 
chanoine, auteur involontaire de cette pro- 
fanation, e.xiste encore dans le tombeau. 

Le 29 octobre 1846 furent découverts 

I. B. M. ms. 628, p. 142. 



T5roDfric.s et tissus, conserves autrefois à la catècoralc D'ang;cr.s. 169 



quelques débris de la chasuble de Raoul de 
Beaumont.enterré dans la nef en r 197, vis-à- 
vis d'Ulofer. La fosse avait été bouleversée 
en I 793. Il y restait cependant les fragments 
d'une lampe de verre, une crosse en bronze 
et des lambeaux d'étoffe, conservés au 



musée de l'Évêché. Le temps a si profondé- 
ment altéré les couleurs, qu'il est impossible 
de s'en faire une idée exacte. Voici un dessin 
de ""/, ofrandeur naturelle d'une oartie de 
cette chasuble, couverte de médaillons ronds, 
remplis de lions, chimères ou fleurs de lis ('). 




Une petite rosace à quatre lobes, brodée 
en soie avec un pois d'or au centre, réunis- 
sait les médaillons, dont l'intervalle était 



rempli par une lleur de lis. Le fond devait 

i.J'en ai donné un dessin réduit dans l'Albiini,qui accom- 
pagne ma notice sur les tombeaux des évcciues d'Angers 



lyo 



ïRcDue oc rart cfjccticn 



être brun ou jaune foncé, les encadrements 
des médaillons, les animaux et les fleurs de 
lis sont brodés en or. Les feuilles entre les 
branches des fleurs de lis sont brodées en 



soie rouge ou verte. 



Le 12 janvier 1699 fut ouverte la tombe 
de Nicolas Geslant, mort en 1290. On y 
trouva la mitre blanche, avec laquelle il 
avait été consacré, une crosse de cuivre, 
une croix de cire et douze petits pots de 
terre, en partie remplis de charbon (' ). 

La déclaration, faite le 11 juillet 1533 
par le chapitre contre François de Rohan, 
évêque d'Angers de 1499 à 1532 pour le 
contraindre à contribuer aux réparations de 
l'évêché, de l'église et de son mobilier 
nous fait connaître, en 8 1 articles, les griefs 
des chanoines, relatifs aux ornements : j'en 
donne de courts extraits. Le ton emphati- 
que et solennel du début est assez curieux: 
on y verra en même temps combien grand 
était le nombre des ornements. 

^ n Église (T Angiers est tine belle,grande 
« et notable église de fondation royalcct église 
« cathedra lie du diocèse d Angiers, laquelle 
« est composée de hnyt dignitéz, trente cha- 
« noynes, deux soitbs-chantres, Jniyt niaistres 
« chappelains et corbelliers, huit à nenf 
« vingt chappelains, douze serviteurs, vingt 
« drappeliers et six enffans de ctieur, les- 
« quels actuellement jour et nuict font 
(( oraison et prières et servyce divin au de- 
« dans de la dite Église. 

« 2^2. ffcin pour servir lequel servicchono- 
« rablement et dévotement les dits sieurs et 
« chapitre ont plusieurs chappes de dj'ap 
<< d'or, velours, satin, damas et autre soyes 
« et autres chappes et ornemens à grant 
(<■ quantité. 

(( 2.:fj. Item des quelles chappes et orne- 
« mens précieux par quarante cinq jours en 
« lan les dits doyen, dignitéz, chanoynes et 
I. B. E., Ct'rémonial de Lehoreau, 1. V, p. il. 



« chappelains sont revêtus, lorsqu'on fait le 
« service en icelle église. 

« .?//. Item des qîielles chappes et orne- 
« mens précieux, le dit évesqiie d Angiers est 
« tenic à tentretenement, tant par coutume, 
« ancienne et immémoriale, que aussy par 
« disposition de droict. 

« 2^^. Item et la raison est bonne, car 
« anciennement toutes les églises cathédral- 
« les estaient églises régulières ut probat 
« ... et lors les prélatz estaient temiz J'ournir 
« leu-rs églises des ornemens comme estant le 
« chef et après le bien et revenu principal de 
« r église et les moyncs loco quorum hodie 
« successerunt canonici habebant victum et 
« vestitum, comme aujourd luii les clianoynes. 

« 2-f6. Item car leurs prébendes, qui ne 
« sont de vallcur que de 2 ou joo livres ne 
« sont pour satisfaire ad victum et vestitum 
« duntaxat, et par ce, ne sont tenus aux 
« charges, que est tenu, lévesque, qui a le 
<( gros bien et revenu et est le chef de l'église, 
« et les chanoynes sont seulement ses membres 
« et ses ministres... 

« 2^J. Item ce néanmoings durant le 
« temps, que le dit de Rohan a esté évesque 
« d Angiers, qui a été le temps de trente trois 
« ans, il n'a donné aucuns ornemens en la 
« dite église ne soubzveiiu à la réparation et 
« entretencment d'iceulx ornemens, pourquoy 
« sont tombés en grosses ruynes et les fault 
{( nécessairement réparer et pour ce couste- 
« rait grands deniers.... 

« J22. Item y a en la dite église cent 

<( chappes communes et plus que les chappe- 
« lains de la dite église aux festes prennent 
« et depuis le temps de jj ans que le dit de 
« Rohan a été évesqtie, ont pu s'endommaiger 
« de la somme de 200 escuz et plus ('). » 

Le chapitre II, les VESTIMENTA, 
comprendra, suivant l'ordre des inventaires: 

I". Les chapelles coMi'LkTES, Cappella 

I. Arch. Dép. série G. N° 264, passim. 



TBroîJCVics et tissus, conscctics autrefois à la catbéQralc D'Angers. ryi 



INTEGR/1Î, (chasuble, tunique, dalmatique, 
une ou plusieurs chapes, souvent deux 
parements d'autel, quelquefois même des 
courtines et des coussins). 

2"^. Les pièces séparées: Inful.e,dalma- 
tic.lî particulares, capp.e, stoll.e et 
manipulli, burs.e et corporalia, coli.eria, 
poignalia et paramenta altarum, alb^ 
serice.e, map/e serice.e et paramenta 

MAPARUM. 

3°. Les vêtements spéciaux : vestimenta 
pro episcopo, pro pueris et bidellis, 
bireti et cirotiiec.e pro capsis portandis. 

4°. Les paramenta altaris, qu'on peut 
considérer comme les vêtements de l'autel, 
mais seulement ceux qui ne figurent pas 
dans les chapelles complètes. 

5°. Je rattache à ce chapitre les banniè- 
res, VEXiLLA.et les hais, PALLIA, pour porter 
le Saint Sacrement à la procession de la 
Fête-Dieu ou aux malades. 

I. CAPPELL.4: INTEGREE. 

Bien que les inventaires de 1299 et de 
1391 n'aient pas de chapitre sous ce titre, 
on reconnaît facilement parmi les chasubles, 
destinées au maître-autel et les dalmatiques 
certaines pièces assorties et rentrant dans 
cette catégorie. 

1391. L'évèque Nicolas Geslant (mort en 
1289) avait laissé par testament une cha- 
pelle verte : Décima (infula), de sainicto 
viridi, ciiiii aîwtfrasiis aiireis ni statu suf- 
ficienti. — Dalinatica et tiuiica, de sainicto 
viridi ejusdem coloris cum infula superius 
notata. (De panno sericeo viridi, cum 
aurifragiis veteribus deauratis, quce servit 
in festis confessorum et caret propriis stollis 
et manipulis 1467.) (Figurata avibus et 
variis bestiis, rubei coloris, habentibus 
capita et pedes aurea 1561, 1606.) 

Des six autres dalmatiques pour les fêtes, 
quatre de sainicto /-///reformaient deux cha- 



pelles avec les chasubles tertia et quarla, de 
sainicto rubei coloris, in competenti statu ; de 
même les deux dernières, allice bonce et 
pulchrce, quas dédit Guillelnms Major, quou- 
dam episcopus [1JI4), avec undecima (ca- 
sula) de panno albo serico, dyaprato, duppli- 
cata de sainicto croceo in bono statu ("). 

— • Item îina infula, cum dalmatica et 
tunica, borne et pretiosœ rubei coloris, quas 
dédit bonœ memorice Briencius deMacJiecolio, 
quondam [i'jjç) canonicus andegavensis. — 
L'évèque Foulques de Mathefelon, mort en 
1355, légua « duas cappellas, intégras et 
fournitas de cappis, pulcherrimas » 

— Una cappella intégra, rubea, quam dédit 
bonce memorice deffunctus Fulco, quondam 
andegavensis episcopus, continens cappam, 
capsulam, dalmaficam et tunicam, zonam, 
manipuluin, stolam, sandalia, unum colerium, 
duo poignalia, albam paratam et amictum, 
cui cappellœ stola et manipnlum indigent 
duplicatnra. (Seminata avibus peditatis et 
capitatis auro ac rondellis etiam aureis 
1595, 1606.) 

— Una alla cappella viridis, fourrata de 
syndone rubeo, continens cappam, capsulam, 
dalmaticam, tunicam, stolam, zonani, mani- 
puluiii, colerium et unum marchipedem, 
quam dédit ecclesice dictus dominus fulco. 
(Panni damasci viridi coloris, cum aurifragiis 
rubeisad parvas stellas, trifoliisque nigris... 
infula deest 1539.) (Dalmatien serviunt 
portoribus reIi(iuiarLiin in festis pr.ecipuis 
1561). A cette chapelle, on ajouta: Item 
una stola pulchra et nova et manipulum 

I. Guill.uime le Maire fit un voyage à Paris et aux 
environs avant sa consécration : il y acheta des ornements 
et autres objets ; il est fort probable que la chapelle en 
question était du nombre. « Postmodum, staliin /'ans/as 
in noinine Domini revertenles et ibidem tribus dicbiis 
iiiiinenles, einimus initi-am pulchrain et giiamdam paivi 
prelii, pannos sericos duos vel très, quadam neccssitiûi 
pro capclla, ornainenta episcopalia et alios paniios pro 
nobis.... >> lômai 1291. Livre de Guillaume le Maire, publié 
par M. Port, p. 58. 



172 



Ectiue oe l'3rt cfjtcticn. 



ijgi. (Deaurata, qiue proveniunt de abbatte 
sancti Nicolay, cuni ymaginibus 141 8.) 

— Ite»i 2ina alia cappella, intégra, de 
paniio aiiri rubei coloris, cuin avions aureis 
et lozengiis, quant dédit dejfimctus Michacl 
Régis, quondaii! archidiaconus transiiicdua- 
nensis et canonictts andcgaveiisis (ijôj), 
continens capsiilaiii, dalinaticain, imiicaiii 
cîim stolis et inaniptilis et paraiiientis amic- 
titiiDi et albis. (Figurata avibus cum capiti- 
bus, pedibus atque quadratis seu carellis 
aureis cum pulchris aurifrasiis 1467.) (Elle 
ne sert plus 1561.) 

— Item 7ina alia cappella, qutc fuit doniiiii 
Gerardi judicis [rj^j], continens capsulain, 
dalmaticain et tunica/n, eu m uua. stola et 
dîtobus nianipulis, qnce cappella non est 
dupplicata, quod est magnum dapnum. (Vio- 
letti coloris 1421) (quee est multum exami- 
nata et potest reparari de una parva cappa 
panni consimilis, quaï est etiam dilacerata et 
fuit posita dicta cappa cum dicta cappella 
1467). 

— Itcn/ una cappella alba, qnce fuit domini 
Radulphi (de Machecoul, mort évèque en 
1358) episcopi andegavensis, pulckraet nova, 
continens duas cappas, capsula m, daim atica m, 
tunicam, dzias stolas, très manipulas, tria 
coleria, quatuor poignalia, très albas para tas, 
très aniictos et unam mapam paratam. 
(Seminata avabus cum pedibus et avibus 
aureis et cum pulchris aurifrasiis.... et est 
satis honesta 1561) (avec les orfrois à 
pigeons d'or 1596) (nommée les oyscaulx 
1646)0. 

— Iton una alia cappella, pro mortuis, 
Jatn diu empta per /. Beguti {13 5 5) de pe- 
cunia capparum {'), continens quatuor cappas, 

1. B., ms. 656, t. i, p. 281 . — 26 niay 1359. Arrêté entre 
les exécuteurs testamentaires de Raoul de Machecoul et 
le chapitre, que le dit chapitre se contentera de la 
chapelle blanche dudit évoque, pour ce qu'il pouvait 
devoir au dit chapitre, durant sa vie. 

2. Ceci vient h l'appui de ce ([ue je disais pkis haut re- 
lativement à l'argent des chapes. 



capsulant, dalinaticain et tunicam cum dtta- 
biis stolis et tribus manipulis et paraiitcntis 
pro albis et amictis de samicto nigro, ctvn 
orfrasiis dupplicibus et four rat is de sandalis 
aduratis et poniis ereis tenentibus ad dictas 
cappas in pectore et scaptilis. 

— Item vestimenta nigra pro def/îinctis, 
videlicet infula, dalniatica et tunica ctitn, 
quatuor cappis et multum devastata. 

— Item una alia cappella nova cotidiana, 
pro mortuis, intégra, de similibus peciis de 
boucacino nigro, fourrata de boucacino adu- 
rato cum orfrasiis dtpplicatis et cunt poniis 
ut supra, in alia cappella. 

Quatre chapelles complètes furent 
données par Pierre d'Avoir, seigneur de 
Châteaufremond ; voici ce qu'on en sait 
par lalettre de fondation de son anniversaire 
en 1390 et par les inventaires : 

— ... Duas capellas intégras, de dyapris 
albis, galice de diaprés iîlaxs, quœ duce 
capcllcr sunt munitcc de capsulis, tunicis et 
dalmaticis et paramcntis altaris a parte 
superiori et inferiori, pro iina dictaruin 
capellarum ijço... (Item una alia capella 
alba intégra seminata de rosis ad arma 
dicti domini de Castrofromundi, cum para- 
mcntis altaris 1391), (la chapelle de damas 
blanc, nommée les Rouscttes. Reparata fuit. 
Nota quod dalmaticce sunt satini aibi de 
Burges per dominum Bohic fabricium 1595) 
(1646). (Item duae peciae panni serici albi 
seminati de rosetis et in medio cujuslibet 
rosetEe sunt arma de Castrofromundi 1467), 
(positct fuerunt rosetre dalmaticis per domi- 
num Bohic 1595). 

Je reprends le te.xte de 1390, relatif à la 
seconde chapelle blanche... et de tribus 
capis ejusdem panni et coloris cum auri- 
fn'oiatis pulchris et décent i bus et cum une 
parainento pro lectrino seu pulpito,et est dicta 
capella muni ta de albis, stollis et fenionibiis 



TPioDccics et tis5U5, consctDcs autrefois à la catbcDralc D'Angers. 173 



ds consimili panno et collerns propresbytero, 
dyacoiio et subdyacono et de niia viappa al- 
taris, parata de itno paraniento auri frigiato 
13ÇO ; (couverte par endroits de rondeaulx, 
où il apparaît quelques fils d'or, nommée la 
chapelle des leçons des Vierges et du temps 
paschal 1595) (1643). De cette chapelle 
faisait partie un antiquum paramentum 
album in duobus peciis, fere consumptum, 
ad arma de Castrofromondi (1467). 

— Item unam aliam capellam de dyapris 
rubeis, galice, dvapres vermeil, muiutam 
de capsula, tunica et d'il mat ica, et de para- 
mentis altaris firo alto et basso, et de tribus 
capis cuin auri/rigiatis ejusdem paiini et 
coloris ijço. (Una rubea de panno serico 
1391) (duplicata de sandalo adureo 1418) 
(très cappœ rubei coloris figurata; avibus et 
parvis rosis aureis, quas dédit deffunctus 
condam de Castrofromondi, cum bestiis et 
floribus ad arma de Castrofromondi i467)('). 
(la chapelle des neuf leçons des martyrs 
1606). 

— Item îinam aliam capellam nigram, 
brodatam et ornatam ad lacrimas albas et 
AD TALENTA AURI, muuitam de capsula, 
tunica et dalmatica et de paramentis pro 
alto et basso et tribics capis ejusdem panni et 
coleriis cum suis atirifrigiatis et albis, ami- 
clis, stolis et fenionibus consimilibus et cum 
tmo paramento pro lectrino ijço (seminata 
de lacrymis argenteis et oculis aureis, 
1467). 

— Item una infula, cum dalmatica et 
tunica dupplicata violeti croceique coloris, 
quœ satis indiget reparatione ijçi (sint po- 
sita; in reparatione aliorum vestimentorum, 
1421). 

— L'inventaire de 1391 comprend dans 
rénumération des 12 chasubles réservées 



I. Arch. dép., série G. 264., art. 308. Item une chapelle 
de damas rouge, semée à bestes d'or fin, qui sert aux festcs 
des martyrs, qui est quasi consommée, en faut avoir d'au- 
tres, qui coûteront la somme de 60 1. et plus. 



au grand autel, une chasuble jaune, qui 
avec deux dalmatiques de même travail 
formèrent une chapelle complète : Octava 
(casula) de samicto crocci coloris, operata 
diversis operibus et cum duabus ymaginibus 
capitum rétro, quce indiget omnino diippli- 
catione et est formosissima — dalmatica et 
tunica, crocei coloris, operata ad modum 
tnfulœ ejusdem coloris (figurata de serico 
croceo, figurata pluribus rondellis et barris 
et in partibus posterioribus sunt diversa 
capita, qua; servit in anniversario circuli 
puerorum psallette et in festo Sancti Mi- 
chaelis in Muntetumba 1467). (La chapelle 
des choreaux 1596.) (Item une chapelle de 
soie jaulne brodée sur le champ de soie 
tannée et bleue, nommée la chapelle des 
Carreaux, qui sert seulement à la fête de 
St Michel in INIunte tomba, 1643). — Cette 
chapelle existait encore au XVII Je siècle. 
Lehoreau dit en effet que le 16 oct. on 
se servait à la fête de St Michel in Munte 
tumba d'une chasuble jaulne à l'ancienne 
mode, sur laquelle étaient brodées quelques 
petites figures de chérubins, et de dalma- 
tiques de pareille couleur à l'ancienne mode, 
les manches cousues, presque comme une 
aube, excepté la longueur. 

En i725,Pocquet de Livonnière la men- 
tionne en ces termes ://_;• a aussi un ornement 
complet d'une espèce de satin jatine brodé 
de soye noire, et dans le bas la chasuble est 
toute fermée et les dalmatiques à manches 
fermées sont cousues jusques à la ceinture, 
on se sert de cet ornement à F autel le jour de 
St Michel {'). 

Cet ornement existait encore en 1757 
d'après le règlement de la sacristie ; peut- 
être môme ne fut-il détruit qu'à la Révolu- 
tion ; on en voit un dessin grossier dans 
le Cérémonial de Lehoreau, L. iv, p. 203. 

— 1406. Item Oliz'crius Maligneri, ati- 
1. Bib. Nat. ms 10,912, fol. 159. 



^74 



iReuiie De lart c&réticn. 



ditoi' sacri palatii apostolici et cantor eccle- 
siariun Andegavcnsis et Nannetensis con- 
cessit, tradïdit et assigiiavit ad honore m 
Dei et Virginis gloriosœ et omnium sancto- 
riim et sanctarwn et in remissionem pecca- 
torum sui et alioriim quorum in aliqno 
potuit aut potest et in futtirum tcneri très 
casullas, stollas et maiiipulos ac paramenta 
albaruvi et amictutim et duos patntos pro 
altari cuni ymaginibus sanctorum evange- 
listarîim et docforuvi quatuor. 

Quœ omnia duplicata sunt de persico 
viridato, de bougrano, de panno videlicet 
TiERCELiN J)E GENO, stib colore crocco, pro 
temporibîis videlicet adventus Doiiiini,scptua- 
gesimœ et quadragesimce îisque ad pasclia 
exclusive et ni/iil ultra iisque ad tempus alius 
anni revolutum tempore predicto. Anno 
Doiiiini niillcsiino fi;YY""^ sexto. 

En Carême et pendant l'Avent le diacre 
et le sous-diacre ne portaient pas de dal- 
matiques, mais des chasubles. (Très infulre 
pro presbytero, dyacono et subdyacono de 
serico croceo... item unum paramentum 
majoris altaris pro tempore adventus Do- 
mini in duabus peciis... in superiori parte 
est ymago Trinitatis, cum quatuor evange- 
listis et in inleriori sunt quatuor Doctores 
ecclesisecum Virgine Maria in medio 1467.) 
(Quasi consumpti 1525.) En 1467 cette 
chapelle fut affectée au temps de l'Avent ; 
il y en avait une autre en tiercelin blanc 
pour le Carême. 

1421 — Huit panni particulares de l'in- 
ventaire de 1391 sont transformés en une 
chapelle complète. — Item unus pannus 
aureus crocei coloris continens septem pan- 
nos cum bordura de armis Siciliae et An- 
degavi... (seminattis foliis aiireis). — Item 
unus alius pannus similis coloris, emptus de 
pecunia ecclesix, continens quatuor alnas. 
(De istis octo parmis facta fîiit cappella ctini 
tribus cappis.) 



— Item alla cappella, pnlchra rubei coloris 
deaurata, melior istitcs ecclesice p7'o majori- 
bus festis deservieits, quœ etiam ex parte 
ipsius (Ludovici secundi, régis Siciliae) 
data fuit, continens unam cappam tantum, 
infulain, dalmaticam et tunicam cum stollis 
et manipulis, dtcppiicata (de satino figurato, 
seminata foliis aureis et foliis ad instar folii 
quercus, ad armadomini régis Sicilice 1532). 
(La chapelle des Petites Bretaignes, de 
satin broché, 1561, 1643.) 

— Item alla capclla pulchra, pro majori- 
bus conpcssorum, qiiœ fuit facta expensis 
capittdi panno magna persei coloris, continens 
infulam, dalmaticam- et tunicam, cîim stollis 
et manipulis, cum tribus cappis, quarum 
umim aurifrazium dédit dominus F. Doni- 
kojninis ( IJ62) et in eadem capella sunt très 
albce paratœ et très amictus ejjtsdem panni. 
(de serico perseo, seminato Moribus aureis 
et cum aurifragiis ad flores liliorum et ayes, 
et una pars non habet flores 1532.) (de 
panno dato per deffunctœ, bonse memoriœ, 
dominam Margaretam Andia;, régis Renati 
filiam, qu:e fuit Angliee regina 1539.) {la 
chapelle des Bureaulx 1561.) (de l'une des- 
quelles chapes, les orfrois sont à ymages 
1595, 1643) ('). 

— Item una infula et dalmatica et tiinica, 
de panno nigro lucaxo, seminato avibiis 
aureis et très cappcc, ducs stollœ et maniputi 
de eodcm, pro iirissis dcffmictorjim cum para- 
nientis loco panni, data per regem Ludovi- 
r//;;i.(figurata avibus cum capitibus, pedibus 
et parte allarum aureis, 1467.) 

— Item per dictum rcgcm et Yolandam 
ejus uxorem, in ipsius obscquio, data fuit 
juia infula cum dalmatica et tunica et qtiinqtie 
cappce et paramenta altaris, cum duabtts 

I. Arch. dép.. Série G. 264., art. 248. Item et mesme- 
mcnt trois cliappes, qui sont de drap d'or, appelées les 
Burcau.r, dont les orfrois sont de fin or, où il est besoin 
de refaire les orfrois de l'une des dites chappcs et réparer 
les autres, pourra coûter 30'. 



T5roDcriC5 et tissus, conscrucs autrefois à la catfjcorale D'Angers. 



ID 



stollis et tribus vianipiilis cnm paramentis 
triiun albariini et Irinm amittorjtin et 2ino 
paraniento, iina viappa altaris, tota depanno 
(iainaseeiio nigro, figurât o e2tin mwifragiis 
mircis cuin scutis ad arma régis et reginœ 
preedictœ. (Unum paramentuni altaris, con- 
tinens duas pecias de panno damasceno 
nigro : et in superiori pecia est ymago 
Crucifix!, cuni ymaginibus beatœ Mariœ et 
bcati Johannis Evangelistce et in inferiori 
pecia est ymago beatie Maria;. In qualibet 
quarum dictaruni peciarum sunt arma do- 
mini Régis Siciliœ, 1467, 1643). 

— Item una capella rubea, de veluto 
figurato ad fiores aureas, continens easulam, 
dalinaticam et tunicam cum duabus stollis, 
tribus manipulis, 71110 parainento uniiis albce 
et duobus paramentis altaris, dupplicata 
totaliter bougrano perseo et uno ... dupplieato 
iierceliiio perseo ad X V palmas aureas eum 
armis dicti domini Lndovici secundi, régis 
Siciiice, dupplicata tiereelino rubeo cum 
orfrasiis ad ymagines... (de panno sericeo 
rubeo, cum coronis et foliis aureis floribus- 
que persei coloris ... 1467) (la chapelle de 
vieux drap d'or rouge, qui sert aux octaves 
du Sacre et de saint Maurice 1595) (et y a 
en quelques endroits de petits rondeaux de 
fil d'or 1606). 

L'évoque Hardouin de Bueil (1387-1439) 
donna les trois chapelles suivantes, inscrites 
à la suite de l'inventaire de 142 i : 

— Una (capella) rubca, de panno veluto, 
ad cestercia argentea stellasque, coronas 
aiircas, ornata, in gjia capella sunt infula, 
tunica, dalmatica eum stollis et nmnipulis. 
Item très albce et amit i eodeni panno parati. — 
Item très capcc seu plttvinalia ejiisdein paiini 
cum ornatu, cn?n aurifrasiis ad ymagines et 
arma de Castro Fromondi. Item phiviale seu 
eapa depanno et veluto ditiore, ornatjc parato, 
cum aurifrasiis similibus piyediclis et in 
dorso ipsius est Assuuiptio seu coronatio 



beatcc Maria, ditissime composita et ornata. 
(Cum coronatione beatce Mariae, angelis et 
Agnis Dei, cum pluribus stellis de broderia, 
cum armis de Castro Fromondi in aurifrasiis 
1467.) (La chapelle des Croissants 1561, 
1643). Cette chapelle était munie de deux 
parements d'autel/^^;^;^^^y//;/^'//i■. (De velosio 
rubeo, senimato de croissants gallice, stellis 
et coronis 1467.) (... quasi consumpti 1595.) 
Elle fut prêtée au roi de Sicile, pour sa 
chapelle du château d'Angers, pour la fête de 
Noël (1443), qui fut célébrée coram rege ('). 
■ — Item alla capella, in qua sunt infula, 
tunica et dalmatica cum stollis et manipulis, 
de panno albo damasceno. Item très cappce de 
eodem panno, eum aurifrasiis perseis consi- 
milibus. Item duo paramenti albi pro para- 
mento altaris. (Ad arma de Castro- Fro- 
mondi 1467.) 

— Item alla capella, alba panni de satino, 
in qua sunt infula, tunica et dalmatica sine 
capis. Item 7inum corporale cum corpora- 
libus. Item duo panni albi pro paramento 
altaris quic quidem capella deputata est ad 
missam beatce JMarice dicbjcs sabbatinis. 
(Parvum paramentum de satino, album in 
duabus peciis, qui servit altari beatse Maria; 
in navi ecclesiœ subtus Crucifixum, 1467). 

Plusieurs ornements furent remis à 
l'église, après la mort d'Hardouin de Bueil, 
entre autres les deux chapelles suivantes : 

— Una infula, eum stolla et manipula et 
paramento altaris, de quo paramento factie 
fuerunt duce dalmaticce rubei coloris et albi 
ad modum scangrii, galicc dcscequier (échi- 
quier). 

— • Item una alia infula, citni paramento 
altaris in duabus peciis, viridis coloris, 
figuratis. De predicto paramciito factcc 

I. Conclusions du chapitre, 23 octobre 1443. On prête 
au clerc de la chapelle du Roy, pour la fête de Xocl, trois 
chappes aux croissants, les parements d'autel semblables 
et les ornements de drap de panne donnes par la feue reine 
Yolande. 



KliVLÎE DE l'art CHRÉTIEN. 
1S85. — s"'° LIVK.MSOS. 



lyô 



IReuuc î)C r^rt cfjrcticn 



fuerunt dnœ dalmaticcc. Item duo paranicufa 
altaris, viridis coloris ad barras aiiri, quorum 
unu?n posititm fuit in paramcnto dictarnm 
daimaticaritm. 

Viennent ici, suivant l'ordre chronolo- 
gique, les riches chapelles, données par 
René d'Anjou. 

Ce prince, ami des arts et très généreux, 
fit présent, le 4 mars 1462, d'une magnifique 
chapelle, connue jusqu'à la Révolution sous 
le nom de la grande Broderie. Le roi et la 
reine de Sicile assistèrent à une messe du 
Saint-Esprit, chantée parle chapitre, pour la 
réception de ce chef-d'œuvre. Voici la lettre 
de René, concernant ce don royal ('). 

« Nous, René par la grâce de Dieu, Roy 
de Ihûlm et de Sicile, duc d'Anjou et per 
de France et duc de Bar, comte de Provence, 
de Forcalquier pour la singulière et cordialle 
affection que avons et portons à la dicte 
éo-lise en Révérence et honneur du dit 

es 

monsieur saint Maurice et de ses benoistes 
compaignons soubs la protection duquel 
avons fondé lordre du Croissant. Nous a 
icelle église pour icelle décorer avons donné 
et octroie, donnons et octroions par ces pré- 
sentes les aournements d'unechappelle toute 
batue à broderie d'or contenant cinq pièces, 
c'est assavoir chasuble, tunicque, dalma- 
ticque, chappe et ung parement dautel hy- 
storiés de la Passion Notre Seigneur. Et 
avons voulu et voulons que des à présent 
comme pour lors notre deces advenu ladite 
église et les supposés d'icelle puissent joir et 
user de notre présent don et octroie et eulx 
servir d'iceulx aournements aux jours et 
festes convenables et requis sans ce que 

après notre deces il leur avoir autres 

lettres de don des dicts aournemens que ces 
présentes et sans que nos successeurs ou 
aiant cause leur en puissent faire demande 

I. Registres delà Fabrique, t. I, p. 72. Littera dona- 
cionis pulcherrimx capelliu per Renatum regem SiciliK. 



en question aucune le temps aucun. En re- 
servant touttefois avons que tant que vi- 
vrons nous nous en pourrons servir en notre 
chappelle aux jours et festes que bon nous 
semblera. En tesmoing de ce nous avons 
signé et desputé et fait signer de lun de 
nos secrétaires et apposer et placquer notre 
scel de scrict. Donné en nostre chastel 
d'Angiers le iiij jour de mars lan de grâce 
mil rccc soixante et deux. 

Tj, , Par le roy nions le marquis Dupont aisn(5, fils de 

' monseigneur le duc de Calabre et de Loraine aisné 

filz du dit S' Roy. Les comtes deWaudemont et de 

Troye Jehan s'' de Beauveau, sen"' daniou Sallahdin 

dangleure s' de Nogent le s' de Natelieure et plu- 

[sieurs autres presens. 

Nardiîau. 

1467. — Pulckerrima cappella, data 
ecclesiœ per serenissimiim doinimim nostrtim, 
domiiium Renatum regem Iherusalem, Sici- 
liœ et Ar agonis ducemque Andegaviœ, mira- 
BiLi ARTiFicio contcxta, brodât a ad historiam 
de vita Christi ab annonciatione dominica 
risque ad resurrectionem Christi inclusive, 
contincns cappain, iufulam, duas dalinaticas 
et ununi parante ntum altaris de resnrrectione 
Domini. {\^Vi grant chappelle, (\\i\ sert à Noël 
— le grand parement, qui sert à Pâques 
1561) [\?i grande chapelle, faite de broderie 
à ymages fort précieuses et riches .... 1643.) 
(Un autre parement, fait en Provence, 
comme le reste de la chapelle, fut donné 
quelques années après. Item unum aliud 
paramentum de passione Domini 1505.) 
(Le grand parement du devant d'autel, qui 
sert à Noël, 1561.) (Deux beaux et riches 
parements, faits de broderie à ymages, fort 
précieuses et d'une même façon, 1643.) 

Item une estole et un fanon de drap d'or 
changeant, cjui ne sont apariés, faits à 
broderie et personnages et servent à la grant 
chapelle, 1595. 

Pierre du I '/liant, peintre du roi de 
Sicile, broda ces belles pièces; son héritière 



ISroDcrics et tissus, conserves autccfois à la catbcDrale D'3ngcrs. 



// 



reçut en 1478 à titre de reliquat de compte 
la somme de 4782 florins, 8 gros ('). 

René écrivit au chapitre le 15 nov. 1479 
pour le prier d'envoyer chercher un second 
parement d'autel, du même travail... «... 
Avons fait continuer depuis notre partcmcnt 
de notre ville d'Angers le parement d'autel, 
selon l'ouvrage des orfrois des chappcs, 
chasubles et autres ornements que pieçà 
donnâmes en la dite église, tellement que de 
présent est du tout parfait et achevé. Veuillez 
envoyer aticuns de vos confrères et concha- 
noines pour recevoir le dit parement, que leur 
ferons bailler. — Arles, /j nov, I4jg » (^). 

Cette chapelle était fort estimée en 1533. 
— Art. 276. Item la grant chapelle, qui est 
une chappc, chasuble, pour diacre et sous- 
diacre, toute d'or fn nué tant du long, qtie 
du travers, que l'on estime lx mil escus, 
pourra cotister à réparer jj escus if). 

La grande broderie dont Lehoreau parle 
avec admiration dans son Cérémonial, était 
estimée de son temps 40,000 escus (■*) ; elle 
ne servait que le jour de Noël, de Pâques 
et de la Fête-Dieu. Le rèoflement de la 
sacristie de 1757 dit qu'on ne la prenait 
plus le jour du Sacre, crainte de la poussière, 
dont l'ég^lise était remplie. Les parements 
d'autel ornaient le reposoirdu Jeudi Saint : 
l'un d'eux fut restauré et monté sur une 
carrée de tringles en i 764 (-). La chasuble 
fut raccourcie en 1763 (°). 

A la fin du règlement de 1 757 on lit parmi 
les observations faites aux sacristains celle- 

1. Revue des questions historiques, 1874, p. 164. Extrait 
des Archives des Bouches-du-Rhône, B. 273, f" igo. 

2. Buil. inonum. de P Anjou, ii>57, p. 88. 

3. Arch. di'p., sdrie G. 264, art. 276. 

4. B. E. C('réinonial As Lehoreau, t. V, p. 14. 
•i.ArLh.dc'p.,icnc G. 83 5, comptes de Fabrique 1764a 1765. 

Alademoiselle Lochard, tapissière pour avoir raccommodé 
le devant d'autel, pareil au magnifique ornement de la 
grande broderie, lequel sert présentement au reposoir du 
jeudi saint ... 48 livres. 

6. .4>xh.di'p.,iûv\c G. 835., comptes de Fabrique de 1762 
à 1763. Pour avoir fait raccourcir la cliasuble de la grande 
broderie, relever et appliquer le galon en broderie, qui en 
fait la bordure, 6 livres. 



ci : « On ne peut trop engager les sacristains 
d'avoir un soin partictilier des ornements, 
surtout de L.\ gr.\nde broderie, qïd est le 
plus bel ornement de France, de le couvrir 
toujours avec des chappes doublées de soie et 
jamais autrement ...» ('). 

L'unanimité des éloges, donnés par tant 
de témoins vivant à une époque où le style 
gothique était pourtant bien dédaigné, est 
curieuse à constater.Ce magnifique ornement 
fut dépecé et brûlé à la Révolution (■). 

— Sccunda pulchra cappella panni atiri 
preciosissimi figurati, continens cappam, in- 
fulam, duas dalmaticas cum aurifragiis ad 
historiam de passione Domini fesu-Christi 
beatique Maitricii et sociorum ejus, data per 
dictum regem. — Très pecice panni auri 
cramoisy, gai lice, semmatœfloi-ibus cardonum 
et cum scuczonibus ad arma domini Renati, 
régis Siciliœ ad parandum majus altare de 
longitudine dicti al taris et latent m, datœ 
per dictum Regem et sunt de panno ditissimo 
et sei'viunt in majoribus festis. Item duce 
pecice paramentoru7n panni aitrei seminati 
foliis aureis, co7iti/ientes qucelibet pecia très 
alnas vel circa et pomtntur de longitudine 
dicti alla ris. Item unum paramentum altaris 
m iina pecia de velosio rttbeo, in quo est 
coronatio beatœ Marice, continens tredecini 
ymagincs de broderia. (Le grand parement 
de drap d'or rouge, qui sert aux festes 
solennelles comme Noël, la Saint- Maurice 
1Ô43). Quatuor auricularia panni aurei 
cramoisy, seminati foliis cardonum, cum 
quatuor houpis de simili paramento. (La 

CH.VPELLE JOYEUSE I 56 I -I 643.) (5). 

1. Musée de l'Évêché. 

2. Arch. dép. 

3. Arch. déplient G., N. 267, art. 267 et 27S.— Item une 
chappe d'or frisé, qu'on appelle la Joyeuse, à orfroi, qui 
fort endommagée, pourra coûter à réparer la somme de 
50 escus. Item la chasuble et deux dalmoircs de la dite 
chapelle, tant pour les orfrois, que drap d'or fin, pourra 
coûter à réparer la somme de 60 escus. 

B. M., ms. 658, p. 28S. Entrée de M«'' Henri Arnaud. On 
lui présente sous le porche une chape, appelée lay<»)v«Jt'. 



178 



iR c U u c D c r 3 r t c I) v c t i c n . 



— Tcrtia pulchra capclla panni aiiiri 
de velosio nigro super velosiiini, ciun foliis 
cardomim et arboribits, dcserviens m com- 
vicmorationc viorluoj-uin, coutinens cappani, 
infulam, duas dalmaticas anii mirifragiis 

ad hisioriat}! If cm qiiinque peciœ paniît 

aurei de velosio iiigro super velosiuiu, sc- 
minatœ foliis cardonum, quartirn ducv su7it 
pro tabula altaris, tam snperiori quam 
inferiori, et 7ina illaniui, qucc est bor- 
data continet très alnas cuni tcrtia parte 
alnce. Altéra, qua non est bordât a, continet 
très alnas cuvi diviidio quartcrio. Tertia 
magna petia, quœ ponitur super altarc juxta 
capsani, continet quinque alnas citni uno tertio 
et est bordata de velosio in parte snperiori 
duntaxat. Dtiœ aller peciœ pro latcribus 
altaris, continentes qucrlibet très alnas cuvi 
diniidio quarterio et snnt bordatcc de velosio 
ab utraque parte, fiicrnntquc dater pcr dictitni 
doniinmn Renatuni, regeni Siciliœ cuni cap- 
pella similis panni. Item quatuor carelli de 
panno aurco nigro valde pretioso super velo- 
siuin et serviuntin crastinoomniitm sanctornni 
et snnt vacua. — L'inventaire de 1 505 dit, en 
parlant de cette chapelle : ad historiam de 
passione Domini ; d'autre part, d'après un 
compte de fabrique de 1464 à 1465 il 
paraît évident que les orfrois de la chapelle 
rouge furent placés sur celle de velours noir. 
(La grant chapelle des trépassés 1561.) 
(Une belle chapelle de drap d'or sur velours 
noir frisé 1643.) 

— Item alla capclla panni aurei, miinita 
aurifragiis, ad arma ducis Britannice, conti- 
jiens duas c appas, consimiles, infulam, duas 
dalmaticas cum stollis et manipulis. (La 
chapelle des Grandes-Bretaignes et les deux 
chappes de mesme, 1561-1643.) ('). 

— Item altéra cappella de panno série eo, 

1. Ibid., art. 283. Item la chasuble et deux dalmoires 
de drap d'or fin frizé sur velours cramoisy et orfrois d'or tin, 
aux armoiries de Bretagne, pourront coijter à réparer la 
somme de 60 escus. 



seminato foliis aitrcis, coutinens infulam, 
dalmaticas cum unastola et uno manipulo, et 
in infula sola snnt arma deffunctcc RIaricc 
regincc Sicilicc. (... de purpura seu velosio 
rubeo, seminata foliis quercuum aureis ... 
1539.) {^La chappelle des feilles de chcsne 
I 561- 1643.) 

— Item una altéra cappella de velosio 
violeto, qucc fuit facta de tunicâ defnnctce 

Ysabcllis, regincc Siciliœ, cum aurifragiis, 
sine cat>pa. (Capella purpura velousio rubeo 
sive violeto figurato... la chappelle qui sert 
aux festes des Appostres et dymanches 

1561) (de velours rouge, tirant sur couleur 
de pourpre 1643). 

— ■ Capellœ communes. — Item tma alla 
cappella antiqua, de panno serico albo figurato 
avibus cum capitibus aureis et oculis 7iigris 
et in ejus aurifragiis suiit duo scuzoni pluries 
facti : continet très cappas vctustate consump- 
tas cum infula, dalmaticis, una stolla et uno 
manipulo. (La chapelle blanche, nommée 
les yeux noirs 1595.) 

— Item una alla cappella cum infula 
panni serici et dalmaticis de bombace, gallice 
fustaine, multum consumpta cum stollis et 

manipulis, dcserviens die lunœ et die mercurii 
in missis beatœ Mariée. (1505.) 

— Item una cappella de satino rubeo 
piano, quœ servit quotidie in diebus feriatis 
et caret stollis et manipulis. (1595.) 

— Item una alla cappella de damasto 
viridi per dominum Fournicr, canonicum 
ad missas bcatoritm Sebastiani et Serenedi 
duntaxat, deserviendum, ad dicti Fournicr 
arma, Icgata. ([643.) 

— Cappellce pro mortuis. — Item una 
cappella nigra de ostade gallice, qucc deservit 
quotidie in missa anniversariorum. 

— Item très aliœ infulce, quarum duœ 
sunt de tiercelino albo figurato ad ymagincs 
et angelos cum duobus stollis et duobus 
manipulis de pari panno : altéra pro subdya- 



15voDei'ics et tissus, conserves autrefois à la catfjciiralc D'Angers. 179 



cono de panno damasceno albo, sine maniptdo 
et serviiint die un s doniinicis Kadragesiiiue. 
(1505.) Item zimun parameuttini majoris 
altaris iii ditabns peciis de tiercelino, depicto 
ymaginibiis pro teinpore Kadragesinicc. 

— /te/u uiia cappella, ex panno albo 
deaiirato cuiu dalniaticis, stollis et manipnlis 
data per depfnnctnni doniinnin de Rely, cpi- 
scopnin Andegavenseni. (1498.) — Item tria 
paramenta ad deserviendnin majori altai'i, 
munita circnniqnaque velosio violato, data 
ecclesiœ per bonœ meviorice dcfnnctjini doini- 
nnm de Rely. (Le grant parement de drap 
d'or blanc, pour les festes de Notre-Dame, 
my-août et autres, 1643.) 

1505. — Item una capella alba, ex satino 
albo, einn anrifragiis veluti violet i, continens 
infulam et dalmatieas. (1539.) 

— Item capella cnm dalmaticis de velnto 
nigro. (1525.) 

1525. — Item nna capella panui dama- 
sceni cendrati continens in/nlam, dnas dal- 
viaticas cnm anrifragiis de tajjetazio rîtbeo 
cnm Jloribns albis et viridibns. Capella pro 
mortnis. (La chapelle Cendrée, 1561.) 

1539. — Item iina alla capella pan ni 
aurei rasi viridis coloris, continens in/nlam, 
duas dalmatieas, dnas stolas et très manip7ilos, 
data per de/jnnctnm boiuc memorice Reve- 
rendissimnm in Ckristo patrem et domintim, 
domimim Franciscnm de Rohan, qnondam 
ai'c/iiepiscopnm et comitem Lugdîinenseni 
et episcopnm Andegavensem, Andegavinm 
filium domini Pétri de Rohan Francicr 
marescali, cnm viveret, ad eornm arma 
insignita. (La chapelle, qui sert à la Saint- 
Martin et à Saint-Jean-Baptiste, 1561.) 
(La chapelle de Monseigneur de Lyon,évesqne 
d'Angers, lô-fji) 

— Item nna capella de velozio violeto, 
qnam Jecit eomponere dominas Fahic (/jjy), 
expensis Jabriccc. Est intégra. (La chapelle 



de velours violet, qui sert aux festes des 
confesseurs a trois chapes doubles 1561.) 

— • Loco triiini veternm caparnm pamii 
OSTADI-; nigri, pro dejfunctis, fnernnt factce 
très alice capce cnm casnlâ et ditobas dalmati- 
cis, munîtes aurifragiis futani violet i. (ijôi.) 
Similiter fnerjint loco veternm casulce et 
dalmaticarnm damasci nigri confectee aliœ et 
positce aurifragiœ veternm, qnia consumptœ. 

1595. — Item nna- capella de velozio 
viollato, nova, fulcita casula, dnabus dalma- 
ticis, capa duabns stollis et tribus manipnlis 
eju,sdem panni {^16^/). 

ISQ*^' — Item une chapelle de velours 
ronge incarnat, garnie d'une chasuble, deux 
dalmatiques, une estolle et deux fanons, nom- 
mée la chapelle ad Arma Sancti illauritii. 
(On y ajoute deux chapes de velours rouge, 
dont les orfrois sont faits à figures, de fil 
d'or 1606) (et au chapperon y a un nom de 
Jiisus et des fleurs de lis, 1643). {-^ cette 
chapelle on joint encore deux autres chapes 
de v^elours rouge, dont l'une est brodée de 
jaune en bas et deux escuçons aux chappe- 
rons, 1643.) 

— Item une autre chapelle de velours noir, 
garnie d'une chasuble, de deux dalmatiques, 
dont les orfrois sont de toille d'aigetit rayée 
de noir, deux belles étoiles et trois fanons 
de mes me velours, garny de franges au bout 
et y a ti'ois croix de passement d'or. — ■ Item 
deux chappes de vellours noir,garnyes de taille 
d'or rayées de noir, comme la chapelle précé- 
dente. — Item une belle et oie de vellours noir, 
bordée aux deux côtés de passement d'or et 
garnie de trois croix de mesme passement 
dor, scavoir au milieu et aux: deux bouts. 
— Item trois pièces de parement, dont y a 
une de satin et les deux aultres de taffetas, le 
tout orange, qui servent à parer le dit autel 
au temps des advents avec trois chasubles et 
une chape, pour servir aux prêtre, soiibs chan- 
tre, diacre et sous diacre. 



i8o 



IRcuuc De l'art cïjtcticn. 



1599- — • Jtcui une chapelle de drap d'or 
blanc, garnie d'une chappe, d'tme chasuble, 
deux dalinatiqncs, deux étoiles, trois fanons, 
donnée par monsieiir de Beaulieu Ruzé 
(évêque d'Angers, i^'èy), secrétaire d État 
et y sont les armes de roy Henri quatriesnie 
(trois) et celles du dit sieur de Beaulieu 
(garnie de trois chappes, faites du parement 
d'autel de toille d'argent battue d'or, es 
quels sont les armes de France et de Po- 
loigne et du dit deffunt sieur Ruzé évesque 
et de deux carreaux de toille d'argent battue 
d'or, donnéspar ledit sieur Beaulieu Ruzé). 
(Nommées les Rîcsées, 1643.) 

1 643. Une chapelle de velours violet, garnie 
de leurs étoiles et fanons avec l'écharpe, garnie 
de clinquant d' argent, qui sert aux diman- 
ches de r Avcnt et du Caresme avec une 
chappe de velours tanné brun, aussi garnie 
de clinquant d'argent. 

— Item une chapelle de satin violet, conte- 
nant une chasuble, deux dalmatiques, deux 
étoiles et trois fanons, oîi sont les armes de 

feu M. Fouquet, vivant évêque [1616-1621) 
garnie de clinquant d'argent, qui sert les jours 
de Pâques fleuries, vendredy et saniedy saint. 

— Item une chapelle de damas rouge, où 
sont aussi les armes dîidit seigneur évêque, 
garnie de deux dalmatiques, étoiles et fanons. 

— Item tine chapelle de tabis violet à fleurs, 
oii sont pareillement les armes dudit seigneur, 
garnie de deux dalmatiques, étoiles et fanons, 
qui sert aux vigiles. 

— Item une chapelle de damas vert, oii 
sont aicssi les armes du dit seignejw, garnie 
comme dessus, qui sert aux dimanches pcr 
annum. 

— Itein une vieille chapelle de damas 
violet contenant la chasuble, deux dalmatiqties 
(mises pour chasubles) coupées par le devant 
avec es toiles et fanons avec le parement du 
grand autel de même, qtci sert à lavetit et 
au caresme. 



ii. les pièces séparées : inful.^, dal- 
matic^ particulares, capp^, stoll^ 
et manipulli, burs^ et corporalia, 
colleria, poignalia et paramenta 
albarum, alb.<e serice^e, map^c serl- 
ce^e, et paramenta maparum. 

Inful.ï;. 

1297. — Item quatuor dcccm in fui as bonas 
et pulc liras pro festivitatibus. 

On en retrouve douze dans l'inventaire 
de 1391 : 

Duœ sunt antiquse et multum devastatse. 

Tertia, quarta de samicto rubei coloris in 
competenti statu. 

Ouinta de samicto rubei coloris in com- 
petenti statu. 

Sexta de panno mixto auri cum orfrasiis 
aureis satis antiquis et indiget reparatione. 

Septima de samicto adurato cum leopar- 
dibus aureis, dupplicata de rubeo in bono 
statu. (... persei obscuri de satino cum 
leopardibus, croissans et soleils gallice, ad 
legendum lectiones in vigiliis PaschEC et 
Penthecostes 1539). (Item six chasubles 
anciennes à dire les prophéties la cin- 
quième de taffetas renforcé avec orfroys à 
personnaiges, semée de lyons, de croissans 
et soleils, doublée de taffetas rouge, 1643.) 

Le dessin de cette chasuble fut fait en 
1725 par les soins de Pocquet de Livon- 
nière pour dom Montfaucon ('). Il existe 

I. Bibl. Nat., ms. 11, 918, f' 156. 
Mon très reucrend l'ère. 

Je vous ay fait long-tems attendre peu de choses, cest 
plus la faute des dessinateurs que la mienne il y a deux 
mois qu'un sculpteur me fait espérer un beau dessein de 
la Chasuble non acheuee de saint Loup notre trentqua- 
triù'me. Eueque que le chapitre de saint Martin conserue 
aussi preticusement que ses reliques ; 

Voicy celles de la Cathédrale, M. l'abbd de la Chali- 
niere, chanoine et professeur de Thie a pris les mesures 
au juste en ma présence ayant tout fait transporter chez 
luy. L'échelle est la réduction ordinaire des pieds en 
pouces et des pouces en lignes. Il a tracé la Chasube . 
(sic) violette le reste et l'aube pour la rouge et celle de 
Damas cest on orfeure qu'il y a employé trois jours, il y a 
dans les pièces du bas de laube des choses qui ne sont 



T5roDcric,3 et tissus, conscrucs autrefois à la cathcûrale O'angccs. 18 1 



encore avec quelques autres que je donnerai 
plus loin, à la Bibliothèque Nationale, où je 
l'ai fait copier, d'après l'indication de Mon- 
sieur de Linas. 

Si on compare cette esquisse, quelque 




grossièrement tracée qu'elle soit, avec le 
manteau d'Othon 1\", donné (pi. X, fig. 13) 

pas acheuées, votregraueur les suppleraet rectifira le tout. 

Le jeudy saint les fêtes de saint .Marie, saint Maurille 

et saint André les ciirds de la ville qu'on apelle Cardi- 



dans le magnifique ouvrage de l'abbé Bock 
intitulé: Kleinodicn des heil. Roiiiischen... 
on est frappé de la ressemblance de ces 
deux pièces. On les dirait sorties du même 
atelier. La couleur, la disposition du semé 
de léopards, de croissants et 
de soleils, les rinceaux, tous 
les détails offrent une analogie 
frappante. 

Octava de samicto crocci 
coloris... Voir aux chapelles 
complètes. 

Nona operata de Horibtis 
iliorum et avium in statu 
competenti. 

Décima de samicto viridi ... 
Voir aux chapelles complètes. 

Undecima de panno albo 
serico dyaprato ... idem. 

Duodecima de samicto albo 
satis antiqua, in pluribus locis 
perforata, cujus dupplicatura 
est totaliter inutilis. 

— Itou ocio a lias qiiotidia- 
nas, coniputata illa sancti 
Rexati. (Alia; vero septem 
sunt antiqua; minoris valoris 
Ï391O (Quinque fuerunt po- 
sitae in reparatione alioruni 
vestimentorum, duai rémanent 
nullius valoris 1418.) 

1 39 1 . Item octo alice iiifulce, 
qiiarnin uiia est nova, de panno 
serico diversonun colormn et 
diipplicata de serico viridi. 

1 42 1 . Après la mort de 1 evê- 
que Hardouin de Bueil, on 
remit plusieurs chasubles au 
chapitre : 

— Item uiia infiila siiiiplex coloris aiirei 
figurata. 

naux ainsi qu'a Sens et autres anciennes Cathédrales 
asistent en Chasuble rouge l'officiant. 

Il y a beaucop d'autres particularités dans notre Église 



l82 



iRcuiic Dc rart cJjrctien. 



— Item 7ina alia iiifula picta albi coloris 
cum stolla et alba. 

1467. Itou est de panno aureo legato 
ecclesùc per defiinctnm inagistrum fohannein 
de la Jumelière ad faciendani unani infulani 
et est valde preciosa. Modo facta est dicta 
iiifula ciuit pulchris aiirifragiis ad arvia 
dicti de la Jiimelicre. (Item una infula de 
panno aureo violato precioso... 1505.) 
(CommoJata fuit domino du Mas decano 
(1535) per capitulum ; loco illius dédit aliam 
capam panni velosii aurei, 1539.) 

— Item una iiifitla sola, qiice servit in capel- 
la crnciata de parte palacii, Jibi est sepultnra 
defuncti fohannis Michaelis.(\ nfula delaniata 
et in reparatione aliarum commissa, 1595.) 

que je ne vous détaille pas parce quelles regardent plus 
les ritualistes que les antiquaires, si cependent vous le 
desirez, je vous le marquerez en vous enuoyant la Chasu- 
ble de saint Loup. Nous auons aussi celle de saint Lezin 
quinzième Eueque d'Anger dans l'Eglise collégiale de 
Saint-Jean-Baptiste quil a bâtie; elle ne diffère gueres de 
celle de saint Loup. 

Je n'ay pu mettre la main sur la dissertation sur le 
canon de nostre concile de Tours. 

Jay été tenté de vous enuoyer le dessin de plusieurs 
Tombeaux dune seule Pierre qui sont dans deu.\ criptes 
sousterraines de la collégiale de saint Maurille où l'on 
voit àcs prochrisio, mais on ignore qui sont ceu.x qui y 
sont inhumés, cela donneroit peu de lumières. 

Je vous enuoye l'Estampe du fameux Ulger notre 
45'= Eueque, à cause de la singularité de sa mitre. Depuis 
je la viens de.xaminer je l'ay trouuee mal faitte, je la feray 
tirer dapres son portrait en email qui est dans la Cathé- 
drale. 

Je souhailterois mon reuerend Père vous fournir quelque 
chose de plus. Je croy que c'est une des loix de la rep. 
des lettres daider les citoyens. Si on l'obseruoit exacte- 
ment les ouurages des scauans seroient dans leur perfec- 
tion du moins a la IP" édition pour moy qui ne mérite pas 
detre architecte je veux du moins être manoeuure et fournir 
des matériaux a ceux qui les scauent si bien mettre en 
œuure. Jay Ihonneur detre auec toutte sorte de respect 

Mon Très reuerend Pcre 

\'otre très humble et très obéissant seruitcur 
C. G. POCQUET, p. fr. de d. f 
A Angers, ce gnouembre 1725, 

La suscription a été collée au fol. 162. 
Au très Révérend Père 

15 
Le Révérend Père Uom Bernard de Montfaucon de 
l'Acad. des belles lettres à Saint (Germain 

A Paris. 



— Itci/i nna infula mediocris z< a loris, quœ 
servit ad altare beati Rcnati. 

— Item una alia infida cum campoperseo, 
tota seminata parvis pomis de pini et est 
duplicata de serico croceo. [i^ç^.) 

— Item una alia infula de serico rubeo et 
est tota rubea. (/jpj.) 

— Item îina alia infula viridis coloris de 
OSTAUE galice. {iS95-) 

1505. — Item nna infula c.s.meloti 
pcrsci, seminata floribus lilii, in qua sunt 
arma ducis Sabaudiœ. 

— Item duo infulœ de satina rubco, 
quarum nna deservire solebat ad altare 
sancti JMauritii, alia ad altare beati Andrece, 
nna sumptibus capituli, alia sumptibus régis 
Sicilia. 

Alia infula, data per dominant de la 
Tremoulle ex satino rubeo, cum satis pul- 
chris aurifragiis. {i^SJÇ-) 

— Item una alia infula de satino cramoisy, 
cum manipullo et stollâ, quam dédit deffunctus 
Jo. de la Barre, thesaurarius hujus ecclesicc 
(en 1490). (... furto .sublata per hugonistas, 
sive hugunes, hugnes, huguenots, 1561.) 

— ■ Item una alia infula de cameloto perseo, 
cnm duabus stollis et duobus maniptilis ac 
duobus 7crceolis stanni, data per deffunctum 
Bcrtrandnin Noury, nunc deserviens altari 
sancti Rcnati. 

1599. Iton une chasuble des T repasses 
d'ostade noire, à orfroys de satin de burge 
bleu sans estollc ni fanon. [i6^j.) 

— Item deux chasubles neuves de came- 
lot de laine violet, garni de leuis cstolles et 
fanons de mesme étoffe. 

— Item deux chasubles, lune de serge de 
soie rouge et l'autre de camelot rouge avec 

fanons et es toile s. {iâ./j.) 

1643. Item une chasuble de damas rotige, 
dont la croix est de toille d'or, avec son cstolle 
et fanon, des meubles de feu M. Bcaufils, 
vivant chanoine. (/6jo.) 



TBroDcrics et tissus, conserves autrefois à la catfjérjralc D'angcrs. 183 



— Item nne autre chasuble de camelot rouge 
à orfrois de masse avec son estollc et fanon. 

On ne s'expliquerait pas le petit nombre 
des chasubles séparées, inscrites dans les 
anciens inventaires, si on ne se souvenait 



qu'il y est seulement parlé de celles destinées 
au i/rand autel et à deux ou trois autres 
exceptionnellement. Des ornements spé- 
ciaux étaient attachés à chaque autel et 
donnés par les fondateurs de messes ou 




anniversaires ; ce ne fut qu'au XVI 11'^ siè- 
cle, qu'on transporta tous les ornements à 
la sacristie, au grand mécontentement des 
chapelains et autres officiers de l'église ('). 
Quatre des chasubles séparées servaient 
I. B. E. Cérémonial de Lehoreau, t. I, p. 487. 



simultanément aux prophéties ou aux le- 
çons. <*; Tous ces habits de prophètes, ser- 
vaient anciennement de chasubles, quoiqu'il 
n')' ait point de croix par derrière, comme 
sur celles d'à présent. (1699 à 1718) ('). 
1. Idem., Ibid. t. H, p. 68. 



KKVUE DE I,'aKT CMKÉTIBN. 
18S5. — î""-' LIVRAISON. 



i84 



IRctiuc Dc rart cïjtcticn. 



Pocquet de Livonnière les fit dessiner en 

1725 (')• 

La première était violette d'une espèce de 

tabis : j'en ai donné la reproduction précé- 
demment. 

La seconde était de damas rouge, à fleurs 
d'or, avec orfrois à personnages : le dessin 
fait voir qu'elle a été refaite, les orfrois obli- 
ques présentant sur le devant des saints la 
tête en bas, ont été évidemment empruntés 
à une chape. (V. ci-contre, fig. i et 2). 

La troisième était d'une espèce de moire 
verte, garnie de galons d'or ; j'en donne 
aussi le dessin. (Fig. 3 et4). 

La quatrième est d'une espèce de damas 
rouge, garni d'un galon de broderie d'or : 
tout le contour était brodé du même 
galon (=). 

L'une d'elles, trop usée sans doute, fut 
remplacée en 1 760 par une chasuble neuve, 

1. Bibl. Jiat., ms. ii, 912, fol. 161, 160, 159. 

2. Il y a encore dans l'cglise d'Angers, écrit Pocquet de 
Livonnière, sur les marges des deux planches précédentes, 
deux chasubles de la mcme façon, à la réserve des deux 
bras de croix, qui ne s'y trouvent point. L'une est d'un 
tissu d'or et l'autre est d'une espèce de damas rouge, 
garni d'un galon de broderie d'or, comme celle-ci à la 
réserve des deux bras de croix, qui ne s'y trouvent pas. 
Tout le contour du bas est brodé du même galon. On se 
sert de toutes ces chasubles le Samedi Saint pour les 
prophéties. 



faite à l'antique de moire violette, ornée 
d'une broderie en argent pour le Vendredi 
saint, payée 119 livres ('). 

A St-Maurice, les chasubles étaient si 
amples, qu'elles avaient bien cinq pieds de 
large et autant de long, n étant qtiuii peu 
échaticrécs sitr les bras (■). La croi.x ne com- 
mença à y figurer qu'au XVI 11^ siècle ou à 
la fin du XVI Je. Auparavant les orfrois 
étaient disposés, comme sur les anciennes, 
que je reproduis ici. 

D.\LM.\TIC.E PARTICULARES. 

1297. Item viginti qniiiquc, ta»i daliiia- 
ticas quam titnicas, coiinimiies. (... quarum 
nonnulla; sunt delaniatae et quasi inutiles 
1391.) Elles servaient au.\ diacres et aux 
sous-diacres, portant les reliques ou les 
te.xtes au.x stations et au.x processions. 
(Item quindecim dalmaticai diversorum 
colorum, pro dyaconis et subdyaconis reves- 
titis in festis solemnibus ad ferendum reli- 
quias et libros in processionibus (1467.) 
(Inutiles, ideo non articulentur. 1539.) 

L. DE Farcv. 
(A suivre.) 

1. Arc/i. lù'p., série G, S35, comptes de Fabrique de 1759 
à 1760. 

2. Voyage liturgique en France du sieur de Matiléon. 
Paris, 1718, p. 79. 




Httîue ht rHrt cDrtttcn. 



Planche V. 




Crucifix de la Cathédrale de Léon (face). 
(Musée de Madrid). 



/^^ i^i^^ j;i^i^iv^:^iih.i^^i^. i^^j^^ 'V^. -'Av -'A'^ J'Ni iA^ ^^/Al/Ai/Al /v^i^jv^i^ .^a. ^. i^ '^^ ^ ^^, /t^ p^. p^ p^j. ^ ^^ ^^ 



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^Si'^s^ Hnciens iboires jsrulptcs. im^^m^im 



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^^^^^'^^^YWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWW^WW^ ^ T¥ ^ 




Ue criicifir De la catfjcDralc De Xlcow, 
au musée De iliaDriD. -^----w— ^-------w. 

I£ remarquable morceau, qui fait le 
sujet du présent travail, est allé 
du trésor de la cathédrale de Léon 
dans les vitrines du musée de Ma- 
drid, oii il repose à côté de trois autres objets 
ayant la même provenance. J'ignore la date 
et les circonstances d'une aliénation, soit 
volontaire, soit forcée, dont nous avons au- 
jourd'hui tant d'exemples. 

Près de quinze ans se sont écoulés depuis 
la publication de notre antique sculpture 
espagnole dans les colonnes du Magasin 
pittoresque. En novembre 1870, on ne son- 
geait guère à l'archéologie, aussi n'accor- 
da-t-on alors que peu d'attention à un monu- 
ment qui en méritait davantage. L'exposer en 
pleine lumière, le décrire avec les dévelop- 
pements que n'admettait pas le Périodique 
où il fut d'abord accueilli ; telle est la tâche 
à remplir maintenant. Cette tâche, je n'au- 
rais pu m'en acquitter à souhait sans l'obli- 
geance de MM. les administrateurs du re- 
cueil demi-séculaire qui m'en a fourni l'idée; 
avec la meilleure grâce possible, ils ont mis 
à ma disposition les deux magnifiques cli- 
chés ci-joints, reproduction assurément très 
fidèle de l'original, et qui, peut-être, auront 
encore l'attrait d'une nouveauté pour beau- 
coup de monde. 

L'historien de Léon, Manuel Risco, men- 
tionne des croix et des crucifix sur lesquels 
j'aurai l'occasion de revenir, mais il n'en cite 
aucun d'ivoire. A la fin du XYIII*^ siècle, 
un voyageur anglais, Townsend, nous 
apprend qu'il vit au trésor de la cathédrale, 



où affluaient les pèlerins, plusieurs crucifix 
célèbres par leur valeur métallique ou leur 
caractère légendaire. L'éclat de l'orfèvrerie 
frappa spécialement Townsend; les matières 
moins brillantes l'arrêtèrent peu ou point ('). 
En l'absence de sources écrites, il faut bien 
chercher ailleurs ; je demanderai donc à 
l'objet lui-même les renseignements néces- 
saires pour établir son origine. 

Ouvrage à la fois de tabletterie et de 
glyptique, notre crucifix se compose de trin- 
gles assemblées au moyen de chevilles : la 
figure du Christ est indépendante. 

Essentiellement de type latin, la croix 
n'offre aux extrémités que des appendices 
rectilisfnes à chanfrein léofèrement accusé. 
Le décor de la face est très complexe. Au 
sommet, la colombe, image du Saint-Esprit, 
flanquée de deux anges — • il en manque 
un — descend sur une représentation du 
Sauveur ressuscité. L'Homme-Dieu, im- 
berbe, la tête ceinte du nimbe crucifère, 
montre le ciel de la main gauche; sa droite 
tient la férule sommée d'une croix pattée ; 
un ample manteau flotte autour de son corps 
nu. Immédiatement après, viennent trois 
lignes d'inscription en manière de titu/its ; 
IHC NAZA 
RENVS REX 
IVDEORU(m). 

Des feuillages et des animaux occupent le 
champ des branches horizontales et de la 
hampe. Au bas de cette dernière, un hom- 
me, entièrement nu et à l'attitude bizarre, 
fait un violent effort pour regarder en haut. 

I. Voyage en Esptuf/te, fait dans les années 1786 et 1787, 
pur Jos. Townsend ; trad. de Fictet-Mallet, t. I, p. 314, 
Paris, 1809. C\\.é, Magasin pittor., t. .\.\.\V1 II, p. 379. 



HEVUE DE l'art CHRÉTIEN. 

1885. — 2""^ LIVRAISON. 



i86 



Betjue De l'3rt cbréticn. 



Sous l'homme apparaît une légende votive : 

FREDINANDVS REX 

SANCIA REGINA. 

Les bordures comportent une série de per- 
sonnages et de monstres enchevêtrés, dont 
l'explication sera tentée plus loin ; on y voit 
aussi des tourteaux, des losanges, des écail- 
les et des nattes tressées. Hormis les champs, 
gravés en réserve sur fond guilloché, toute 
l'ornementation est sculptée en bas-relief. 

Le Christ en ronde-bosse, fixé à la croix 
par quatre clous, est raide et lourd : bras à 
peine relevés; pieds verticaux reposant sur 
un sîippedaneum carré. La tête, inclinée à 
droite, manque absolument de distinction : 
gros yeux à prunelles de verre ('); barbe et 
cheveux divisés en mèches parallèles, d'effet 
singulièrement dur. Les moustaches retrous- 
sées en croc rappellent un morceau d'or- 
fèvrerie du XI'5 siècle, le buste de saint 
Candide, à l'abbaye d'Agaune ('). Les détails 
anatomiques du torse sont grossièrement 
indiqués. I^ç. perizoniiim va de la taille aux 
genoux; nœud élégant, plissage symétrique, 
galon strié. Les mains et les pieds offrent 
une velléité de recherche qui ne compense 
pas la pauvreté des bras et des jambes. On 
a rapporté, sur l'intersection des branches, 
un cartouche cruciforme servant de nimbe 
au Christ. Ce cartouche, guilloché et en- 
cadré de moulures, s'accorde mal avec ses 
voisins ; j'y soupçonnerais volontiers une 
restauration déjà ancienne, qui le substitua au 
nimbe circulaire primitif brisé par accident. 

Plus riche encore que la face, mais moins 
curieux au point de vue iconographique, le 
revers est intégralement sculpté en bas-re- 

1. On voit, au Musée de la Porte de Hal, à Bruxelles, 
deux panneaux d'ivoire sculpté, provenant du Limbourg. 
L'un représente le Christ foulant aux pieds l'aspic, le 
basilic, le lion et le dragon ; l'autre, l'Annonciation et la 
Visitation. Les yeux de toutes les figures sont en verre 
bleu. Voy. Edm. Marchai, Mémoire sur la sculpture aux 
Pays-Bas, p. xil. 

2. Voy. Aubert, Trésor de Saint-Maurice d'Agaune, 
pi. XXIII. 



lief Au centre, l'Agneau divin, très mutilé; 
en haut, l'aigle de saint Jean ; à droite, le 
lion de saint Marc ; à gauche, le bœuf de 
saint Luc; au bas, l'homme ailé de saint 
Matthieu. Bordures et baguettes d'encadre- 
ment : des demi-oves; une tresse ; un motif 
courant, qui simule des feuilles indécises ou 
une espèce de grecque rompue. Le décor des 
champs, dont le thème général consiste en 
rinceaux fleuronnés et animés, offre de ca- 
pricieuses variantes. Tête : deux quadru- 
pèdes fantastiques adossés ; entre eux un 
mascaron tout classique. Croisillons : per- 
sonnages dévorés par des monstres ; cen- 
taure poursuivant deux hommes nus. 
Hampe : un dragon, un hippocampe, un 
griffon, un lion, accompagnés d'oiseaux, de 
grappes de raisin et d'épis de maïs. Sans 
être précisément créateur, l'ornemaniste 
avait une imagination vive et une souplesse 
de talent qui lui permirent d'enfanter un 
petit chef-d'œuvre. La statuette du Christ 
amputée de la main droite, des angles écor- 
nés, des cassures, des parties frustes, une 
énorme lézarde, prouvent que l'on respecta 
fort peu ce chef-d'œuvre ; et pourtant, à 
défaut d'autres raisons, l'illustration de ses 
donateurs aurait dû le sauvegarder. 

Ferdinand de Navarre, fils de Sanche le 
Grand, épousa en 1032 Sancha, sœur et hé- 
ritière présomptive de Bermudo III, roi de 
Léon. Bermudo, ayant été tué à la bataille de 
Tamaron, en 1037, Ferdinand, déjà investi 
du comté de Castille,prit, non sans quelques 
difficultés, possession des états de son beau- 
frère, et il fut, avec Sancha, couronné par 
l'évêque .Servando, le 22 juin de la même an- 
née. Devenu ainsi roi de Castille et de Léon, 
Ferdinand, d'abord antipathique à ses nou- 
veaux sujets, s'attira bientôt leur affection ; 
il mourut le 27 décembre 1065 à Léon; 
sa femme le suivit dans la tombe en 1067 ('). 

I. Manuel Risco, lUstoria de Léon, p. 25, 28, 30,277. 



Hetjue De l'Hrt ct)retun. 



Planche VI. 




Crucifix de la Cathédrale de Léon (revers). 
(Musée de Madrid). 



anciens itioires sculptés. 



187 



La date de notre ex-voto flotte donc entre 
1037 et 1065. On sait que Ferdinand et 
Sancha reconstruisirent en 1060 l'église du 
monastère de Saint-Jean-Baptiste, qui prit 
alors le nom de Saint-Isidore. La dépouille 
mortelle du grand docteur espagnol y fut 
apportée de Séville en décembre 1063, et des 
fêtes solennelles signalèrent cette translation. 
Au même temps que le corps saint arrivait 
à Léon, le roi maure de Séville, Ben Hamet, 
adressait à Ferdinand et à Sancha une 
foule de riches présents qu'ils appliquèrent 
à la décoration des nombreuses reliques et 
du mobilier du nouveau sanctuaire. Risco 
cite un précieux coffret d'ivoire garni d'or, 
destiné à un fragment de la mâchoire du 
Précurseur ; Yepes énumère les retables, 
couronnes, calices, croix, etc., d'or constellé 
de pierreries, témoignages éclatants de la 
piété des souverains léonais envers l'illustre 
patron donné à leur capitale. Vers 1073, la 
cathédrale reçut de l'évêque Pelage une 
croix magnifique, crnz admirable, obtenue 
grâce au généreux concours de la dame de 
Zamora, Urraca, fille de Ferdinand et sœur 
d'Alphonse VI; le détail suivant est plus pré- 
cis. « Dans le sacrarimn particulier (caina- 
riii) du maître-autel de Saint- Isidore, écrit 
Manuel Risco, se trouvent encore beaucoup 
de choses très remarquables. On distingue 
parmi elles une grande image du Christ 

crucifié, don de l'infante Urraca J'ai 

examiné cette image avec beaucoup de soin, 
et j'en possède une copie conforme à l'ori- 
ginal Le Christ a, comme ceux de 

Lucques, de Charlemagne et autres de 
grande antiquité, les genoux tendus et les 

pieds séparés sous les pieds on lit le mot 

MISERICORDIA, puis : VRRACA 
FREDINANUI REGIS ET SANCIE 
REGINE FI LIA. Au bas de la croix, 
l'infante est représentée à genoux, les mains 
jointes, élevées et tendues ; elle est désignée 



par son nom tracé au-dessus de la tête du 
personnage ('). » 

L'heure du couronnement eût été certes 
bien choisie pour des offrandes à la cathé- 
drale, mais les circonstances d'alors ne se 
prêtaient pas beaucoup aux largesses ; à 
peine sortis d'une véritable guerre civile, 
Ferdinand et Sancha manquaient à coup 
sûr d'argent. Le moment devint plus favo- 
rable en 1063, quand les deux souverains, 
solidement affermis sur leur trône, impo- 
saient des tributs aux princes musulmans 
de l'Andalousie. Parmi les dons de Ben 
Hamet, l'ivoire africain tenait sa place ; en 
outre, sous le laconisme de Manuel Risco, 
perce une frappante analogie entre le crucifix 
d' Urraca et celui dont nous nous occupons: 
quoique faits de matières différentes, ils 
procèdent évidemment d'un même modèle. 
Or,les anciens types artistiques, en Espagne, 
varient selon les provinces, où leur durée 
est souvent éphémère ; modifiés qu'ils sont 
bientôt, soit par une influence extérieure, 
soit par les formules neuves d'un génie 
local. Ces considérations réunies m'engagent 
à attribuer notre monument aux dernières 
années du règne de Ferdinand plutôt qu'aux 
premières. En dotant Saint-Isidore, où il de- 
vait être inhumé, le couple royal ne pouvait 
oublier la cathédrale où on l'avait couronné; 
refuser à celle-ci une part quelconque des 
trésors de Ben Hamet, eût été un déni de 
justice incompatible avec le noble caractère 
des personnages. Le cas échéant, une créa- 
tion récente aurait inspiré le sculpteur 
d'Urraca, à moins, ce qui ne serait pas trop 
invraisemblable, que les maquettes des deux 
crucifix ne fussent sorties de la même main. 

Après avoir résumé dans une page 

éloquente la part que les maîtres byzantins 

I. IgUsia de Léon, p. 146 et 147. Pour les détails qui 
précèdent, Voy. Hisl. de Léon, p. 32 et 33; Fi^lesiii de Léon, 
p. 53 et 1 46; Yepes, Cronica de la Orden de Sun Beni/o,t. VI, 
Appeiid., fol. 40 1, Ch. Je L'ma.s, Orfùvrerie méroving.,^.(i<). 



i88 



îRctiue tJC r^rt chrétien 



prirent à l'éclosion de l'art arabe en Syrie, 1 
M. Ch. Bayet continue ainsi : « A l'autre 
extrémité du monde musulman, en Espagne, 
il en est de même. Ceux qui ont écrit 
l'histoire de l'art arabe dans ces contrées, y 
distinguent une première période qu'ils 
appellent byzantine et qui s'étend jusque 
vers la fin du X^ siècle. Entre les califes de 
Cordoue et les empereurs deConstantinople, 
les relations sont continues : les savants, les 
artistes grecs accourent en Espagne ('). » 
De son côté, Don José Amador de Los 
Rios, a exposé, dans un savant mémoire, 
l'action d'un double courant latin et grec 
sur l'art espagnol pendant la période 
wisigothe ('). Mais le conflit de ces élé- 
ments étrangers amena la formation d'écoles 
nationales, où on trouve vers le XI« siècle, 
les noms des statuaires castillans, Aparicio 
et Rodolfo (j); ni latin, ni wisigoth, ni byzan- 
tin, ni moresque, bien qu'il emprunte à tous 
quelque chose, le crucifix de Léon est pure- 
ment espagnol: nous allons nous en assurer. 
En éliminant les bordures des croisillons, 
historiées de fantaisies qui complètent le 
décor sans rien ajouter au thème, et en 
raccordant les encadrements verticaux inter- 
rompus, on apercevra que ces derniers 
renferment une scène continue, développée 
sur les deux montants. A droite du Christ 
ressuscité, l'ange, voisin de la colombe, est 
penché vers la terre et tend une main 
secourable à un personnage nu qui atteint 
le ciel ; immédiatement après, une lutte 
d'hommes et d'animaux, brisée en partie 
mais laissant voir un bras levé en l'air. Plus 
loin, sur la hampe : deux figures humaines 
au mouvement ascensionnel ; un ange 
debout, armé de la férule crucifère, accueil- 
lant deux suppliants ; enfin un couple 

1. L'iiri byzantin, p. 288 et 2S9. 

2. El arte la/ino-byzan/ino en Espanu, in-4", Madrid, 
1861. 

3. Mag.pittor., loc. cit. 



d'esprits célestes, au vol, repoussant des 
groupes précipités la tête en bas ("). L'ange 
du sommet, à gauche, hélas ! disparu, était-il 
symétrique à son correspondant? Cela n'est 
pas impossible, quoique le sujet y prête 
moins. D'abord un mélange de douleur et 
d'espérance avec intervention de monstres, 
puis une énergique tentative d'escalade. 
Là grouillent des êtres nus dont Michel- 
Ange n'eût pas désavoué les hardiesses ; ils 
s'enchevêtrent, grimpant les uns sur les 
autres, ou même recourant aux échelles. 

Quelle scène religieuse voulut repré- 
senter l'artiste } Le Jugement dernier ? 
Mais ici le Christ n'a pas l'attitude sévère 
du juge qui absout et condamne sans appel ; 
il intercède en faveur du genre humain 
racheté sur la croix. A mon avis, cette com- 
position étrange figurerait le Purgatoire, 
d'où, le premier, sort Adam, l'homme courbé, 
à sa place traditionnelle, aux pieds du cru- 
cifix. Les ministres du Très-Haut délivrent 
les âmes qui ont fini leur temps d'expiation, 
et ils rejettent dans l'abîme celles qui ont 
encore à y endurer des souffrances provi- 
soires avant d'obtenir le bonheur éternel. 
Les démons, sous une forme monstrueuse, 
s'opposent de tout leur pouvoir aux efforts 
des âmes en peine, et le poste assigné aux 
esprits du mal indique qu'ils veulent barrer 
l'entrée du ciel. La croyance au Purgatoire 
est aussi vieille que l'Eglise, puisque le 
Canon de la Messe contient une prière spé- 
ciale pour les fidèles défunts ; mais l'anti- 
quité ne nous révèle cette croyance que par 
les textes et les inscriptions. Aucune trace 
directe n'en existe sur les monuments 
fio-urés primitifs, à moins qu'on ne la trouve 
dans l'Habacuc apportant des aliments à 
Daniel prisonnier au milieu des lions, allé- 
gorie fréquente aux Catacombes et inter- 

I. Les ailes sont mal indiquées sur la gravure, mais 
on les devine sans peine. 



anciens iuoircs sculptes. 



189 



prêtée de plusieurs manières. On pourra con- 
tester mon explication, voir des emblèmes là 
où je découvre une scène réaliste ; un fait 
que l'on ne contestera pas, c'est la puissante 
originalité du maître : n'importe le but qu'il 
a visé, il la atteint en restant lui-même, et 
sans, que je sache, avoir imité personne. 

Les champs des croisillons donnent une 
autre note; leurs gravures copient vraisem- 
blablement une étoffe musulmane, peut-être 
un tissu moresque d'Almeria ou de Malaga. 

J'ai signalé le dessin incorrect du grand 
Christ en ronde-bosse ; on n'y trouve rien 
de la perfection anatomique des crucifix 
byzantins et carolingiens, ni de l'expression 
religieuse de leurs têtes. Byzantins comme 
Carolingiens poursuivaient un type idéal 
dont les écoles de l'Occident s'écartèrent 
plus tard. Résolument entré dans la voie 
naturaliste, l'art chrétien français, au 
XII' siècle, s'inspira du modèle vivant. 
Exemples : un Christ bourguignon, à M. 
Courajod ; un Christ manceau, à M. L. de 
Farcy ; une Vierge, à Beaulieu (Corrèze) ; 
une Vierge normande, à M. l'abbé Porée ('). 
Les physionomies de ces quatre sculptures 
sont empreintes chacune du caractère indi- 
gène,bourguignon, manceau, auvergnat, nor- 
mand. Les maîtres léonais ou castillans 
n'auraient-ils pas devancé leurs confrères 
transpyrénéens, et dès le Xl"= siècle, cédé 
aux entraînements du réalisme ? Vetton, 
cantabre, wisigoth, notre Christ doit repro- 
duire, sous une forme individuelle ou collec- 
tive les principaux traits d'une race locale : 

I. Le Christ de M. Courajod a été publié dans la 
Gazette archéoL; la Vierge de Beaulieu, par M. Ernest 
Rupin, dans le Bulletin du comité des travaux Instar. 
Les deux autres figures auront leur tour. Les tendances 
naturalistes du XII' siècle se font sentir ailleurs qu'en 
France. A Innichen (Tyrol), existe un Christ en bois 
sculpté, analogue à notre figure espagnole ; mais les têtes 
diftôrcnt complètement. Avec son visage allongé, sa lèvre 
inférieure saillante, son manque de moustaches, son collier 
de barbe, le Christ d'innichen représente au vif un 
habitant du pays. \ aytiMitthcilun^^en derK.K. Central- 
Coiiiiiiissioii, t. XXIV, pi. à la p. LXXIX ; Vienne, 1S79. 



un fait significatif vient appuyer mon asser- 
tion. Le Sacranientairc de Roda, manuscrit 
catalan exécuté au dernier quart duXI'siècle, 
renferme un crucifix où personnage et 
accessoires offrent l'imitation, grossière il est 
vrai, mais précise, des belles miniatures 
franco-irlandaises du IX° ('). Donc, quand 




Crucifix peint dans le Sacraiitcntaîrc de Roda. 
(D'après \ Espaiïa sagrada.) 

l'art, en Catalogne, était encore soumis aux 
influences venues de par delà les monts, la 
plastique castillano-léonaise, au rebours, 
manifestait déjà certaines allures indépen- 
dantes; au lieu de s'incruster dans le poncif 
hiératique, elle préférait chercher la nature. 
Nous nous arrêterons peu à l'Agneau et 
aux symboles évangélistiques du revers. 
Obliofé de se conformer à une règle absolue le 
sculpteur a copié de pauvres modèles : l'ange 

I. Voy. Espaùa sai^ru'/a, t. .\L\'II, pi. à la p. 32S ; 
Les arts sompi., pi. XIV. Les deu.x figures sont imberbes. 



190 



laetjuc De rart chrétien. 



et l'aigle sont médiocres ; le reste, l'Agneau 
surtout, parait singulièrement maladroit. 
Quel contraste entre ces figures traditionnel- 
les et le style magistral du décor fantaisiste! 

L'enroulement végétal historié d'animaux 
est d'origine asiatique ; on le rencontre à 
Rome au IV^ siècle ('); les Byzantins et les 
Barbares septentrionaux l'appliquèrent avec 
un égal succès à l'ornementation de leurs 
œuvres d'art. A la rigueur, l'ivoire espagnol 
pourrait réclamer une parenté indirecte avec 
quelques peintures grecques cluXIssiècle(^); 
mais le motif byzantin est plus lâche, les 
formes de ses animaux sont plus rondes. 

En revanche, si l'on compare notre ob- 
jectif aux sculptures hindoues et à une 
coupe d'or ciselé, trouvée à Gross-Sz. Miklos 
(Banat), où un Barbare de race gothique 
l'apporta sans nul doute, on apercevra entre 
eux de sérieuses analogies: même dessin ser- 
ré, même faune monstrueuse ('). Selon toute 
probabilité, la coupe de Gross-Sz. Miklos 
est de fabrication iranienne; les Barbares 
ont laissé, dans les régions danubiennes, 
assez de riches épaves orientales pour au- 
toriser à croire que les produits de ce genre 
leur inspiraient un goût très vif. Je ne pense 
pas néanmoins que les W'isigoths aient in- 
troduit l'art perse ou hindou en Espagne ; 
l'aspect tout byzantin du trésor de Guarrazar 
en fournirait au besoin la preuve négative. 
Mais le luxe arabe était là, qui assurait aux 
chrétiens une abondance de splendides mo- 
dèles importés d'Asie : tissus mésopota- 
miques, broderies syriennes, ivoires de 
Bagdad, orfèvrerie persane et hindoue ; on 
n'avait que l'embarras du choix. Notre 
sculpteur léonais vit indubitablement toutes 
ces belles choses; il en étudia les éléments, 

1. Voy. E. Q. Visconti, Antica suppeletiU (Targento 
scoperta in Roma, pi. xv, fig. 2. 

2. Voy. Labarte, Hist. des arts induslr.. Album, pi. 
I. XXXVII. 

3. ^'oy. Arneth, Gold-und Silbctinonumenle, tl. II, 13. 



se les assimila sans descendre à une copie 
servile, et, du groupement très ingénieux 
de motifs empruntés, il sut, en y mettant 
beaucoup du sien, obtenir un effet qui lui 
est personnel. 

Le galbe de la croi.x est latin. Bien que 
le Mc'nologe de Basile 1 1 nous montre, au 
X'-XL' siècle, une croix stationnale pareille, 
nous avons ici le type directement issu des 
Catacombes; angles droits, manque absolu 
d'appendices externes. Le titnlns, compris 
dans le champ, n'a pas les ailes saillantes 
dont l'exagération produisit la forme à dou- 
ble traverse. Les croix du trésor wisigoth 
de Guarrazar, daté de Swinthila et de 
Reccesvinth (621 à 672), sont au type 
byzantin, patte et quelque peu carré, de 
la croix de Justin, à la basilique Vaticane. 
Deux seulement font exception au parti-pris 
général: le joyau potence, suspendu à la 
couronne de Reccesvinth; \cx-voéo àç.SWiv\- 




Croix de Reccesvinth. (Revers.) 

thila, dont les branches feuillues se recour- 
bent en volutes élégantes. On perçoit dans 



anciens itioirciBi sculptés, 



191 



ce dernier une lueur sassanide tamisée à 




F.x-vot,^ de Swinthila 

travers le Bosphore, mais on y devine aussi 
le germe du système décoratif que le XI" 
siècle verra fleurir à Léon. Héritiers des 
traditions wisiorothes, les orfèvres asturiens 
suivirent les errements de leurs devanciers: 
témoins les anciennes croix conservées 
au trésor (Camara smita) de la cathédrale 
d'Oviédo. Don d'Alfonse 11, el Casto, en 
808, la Cruz de los angeles est à branches 
égales et sveltes; la Cru' de la vidoria, 
offerte par Alfonse III, cl Magno, en 908, 
est moins évasée et plus allongée, ses extré- 
mités se découpent en trèfle ('). Les pièces 

I. Publids dans les Monuiiioitos arquitcctonicos de 
Es/iaila, commentés par M. de Los Rios dans /f /«?/£• 



asturiennes, destinées à être emmanchées, 
sont des croix stationnales, sembables à la 
férule que porte l'ange debout sur la face de 
notre monument. La croix étant le svmbole, 
le crucifix la représentation naturelle du 
mystère de la Rédemption, on ne saurait 
conclure a pi-iori d'objets distincts que la 
plastique léonaise, pour ses images allégo- 
riques, s'en tint exclusivement à la forme 
latine; mais la légende inscrite sur la Cruz 
de la Victoria révèle une circonstance no- 
table. Il y est dit que \ ex-voto d'Alfonse 1 1 1 et 
de la reine Jimena fut fabriqué in castello 
Gauzon (Gozon, entre Aviles et Gijon); au 
commencement du X" siècle existait donc, 
dans les Asturies, un atelier d'orfèvres ap- 
partenant à la couronne, le château de 
Gauzon ayant été bâti par Alfonse en vue 
de la défense des côtes ('). De cet atelier 
sortirent vraisemblablement d'autres témoi- 
gnages de la piété royale envers l'église 
d'Oviédo. En 912, Froila II et Nunilo 
Jimena, sa femme, gratifièrent San-Salva- 
dor (la cathédrale) d'une châsse d'argent 
rehaussée de 82 agates serties d'or; une croix 
pattée, cantonnée des symboles évangélisti- 

latino byzan/ino, ces précieux objets ont été photogra- 
phiés par Laurent, de Madrid. Au revers de la croix 
d'Alfonse II, on lit : 

»J- SVSCEPTVM PLACIDE MANEAT HOC IN HONORE Ôi . 

Offert Adefonsvs hvmilis servvs xn. 

QVISQVIS AVFERKE PRESVMSERIT MIIII, 

FvLMINE DIVINO INTEREAT IPSE, 

NISI LIBENS VBl VOLVNTAS DEDERIT MEA. 

Hoc SIGNO TVETVR PIVS, 

HOC'SIGNO VINCITVK INIMICVS, 

Hoc OPVS PEKFECTVM ESI ERA DCCCXLVI. 

L'inscription suivante court derrière Tex-voto d'Al- 
fonse 1 1 1 : 
•f-svsceptvm placide maneat hoc in honore di qvod of" 

[fervnt. 
famvi.i xpi .^defonsvs princrps et scemena regina. 
qvisqvis avferre iloc (sic) donaria nostra presvmskrit 
fvlmine divino intereat ipse, 

hoc signo tvetvr pivs, hoc signo vincitvr inimicvs, 
hoc opvs perfectvm et concessvm est 

SANTO (sic) SALVATORI OVENTENSE SEDIS 

ET OPERATVM EST IN CASTELLO GAVZON ANNO REGNI NSI XLII 

[DISCVRRENTE ERA DCCCCLVI. 

Les lectures de Manuel Risco {Espafia Sagrada, t. 
X.\XV'lII,p. 1.46 et 220I ne sont pas toujours exactes: 
je les ai rectifiées à la loupe sur les photographies. 

I. Espaiia S<i«racta, t. cité, p. 215. 



192 



ïRetiue De Part cfjrcticn. 



ques,et une inscription au nom des donateurs 
y figurent ('). Le grand cofTre de bois qu'Al- 
fonse VI, fils de Ferdinand et de Sancha, 
d'accord avec sa sœur Urraca, recouvrit de 
lames d'argent doré, contenait une multitude 
d'anciens reliquaires en métaux précieux, 
ivoire et corail ('). Oserait-on affirmer que 
l'exemple de la lignée directe de Pelage ne 
fut pas imité par la dynastie navarraise de 
Léon, et que cette dernière n'eut pas aussi 
des établissements privilégiés, où des maîtres 
habiles travaillaient le métal, les pierres pré- 
cieuses et l'ivoire, au compte du souverain? 
L'art, cette expression de la pensée hu- 
maine sous une forme palpable, accessible 
à tous indistinctement, lettrés ou illettrés, 
n'a pas jailli d'un seul bloc, comme Athéné 
du cerveau de Zeus; de longs siècles furent 
indispensables à son entier développement. 
Tour à tour conventionnelles, hiératiques, 
idéalistes ou réalistes, selon les temps et les 
milieux, la plastique et la peinture ^n'en dé- 
coulent pas moins d'une même source, la 
nature. Quand l'immigration ou le négoce 
eurent amené le contact d'antiques civi- 
lisations déjà mûres, avec des peuples 
intelligents encore au berceau, ceux-ci s'em- 
parèrent des idées étrangères qu'on leur 
offrait, les mêlèrent à leurs propres aspira- 
tions, et alors des types surannés, rajeunis 
par eux, revêtirent un aspect complètement 
neuf. L'Egypte et la Syrie influencèrent la 
Perse et l'Asie antérieure; elles agirent aussi 
efficacement sur les Hellènes. Douée d'un 
génie supérieur, la race hellénique atteignit 
en tout genre le plus haut degré de la per- 

1. Ibid.^ ibid., p. 262. En cl esta dibujada (esquissée) 
la cruz, que llaman de don Pelayo (de la Vicioria), y 
los quatro animales con que se representan los quatro 
Evangelistas, y tiene giavada una insciipcion que dice 

asi : gTOii offervnt famvli XI'I Froila et Suitito 

cof^nomento Scemena era DCCCCXLVIII. 

2. Voy. Ibid., ibid , p. 288, l'inscription alignce sur 
le monument. Risco ne put la relever intégralement, 
(juclques lames de métal ayant été arrachées : la date 
manque. W 291 : Hallaronen dicha arca los fielcs muchos 
cofrecitos de oro, de plata, de marfil y de coral. 



fection. Grâce à des qualités que l'on ne 
rencontre nulle part ailleurs, l'art grec s'im- 
posa aux régions méditerranéennes, où ses 
dérivés, soit latins, soit orientaux, aux épo- 
ques de décadence, restèrent empreints 
d'un cachet qui établit leur origine. Réno- 
vateur social, le christianisme n'attaqua pas 
immédiatement le côté matériel de l'art 
antique; les disciples du Sauveur appliquè- 
rent d'abord les formes païennes au nouveau 
culte, en leur donnant un sens allégorique. 
Arraché aux Catacombes après le triomphe 
éclatant des doctrines qui l'inspiraient, l'art 
chrétien, produit au grand jour, traversa 
des phases successives pour aboutir au style 
byzantin. Immobile chez lui, ce dernier, 
néanmoins, contenait un germe de facultés 
créatrices que l'Occident féconda peu à peu 
sous des impulsions diverses. Là, au moyen 
âge, chaque pays eut ses manifestations 
artistiques nationales et même provinciales, 
marquées à l'estampille du crû. Les nom- 
breuses écoles de l'Italie, de l'Allemagne et 
de France, à partir des Carolingiens, se 
dégagent assez facilement les unes des au- 
tres; mais, tant dissimulé qu'il soit derrière 
la personnalité du détail et de la technique, 
le fonds byzantin d'exploitation y perce tou- 
jours. Or, quand les arts de trois grandes 
nationalités européennes ont leurs qualités 
distinctives, issues d'un point de départ 
commun, aurait-on des motifs sérieux pour 
refuser à l'Espagne un privilège analogue ? 
Aussi, je le répète en terminant, notre cru- 
cifix, où des éléments hétérogènes s'harmo- 
nisent de manière à former un ensemble 
puissant, original et agréable à l'œil, me 
parait-il réunir les conditions essentielles 
d'un art propre aux états chrétiens septen- 
trionaux de la Péninsule ibérique, avant que 
le style ogival n'y fût introduit. 

ClI. DE LiNAS, 

Associé de l'Académie royale de Belgique. 




in: 






II 



CCrosôc, Cîitrc et CC!)apr offertes à mgr 



I l'ctîêque D'Hngers. ^s^ii^sai^S^ii^i^i^iS^H^ n 






g gttj^j^^ £te?3 c R I R E à propos d'une 
^ crosse, d'une mitre et 
^ d'une chape, récemment 




y: offeries à Mgr Freppel, 
H- évêque d'Ancjers, un 
2 long article, paraîtra 
passablement [présomp- 
tueux, quand l'auteur avouera sans fausse 
modestie qu'il en a dirigé l'exécuiion. L'un 
trouvera que c'est le prendre de bien haut, 
l'autre y verra un pédantisme déplaisant. 
Ces reproches, je les accepte d'avance : 
puisse seulement ma voix, avec ces quelques 
pages et ces photographies, parvenir aux 
archéologues chrétiens et les décider à 
prendre le plus souvent possible la direction 
de semblables travaux, dans l'intérêt de 
l'art religieux ! 

Si l'ameublement civil (et j'entends ici 
surtout les papiers peints, les étoffes, les 
guipures et les broderies), a tant progressé 
depuis vingt ans, ce résultat doit être sur- 
tout mis à l'actif des expositions rétrospec- 
tives, de l'union des arts ap[)licpiés à 
l'industrie, et aux efforts personnels de 
collectionneurs généreux, qui, descendant 
sur le terrain de la pratique, ont dirigé en 
quelque sorte les fabricants et leur ont bien 
souvent conhé d'anciens sjjécimens à repro- 
duire, ou du moins, à consulter. 

En a-t-il été de même pour le mobilier des 
églises ? Assurément non. La différence est 
frappante : quelle recherche et quelle élé- 
gance dans les tentures, les guipures, les 
bronzes, etc. d'un salon ; et le plus souvent 
quelle pacotille et quel luxe de mauvais 



aloi dans nos églises ! On ne se donne même 
pas la peine de fabriquer des objets spéciaux 
pour les besoins du culte. \'oyez si j'e.xagère: 
à part les bronzes, les vases sacrés et les 
gros m(;ubles (chaires, confessionnaux, etc.) 
tout le re'-te serait aussi bien à sa place 
dans un salon ou une chambre qu'à l'église. 
Ce tapis à grosses fleurs Pompadour, à 
ramages Louis XIII ou dans un style mo- 
resque douteux, étalé sur les marches de 
l'autel, en quoi diffère-t-il de celui de nos 
appartements .'' Ces dentelles qui garnissent 
les aubes, les nappes d'autel, n'ont-elles rien 
de commun avec celles des ombrelles ou des 
robes de bal .•^ Et les vases de fleurs ! peut-on 
voir, en général, quelque chose de plus ridi- 
cule? Des coupes, ici en faïence imitation de 
Rouen, là en cuivre repoussé, ailleurs des 
potiches aux formes bizarres: tout e.xcepté 
des objets spéciaux pour l'église. Enfin il 
n'est pas jusqu'aux ornements sacerdotaux 
que cette absorption des objets de toilette 
féminine et de mode n'ait envahis ! Les 
neut dixièmes des ornements confectionnés 
à l'avance sont brodés sur moire blanche ou 
rouge, étoffe qui, par sa belle qualité, peut 
faire ouvrir de grands yeu.x aux personnes 
dévotcshabituées à manier pour leur toilette 
le salin et la moire (antique ou française), 
mais absolument étrano^ère à l'art relii>"ieux. 
Quelles broderies fait-on encore de nos 
jours sur un pareil fond ? Le mauvais guipé 
d'or sur carton, un peu de broderie en soie 
de couleur à la mécanique, voilà pour l'or- 
dinaire : tout est chétif, misérable au fond, 
avec une apparence prétentieuse parfois, je 



KEVUE IJE l.Alil' CllKliTIE.-J. 
1885. — s»"-' LIVK.USO.S. 



194 



îRctiuc De r3rt chrétien. 



ne parle que pour mémoire du drap d'or, 
brodé en bosse avec accompagnement de 
paillettes: on en voit encore partout beau- 
coup trop. Cet exposé pourrait être indéfini- 
ment prolongé, mais à quoi bon ? Tout le 
monde est d'accord. L'église est envahie 
par la pacotille et l'art n'a presque aucune 
part dans tous les objets qui s'y rencontrent. 
Quelle en est la cause ? Principalement le 
manque de direction, l'abstention, pour ainsi 
dire complète, de ceux qui pourraient guider 
les fabricants dans l'exécution des objets 
du culte mieu.x appropriés à leLir destination, 
au style des monuments etc., en un mot 
des archdologîies chrétiens. 

Tandis que les uns dissertent très savam- 
ment sur l'esthétique du beau, l'art des Cata- 
combes ou des premiers siècles du christia- 
nisme, les autres se renferment exclusive- 
ment dans l'étude des monuments ou des 
objets anciens, en disant qu'il n'y a rien à 
faire avec l'industrie moderne. Pendant 
que les rayons des bibliothèques se rem- 
plissent de volumes de grand mérite, 
j'entends de tous côtés le bruitdes machines, 
le va et vient des ouvriers de milliers d'ate- 
liers, où se fabriquent journellement toutes 
les pièces du mobilier de nos églises, depuis 
les buffets d'orgues, les autels, les vitraux, 
jusqu'aux broderies et aux dentelles. Pour 
les directeurs de ces établissements, il faut 
marcher vite et ils n'ont le temps ni de lire 
les mémoires imprimés à grands frais par les 
sociétés savantes, ni d'attendre le bon vouloir 
de messieurs les archéologues. Si ceux-ci, 
descendant des hauteurs de leur science, ne 
daignent pas mettre la main dans celle de 
l'industriel, l'aider de leurs conseils, seconder 
ses efforts, aucune amélioration sensible ne 
se produira dans le mobilier religieux. 
Nous le verrons se traîner dans une infé- 
riorité pénible.jusqu'au moment où honteux 
de voir la maison de Dieu moins bien 



traitée que celle de l'homme, les amateurs 
d'art religieux sortiront enfin de leur abs- 
tention. Une action personnelle est tout 
aussi nécessaire sur le terrain artistique que 
sur le terrain politique. Comment en effet 
faire fructifier ces trésors de science, ces 
patientes et minutieuses recherches, les 
découvertes des sociétés savantes, si on les 
laisse dans la [)oussière des bibliothèques ? 
Puisse chaque archéologue chrétien, 
suivant ses aptitudes et la nature de ses 
travaux, se mettre à la disposition de 
quelque artiste, sculpteur, verrier, brodeur 
etc., se faire près de lui l'apologiste des 
belles époques de notre art religieux, lui en 
révéler les secrets, le lui faire aimer,en un mot, 
devenir l'apôtre des doctrines renfermées 
dans tant de livres de choix. L'un possède 
la science du passé, l'autre connaît toutes 
les ressources de l'industrie moderne : à eux 
deux, quelles merveilles ne réaliseraient-ils 
pas! Que le zèle pour la beauté de la maison 
de Dieu et l'amour de l'art chrétien les 
rapprochent, qu'ils se prêtent un mutuel 
appui : voilà le but auquel je convie tous 
les amateurs sérieux de l'art religieux. 

Mais, me dira-t-on, c'est une utopie. Quels 
sont les moyens pratiques d'arriver là ? je 
crois pouvoir en indiquer quelques-uns. 

1° L'action personnelle. Bon nombre 
d'archéologues seraient fort capables de 
diriger le plan d'un autel, la sculpture d'un 
buffet d'orgues etc., ou du moins, de donner 
de bons conseils aux artistes à ce sujet ; 
qu'ils ne ménagent ni leurs explications, ni 
leur peine : qu'ails leur prêtent des livres 
avec reproductions d'objets d'art ancien, 
pouvant les guider et les renseigner. Un 
encouragement, une critique raisonnée 
faite sous une forme aimable, sont aussi 
de précieux auxiliaires. Pour tout cela, il faut 
avoir le feu sacré et le désir ardent de 
travailler à la gloire de Dieu: ce serait faire 



Crosse, ^itcc et ocfiapc offertes à ^gr Téticque D'Angers. 



195 



injure à beaucoup, que de supposer qu'ils 
n'ont ni l'un ni l'autre au moins à l'état latent. 

2" Les expositions rétrospectives d art reli- 
gieux. Pourquoi chaque année, dans une 
région de la France, correspondant si on 
veut aux Universités libres ou à toute autre 
division topographique de convention, n'or- 
ganiserait-on pas une exposition analogue 
à celles de Malines et de Lille ? Les objets 
seraient rangés méthodiquement suivant 
leur destination et par ordre chronologique, 
de façon à ne pas faire un affreux pèle mêle 
dans toutes les salles et à permettre de 
suivre à travers les siècles les divers chan- 
gements de forme, d'ornementation et de 
procédés d'exécution, de chaque espèce 
d'objets. Des cours et des explications 
publiques seraient donnés à certaines heures 
de la journée devant les objets exposés, et 
une bibliothèque de livres d'art religieux, 
capables de compléter l'enseignement donné 
aux yeux par l'exposition, y serait annexée. 
Peut-on penser que de pareils moyens 
seraient sans résultat ? 

30 La création dans chaque diocèse d'un 
comité (fart religieux, étranger à toute 
influence commerciale. Les plans d'autels, 
les projets d'ornementation etc., lui seraient 
soumis et il ne se contenterait pas d'une 
approbation écrite ou d'un conseil donné 
par lettre, mais enverrait au besoin un de 
ses membres fournir des explications, des 
dessins et des renseignements techniques 
à tel ou tel artiste chargé de l'exécution. 

4° Enfin, la publication et la reproduction 
par la Revue de l' Art chrétien, de temps à 
autre, d'un objet moderne mobilier, dans le- 
quel on se serait efforcé de suivre les tradi- 
tions du moyen âge, pour encourager les 
artistes et les amateurs d'art chrétien à se 
prêter un mutuel concours. 

Voilà un bien vaste programme: peut-être 
est-ce un rêve creux ! Depuis longtemps 



je cherche personnellement à le réaliser, je 
fais appel aux amis de l'art chrétien pour 
y travailler avec moi. Aujourd'hui, sans 
avoir prétention à l'infaillibilité, je veux leur 
montrer ce qu'on peut faire dans certains 
ateliers. Ce n'est point l'habileté des ouvriers 
qui fait défaut, c'est bien plutôt en général 
la direction qui leur manque. Qu'elle leur 
soit donc largement et gracieusement offerte, 
et l'art religieux se relèvera, l'ameuble- 
ment de nos églises n'aura plus à rougir 
d'une comparaison avec celui de nos salons. 
L'un doit surpasser l'autre, tout comme au 
moyen âge; qui s'en plaindra et,au contraire, 
ne le trouvera juste } Dieu n'est-il pas plus 
grand que l'homme et plus digne de provo- 
quer les manifestations de l'art sous toutes 
ses formes, lui la source de toute beauté et 
tout bien ? 

Qu'on me pardonne ce long préambule : 
il était nécessaire pour expliquer la repro- 
duction d'objets modernes dans une Revue, 
consacrée plutôt aux monuments anciens 
de l'art chrétien. 

La grande salle de l'évêché d'Angers (') 
recevait, le jour de la Toussaint, dans sa vaste 
enceinte,une multitude de fidèles de tout rang 
et de toute condition. Il s'agissait de remet- 
tre à Monseigneur la crosse d'honneur pour 
l'exécution de laquelle une souscription 
avait été ouverte dans quelques journaux. 

Le vaillant évêque, auquel les catholiques 
voulaient depuis longtemps donner ce té- 
moignage d'admiration et de reconnaissance. 

I. Cette salle du XII" siècle était autrefois en forme de 
T comme celle de l'archevêché de Reims, qui s'appelait 
la salle du Tau. Vers 1230, la partie qui regarde la cathédrale 
d'Angers fut diminuée d'une certaine longueur,afin de don- 
ner au bras de la croix alors en construction la même éten- 
due qu'à l'autre. La croisée de la salle, c'est-à-dire la partie 
transversale, était en communication avec la grande salle 
actuelle (la nef, comme on disait encore au W'!"" siècle) 
par trois arcades en plein cintre, qui furent murées vers le 
commencement du X\'l b'siccle pour être séparées en trois 
appartements, les salons d'aujourd'hui. 



196 



IR c U II c De Part c îj v c t i c n. 



lit son entrée à une heure et demie et prit 
place entre ses vicaires généraux sur une 
estrade. On y avait placé les objets qui lui 
étaient destinés. Une surprise charmante 
attendait là Monseigneur : ce n'était pas 
seulement en effet une crosse d'honneur 
qu'on allait lui tiftrlr ; la générosité des 
souscripteurs avait permis au comité d'y 
joindre une mitre et une chape superbes. 

Après un instant consacré à l'admiration 
de ces merveilles artistiques, M. \'ictor 
Pavie prit la parole au nom des sous- 
cripteurs et prononça un discours auquel 
Monseigneur répondit de la façon le plus 
éloquente. 

Un riche album renfermant les noms de 
tous les souscripteurs, écrits par les sœurs 
de Saint-Charles, fut ensuite présenté à 
Monseigneur,qui,par une délicate attention, 
se servit de la crosse, de la chape et de la 
mitre pour donner à l'assistance sa béné- 
diction. Quelques instants après. Monsei- 
gneur officiait aux vêpres avec ses magni- 
fiques ornements. 

^- ^ ^ ^ ^ ^> * ^/^ :?;- ^;; ^i: ;};; ^: ^: :■:: ^> i.r: î;': 



--^— --ï)rscription Des obiers^ 
olTcrts à .(Hgc fcocquc DVffngcrs. 

ON dit souvent qu'un mauvais dessin est 
préférable aux plus longues descrip- 
tions; je suis un peu de cet avis. Cependant 
j'ai mieux à offrir ici, aux lecteurs de la y?c:7/(?. 
Ces belles photographies, que je dois à la 
complaisance d'un ami, prêteront à ma des- 
cription un lumineux secours. Ils voudront 
bien pourtant me lire jusqu'au bout ; peut- 
être après cela seront-ils plus convaincus des 
ressources qu'on trouve encore aujourd'hui, 
quand on le veut, dans l'industrie moderne 
pourl'c'xécution de belles piècesd'orfèvrerie 
ou debroderie historiées.presque semblables 
à celles dont nos anciens in\enlaires nous 



révèlent l'existence. De là au désir d'entre- 
prendre soi-même quelqu'un de ces travaux 
intéressants, il n'y a pas loin, et c'est en cela 
que cette description vient à l'appui des 
vœux que j'exprimais plus haut sur le rôle 
qui me paraît appartenir aux archéologues, 
dans la direction des travaux d'art reli- 
ffieux. 



j(; i/f % 



=g= **»*»*»»»-»» :ji: » 



Uà (XroôSC D'bonncur,- 

EXÉCUTÉE PAR M. PO'JSSIELGUE, DE PARIS. 

DISONS d'abord que c'est une com- 
position de M. Viollet le Duc, en 
style du XI 11*^ siècle, considérablement 
enrichie pour la circonstance. Ornée de 
pierres fines et de perles, la crosse est 
presque entièrement ànailh'c sur argent. 
Plus d'un lecteur m'arrêtera net: {ylzniai/lc'e'h, 
dites-vous, quel est le sens exact de ce mot ? 
Le nom d't'/;/a// s'applique ici à des substan- 
ces vitrifiées sous l'action d'une chaleur 
intense et diversement coloriées par des 
oxydes métalliques, qu'on a fixées sur l'ar- 
gent pour en rehausser l'éclat. L'ouvrier 
creuse au burin les parties destinées à 
recevoir Xc'ii/ail, en ménageant avec soin 
des filets de métal pour former les contours 
et les lignes principales du dessin. Il dépose 
ensuite dans chaque cavité la poudre ou la 
pâte d'émail (suivant que la surface est 
plate ou convexe) met la jjièce au lour, la 
polit après le refroidissement et dore toutes 
les parties métalliques apparentes entre les 
divers émaux. On appelle ce genre de tra- 
vail, très usité au Xll'^et auXIIU' siècle, 
émiil chxmplevé. Tables d'auti'l, châsses, 
vases sacrés ou profanes, tombeaux des 
évêques ou des grands seigneurs, tout était 
émaillé. L'or seul eût alors paru pauvre et 
monotone près des étincelantes verrières et 
des brillantes peintures de nos cathédrales. 
Ce procédé demandait une grande habileté 



H0;vu^ D0; L' ym0 ci;çRé;6i^ri. pl.vu 




c(i^oss)e: p'BomïiaHï:^ soin cobfhet. 

pai-M Poussielgue - E,usand de Paris. 



PhototToia B. Kahlen. M'aUdbach. 



C'TOSyC, e@itre et Cbapc offertes à a^gr réocque D'angcrs. 197 



de main : il se perdit peu à peu. Le goût 
cliangea et se corrompit sous l'intluence des 
idées païennes et réalistes des XVI I^ et 
XV'I I Lsiècles.pendant lesquels on n'entend 
plus parler que de marbres, de bois doré, 
d'argent et d'or massifs / On mesurait alors 
la beauté d'un objet à son poids, à sa valeur 
intrinsèque : la matière l'emportait sur l'art, 
sur le travail de la main, surtout dans les 
objets d'orfèvrerie d'église. Les études ar- 
chéologiques ont enfin fait justice de ce faux 
luxe du XVI île siècle, de ces broderies qui 
ressemblaient à de la sculpture, tant elles 
étaient en relief de ces soleils considérables 
comme on l'écrivait avec admiration, en 
parlant de certains ostensoirs, et les mé- 
thodes du moyen âge sont enfin revenues en 
honneur. C'est à l'émail champlevé, qu'on 
a demandé en grande partie la décoration 
de la crosse d'honneur offerte à M^"^ Freppel : 
le bâton lui-même en est orné en entier. 

Une inscription latine, composée par un 
bénédictin de Solesmes, s'enroule autour 
de la hampe, divisée en quatre parties, par 
des nœuds semés de jolies turquoises. Un 
fond d'azur uni sert de champ tantôt à 
d'élégants feuillages, nuancés d'émaux peints 
au.x couleurs les plus harmonieuses, tantôt 
au ruban d'or, sur lequel est émaillée en 
noir l'inscription suivante: 

KAROLO ■ .ÏMILIO FREPPÎX • EPISCOPO - AXD ■ 

HOCL.KTI ■ BACVLVM • KLERVS - POPVLVSQVE ■ DICARVXT- 
PONTIFICI ■ DEXTRA ■ QVOD • GERIT ■ INTREPmA 

IPSI • QVEM ■ GENVrr • FELIX - ALSACIA ■ PLAVDIT • 
PLAVDITET- ANDVS QVEM GAVDET- HABEREPATREM ■ 

yVEM ■ PIA ■ LEGIFERIS - IVNXIT • BRITANNIA ■ PLAVDrr- 
GALLIA TOTA - TIIÎI • PI.AVDIT ATHLETA • DEI - 



ANNO 



DOMINl 



M 



DCCC 



LXXXIV 



Le nœud, sphériquc comme presque tous 
ceux du XII h siècle, est assurément la par- 
tie la plus riche. Les bustes des quatre doc- 
teurs de l'Église latine (St Jérôme, St 



Augustin, St Ambroise et St Gréeoire le 
Grand) ciselés et appliqués sur émail bleu 
dans des médaillons quatrilobés, forment 
horizontalementavec douze pierresfines une 
brillante couronne. On remarque en-dessus 
et en-dessous, entre des filigranes semés de 
perles, quatre écussons émaillés aux armes 
de Monseigneur Freppel, d'Obernai (ville 
d'Alsace, où il est né), du chapitre d'Angers 
et de Brest. Une ceinture de feuilles sert de 
transition entre le nœud et la v'olute, décorée 
sur fond bleu des mêmes ornements, qui 
s'enroulent autour du bâton. 

La courbe extérieure de la crosse est en- 
richie de feuilles de vermeil, alternées avec 
des perles de corail : les unes et les autres 
sont disposées avec art pour rompre à l'œil 
la sécheresse ordinaire de cette partie. Au 
centre de la volute voici l'archange St 
Michel, terrassant le démon. 

Quelle énergie dans sa pose! le dragon 
semble s'agiter encore et se redresser contre 
la lance, dont il est transpercé. Ce groupe, 
tout en vermeil, ressort admirablement sur 
les émaux multicolores, le corail et les 
grenats, dont il est encadré. Pouvait-on 
choisir une scène mieux appropriée à la 
circonstance ? Le combat du bien et du mal, 
de l'ange de Dieu et de Satan est sans 
doute de tous les temps ; mais la persécution 
religieuse dont nous sommes témoins et les 
luttes soutenues à tout instant par notre 
courageux Lveque, imposaient au comité de 
souscription ce sujet, si souvent représenté 
au moyen âge. 

L'ensemble de ce beau travail fait penser 
aux objets analogues, cités dans nos anciens 
inventaires. Ceux d'Angers en énumèrent 
plusieurs: la crosse de Foulques de Mathefe- 
lon.mort en 1355 : lion unacroceaargcntca 
Si'ii baculns pastoralis in plnribus locis divisa, 
cum viratapondcris cnin ligiio et fcrro Xl^l 
iiiareaniin III onciarimi ad insiçrnia de Ma- 



ig8 



EeDue ne P9rt côrctien. 



thefelon et quatre autres, dont la plus inté- 
ressante est ainsi décrite : Itou uinis bacuhis 
pastoraliscoopertus argetitodeaiirato etvariato 
adyniagincs saïuforiiiii Maurilii et Rcnah et 
in crossaymaoo beati Manrilii et beatiRcnati 
dettivitilo exeuntis. (Inv. de 142 1.) 

L'inventaire du trésor de la cathédrale 
de Bayeux, dressé en 1476, décrit ainsi la 
belle crosse de Louis de Harecourt: Item 
tmg bastoji pastoi'al en qjiatre pièces, tout 
d'argent doré,duqiiel la verge par les q7iarrés 
est tonte esmaillée en rondeanlx et entre les 
rondeajilx a figures de branches et est le dit 
esmail desmoly et cassé en phisietirs lieux. 
En la pomme qui soutient la crosse sont 
plusieurs tabernacles tous esiiiaillics et aux 
deux costés a detix yniag-es. Et dedans la 
7'otondité de la croce a une ymage de notre 
Dame devant laquelle est la figure de ung 
evesque priant. Et est la dite croce soustenue 
de ung angle à ailles esmaillées et poise dix- 
huit marcs, six gros... 

Il serait facile de multiplier les citations 
et les descriptions d'anciennes crosses: elles 
étaient rarement émaillées de haut en bas, 
on avait reconnu la fragilité de l'émail ex- 
posé aux chocs et aux détériorations, quand 
il était appliqué sur la hampe comme à la 
crosse de Bayeux. Toutefois, pour une pièce 
de grand prix, on aurait tort, je crois, de se 
priver de cet élément de décoration et on ne 
l'a pas fait pour celle offerte à Mg^" Freppel. 

Le splendide écrin mérite aussi de fixer 
l'attention. L'artiste l'a couvert de maroquin 
noir et semé de grands médaillons émaillés 
aux armes indiquées précédemment, et d'ara- 
besques, formées de clous dorés. Poignée, 
charnières, entrée de serrure ornée de 
dragons, moraillon avec serpent émaillé, 
tout cela minutieusement doré et ciselé 
forme un ensemble agréable à l'œil et qu'un 
archéologue ne dédaignerait pas d'examiner. 
On s'est évidemment inspiré du coffret du 



trésor de Conques, de la cassette dite de 
Saint-Louis conservée à Dammarie, ou 
encore de l'écrin de la couronne reliquaire 
conservée à la cathédrale de Namur. 

La crosse et son beau coffret font le 
plus grand honneur à AP Poussielgîic, de 
Paris, dont les ateliers ont déjà produit 
tant d'œuvres remarquables. Qu'il reçoive 
ici le témoignage de l'entière satisfaction du 
comité. 



***** ****** * * 



* * * * 



— ^--^ Xra initcc et la CCbape 

BRODÉES PAR M. L. GROSSE, DE BRUGES. 

LES artistes du moyen âge ont produit 
en tout genre des chefs-d'œuvre, que 
nous ne pouvons égaler aujourd'hui sans 
les plus grandes difficultés: c'est une vérité 
acquise maintenant et l'expérience le dé- 
montre à chaque instant. Toutefois nous 
sommes encore bien novices, il faut l'avouer, 
dans certaines spécialités. Que de progrès 
à faire encore pour remonter le courant du 
mauvais goût et les fausses notions du beau 
qui depuis, le XVI I<= siècle, faisaient trop 
souvent prévaloir la valeur intrinsèque d'un 
objet sur sa valeur artistique ! 

Une des branches de l'art religieu.K les 
moins connues et les plus intéressantes est 
assurément la broderie. Que de merveilles 
nous révèlent à ce sujet les anciens inven- 
taires, témoins authentiques de richesses 
aujourd'hui disparues ! C'est là, dans quel- 
ques trésors d'église, dans les collections 
particulières ou dans les expositions rétros- 
pectives, qu'il faut les étudier tout d'abord, 
afin de tâcher ensuite de les imiter. Les 
peintres et les miniaturistes les plus célèbres 
des XIV^ et XV^ siècles ne dédaignaient 
pas la broderie. /*Z(?r;r rt'?^ Vilant, peintre du 
roi de .Sicile, travailla au magnifique orne- 
ment connu sous le nom de la grande 



Ha:Y^I^ D^ L' ym0 c(çiie[6i^u. PL.vm 



miTï^ï: (iPacE ?inTÉniEUï^E) ET ÏITOLE. 

par M Grosse, de Bruges. 



Shntntvni» T{. KoMmi. ïl.OUdbach. 



Crosse, ^itrc et Cfjapc offertes a a^gr réticquc ti'9ng;ers. 199 



brode7'ie, donné par René d'Anjou à notre 
cathédrale, et tant d'autres... Les artisans 
du moyen âge étaient artistes, ils savaient 
parfaitement dessiner et l'aiguille entre 
leurs doigts habiles devenait un pinceau 
délicat, capable de tracer les scènes les plus 
compliquées. 

Voilà ce qu'a compris depuis longtemps 
M. Grosse, de Bruges. De cet atelier si 
bien organisé sont sorties des broderies 
uniques en leur genre, entre autres la grande 
bannière delà cathédrale d'Angers,et surtout 
la mitre et la chape, dont je vais parler. 

Entièrement travaillée à l'aiguille, la 
mitre est bordée d'une ligne bleue, semée 
de perles d'argent, qui forme les divisions 
principales en séparant l'orfroi vertical et 
l'orfroi horizontal du fond. Sept médaillons 
sont espacés sur la partie centrale et en 
bas, séparés par des perles fines et des 
feuillages sur fond d'or. Au milieu, Marie 
portant l'enfant Jésus, première patronne 
delà cathédrale; à sa droite saint Apothème 
et saint René ; au-dessus saint Lezin et 
saint Mainbœuf ; enfin à sa fauche saint 
Benoit et saint Loup. On remarque sur 
le fond de la mitre, brodé en couchure 
d'or avec de charmants rinceaux, saint 
Maurille ressuscitant saint René, et saint 
Aubin guérissant un aveugle. On a groupé 
surla face principale tous les saints Évêques 
d'Angrers autour de la Sainte Vieree. La 
finesse de la broderie dépasse ce qu'on 
peut imaginer : on dirait de vraies minia- 
tures, tant sont petites ces figures d'évêques, 
dessinées avec talent par M. de Tracy (de 
Gand) dans leurs médaillons sur fond bleu. 
Les rampants sont garnis d'une crête de ver- 
meil avec grosses perles fines et corail, 
travail délicat de M. I5ourdon-de Bruyne 
le célèbre orfèvre de Gand. 

L'autre face, divisée de la même façon, 
est consacrée à saint Maurice second patron 



de la cathédrale et à ses compagnons Inno- 
cent, Candide, Exupère, Vital et Victor. 
Au sommet voici saint Martin tenant une 
fiole du sang de saint Maurice, avec lequel 
il consacra notre église sous le vocable du 
chef de la légion thébaine. Les parties laté- 
rales sont ornées, au centre de deux 
grands « ro7ideaulx » avec améthystes, per- 
les et feuillages brodés, et tout autour de 
branches de rosiers, que le XlIIe siècle 
affectionnait tout particulièrement. 

Enfin le brodeur a tracé sur les fanons 
deux médaillons avec croix d'or, les patrons 
de Monseigneur, saint Charles et saint 
Emile et ses armoiries, au milieu de rinceaux 
aux plus riantes couleurs. 

Il n'a pas fallu moins de465 journées de lo 
heures aux meilleurs ouvriers de M. Grosse 
pour achever ce petit chef-d'œuvre. A vrai 
dire on ne sait ici ce qu'il faut admirer le 
plus, de la perfection des figures ou de 
l'heureux mélange des soies aux nuances 
chatoyantes, de la beauté des perles ou de la 
couchure d'or, si régulièrement exécutée. 
Quelle somme de talent et que de difficultés 
vaincues dans une si petite surface ! 

Les mitres du moyen âge étaient souvent, 
comme celle-ci, ornées à profusion: les unes 
toutes en orfèvrerie étaient couvertes de 
perles et de pierreries, les autres en broderie 
historiée : presque toutes avaient une haute 
valeur artistique. Quelle différence entre les 
anciennes mitres de forme si élégante et 
les gigantesques appareils de drap d'or avec 
croix de paillettes, dont on coiffait encore 
nos évêques pendant les deux premiers tiers 
de ce siècle : mode déplorable, venue de 
Rome, avec tout le faux luxe, dont on a dés- 
honoré nos églises depuis Louis XIV sous 
le prétexte de les embellir. Grâce à Dieu 
ces mitres énormes sont enfin abandonnées 
etonrevient de tous côtés aux bonnes formes 
du moyen âge. 



200 



Eetiue De l'art chrétien. 



La Chape. 

La chape ne le cède en rien à la mitre. 
Les douze apôtres et les quatre docteurs 
de l'Église latine sont rangés sur les orfrois 
deux à deux, sous des arcades trilobées, 
au-dessus desquelles on a placé des anges 
aux ailes étendues. Ce motif de décoration 
très commun au XI 11^ siècle se rencontre 
partout, notamment aux arcatures de la 
Sainte-Chapelle et sur les châsses d'Aix et 
de Cologne. Chaque ange tient un phylactère 
portant le nom d'une vertu (fides, castitas, 
etc..) Personnages aux figures douces et 
o-raves à la fois, fonds d'or à rinceaux ou 
chevronnés, ancres souriant aux ailes 
diaprées, colonnettes argentées, tout cela 
est merveilleux comme exécution. Ces 
figures si variées peuvent être examinées à 
la loupe. 

On en est à se demander comment 
l'aiguille peut réaliser d'aussi jolies pein- 
tures ; à peine distingue-t-on les points. 
Ces beaux orfrois ont été copiés en partie 
sur la plus belle pièce de ma collection, que 
jNL de Linas avait singulièrement appréciée 
à l'exposition de Lille et dont la description 
a été donnée dans la AVot/c, année 1874, 

P- 335- 

Le chai)eron est divisé en trois arcades. 

La plus large n;nferme la Résurrection. Le 
Christ sort triomphant du tombeau, l'éten- 
dard de la victoire près de lui : son nimbe 
est bordé d'un rang de 50 perles fines ; au 
devant deux gardes dorment profondé- 
ment ; un troisième se réveille en sursaut. 
11 était d'usage autrefois de représenter la 
figure de l'Ancienne Loi près de la réalité 
de la Nouvelle ; on s'y est conformé. Voici, 
dans l('s parti(;s latérales, Jonas rejeté après 
trois jours [)ar le monstre marin et .Samson 
qui emporte sur son dos les portes de Gaza. 
En-dessus des arcatures, comme aux orfrois, 
deu.x anges à mi-corps, sortent des nuages 



et tiennent des banderoles avec ces textes : 
Resîirrcxit sic ut dixit, Alléluia, et Eccc 
vicit Ico de tribu Juda. 

Une frange d'or nouée et posée sur une 
autre frange de soie rouge est fixée au 
chaperon, entièrement brodé à l'aiguille, 
connue le galon qui l'entoure. A vrai dire ce 
travail de couchure à rinceaux d'or est plus 
minutieux que difficile: c'est surtout aux 
figures si bien exécutées, qu'il faut s'arrêter. 

Que dire enfin du manteau, tout parsemé 
de bouquets d'or et de fleurs empruntées 
aux anciens manuscrits, sur un fond de 
satin blanc ? Six anges alternés avec des 
fleurons de broderie, rayonnent vers le 
chaperon. Chacun d'eux joue d'un instru- 
ment de musique. Comme les ailes aux 
nuances les plus variées coupent heureuse- 
ment la banderole qui les entoure ! Ces 
messagers du ciel semblent former en l'hon- 
neur du Christ ressuscité un concert de 
louanges, qui se traduit par les inscriptions 
suivantes : Gloria in excchis Deo. — Pax 
honiiîiibus bonœ voluntatis. — Hosanna Filio 
David. — Sit Gloria Doiiiiiii in sicciila ! 
Sanctits Dondnus,Deîcs Sabaoth. — Tit soins 
Doiniiuts, tu soins altissivins. 

Le parti de semer un fond uni (satin ou 
velours) de <i plaisajis Jlorions de broderie » 
ou lie <i papillons )), c'est-à-dire d'anges ou 
de chérubins avec les inscriptions : Da 
oioriani Deo ou Gloria in exrclsis (m autres, 
était assez répandu, surtout aux Xl\''-'etXV<^ 
siècles. J'en connais de fort beauxspécimens; 
on en trouve aussi souvent dans les anciens 
inventaires. Le brodeur prenait ainsi un 
moyen terme entre Xtibaudcquin (brocart tis.sé 
d'or et de couleurs) ou le panmis "ureus, 
étoffe d'or mêlée de velours ciselé, et ces 
admirables manteaux entièrement travaillés 
à l'aiguille et représentant, comme à .Saint- 
Bertrand de Comminges, la vie de la Vierge 
ou du Christ en trente ou quarante médail- 



H^Yu^ D^. L- n^0 (X^m^Hn. 



PL. IX 




C(l3/1PE ( OÏ^Ff\OIS.^ 
par M Grosse, de Bruges. 



Phuti'typte B. Ktlhlen, M.liladhKch. 



Crosse, ^itrc et Cbapc offertes à 90g:r réticque D'angers. 



20 1 



Ions brodés au point couché sur fond d'or 
exécuté aussi à la main. Ces belles pièces 
dataient surtout des XI I^, XI Ile et XI V^ 
siècles : plus tard il n'en est plus guère 
question. La reproduction de pareils ouvra- 
ges serait aujourd'hui d'un prix inabordable. 
Revenons à notre chape : une riche 
bordure, d'où s'élancent de gracieux bou- 
quets or et couleur garnit la partie inférieure; 
au milieu et tout en bas voici les armes 
de Monseigneur Freppel. Mille trente-neuf 
journées de travail de 10 heures ont été 
employées pour faire cette magnifique 
chape, digne d'être comparée aux plus belles 
du moyen âge. 



Une étole assortie avec l'Annonciation 
et le Couronnement de la Vierge accom- 
pagne et complète ces présents, faits par 
la générosité des catholiques à Monseigneur 
l'évêque d'Angers. Un seul ouvrier travail- 
lant 10 heures par jour aurait mis à peu 
près 4 ans à broder les trois objets. Puisse 
M. Grosse, auquel les souscripteurs doivent 
d'avoir pu offrir au vaillant défenseur de 
l'Église sous une forme aussi artistique 
l'expression de leur reconnaissance, persé- 
vérer dans cette voie et même s'y perfec- 
tionner encore ! 

L. DE Farcv. 



NOUS devons à M. de Farcy l'expression de notre reconnaissance, non seulement 
pour son intéressant travail sur les dons offerts à Mgr l'Évêque d'Angers, mais 
encore pour les planches qui l'accompagnent et dont notre collaborateur a voulu géné- 
reusement faire les frais, afin de mettre les lecteurs de la Revue à même de mieux 
connaître les travaux décrits. N. D. L. R. 




° S-^^-S.^^A.S^A^L^.^.S^.^;.^.r6.^^.S.^.3^JS.^^^.^,^^S.^^r§^ 



^ CCorresponïi ance. ^ 



On lit dans la Revue des questions histori- 
ques, livr. de janv. 1885, p. 317. 

Dans la Revue de l'Art cJirétieii^ Mgr Barbier de Mon- 
tault fait la monographie de l'église de Fours, près Avi- 
gnon. Il la fait remonter à l'époque carolingienne ; nous 
croyons qu'il la \ ieillit trop. Les dessins qui accompa- 
gnent son article semblent montrer que cette église ne 
doit pas être antérieure au XI L' siècle. Elle est purement 
romane. Fr. riE Fontaine. 



Mgr X. Barbier de Montault nous adresse 
les quelques mots ci-après, en réponse à cet 
articulet : 

La monographie de Fours n'est pas de moi, je ne 
connais pas cette église et mon nom ne figure pas à la 
suite de l'article. L'auteur, M. Le doyen Fuzet, 
répondra, je pense, à l'erreur chronologique qu'on lui 
impute. X. B. de M. 



De son côté M. le chanoine Fuzet nous 
écrit à ce propos : 

«TE suis très flatté d'être pris pour Mgr Barbier de 
I Montault. Mais comme notre savant collabora- 
teur serait moins flatté que moi de cette méprise, 
je réclame la paternité de mon humble étude. M. de 
Fontaine n'admet ])as mon opinion sur l'âge de l'église 
de Fours ; il croit que je la vieillis trop. La vue de mes 
dessins lui a suffi pour se prononcer sans hésitation. 



Ce serait donner trop d'importance au petit objet de 
mon travail que d'entrer dans une longue discussion. 
Je me bornerai à demander à M. de Fontaine s'il a vu 
souvent les signes lapidaires <|ue j'ai relevés, particu- 
lièrement le G en forme de faucille, sur des monu- 
ments postérieurs aux premières années du XP siècle. 
Les autres caractères des constructions carolingiennes, 
que j'ai indiqués, et surtout l'analogie frappante qui 
existe entre cette église et d'autres édifices attribués 
sans contestation possible à l'époque carolingienne, 
démontrent que je n'ai pas trop vieilli ce monument. 
D'ailleurs, d'après un texte authentique, l'église de 
Fours est tout à fait au commencement du XI 1= 
siècle, l'objet d'un échange entre les chanoines d'Avi- 
gnon et les moines de l'abbaye de St-André : elle 
existait donc déjà. Il ne faut pas oublier que le midi 
de la France, ayant gardé mieux qu'aucune autre con- 
trée et presque sans interruption les traditions archi- 
tectoniques romaines dans la construction des édifices 
religieux, a vu de meilleure heure que le Nord les 
églises romanes s'élever en grand nombre sur son sol 
où les centres de populations chrétiennes étaient très 
multipliés et où abondaient, pour servir de modèle 
aux ouvriers, les restes magnifiques des monuments 
romains. Enfin je demanderai, à mon savant contra- 
dicteur, si une église, parce qu'elle est « purement 
romane >, ne doit pas être antérieure au XIP siècle, ou 
cjuelle différence il y a entre une église « purement 
romane », et une église de l'époque architecturale 
carolingienne ? 

F. Fuzet, 
Doyen de \'illeneuve-lez-Avignon. 




^ t±±±±à±k±±±±±±È.^±±±±±±àkP^P^kkkkk^±±AÂJ\ ^ 




h f^^^^ 



ecinaillcnc ôp^antinc. 



Ha collection SticnigocoDskoi. 




NE précieuse qualité distingue les col- 
lectionneurs russes : la libérale com- 
munication de trésors archéologiques 
amassés à grands frais et souvent à 
grande peine. Je ne me rappelle pas, sans un 
regret sincère pour l'homme, l'excellent M. Se- 
vastianov et son curieux portefeuille de photo- 
graphies du Mont Athos, qu'il était toujours si 
charmé d'ouvrir au premier venu. Que d'emprunts 
la science pure et la vulgarisation n'ont-elles pas 
faits et ne font-elles pas encore, tant à l'ancienne 
collection Soltykov, aujourd'hui dispersée, qu'efu 
riche cabinet de M. le comte Grégoire Stroga- 
nov. Durant de longues années, la galerie de M. 
Alexandre Basilewsky, à Paris, fut pour ainsi dire 
publique le vendredi ; on y entrait avec une carte 
facilement obtenue, et le propriétaire poussait la 
courtoisie jusqu'à quitter son domicile aux heures 
d'admission, afin de laisser le champ libre aux 
visiteurs. Non content d'éditer, à l'aide de M. 
Alfred Darcel,un 6"rt/rt/i?^'"«e monumental où l'éru- 
dition n'est égalée que par la magnificence et 
l'exactitude de nombreuses planches, M. Basi- 
lewsky savait mettre gracieusement à la disposi- 
tion des spécialistes les pièces inédites, dont il 
n'avait pas jugé à propos d'illustrer son ouvrage : 
les lecteurs de la Kl-i'hc de l'art clurticii sont édi- 
fiés sur ce point. Hélas ! la collection Basilewsky 
est maintenant perdue pour la France, elle va, à 
Saint-Pétersbourg,accroitre les trésors amoncelés 
dans les vitrines du Musée de l'Ermitage impérial. 
On devra donc désormais chercher en Russie la 
solution de certains problèmes relatifs à notre 
art national, l'émaillerie limousine en particulier. 
Des circonstances atténuantes adoucissent néan- 
moins le chagrin légitime que me cause la nou- 
velle d'un semblable désastre : je n'ai jamais 
recouru on vain à l'obligeance d'un administra- 
teur d'établissements scientifiques russes, même 



"ïïf 'ïïf'ïï?^^ ïïf Sf "5f"5 



lorsqu'il s'agissait d'objets classés hors de son 
département. Nommer, à la Bibliothèque impé- 
riale, M. Vladimir Stassov, aux Antiques de 
l'Ermitage, M. Ludolf Stephani, n'est ici qu'un 
acte de rigoureuse justice. Combien de fois le 
dernier, heureux émule d'Adrien de Longpérier, 
des deux Lenormant et de cet illustre baron de 
Witte que Français et Belges se disputent à l'envi, 
n'a-t-il pas interrompu son labeur classique pour 
répondre à mes questions sur l'orfèvrerie barbare, 
ou faire reproduire à mon usage des monuments 
fort étrangers au style grec (') ? Espérons que 
l'avenir ne changera rien au présent. 

Homme de goût et de flair — passez-moi le 
mot — M. le Conseiller d'État Svenigorodskoi 
dédaigne les routes suivies d'ordinaire par les 
collectionneurs ; il en a choisi une moins banale. 
Au lieu de s'abandonner au torrent du bric à brac 
à la mode, d'entasser pêle-mêle l'antique, le 
moyen âge et l'oriental sur des meubles de la 
Renaissance ou des étagères du Faubourg Saint- 
Antoine, M. Svenigorodskoi s'est attaché à une 
spécialité d'objets très rares, les émaux cloisonnés 
byzantins. Des voyages — au Caucase, je le soup- 
çonne un peu — et les découvertes de Kiev, ont 
rendu notre fin connaisseur propriétaire d'une 
série de remarquables échantillons que lui envie- 
raient les plus riches musées de l'Europe. 

En bon Russe, M. Svenigorodskoi a voulu imi- 
ter l'exemple de ses généreux compatriotes ; 
exposé d'abord à Aix-la-Chapelle pendant la 

I. Pour apprécier l'immensité des travaux de M. Ludolf 
Stephani et sa profonde érudition classique, il faut lire les 
2 1 volumes publiés des Co)>iples-rcndiis de la Commission 
impériale arclu'ologiqui: riissc^ 1859 à 1S81. Dans ces vo- 
lumes, grand in-4 , dont la partie scientifique est entière- 
ment dévolue au docte conservateur des Antiques de 
l'Ermitage, l'art et l'industrie de l'ancienne civilisation du 
Bosphore Cimmérien sont présentés avec une vigueur de 
critique et une clarté au-dessus de tout éloge. Les ouvrages 
de M. Stephani, illustrés de gravures dans le texte et de 
planches in-folio, semblent peu connus en France; du 
moins on ne les cite guère bien qu'ils soient rédigés en 
allemand, langue aujourd'hui indispensable à tout homme 
voué aux études sérieuses. 



KlîVUE DE L'-ART CHRÉTIEN. 

1885. — 2'"^ LIVRAISON. 



204 



iTxcuuc Dc rart cljrcticn. 



saison des eaux, son trésor a été ensuite publié 
avec luxe. Le texte explicatif, qui accompagne 
les planches, est dû à la plume érudite d'un jeune 
savant assez versé dans la technique de l'émail- 
lerie byzantine, pour remplir honorablement la 
tâche difiicile, dont on l'a chargé ('). Les minu- 
tieux détails, que fournit M. l'abbé Schulz au 
sujet des couleurs et de leur disposition, la préci- 
sion mathématique des photot}'pics, toutes ces 
qualités forment un ensemble qui permet d'éta- 
blir son jugement sans avoir vu les originaux. 

Des diverses pièces de la série, lesplus curieuses 
sont, en fait à'uiiiaiin, les deux pointes d'un cer- 
cle brisé ou fer à cheval (diam. o'" 20 environ). 
On y signale au premier coup-d'œil les débris 
d'un de ces nimbes rapportés, que Byzantins et 
Russes clouaient autour de la tête de leurs images 
peintes, sur la plaque d'orfèvrerie qui recouvre le 
champ du tableau (-;. L'objet, dont la restitution 
serait facile, est en or complètement émaillé (larg. 
moyenne O'" 03). Fond bleu-lapis très pur ; motif 
principal : grands quatrefeuilles composés d'un 
disque cantonné A'otellcs (ornement amygdali- 
forme); semis irrégulier de tourteaux et de petites 
otelles. Couleur du décor : rouge, turquoise et 
blanc. Cinq bâtes elliptiques (o'" 02 sur o™ 015 ; 
il n'en reste que deux entières et la moitié de 
deux autres) sertissaient des pierres aujourd'hui 
absentes ; un chapelet d'orbicules blancs (perles) 
cercle les bâtes. L'aspect général donne quelque 
peu la note du travail japonais, mais le dessin 
laisse beaucoup à désirer. 

M. Schulz regarde notre nimbe comme un 
début, et il en fixe l'exécution au VIL' siècle ; je 
n'oserais me montrer aussi affirmatif. L'art et 
l'industrie naissants peuvent tâtonner, ils n'éprou- 
vent jamais de véritables défaillances. La har- 
diesse primesautière perce toujours dans les rudes 
essais d'un inventeur ; également réparties, soli- 
daires les unes des autres.les imperfections de son 

1. Die byzatitiiiisclieii Zellen-emails der Samintung 
Sweiiigorodskoi. (Les émaux cloisonnés byzantins de la 
collection Svenigorodskoi), par l'abbé J. Schulz. Petit in-8", 
14 planches phototypées; Ai.\-la-Chapclle, Rudolf lîarth, 
1884. 

2. Les Russes emploient toujours ce procédé; mais 
parfois aussi, ils se bornent :\ clouer le nimbe sur le bois 
du tableau, enjolivé de dorures et d'arabcsc[ues. La cathé- 
drale de Liège possède une Vierge peinte, encastrée dans 
une monture byzantine. Pour les autres, voy. les AiitiquiU's 
lie la Russie. 



CL'uvre homogène ne choquent pas l'œil exercé 
du connaisseur : loin de là, elles répandent fré- 
quemment un charme étrange sur la création 
nouvelle, à qui le desuiit iii pisccin d'Horace ne 
saurait être applicable. 

L'émail en litige ne répond guère aux termes 
du programme ci-dessus formulé ; les moyens 
usuels de fabrication y sont trop mal équilibrés. 
Un maître chimiste, initié à tous les secrets des 
manipulations, se montra à nous doublé d'un 
mécanicien négligent ou inexpert. Des motifs 
maigres et vulgaires, du moins sans prétentions 
à l'élégance, s'emmanchent d'une façon médiocre- 
ment habile ; les cloisons déjetées forment sou- 
vent des courbes irrégulières et disgracieuses. 
Certes, Justinicn n'aurait pas admis un ouvrage 
aussi imparfait sur son célèbre autel de Sainte- 
Sophie. A défaut d'un monument que les croisés 
de 1204, sinon des spoliations antérieures, ont 
anéanti, il nous reste deux points de comparai- 
son: la couronne votive de Monza, dite couronne 
de fer, qui doit remonter aux temps carolingiens, 
sinon à Théodelinde ; l'autel de Wolvinius à 
Saint-Ambroise de Milan, travail exécuté vers 
835 par ordre de l'archevêque Angilbert ('). Les 
émau.x de la couronne sont bleu lapis et blanc ; 
les croi.x et les encadrements de l'autel, dont 
quelques détails atteignent O"' 035 en largeur, 

I. Bock, Klcinodien, etc., pi. XXXIII, fig. 49. Giulio 
Ferrario, MomimeiUi sacri e pri>f. délia basilica di Saut' 
Ambrogio, pi. XX. Du Sommerard, Les arts ati moy^n âge. 
Album, série IX, pi. xvill. — Ferrario (ouv. cité, p. 121) 
déploie toutes les ressources de la philologie pour dé- 
montrer que Wolvinius était italien, en opposition avec 
d'Agincourt {Décadence de la sculpture, p. 53) qui attiibue 
à cet artiste une origine germanique : V.TCa7\x\.ii {Recherches 
sur la peint, en email, p. 126 et Hist. des arts industr., 
pass.) évite de se prononcer. Je partage le sentiment de 
d'Agincourt en articulant à l'allemande V\'OL\'lNl(us) 
= Votfinius ; alors il n'y faut voir autre chose que le mot 
allemand Wàlfinn (louve) latinisé. Les bas-reliefs de Vol- 
tinius accusent un élève des Grecs, mais il paraît certain 
à Labarte {Hist., etc. III, 394) que pour Texécution de son 
décor émaillé, l'orfèvre occidental recourut aux praticiens 
de Byzance, contraints de se réfugier en Italie ])ar la per- 
sécution des iconoclastes. La mort de l'empereur Théo- 
phile rappela les émailleurs orientaux dans leur patrie, 
car, après le IX'= siècle, on n'entend plus parler h Rome 
d'ouvrages incrustés à chaud, et Didier, abbé du IMont 
Cassin, depuis Victor III, fit, l'an 106S, venir de Constan- 
tinople des spécialistes en ce genre. Nul besoin de dire 
qu'a>ant vu l'autel de .Milan en 1S58, j'étais de l'avis de 
Labarte longtemps avant qu'il n'eût publié son grand 
ouvrage. 



BoiiueUcs et egélanges 



205 



offrent, sur champ parfondu, un cloisonne de 
guirlandes, de fleurons, de semis géométriques, 
disposés avec une netteté et une symétrie remar- 
quables. La gamme, peu étendue, comprend le 
vert émeraude translucide, le rouge purpurin et le 
blanc, un ton pâle exprime les carnations de 
masques d'une sévérité magistrale, inscrits dans 
des médaillons circulaires. 

En faveur de sa thèse, M. Schulz pourrait 
invoquer l'alliance de la joaillerie et de l'émail, 
également observée à ?iIonza et à Milan. Les 
bâtes du nimbe, d'une simplicité rudimentaire, 
ramènent aux sertissures du reliquaire conservé 
dans la cathédrale de Tournai, précieux échan- 
tillon de l'orfèvrerie byzantine au VIL' siècle. 
Néanmoins cette époque de luxe plantureux 
aurait-elle accepté une mesquine représentation 
fictive, et n'eùt-elle pas cerclé ses pierreries de 
véritables perles (') .' Avant de toucher au vif de 
la question, il faudrait d'abord s'enquérir du lieu 
précis où furent découverts les fragments vendus 
à M. Svenigorodskoi — il l'ignore sans doute 
lui-même — ensuite savoir à quelle date les 
Grecs inventèrent le placage métallique des 
icônes peintes. Au bout du compte, renvoyer 
notre nimbe à une période de décadence ne serait 
guère plus hardi que d'en faire une pièce de 
début ; j'ai exposé le pour et le contre avec im- 
partialité : au lecteur de conclure ! 

Dix médaillons circulaires en or (diam. 0,08), 
bordés de granules ciselés, excitent l'admiration ; 
ils inscrivent des personnages à mi-corps, émail- 
lés sur fond métallique. Le Christ, IC S.C ; phy- 
sionomie sévère, chevelure abondante et barbe 
noire ; col de la tunique, clai'iis nng^Kstiis et livre, 
rehaussés de perles imitées. La main droite bénit 
à la manière grecque. Gamme : bleu-foncé, bleu- 
clair, vert, rouge et jaune. La figure de la Vierge, 
MP t)T est jeune, plutôt dure que douce. Position 
hiératique consacrée, les mains étendues en avant. 
Long voile bleu-foncé enveloppant la tète et le 
corps ; robe bleu-clair ; nimbe vert translucide, 
semé de perles et de croisettes. Saint Jean- 
Baptiste, A l(Xl O IIP0^P0M02 : maigreur 

I. Les orfèvres du VU'' siècle, qui, en Bourgogne, imi- 
taient l'email avec du grenat cloisonné, ont, dans les mêmes 
circonstances, employé de véritables perles coupées en 
deux. Haudot, Mc'm. sur As si'piilt. des Barbares, pi. XII, 
tig. I, 2, 3, 5; surtout XIII, 1. 



ascétique ; barbe et chevelure incultes ; Jiiandyas 
bleu ; attitude et nimbe, comme la Vierge. Saint 
Pierre, O Ari02 r[eTP02 : tète grise; regard 
presque farouche. La main droite bénit ; la gauche 
tient un vo/uineu et une férule crucifère, croi.x 
pattée reposant sur un double crochet formant un 
Cl). Nimbe pareil aux deu.x précédents ; clavus 
aiigiistus gemmé. Saint Paul, O Ari02 nAA()2. 
Type allongé, front dégarni, système pileux noir. 
Codex dont la reliure offre une croix cantonnée 
de cœurs orlés de blanc. 

A la suite des grands Apôtres, viennent trois 
Évangélistes:StJean,0 AflOC l(jf)0 0POAOrO2: 
Mxcxxy., faciès participant à la fois du saint Pierre 
et du saint Paul ; codex orné de pierreries et d'o- 
telles. Saint Matthieu, OAl'IO? MA\(-)e02. Sauf 
la direction des prunelles et la garniture de perles 
du codex, il est identique à saint Jean. Saint Luc, 
O ri02 (sic) A0ÏKA2. Age mûr, barbe ronde, 
large tonsure monacale ; sur le codex, des cœurs 
disposés en croix. Enfin deux célèbres guerriers 
martyrs, saint Georges et sàint Démétrius : A 
reOPri02, o A^1MITPIU2. Ils sont imberbes 
et vêtus de riches chlamydes laticlaves;paragaudes 
gemmées en haut de l'humérus ; croix de bénédic- 
tion dans la main droite : ces insignes, de forme 
pattée, ont une longue hampe. La chlamyde de 
saint Georges est rouge, semée de cœurs jaune 
ou turquoise, alternant avec des perles ; sur le 
manteau de saint Démétrius, on distingue des 
croisettes et des otelles émergeant d'un fond vert- 
sombre. 

De légères nuances peuvent accuser dans nos 
personnages une fusion plus ou moins réussie 
des matières incrustées ; mais style, technique, 
gamme, sont tellement semblables, qu'une com- 
munauté d'atelier — sinon de main — et d'em- 
ploi jaillit à première vue de cette frappante ana- 
logie de caractères. Un simple coup-d'œil, jeté sur 
la couverture d'un Évangéliaire grec, à la biblio- 
thèque publique de Sienne, inontrera que nous 
avons ici les débris d'un plat de reliure tlu même 
genre, débris jadis cloués sur champ métallique 
à rinceaux ciselés. Les bords des disques de 
M. Svenigorodskoi sont percés de trous et, comme 
ces disques, les éléments émaillés de Sienne ont 
une bordure granulée ('). Il ne faudrait pas un 

1. Labarte, Hist. des arts industr., .Album, pi. ci. 



2o6 



IRcti uc Dc part c 1) t cticn. 



grand travail d'imagination pour restituer le mo- 
nument dont nous n'avons que les disjccta mcmbra 
incomplets. En haut, le Christ entre la Sainte 
Vierge à droite et le Précurseur à gauche: les 
attitudes le prouvent ('). Au-dessous saint Pierre 
et saint Paul se regardant. Plus bas, un cartouche, 
rectangle ou quatrefeuilles, cantonné des Évan- 
gélistes. Le cartouche, détruit, offrait probable- 
ment, soit une Crucifixion, soit une Résurrection ; 
la direction des yeux des Evangélistes permet 
d'assigner à chacun sa place respective : les pru- 
nelles convergent certainement vers l'intérieur, et 
elles ne sauraient être tournées en dehors. Saint 
Jean faisait donc face à saint Matthieu ; saint 
Marc, perdu, à saint Luc. Enfin, saint Démétrius 
et saint Georges, accostaient un dernier médail- 
lon qui manque à l'appel ; une seconde Vierge 
peut-être i^y. La reliure de Sienne mesure o'",365 
en hauteur et o'",29 en largeur ; ici, tenu compte 
des espaces intermédiaires, nous trouverions en- 
viron 0^,50 sur o"',38 : dimensions considérables, 
mais non inadmissibles (3). 

M. Schulz veut mettre à l'actif du X<= siècle les 
dernières pièces qui viennent d'être sommaire- 
ment décrites ; je risquerai encore un avis quelque 
peu contraire au sien, mais cette fois j'ai à mon 
service une argumentation plus serrée. La maes- 
tria des tètes et la richesse de la gamme semblent 
avoir beaucoup trop préoccupé l'érudit allemand ; 
or, ce n'était pas là qu'il fallait chercher une date. 
Jusqu'à la catastrophe de 1204, Constantinople 
posséda des praticiens habiles, inaptes à créer, 
capables néanmoinsde copier avec une scrupuleuse 
exactitude les beaux types hiératiques, conçus 

1. Encore une infraction <i la règle posée par le Guide 
de la peinture qui met la \'ierge à gauche. Dans mon ré- 
cent travail sur le triptyque de la collection Harbaville, 
j'ai signalé plusieurs de ces infractions à diverses époques; 
la reliure de Sienne a été omise dans le nombre. Elle aussi 
place la Mère de Dieu à la droite du Sauveur. 

2. Les divers monuments, hicrothcques et reliures, que 
j'ai étudiés pour former mon opinion, ne concordent guère 
quant au rang assigné à chaque personnage ; les émailleurs 
grecs usent sur ce point d'une liberté voisine de la fantaisie. 
A Sienne, en outre, le médaillon du Christ revient deu.'c 
fois; de même pour la \'ierge, figurée en pied et en buste. 

3. Certaines miniatures du manuscrit grec de la Biblio- 
thèque nationale de Paris, n"^' 79, fonds Coislin, atteignent 
o"'35 suro"'28; en y ajoutant les marges d'au moins o"'o6, 
on a o"'47 de haut et o"'4ode large, chiffres très voisins de 
mon hypothèse. 



par les anciens maîtres ; la gamme est une affaire 
purement industrielle, et l'industrie suit toujours 
un mouvement progressif, tant qu'elle a sa raison 
d'exister. Les guerres, les crises sociales, une 
nouvelle direction des idées, peuvent seules arrêter 
l'essor du perfectionnement matériel. Comme au- 
torités, j'interrogerai à mon tour la méthode de 
dessin appliquée au rendu des draperies, les attri- 
buts distinctifs, le décor des étoffes, la paléogra- 
phie : nous allons voir quelle sera leur réponse. 

Un monument à date certaine donne la note 
exacte de l'émaillerie byzantine au X« siècle : 
la merveilleuse hiérothèquc de Limbourg-sur-la- 
Lahn, fabriquée sous le règne de Constantin X 
Porphyrogénète (913-959) (';. Des cloisons sobre- 
ment distribuées y esquissent le drapé des tuni- 
ques et àts pallia ; ces minces filaments tracent 
des plis onduleux rehaussés d'ombres, qui visent 
au.x effets de la peinture. Au rebours, nos disques 
n'offrent que des teintes plates ; les cloisons éga- 
lement très déliées, sont raides, pressées, d'un 
parallélisme monotone ; rien de naturel, une sy- 
métrie de convention, dont l'ancien uniforme 
chevronné des tambours ressuscita le fastidieux 
bariolage. 

Les défauts inhérents à la série Svenigorods- 
koi, je les rencontre, absolument pareils, sur 
d'autres pièces éinaillées de travail bjv.antin, 
échelonnées au courant du XI*= siècle : la reliure 
de Sienne ('), une reliure de la bibliothèque 
de Saint-Marc, à Venise, un icone-reliquaire à 
Notre-Dame de Maestricht {'). La férule de saint 
Pierre, invoquée en faveur d'une époque anté- 
rieure à la consommation irrévocable du schisme 
oriental, n'a rien de décisif et ne me semble pas 
être un signe avéré de catholicisme. La rupture 
avec le Saint Siège ne fut, il est vrai, officielle- 

1. Voy. E. aus'm Weerth, Das Siegeskreuz, chromol. 

2. Le manuscrit de Sienne remonte au X" siècle, mais 
la reliure est évidemment postérieure : on attend au moins 
pour habiller un livre que l'encre n'en soit plus humide. 
D'ailleurs la sécheresse et la technique des personnages, 
le détail compliqué des accessoires, n'ont aucun rapport 
avec les allures magistrales del'hiérothètiucde Limbourg. 

3. Labarte, Hist. des arts industr., Album, pi. Cil. 
Bock, Dif mittelalterlichen Kunst-und Reliquienschcetze 
zu Maestricht, p. 150, fig. 59. Bock et 'Willemsen, Antiq 
sacrées de Maestricht, p. 230, fig. 60. Ch. de Linas, L art et 
V industrie d'' autre/ois dans les régions de la Meuse belge, 
pi. VIII. J. Wcale, Notice sur la châsse de Saint-Sen'ais, 
photographie. 



Bouticlles et a^clançjcs 



207 



ment proclamée qu'en 1053, lorsque le patriarche 
Michel Cérulaire, excommunié par le cardinal 
Humbert, légat de Léon IX, eut à son tour rayé 
le nom du Pape des diptyques sacrés ; mais c'était 
l'explosion définitive d'un feu qui couvait depuis 
longtemps sous la cendre. Les orages suscités 
par les iconoclastes et ensuite par Photius, n'eu- 
rent que des accalmies momentanées. Chaque 
fois qu'un prélat ambitieux ou servile occupa le 
siège de Constantinople, les accès d'indépendance 
se renouvelèrent ; quand le schisme n'était pas 
déclaré en fait, il persistait toujours en germe, 
malgré les efforts de Rome, le zèle des patriarches 
orthodo.xes et le bon vouloir de quelques empe- 
reurs à politique clairvoyante. Du reste, séparés 
ou non de l'Église Latine, les Grecs ne nièrent 
jamais la suprématie personnelle du chef des 
Apôtres; ils ont interprété à leur manière lete.xte 
évangélique, ils n'ont pas osé l'altérer. 

Le saint Pierre émaillé de Sienne tient, comme 
celui de M. Svenigorodskoi, une férule jointe au 
vohimen traditionnel; la reliure de Venise et \ As- 
cension, ivoire byzantin de la collection Carrand, 
à Pise, montrent aussi la férule, mais suppriment 
le volmnen ('). Or, sur les deux derniers monu- 
ments, saint André ayant le même attribut que 
saint Pierre, on doit supposer là une allusion 
directe à leur genre de mart}'re. Au pis aller, 
les Grecs ne pouvant contester le titre d'évêque 
de Rome à saint Pierre, ne l'auraient-ils pas 
caractérisé par un insigne jadis propre aux Sou- 
verains Pontifes, sans néanmoins reconnaître à 
ceux-ci le droit de juridiction universelle .^ A 
Sienne, le Rédempteur sort du tombeau, armé 
de la croix à double traverse, dite patriarcale, 
tandis que saint Pierre n'en porte qu'une simple; 
la nuance observée entre les attributs du Maître 
et du disciple eut ici sa raison d'être. Tout bien 
pesé, les représentations de férules sont rares 
dans l'iconographie byzantine, et elle n'en fournit, 
à ma connaissance, aucun exemple qui remonte 
authentiquement au X' siècle. 

La tonsure de saint Luc me paraît offrir un 
cas exceptionnel, et d'antiquité relativement mé- 
diocre. L'hiérothèque de Limbourg, les minia- 

I. Labarte, ouv. cité, pi. ix. Cet auteur attribue au 
X"-' siècle une œuvre dont l'expression vuljjaire des tètes, 
la grosseur des pieds, un dessin lourd, accusent tout au 
plus le .\h. 



tures d'un manuscrit de notre Bibliothèque na- 
tionale (même époque) et du Mcnologc de Basile 
II (976-1025) coiffent le troisième Évangéliste 
d'une chevelure intacte (■). Une seconde reliure 
de Saint-Marc, oîi l'effilement et la monochromie 
du personnage principal, les ombres criardes des 
figures latérales, accusent tout au plus la fin du 
XL'siècle.me donne seule un pendant au médail- 
lon de M. Svenigorodskoi. A Venise, le Christ 
en pied qui occupe le centre du décor et les bus- 
tes de l'encadrement sortent de mains différentes ; 
outre leur gamme heurtée, certains de ces bustes 
ont des physionomies étranges, saint Thomas et 
saint Philippe tiennent du Bouddha ; avec son 
crâne rasé, ses yeux hagards, sa face triangulaire, 
sa barbiche pointue, saint Luc est un véritable 
Mongol (^). Néanmoins un court examen suffit 
pour établir que le dernier offre une reproduction 
maladroite du type Svenigorodskoi, exécutée par 
un industriel,' habile praticien sans doute, mais 
très pauvre dessinateur. Le modèle précéda-t-il 
de beaucoup la copie .' De cinquante ou soixante 
ans, pas davantage, puisque, création spéciale 
d'un artiste distingué, on ne le rencontre, ni au 
X<= siècle, ni même au début du XL". 

La chlamyde de saint Démétrius est en staii- 
racis, étoffe mentionnée dès 687 par le Liber 
pontificalis, puis dans une lettre de Paul I (757- 
"jô"/) à Pepin-le-Bref, et encore au temps de saint 
Adrien I (772) (^). Les Bollandistes et d'autres 
savants font dériver staunicis de n-y.-j'Ai (croix) ; 
Du Cange s'en réfère à un grammairien lombard 
qui écrivait au milieu du XI'^ siècle, Papias : 
STOR.W lacryiiia est ; .STAUR.^CIOX gemis pallio- 
rnni depictoritm ex stauracc. La variante d'ortho- 
graphe, O et .\U, mérite considération. Storax, 
chez Papias, est évidemment la modification 
latine de cri'pa;, boutercllc de lance, nom appliqué 
aussi à l'arbre producteur du storax blanc. ^goxxwwc 
balsamique et résineuse livrée au commerce sous 
forme de larmes. Des oiseaux (pavanes) histo- 
riaient à coup sûr le tissu de Paul I, mais les 
cortinœ (rideau.x) de saint Adrien pouvaient 
offrir un décor géométrique : De palliis stanracin 

1. Labarte, ouv. cité, pi. LXXXiv (n" 70 G.) Menolo- 
giuin Grcecorum, t. I, p. 125. 

2. Labarte, ouv. cite, pi. cil. 

3. Sergius /, n" 162 ; S. Hailrtuniis, n" 320. tiretser, 
Opéra omnia, t. \1, p. 708, Epist. XV; Ratisbonnc, 1735. 



208 



ïRctiue De l'art chrétien. 



sai quadrapolis ('). Les chroniqueurs occidentaux 
du XI*^ siècle nous apprennent que l'on faisait 
des vêtements liturgiques en stauracis (■) ; l'ico- 
nograpliie b\-7antine médiévale habille ses évè- 
ques d'un 'jri.yyM-j ou r;y./:<Oi (dalmatique) en 
étoffe échiquetée, dont les carreaux sont établis 
par des baguettes se coupant à angles droits, 
de telle sorte que cet opiis tessellatiiin figure à 
peu près un semis de croisettes équilatères (3). 
Le Mcnologe (t. IH, p. 34) rapporte que saint 
Jonas fut précipité dans l'eau, attaché h crJoa/.ÎM, 
terme impliquant une pierre aiguë, une stèle. 
L'association des croix et des otelles (lacryiiue) 
sur la clilam\-de de saint Démétrius donnerait à 
la fois gain de cause aux partisans des étymolo- 
gies a-y.-j'Jjz et stora.v, à supposer que Papias eût 
réellement identifié les deux radicaux, chose, à 
mon avis.douteuse. Le décor byzantin du X«' siècle 
employa l'otelle et la croisette d'une manière 
indépendante, il ne les réunit jamais (■*) : leur 
alliance est plus tardive, on en sera bientôt con- 
\-aincu. 

1. Boulanger, cité par Du Cange, estime que (2uadra- 
pola et octaf.ulum {Lib. pont. Cregorius IV, n"*462 et 465) 
signifient des étoffes à caissons, soit carrés, soit octogones; 
L. de la Cerda et Henschenius acceptent une opinion qui 
déplaît à l'auteur du Glossariuin. Je risquerai à ce sujet 
ma petite observation sous bénéfice d'in\-entaire. Le Liber 
pontijicalis, n" 463, s'exprime amsi : \'estein de fundato 
imam, habentem in medio histotiam depietam eu m ehryso- 
clavo. On lit, au n" 465 : Vestem de fundato cum leonibus 
etperyclisin de octapulo. J'interprète le premier passage 
par « bandes d'or appliquées sur étoffe unie brodée » ; le 
second me montre le même genre de tissu plain, avec lions 
brodés et encadrement d'étoffe à caissons octogones. 

2. Pallia stauracia, Chron. Fontiuietleuse, c. 16. Casu- 
las de storace, Hariulfe, Chron. Centutense, 1. 11, c. 10. 

3. Voy. Acta sanct. ; Constant, christ.; etc., etc. Des 
vêtements sacerdotaux en étoffe pareille figurent sur les 
mosaïques de Saint-Marc, à Venise, et sur une miniature 
du .XIV' siècle, reproduite par M. Bayet, L'art byzantin, 
p. 231, fig. 78. Deux fragments de tissus, semés de croix, 
trouvés dans le sarcophage où le corps de saint Paulin 
fut déposé en 1072, datent évidemment de cette époque. 
Voy. Fried. Schneider, Die Krypta von 5' Paulin zit 
Trier, ap. Jalirb. dcr Vereins v. .{ttcrthuins-Fr. in 
Rheinl. t. LXXVIII, pi. vu. 

4. Voy. Dus Siegeskreuz, pi. 1 et 11. Le R. P. A. Martin, 
Mél. d'archi'ol., t. III, pi. xvili, C, reproduit une étoffe 
du British Muséum, fond blanc, croisettes rouge, bleu et 
vert; un motif évidé en croix prolonge chacune de leurs 
branches et limite le carré au milieu duc|uel s'isolent les 
ornements polychromes. Autant que je puis en juger, ce 
tissu serait une imitation byzantine de fabrique lucquoise. 



Des cœurs, que leur base bilobée distingue es- 
sentiellement de l'otelle, sillonnent, en lignes ver- 
ticales, la chlamyde de saint Georges ; les espaces 
intermédiaires sont ponctués de perles. Le cœur 
est entré dans l'ornementation musulmane ('), 
sans néanmoins y avoir pris naissance; parallèle- 
ment aux tissus b}/:antins qu'il diapré, on ren- 
contre d'autres étoffes, leurs contemporaines et de 
même fabrication, où ce motif, accru d'un pétiole, 
reproduit exactement le pique de nos cartes à 
jouer. L'intention du dessinateur devient alors 
évidente ; il ne songea, ni à un viscère ni à une 
pointe de lance, la feuille de lierre, avec ou sans 
queue, fut son véritable objectif Le lierre, plante 
bachique signalant tous les objets consacrés au 
dieu du vin, était l'un des principaux s_\-mboles 
d'un culte, aussi cher à l'ancienne Grèce qu'anti- 
pathique aux sectateurs de l'Islam. Pour réhabi- 
liter un pareil emblème chez les chrétiens orien- 
taux, il fallait que le souvenir de son caractère 
primitif eût été depuis longtemps effacé, et qu'au- 
cun vestige n'en souillât plus l'esprit public. La 
tradition religieuse est lente à disparaître : na- 
guère Bretons et Allemands s'obstinaient à jeter 
des pièces de monnaie dans les fontaines jadis 
honorées par leurs ancêtres idolâtres ; les vierges 
roumaines chantent toujours des hymnes à la 
Bonne Déesse. En effet, on attend jusqu'au mi- 
lieu du XI<= siècle pour voir le costume b_\-zantin 
arborer franchement les cœurs et les piques, 
autrement dits les feuilles de lierre (=). Ces motifs 

1. Mél. d'archéol., t. III, pi. XV, B, anc. collection 
Lescalopier. Entre les cœurs surgit une accolade de deux 
caractères alphabétiques, réunis au pied d'un é\ entail tri- 
lobé à tournure égyptienne. Ces caractères contournés 
par le renversement du carton, offrent une remarquable 
analogie avec le y hébreu ; on pourrait y reconnaître, sous 
une forme altérée, soit le // et le 'a du koufy, soit mieu.'i 
encore le r'ayn nescry, vu le point diacritique qui les sur- 
monte. Le dessin est courant; les maigres accessoires, 
lignes droites ou brisées, fleurs de lis, étoiles, palmettes, 
quatrefeuilles, éventails, anciennes lettres arabes mal ren- 
dues, associés au motif principal, m'engagent à voir dans 
le tissu en question un produit des fabriques d'.Mexandrie, 
et à ne pas le faire remonter plus haut que la fin du 
XII' siècle. 

2. Je ne m'arrête pas aux étoffes contorniates, dont les 
cartons au moins datent du IV' siècle ; elles retracent les 
jeux iiaïens du cirque, et les guirlandes de lierre qui en- 
cadrent leurs énormes rotœ sont parfaitement motivées. 
(Voy. Met. d'ttrchéol., t. IV et Les orig. de torftvr. dois., 
t. II.) Sur une miniature byzantine du X' siècle (Bibl.Nat. 



jBouticUcs et 99clangcs. 



209 



ornent les vêtements impériaux émaillés sur la 
couronne de Constantin Monomaque (1042-1055), 
ainsi qu'un merveilleux tissu exhumé du cercueil 
de l'évéque Gunther (►f< vers 1064), à Bamberg ('). 
Sous Nicéphore Botaniate (i 078-1 081), une mode 
adoptée par le souverain gagne son entourage, 
et elle persistera encore durant un certain nom- 
bre d'années ('). 

L'épigraphie de nos médaillons offre certaines 
formes recherchées que les alphabets de l'hiéro- 
thèquede Limbourg ne présentent pas. Signalons 
des ligatures ; le nœud central des S et des I ; 

de Paris, n' 64 G.; Les arts soin pt., pi. XLIV), la chlamyde 
de Salomon est semée de pointes de flèches à ailerons, 
n'ayant rien de commun avec nos feuilles que leur dispo- 
sition. Le Mcnologe, où abondent les rotcc et les qiiadra- 
pola de tout genre, offre, je l'avoue, un exemple d'étoffe à 
cœurs pareille au manteau de saint Georges (t. II, p. 139). 
Outre que l'exemple est isolé, on le rencontre, non sur le 
costume d'un personnage marquant, mais sur les anaxy- 
rides d'un bourreau asiatique. Au temps de Basile II, la 
mode des tissus à cœurs débutait sans doute ; les hautes 
classes ne l'adoptôrent que plus tard. D'ailleurs le long 
règne de Basile se partage entre le X'-" siècle et le XF, et 
le style des illustrations du Mciiologe accuse nettement la 
seconde période. 

1. Les plaques émaillées de la couronne et quelques 
débris de sa monture sont conservés au Musée national 
de Budapest. Ces objets ont été publiés : en Hongrie, par 
Erdy et Mgr Arnold Ipolyi ; en Autriche, par le D'' F. Bock; 
en France, par moi, dans deux opuscules connus d'un fort 
petit nombre de spécialistes. Pour l'étoffe de (iunther, 
voy. Ml'I. d'archéoL, t. II, pi. XXXII et xxxill; elle com- 
porte l'effigie équestre d'un empereur dont la robe com- 
porte des trèfles en perles blanches alternant avec des 
piques colorés : le champ du tableau est diapré de feuilles 
analogues aux derniers. Bien que les dessins du R. P. A. 
Martin inspirent toujours une méfiance, hélas! légitime, 
on ne saurait l'accuser d'avoir inventé un thème décoratif 
très simple et depuis longtemps vulgarisé. 

2. Willemin, Monum. français incd., pi. ,XL, a reproduit 
en couleurs une figure tirée du ms. de notre Bibliothèque 
nationale, fonds Coislin, n" 79. Elle offre le portrait assis 
de Nicéphore Botaniate : la robe de l'empereur est cons- 
tellée de cœurs ; sa chlamyde, de piques. Sur une autre 
page du même manuscrit, Nicéphore trône au milieu des 
dignitaires de la cour ; des piques et des cœurs ornent les 
manteaux de quatre des cinq personnages représentés. 
L'ne troisième peinture du ("0(fer précité attribue à saint 
Michel une chlamyde semée de fleurons et de violettes, qui 
confirment l'intention végétale des motifs cardimorphes. 
L'hiérothèque émaillce de la cathédrale de (iran (Hongrie) 
montre Constantin et sainte Hélène, vêtus de robes en 
étoffe identique à celle de notre saint Georges. {\'oy.Ja/ir- 
huch der K. K. Central-commission, t. Il I ; Der Schats der 
Metropolitanldrche su Cran, pi. 11.) Le style du monu- 
ment accuse le déclin du XI" siècle, sinon tout à fait le 

xif--. 



le X semblable à un x italique minuscule ; le C, 
à qui le rapprochement de ses lèvres boutonnées 
donne l'aspect d'un torques barbare ; le M enfin, 
dont la traverse, naissant au tiers supérieur des 
jambages, détermine un V. Ce M caractéristique 
apparaît sur la reliure de Sienne et sur les lé- 
gendes des miniatures peintes dans un volume 
destiné à Nicéphore Botaniate (voy. la note précé- 
dente); je ne le crois pas antérieur au XI'^^ siècle. 
Tenons compte aussi des noms estropiés : Ilâ/oç 
pour llau/.o; (') ; Mavîii; pour My-'jkioz. Les 
émaiUeurs du Porphyrogénète respectaient mieux 
l'orthographe onomatologique, et si un cas de 
force majeure les contraignit parfois à supprimer 
ou changer une lettre, la faute, aisément répa- 
rable, n'altère jamais la vraie prononciation du 
mot. 

Ainsi donc, chez les dix plaques de AI. Sveni- 
gorodskoi, technique et accessoires concluent à 
l'attribution au XI» siècle, même à sa seconde 
moitié. On m'objectera toujours, je le sais, la per- 
fection magistrale des têtes, notamment du Christ 
et du saint Luc ; mais si, aux temps de Mono- 
maque et de Botaniate, l'art byzantin périclitait, 
il n'en était pas arrivé à la décadence du XIV>^ 
siècle. Pourtant, à cette dernière époque, les 
Grecs savaient encore peindre un portrait d'après 
nature et emprunter leurs types religieux aux 
anciens maîtres. Comment donc, je l'ai déjà dit, 
ne pas accorder le même talent d'exécution, et 
à un degré infiniment supérieur aux artistes du 
XL siècle, disciples presque immédiats, quoique 
assurément dégénérés, de la grande école macé- 
donienne ? 

A la suite des disques, arrive un écusson de 
forme assez rarement employée par les Byzan- 
tins ; il comporte un sujet dont le dessin et la 
mise en scène fournissent une ample matière à 
discussion. L'objet présente un carré accru au 
milieu de chaque face, d'un demi-cercle naissant 
à distance égale des angles, de manière à figurer 
une sorte de rosace à huit lobes, quatre aigus et 
quatre arrondis ; diamètre total, o">o8. Le thème 
reproduit est une Crucifixion émaillce sur champ 
d'or, un ample titiitits coupe l'arbre au sommet, 
prolongé outre mesure, et donne à l'ensemble 
l'aspect d'une croix à double traverse ou plutôt 
de deux croix superposées. Des anges à mi-corps 

I. On trouve Ilic/s; sur la reliure de Sienne. 



2IO 



iRcuuc De rart cfjrctien. 



occupent l'espace compris entre les longues bran- 
ches et les courtes. Le Christ, déjà mort, penche 
la tête sur sa poitrine ; ses bras et son torse 
émacié s'infléchissent légèrement. 'Le periaoïiiinn, 
qui descend jusqu'aux rotules, est très collant ; 
l'étoffe accuse un palliiiDi virga'.uin blanc et vert, 
les raies vertes chargées de pois. Les jambes ne 
sont pas détachées ; les pieds reposent sur un 
large snppcdaneiim: ils suivent une direction per- 
pendiculaire, et le gauche recouvre en partie le 
droit. L'extrémité inférieure de l'arbre pénètre 
dans un monticule indécis oi:i l'on peut soupçon- 
ner le crâne d'Adam. Du flanc droit du Sauveur 
jaillit un filet de sang, qu'une femme (l'Église) 
recueille dans un calice nimbé ; derrière l'Église, 
la Sainte Vierge, les mains étendues. A gauche, 
on reconnaît saint Jean : imberbe, attitude dou- 
loureuse, la joue appuyée sur la main droite ; de 
l'autre il tient le livre traditionnel. Une seconde 
femme (la Synagogue) tourne le dos au disciple 
Bien-aimé. Au-dessus des personnages acces- 
soires les légendes ordinaires : lAg VIOC C^ 
_ lA^ H MP C OV. Dans les lobes latéraux, un 
maigre bouquet de tiges feuillues ; des inscrip- 
tions contournent les arcs des premiers. Tracées 
en caractères étrangers, ces inscriptions resteront 
peut-être indéchiffrables, attendu que leur courbe 
excipiente ayant été mutilée, le commencement 
et la fin ont seuls persisté intacts : nous aurons 
tout à l'heure une bonne occasion d'y revenir. 

Un trou brutalement percé dans chaque bou- 
quet, la mutilation régulière des lobes, prouvent 
que notre écusson, d'abord serti sur un panneau, 
reçut ensuite une autre destination qui força de 
recourir aux clous et de modifier les contours. 
Hiérothèque, reliure, croix, on choisira parmi 
elles les objets que décora successivement un 
aussi curieux morceau ; sans m'arrcter à une 
question secondaire, je vais essayer de détermi- 
ner à quelle date et sous quelles influences il vit 
le jour. 

Abstraction faite de la croix et des légendes, 
le monument est imprégné d'une saveur occiden- 
tale — j'irai plus loin, germanique — qui n'a 
point échappé à la .sagacité de M. Schulz : mais, 
d'un tel caractère, vouloir conclure a priori que 
l'émail fut exécuté entre 850 et 1000, c'est-à-dire 
au temps où l'art byzantin, en pleine floraison, 



jouissait d'une certaine indépendance, me semble 
quelque peu hardi. 

La rosace, au.x pétales alternativement ronds 
et anguleux, est un des motifs géométriques usi- 
tés dans l'architecture ogivale ; les orfèvres mo- 
sans du XIII'' siècle ont appliqué cette forme à 
leurs phylactères : chez les Byzantins, je la ren- 
contre, au XL" siècle, sur la reliure de Sienne ; au 
XIL', sur la Pala d'oro, à Venise, et sur deux 
médailles de piété en plomb ('). Eu égard au 
nombre des exemples latins, les spécimens grecs 
n'offriraient-ils pas un cas exceptionnel et d'ori- 
gine étrangère? Notre Christ, avec ses jambes 
superposées et son perisoniuîu étriqué, me montre 
tout juste un pastiche — réussi, soit — du ma- 
gnifique crucifix en émail, jadis propriété de 
M. Sévastianov. Sur ce dernier morceau, marqué à 
l'estampille du Porphyrogénète, le torse est moins 
effilé ; l'inflexion du corps et des bras, plus accen- 
tuée ; les pieds s'étalent en éventail ; le perizo- 
nium flotte au lieu d'adhérer (=). Entre les deux 
figures, je n'aperçois rien de réellement commun 
que le style des têtes et le filet de sang jaillissant 
du côté. Un développement relatif du thorax, 
l'ampleur du periconiuiii laissant les genoux dé- 
couverts, la disjonction absolue des pieds, signa- 
lent en bloc les anciens modèles de crucifix grecs 
ou latins. Néanmoins, les écoles plastiques de la 
Meuse et du Rhin enfreignirent imc règle géné- 
ralement observée. Un ivoire du IX>-' siècle, à 
Tongres, nous montre le perijoniiiin adhérent ; 
un encolpium du XIL', à Aix-la-Chapelle, dispose 
en équerre, les extrémités inférieures du Christ, 
le talon droit caché sous le gauche (3). Toutes 
les figures en question affectent une excessive 
rigidité ; elles s'éloignent notablement du type 
Svenigorodskoi, mais on en connaît d'autres qui 
s'en rapprochent peut-être davantage, et ont avec 
lui des affinités, sinon directes, du moins appré- 
ciables. Il s'agit de deux Christs, sculptés au 

1. Communication de M. G. Schlumberger. 

2. Le crucifi.x Sévastianov a été décrit par Labarte, 
llist. des Arts ind.^ t. III, p. 424. Le U'' F. Bock reproduit 
cet objet, Geschichte der litnrg. Ccwàndcr, t. II, pi. XVIll, 
sans renvoi à un texte e.xplicatif; mais M. Sévastianov 
m'avait autrefois montré son trésor et j'en ai gardé un 
trop lidèle souvenir pour le méconnaître. 

3. Voy. MJlanges d'archéol.,X. II, pi. VI; Westwood, 
Fidilc ivûrics, p. 481; etc., etc.; Bock, P/a/-hipe/li', 
part. I.p. 144, fis- l-IX- 



BouMellzs ct9@cïangc0. 



211 



XII<" siècle dans des provinces françaises assez 
distantes l'une de l'autre, le Maine et la Bour- 
gogne ; le visage de chacun reflète sa nationalité 
propre. Maigre sans exagération, le Christ man- 
ceau, en bronze fondu et doré, a les yeux clos, 
le corps presque droit, les bras à peine arqués, 
les jambes infléchies, les pieds en équerre ; les 
plis du pcrizonium sont raides et serrés ; les lisiè- 
res de l'étoffe comportent une série de rectangles 
burinés. En bois polychrome, le Christ bourgui- 
gnon vient de rendre l'âme, comme un vers su- 
blime du poète Sannazar l'exprimera plus tard : 
Stipretnamqiie auram ponens capiit expiravit. 

Bras rigides, corps affaissé, jambes séparées, 
émaciation complète du corps et des membres. 
'L.Q perizoniitin, qui dépasse les genoux, est col- 
lant et en tissu vert semé de pois ("). Au demeu- 
rant, les analogies se réduiraient à la disposition 
des membres supérieurs ; au mouvement du torse 
émacié ; au perizoniuin long, adhérent et historié: 
mais, ces circonstances éparpillées, l'émail Sveni- 
gorodskoi les rassemble à peu près toutes. J'ap- 
puie sur \e periaonimn ornementé, car si le setni- 
ciiictiiiin d'un Christ irlandais du IX*^ siècle est 
constellé de pois rouges {^), la forme de ce vête- 
ment n'a aucun rapport avec les spécimens du 
XII'', encore moins avec notre objectif Vu les 
difficultés de ma thèse, aucun argument ne doit 
rester dans l'ombre, aussi l'on excusera la puéri- 
lité des détails que je suis contraint de mettre 
en relief 

Les figures symboliques de l'Église et de la 
Synagogue ne sont pas d'origine orientale ; le 
Guide de la peinture n'en fait aucune mention. 
D'ailleurs les artistes byzantins, assez libres par- 
fois dans l'interprétation des textes bibliques, 
suivent toujours la lettre du Nouveau Testament 

r. Le Christ manceau est inédit, il appartient à la collec- 
tion de M. L. de Farcy, qui, suivant ses habitudes, me l'a 
géndreusement communiqué : M. L. Courajod est le pro- 
priétaire du Christ bourguignon. Ce dernier, un peu plus 
ancien, a été publié dans la Gazette archéol. t. IX, pi. xiv, 
accompagné d'une notice telle que M. Courajod sait en 
faire. 

2. Les arts soiiipt., pi. XlV; Bibl. nat.de Paris, n" 257, 
anc. fonds lat. Les encadrements sont analogues à ceu.x de 
VEvaiigc'liaire de Maeseyck, attribué aux deu.\ sœurs 
Harlinde et Relinde (VII1'= siècle) ; l'exécution des figures 
est très remarquable. Si le manuscrit conservé en France 
ne sort pas directement de l'Irlande, il pourrait revendiquer 
une origine mosane. 



et leur iconographie n'admet que des esprits cé- 
lestes ou infernaux, à côté des personnages réels 
de l'Evangile. Les plus sublimes conceptions du 
mysticisme grec, telles que l'institution de l'Eu- 
charistie et la divine liturgie, ne vont pas au delà 
du Christ, des Apôtres et des Anges. Dieu le Père, 
la Main bénissante, la Sainte Trinité, sont aussi 
représentés à l'occasion; mais, sauf la main, je 
vois là des abstractions théologiques personnifiées, 
nullement des allégories ('). 

Il semble aujourd'hui reçu en principe que les 
artistes occidentaux, depuis Charlemagne, jusqu'à 
1 100, travaillèrent sous une influence byzantine 
prépondérante : le fait, vrai dans une certaine 
mesure, est bien loin d'être absolu. Qu'au IX<= 
siècle, les écoles de la Meuse et du Rhin se soient 
inspirées de modèles grecs, importations commer- 
ciales ou souvenirs de voyage ; qu'au X«, la cour 
de Théophanie ait, par des leçons directes, modi- 
fié le goût allemand, on n'en saurait douter. Mais, 
en descendant au fond des choses, on verra que 
le contingent hellénique fourni aux Germains fut 
presque toujours matériel ; il resta étranger au 
développement des idées. Du cadavre en disso- 
lution de l'art antique, était issu, au VI"-" siècle, 
un art grandiose, théâtral, plus décoratif que 
pittoresque. Cet art nouveau, les doctrines icono- 
clastes ne le perfectionnèrent pas, bien au con- 
traire, et quand l'intelligente dynastie macédo- 
nienne l'eut galvanisé, en le dotant, sinon du 
souffle créateur, au moins d'une exécution incom- 
parable, il garda peu de temps un éclat passager. 
Dès le XI'= siècle les Byzantins entraient dans 
une ornière alors cachée sous des fleurs ; cent ans 
écoulés, les fleurs avaient graduellement disparu, 
l'ornière creusée à fond ne laissait aucun espoir 
d'en sortir. Jeunes, hardies, pleines d'une sève 
généreuse, tarie chez les immobiles praticiens du 
Bosphore, les races germaniques apprirent de 
ceux-ci les éléments du métier, composition, des- 

I. J'excepte, bien entendu,les Paraboles et l'Apocalypse 
où tout est symbolique : néanmoins, là même les Byzantins 
s'attachent à la lettre autant qu'à l'esprit. 11 faut arriver 
aux Altéi^ories et moralités du Guide de la peinture pour 
rencontrer dans ce livre un véritable travail d'imagination. 
Les Grecs ont mis une telle sollicitude à isoler la personne 
du Christ de toute formule idolàtrique, que j'en suis à me 
demander sérieusement si les humanisations païennes des 
astres et des éléments, associées aux anciens crucifix occi- 
dentaux, ne seraient pas empruntées à l'Italie. 



XKVUE DE l'art CHRETIEN. 
1885. — 2""^ LIVRAISON. 



212 



IRcuue De l'3rt cfjrcticn. 



sin, procédés ; mais, aux enseignements venus 
de l'Est elles ne se firent pas faute d'adjoindre 
le résultat de leurs propres inspirations. 

Un écrivain de grand mérite, M. Paul AUard, 
définit ainsi le symbolisme : « Représentation 
d'une idée au moyen d'une image interposée entre 
elle et l'esprit. Le symbole est autre chose que la 
comparaison. Celle-ci a poui; but d'exprimer une 
idée en plaçant près d'elle un objet qui, par ses 
similitudes, ou même par ses différences, aide à la 
comprendre. Dans le symbole, au contraire.l'image 
ne se sépare pas de l'idée et fait corps a\ec elle (').» 
Dialecticiens subtils, grands éplucheurs de mots, 
les Byzantins, en paroles et en écrits, savaient à 
merveille embrouiller une question théologique ; 
ils n'avaient pas assez de profondeur dans l'esprit 
pour peindre une idée collective au moyen d'ima- 
ges dessinées. Héritière des traditions du paga- 
nisme, Byzance personnifia d'abord les sciences, 
les phénomènes naturels, les éléments, les vertus 
morales et les vices ; elle fit un berger virgilien 
du roi David : plus tard, elle transporta au ciel 
les mystères liturgiques. Est-ce là du véritable 
symbolisme ("') .'Je concède encore aux Byzantins 
d'avoir exprimé la Rédemption au moyen de la 
croix ou du flambeau entre les deux arbres édé- 
niques ; mais verra-t-on là autre chose qu'une 
traduction littérale des textes sacrés par l'ébau- 
choir ou le pinceau? En comparant les hiéro- 
thèqucs de Limbourg-sur-la Lahn et de Cortone, 
où tout est immobile, pensée et personnages, aux 

1. Rdvue de V Art chrétien, nouv. série, t. 1 1 1, p. I . 

2. Sur la miniature du Méiiologe (t. II, p. 59) qui repré- 
sente la Fuite en Egypte, une femme couroniie'e de tours 
accueille les divins e.xilés à l'entrée d'une ville qu'elle 
personnifie. L'intention symbolique est ici très claire, 
mais, outre une forme païenne empruntée aux usages 
gréco-romains, on constatera l'absence de tous rapports, 
directs ou indirects, avec nos doctrines révélées. Le Guide 
de la peinture (p. 160) semble n'indiquer, dans son pro- 
gramme de la Fuite en Egypte, que des murailles et non 
une image allégorique : « Montagnes. La Sainte Vierge, 
assise sur un àne avec l'Enfant, regarde derrière elle 
Joseph portant un bâton et son manteau sur l'épaule. Un 
jeune homme conduit un âne chargé d'une corbeille de 
joncs ; il regarde la Vierge qui est derrière lui. Au devant, 
une ville et les idoles tombant par-dessus les murs.» E.\- 
cepté la châsse éinaillée, dite de Saint-Marc, à Huy, où 
figure une Ville personnifiée, le programme du Guide a été, 
sauf quelques variantes, suivi en Occident ; il y aurait h 
rechercher qui, des Grecs ou des Latins, décida la sup- 
pression de l'allégorie .' 



reliquaires de la Vraie-Croix que possèdent Liège 
et le Kensington-Museum, on saisira facilement 
la séparation tranchée du poncif grec et du mys- 
ticisine latin ; l'iminense supériorité intellectuelle 
du second. 

Quoi qu'il en soit, un genre de symbolisme, que 
j'appellerai synecdochc pittoresque, et qui consiste 
à résumer l'idée d'une grande association spiri- 
tuelle dans une seule figure humaine pourvue 
d'attributs ad hoc, me semble avoir échappé à 
Byzance. Donner une forme palpable aux deux 
doctrines révélées, pour les opposer l'une à l'autre 
devant l'acte suprême de la Rédemption, offre 
une telle hatitcur de pensée que l'on doit }■ recon- 
naître l'enfanternent d'un cerveau créateur et par 
conséquent occidental. En effet, le mutisme du 
Guide de la peinture, le manque absolu — du 
inoins que je sache — de moiiuinents byzantins 
authentiques, mis en regard de la fréquence et de 
la variété des images de l'Église et de la Syna- 
gogue sur les œuvres austrasiennes et germani- 
ques, favorisent éloquemment une assertion con- 
traire aux opinions reçues. Je décrirai sommaire- 
iTient, dans un ordre à peu près chronologique, 
ces images, la plupart en ivoire sculpté, et toutes 
annexées à une Crucifi.Kion. 

IX= siècle. Tongres. L'Église regarde le Christ; 
elle a pour attributs une lance à triple flainme et 
une tige feuillue. La Synagogue, tenant une 
palme, s'éloigne de la croi.x en retournant la tète. 
— Bibliothèque nationale de Paris. Groupe à gau- 
che : la Synagogue, qui porte un étendard à 
hampe sommée d'une boule, regarde et montre 
au doigt l'Église trônant. Celle-ci, la tête ceinte 
d'un nimbe tourelé, joint à l'étendard spiculé une 
espèce de Jlabellnni. Aux pieds du Sauveur, une 
figure assise, les regards fixés sur le mjstère en 
train de s'accomplir, ne diffère de l'Eglise que par 
l'absence du nimbe et le remplacement du Jfabel- 
liini par im disque ou un globe. J')- reconnaîtrais 
volontiers la Foi ('). 

X"^ siècle. Collection Carrand à Pise. L'Eglise 
recueille le sang divin dans une anipulla à large 
goulot. La Synagogue s'en va en retournant la 
tète ; étendard à pomme ("). 

1. Met. d'arc/u'ût. t. II, pi. V. Ce panneau recouvre le 
ms. n" 650, suppl. latin. Provenance, Metz. 

2. il///. d\ire/u'ol., t. 11, pi. \ 11. 



jl^oiiticllcs et a^clangcs. 



213 



XI"^ siècle. Bibliothèque royale de Munidi. L'É- 
glise reçoit le sang dans un calice; étendard 
ferré. La Synagogue, arborant un étendard inerme 
pose la main sur un bouclier que tient une femme 
à couronne murale, assise devant la porte d'un 
édifice : Jérusalem. Au bas du tableau, la Foi ou 
l'Espérance, sans attributs ('). — Trésor de Pan- 
cienne abbaye d Essen. L'Église porte obliquement 
sur l'épaule un étendard ferré, et elle présente un 
calice au flanc blessé du CllRIST. La Synagogue 
se détourne complètement du Sauveur pour 
regarder saint Jean : attribut, une palme ('). — 
Cathédrale de Tournai. L'Eglise, SC A ECLESIA, 
reçoit le sang dans un calice. La Synagogue, 
HIERVSALE, contemple le Christ: elle a le 
costume et l'attitude ordinaire de la Vierge qui 
manque à la scène, ainsi que saint Jean ['). — 
Musée de Tournai. L'Église tient à deux mains 
une aiupnlla pareille à celle de l'ivoire Carrand; 
mais ici le vase est nimbé : un flot de sang y 
coule. La Synagogue a pour attribut l'étendard 
à hampe émoussée ; tête retournée vers le Christ 
par un mouvement accentué (4) — • Cathédrale de 
Cividale, en Frionl. Reliure d'un Psautier du 
commencement du XIP siècle, donné au cha- 
pitre par sainte Elisabeth de Hongrie. Panneau 
sculpté en bois jaunâtre imitant l'ivoire. Le 

1. Labarte, Hist. des arts iiiiiiistr.. Album, pi. XL. Met. 
d\irc!u'ol., t. II, pi. IV. — Une lance ferrée caractérisant 
l'Église, une hampe émoussée presque toujours la Syna- 
gogue, chaque fois cjue ces personnages tiennent un éten- 
dard, il faut bien reconnaître une intention chrétienne 
dans l'arme de guerre, puisque le telum inerme, signe d'im- 
puissance, ne s'applique jamais qu'à la doctrine vaincue. 
Quant aux autres figures symboliques, les artistes austra- 
siens varient tellement les accessoires de leurs Cruci- 
fixio7is, que les plus malins peuvent s'y tromper. 

2. E. aus'm Weerth, Kunstdenkm. deschrisll. Mittelalt. 
in lien Rhcinl., pi. xx\ll, fig. I : reliure d'un volume exé- 
cuté pour l'abbesse Théophanon (1039-1054}. 

3. L. Cloquet, Tournai et Tournaisis, p. 238, fig. 
J. '^^■aX^, Expos, de Matines, Album, pi. m. 

4. Reusens, Èténients darc/u'ol., t. I, p. 298, fig.; 1'" 
éd. L. Cloquet, ouv. cité, p. 92, fig. — Cet ivoire d'une 
exécution fort médiocre, se trouve par malheur en compa- 
gnie d'autres morceaux plus que douteux, aussi l'a-t-on 
diversement apprécié. Certains le datent du XIV" siècle, 
on a même dit le XVh'. Si c'est une copie, le modèle an- 
cien a été scrupuleuseinent rendu ; jjas un détail suspect. 
Les partisans du XVI" siècle basent leur opinion sur le 
serpent enroulé au pied de la croix; l'objection est sans 
portée, car les crucifix occidentaux, du IX^au .Kl" siècle, 
offrent plusieurs exemples de ce reptile symbolique. 



Christ n'est pas nimbé; quatre clous le fi.xent à 
la croix cantonnée des symboles évangélistiques. 
A la place du titulus, la Main bénissante et la 
Colombe. A droite et à gauche, Michel et Gabriel, 
désignés par une inscription latérale, encensent 
le divin Crucifié et recueillent dans une coupe le 
sang qui coule de ses mains. Au-dessous, la 
Vierge et saint Jean. Au bas, l'Eglise, S. EC- 
CLESIA, agenouillée, soulève à deux mains un 
grand calice oii tombe le sang des pieds; elle a 
pour attributs une couronne, une clef et un éten- 
dard sommé de la croix. A côté de l'arbre, la 
Synagogue, SYNAGOGA, debout, les yeux 
bandés, tourne le dos au mystère qu'elle nie ; 
caractéristiques: une tête de bouc et un étendard 
dont la pointe, armée d'un fer, s'abaisse vers le 
sol. L'encadrement métallique est du XIII'^ siècle, 
mais le panneau date au moins de la fin du XP, 
et le nom de la donatrice certifie l'origine ger- 
manique du monument (■). 

Une initiale historiéedu Sacrainentairedc Metz 
(IX'î siècle) nous fournira la dernière variante. 
L'ÉgIise,son étendard ordinaire en main, recueille 
le sang dans un calice; en face, un homme barbu, 
drapé à l'antique, armé d'un bouclier, élève la 
main droite vers le CHRIST :ce personnage, vrai- 
semblablement saint Longin, n'a de commun 
que le bouclier avec la femme signalée sur l'ivoire 
de Munich (-). 

J'ai montré comment les artistes austrasiens 
c'est-à-dire de la région orientale des Gaules 
bornée par la Meuse et le Rhin, depuis la Forêt 
Charbo/inière jusqu'ciu lac de Constance, et aussi 
la sculpture allemande, formulèrent en synthèse, 
durant la période carolingienne, les deux doctri- 
nes révélées. Ma recherche des mêmes figures 
sur les monuments byzantins n'a produit qu'un 

i.Gon, Tties. vet. diptych, t. III, pi. xvi. La gravure 
montre un travail plus grossier qu'il ne l'est peut-être en 
réalité ; une sculpture fruste et brisée me semble avoir été 
aussi mal comprise que mal rendue par l'artiste. L'éten- 
dard de la Synagogue, ici armé d'un fer de lance, forme 
une exception, mais le sens allégorique reste le même ; le 
signe d'impuissance est seulement changé en aveu de 
défaite : en mettant bas les armes, l'Ancienne Loi se recon- 
naît vaincue. 

2. Bibl. nat. de Paris, n' 1141, anc. fonds latin. Mt'l. 
d'arc/u'ol., t. II, p. 52, fîg. Le cliché des Métanges laisse 
un doute sur la hampe de l'étendard : est-elle armée ou 
émoussée ? Médiocrement scrupuleux, le R. P. Martin n'y 
regardait pas à un détail de plus ou de moins. 



214 



iRcuue De l'art cbtcticn. 



résultat négatif; peut-être ne l'ai-je pas poussée 
assez loin, mais elle embrasse une longue suite 
d'années, et l'art du Bas-Empire, esclave du pon- 
cif, admit rarement les innovations: de Justinien 
aux temps modernes, aucun thème hiératique 
de cet art ne fut peut-être remanié à fond. 

Mon résultat, ai-je dit, est purement négatif, 
on va voir en outre qu'il se restreint à un bien 
petit nombre d'exemples. 

Une miniature du célèbre manuscrit syriaque 
(VI'-* siècle) de la Bibliothèque Laurentienne à 
Florence, représente la Crucifixion; cette scène 
est très développée. Le Chris r, accosté des deux 
larrons, a les yeux ouverts : Longin, AOTINOC, 
donne son coup de lance ; l'estafier à l'éponge fait 
pendant au centurion romain. En bas, trois sol- 
dats tirent au sort la tunique du Rédempteur; à 
droite, la Vierge et le disciple Bien-aimé; à gau- 
che, les saintes femmes : nulle trace de symbo- 
lisme ('). 

La Bibliothèque royale de Munich possède 
un ivoire sculpté, empreint d'un tel cachet, qu'on 
croirait à une œuvre byzantine du X>= siècle, si 
l'absence totale d'inscriptions et la vulgarité de 
certains personnages n'y laissaient soupçonner 
une réplique allemande du XL". La copie suit 
fidèlement le modèle, mais elle se trahit par la 
suppression des légendes et la médiocrité de 
l'exécution. Le tableau (haut. o"\27, larg. o'",i5), 
bordé d'esprits célestes alternant avec des figures 
assises et des édifices à coupoles, se divise en 
trois registres : je ne m'arrêterai qu'à l'inférieur 
comportant la Crucifi.xion. Outre le Chrlst, les 
acteurs du drame sont la Vierge, saint Jean et 
les deux larrons ; ni Église, ni Synagogue, bien 
qu'il restât de la place pour les introduire dans 
la composition. Au-dessus des larrons, le soleil 
et la lune sous l'aspect d'un adolescent et d'une 
jeune fille à mi-corps; ils tiennent un flambeau 
incliné et pleurent la mort du Créateur. Ces types 
ne ressemblent guère à l'Hélios et à la Phébé, 
accessoires ordinaires des crucifi.x austrasiens {'). 

1. Labarte, //isi. des arlsind., pi. l.xxx de l'Album. 

2. Voy. C. Cahier, Nom'. 7nél. d'arcIu'oL, Ivoires etc., 
p. 29, fig. Ici, les cleu.x larrons, l'un implorant le ClIKIsr, 
l'autre détournant la tête, pourraient h la rigueur être re- 
gardés comme symbolisant l'Église et la .Synagogue ; mais 
l'artiste, fidèle aux usages byzantins, a tout simplement mis 
en action le récit de saint Luc (xxili, 39 à 42). D'ailleurs 
à supposer qu'une allégorie se cachât derrière nos larrons 



Le panneau central d'une belle agiothyride 
byzantine en ivoire, au Cabinet des Médailles de 
Paris(XI"-' siècle), comporte aussi une Crucifixion ; 
mais celle-ci diffère de la précédente, et par les 
détails et par le style. A la triade réglementaire 
du ChrI-ST, de la Vierge et de saint Jean, sont 
adjointes deux petites figures impériales, Cons- 
tantin et sainte Hélène, qui surgissent entre l'ar- 
bre de la croi.x et les personnages évangéliques. 
Un astérisque et un croissant représentent au 
naturel le soleil et la lune; légendes multi- 
pliées (■). 

Les Crucifi.xions émaillées de la Pala cforo, 
à Venise (XI^ et XII^ siècle), sont ainsi formu- 
lées : la plus ancienne montre le Ciirlst entre 
la Vierge et saint Jean ; la seconde ajoute Longin 
proclamant la divinité du Sauveur, un spectateur 
barbu et ime femme. Longin, soupçonné au Sa- 
crauicittaire de Metz, est ici mieux caractérisé 
par son costume militaire et son bouclier romain ; 
l'homme et la femme, groupés derrière la Vierge, 
expriment un sentiment de foi plutôt que d'in- 
crédulité (=). 

Nous l'avons déjà dit, le Guide de la peinture, 
qui règle scrupuleusement la mise en scène de la 
Crucifixion, garde un silence absolu quant au 
symbolisme des deu.x doctrines révélées. Mais si 
l'iconographie byzantine ne semble pas avoir indi- 
vidualisé l'Eglise et la Synagogue, elle les détailla 
certainement. Sur une peinture du XI'-" siècle, 

de Munich, cela n'enlèverait pas au génie austrasien l'hon- 
neur d'avoir inventé la personnification des doctrines 
révélées. 

1. Gravé dans le Trésor de nuinist/i. et de glypt.; les 
Ann. archéol.jL'artbyzantin.'Décnt au Catalogue, n" 3269. 

2. Labarte, Hist. des arts ind.. Album, pi. Civ. « Saint 
Longin, le centurion, regarde le Christ; il élève la main 
et bénit Dieu. » Manuel d'icon. clirét. (Guide de la peint.) 
p. 195. — La Crucifi.xion d'un diptyque byzantin en ivoire, 
à Saint-Ambroisc de Milan, (.Xl'^ — XII'=sièclej,n'associeau 
Christ que la Vierge et saint Jean {Ç,ox\,Tlies. vet. dipl., 
t. m, pi. xxxii;. Je cite pour mémoire un autre diptyque 
indiqué parGori (loc. cit. pl.xxxvil) comme appartenant à 
la collection Barberini, et dont le sort actuel m'est inconnu. 
Le Christ enseignant et \i\Tkéotocos y figurent, chacun au 
milieudfs principaux épisodes de son existence. A la triade 
obligatoire de laCrucifixion,on a ajouté une femme nimbée 
qui tourne le dos à la Vierge et la masque à demi : Gori 
(p. 286) en fait Marie Cléophas, et il a raison. Du reste la 
pièce n'est pas byzantine; elle me semble italienne et du 
XIV'= siècle, autant qu'une médiocre gravure permet d'en 

juger. 



jeoutjelles et agcUngcs. 



215 



Zacharie, escorté des Docteurs de la Loi, encense 
le Saint des Saints dont les volets prophétiques 
arborent le signe de la Rédemption. Une autre 
peinture (XII^ siècle) spécifie l'Église dans un 
double tableau largement peuplé. Au registre su- 
périeur, le Christ, entouré des Apôtres, accueille 
un adolescent diadème; à l'inférieur, un évéque 
nimbé, se prosterne devant un autel, au milieu 
de son clergé ('). 

Au Mont Athos, dans l'Eglise conventuelle de 
Chilandari, Didron signale une fresque peu an- 
cienne, oii l'Église (grecque schismatique) est 
.symbolisée par un grand navire chargé de passa- 
gers appartenant à toutes les conditions sociales, 
depuis lesApôtresjusqu'au peuple: JéSUS-Christ 
tient le gouvernail. Debout sur un promontoire, 
Mahomet lance des flèches; Arius, d'énormes 
livres; le Pape,sa férule pontificale en manière de 
grappin d'abordage. Efforts stériles, ils ne réus- 
sissent pas à faire sombrer le vaisseau et tombent 
désespérés dans l'enfer. Cependant, échappés aux 
projectiles de leurs adversaires, les Orthodoxes 
atteignent le rivage opposé où saint Paul jette 
l'ancre au commandement du divin pilote (^). 
On ne saurait méconnaître, dans cette composi- 
tion si largement développée, les thèmes primitifs 
du Christ covunandant mtx vents et à la mer et 
du Christ marcluint sur la mer, formulés par le 
Guide de la peinture (^); mais sa haine du catho- 
licisme a suggéré à l'artiste des détails qui rap- 
pellent trop les caricatures allemandes, insultant 
Rome d'après les écrits de Luther. La fresque 
de Chilandari nous met en plein XVL siècle, 
bien loin de la vieille concision catholique. 

L'allégorie directe de l'Église et delà Synago- 
gue, on l'a vu, est absente des monuments byzan- 

1. Ch. Bayet, Uart byzantin, p. 175, fig. 57; p. 171, 
fig. 54. Hibl. nat.de Paris. — Le personnage incliné de- 
vant le Christ serait peut-être une femme; menton ras, 
cheveux médiocrement longs, retenus par un bandeau : 
néanmoins le style du pallium et la tunique à larges man- 
ches dénoncent un individu masculin. N'importe le se.xe 
de la figure, on reconnaît ici l'institution divine de l'Église; 
mais nous ne sommes pas au Calvaire, et l'allégorie, in- 
troduite au milieu d'une scène qui la rend singulièrement 
compréhensible, est motivée par les opinions schisma- 
tiques de l'artiste. (2ue l'on mette les peintures latines de 
la Vocation de saint Pierre en regard de notre miniature,on 
verra, que le Grec, s'inspirant d'un ancien modèle, a subs- 
titué une fantaisie au traditionnel Prince des Apôtres. 

2. Guide de la peint., p. 421, notes. 

3. P. 170 et 176. 



tins que j'ai relevés; le calice ne s'y trouve pas 
davantage : sur le crucifix Sévastianov, le sang- 
coule à terre. L'idée du récipient me parait donc 
exclusivement occidentale; au XII^ siècle, une 
miniature de la Bibliothèque royale de Bruxelles 
donne au divin Crucifié un calice pour suppeda- 
neuvi; au XV^ l'Allemagne met en scène quatre 
anges munis de calices et recueillant le sang qui 
jaillit des plaies du Sauveur (') : cet usage, que 
le panneau de Cividale nous a déjà montré, est 
même encore partiellement observé sur les cal- 
vaires des peuples de race germanique. 

Revenons à l'émail Svenigorodskoi. La Syna- 
gogue n'a d'autre signe distinctif que son oppo- 
sition à l'Église; le nimbe du calice, véritable 
anneau de Saturne, accuse une profondeur mys- 
tique que l'ivoire de Tournai est seul à nous 
offrir. La Vierge manque de la finesse élégante 
qui caractérise les anciennes Panagia byzantines. 
L'attitude méditative de saint Jean ne conclut 
à rien de positif Prescrite dans le Guide (^), la 
main appuyée contre la joue s'en détache au.ssi 
parfois pour se diriger vers le CHRIST, et ce 
double modèle est indifféremment usité, en Orient 
comme en Occident, du IX'^ siècle au XI*=. Lourde 
sur l'hiérothèque de Limbourg, la croix à double 
traverse s'effile, pareillement à celle de notre 
émail, sur l'agiothyride de Paris. Formées de let- 
tres inégales en hauteur, les inscriptions grecques 
n'accusent pas une très bonne époque. 

L'examen du monument en cause nous a révélé 
ce fait singulier : une allégorie, familière aux 
occidentaux dès le IX^ siècle, apparaissant tout 
à coup chez les Byzantins avec des symptômes 
qui accusent la décadence plutôt que la floraison 
ou le progrès. Les légendes barbares fournissent 
un moyen d'éclaircir cette difficulté : je ne sais 
trop si mon explication obtiendra un succès 
complet; mais provoquer une réfutation serait 
déjà fort honorable pour elle. 

1. Bibl. de Bourgogne, ms. 942S; Voy. Met. tPar- 
chéol., t. II, p. 49, fig. H. Otte, Handbuch der Kirchl. 
Kunst-Arc/taeot.iies detitschen Mittelalters, 5"= éd. t. II, p. 
686, C>-«(V/mV((« par Martin Schongauer, fig. J'ai remarqué, 
sur plusieurs calvaires en Belgique et en Flandre fran- 
çaise, un ange au vol, muni d'un calice et rattaché au 
crucifix par la tringle métallique qui simule le filet de sang. 
L'effet produit est naïvement singulier. 

2. P. 195. « Auprès de la Vierge évanouie, Jean le 
Théologos dans l'affliction et la main sur sa joue. » 



2l6 



IRciîuc De ratt cfjrcticn. 



A première vue, j'avais soupçonné que les 
caractères tracés à côté du texte évangélique 
grec ('), appartenaient à un alphabet caucasien. 
N'ayant sous la main ancun ouvrage qui permît 
d'asseoir solidement ma vague intuition, j'ai 
recouru à un jeune membre de l'Institut, très 
versé en numismatique b}v.antinc, et ayant aussi 
étudié l'épigraphie des contrées limitrophes de 
l'empire d'Orient. M. Gustave Schlumberger 
n'a pas fait attendre sa réponse : « Les caractères, 
écrit-il, dont vous m'adressez la copie, sont cer- 
tainement géorgiens. Je dirai même qu'ils ont tout 
l'aspect des caractères géorgiens usités au XI 1° 
siècle ou "au XIII«(2). » Plus de doute, notre 
émail a dû être fabriqué au Caucase, par un in- 
dustriel grec, à une date que pourront confirmer 
des remarques ultérieures. 

Depuis l'affermissement de la domination russe 
au Caucase, les pièces d'orfèvrerie, épargnées par 
la guerre et l'incurie dans les édifices religieux 
de cette intéressante région, sont devenues acces- 
sibles à la curiosité. De ces pièces, les unes por- 
tent le cachet indigène ; d'autres ont une tournure 
byzantine prononcée ; sur la plupart, courent des 
inscriptions en anciens caractères géorgiens (3). 
Aux environs du IV'' siècle, les Grecs introdui- 
sirent le christianisme en Géorgie, mais, proie 
successive des Perses et des Musulmans, elle ne 
posséda une autonomie véritable que depuis 
David III (1089-1 126) jusqu'à la conquête mon- 
gole en 1248. Le règne de Thamar (11 84-12 12) 
marqua certainement l'apogée de la prospérité 
géorgienne; aussi les traditions locales attribuent 
à cette princesse tous les souvenirs persistants 
d'une grandeur anéantie. On doit à coup sûr en 
rabattre un peu et laisser quelque chose à l'actif 
des prédécesseurs ou des successeurs de la célèbre 
reine ; mais il saute aux yeu.K que les plus beaux 
monuments chrétiens du Caucase datent d'une 
période comprise entre l'aube du XII^^ siècle et 
le milieu du XIII<=. Selon iM. Bayet, dont je 
partage aujourd'hui l'avis, l'immobilité de l'art 
byzantin a été trop exagérée ; cet art affiche çà et 
là des prétentions originales, et, au XVI<= siècle, 
il se montre déjà moins rebelle au.x influences 

1. Saint Jean, XIX, 16 et 17. 

2. Lettre du 4 janvier 1885. 

3. Voy. Bayet, ouv. citd, p. 285, fig. 94 ; 287, 95 ; 289,96: 
d'après les photographies rapportées par M. Ern. Chantre. 



étrangères ('). Les exemples cités par l'érudit 
professeur de Lyon, et encore la fresque de 
Chilandari, offrent des casépisodiqucs qui durent 
se produire au même titre à des époques anté- 
rieures.De Charlemagnc aux premiers Capétiens, 
en France, un peu plus longtemps, en Allemagne, 
Constantinople exerça sur l'art occidental une 
action relative ; oserait-on affirmer que des voya- 
geurs latins n'aient pas, à leur tour, introduit en 
Grèce les formules pittoresques du symbolisme 
austrasicn ? Les Grecs ont copié les étoffes fabri- 
quées aux bords du Tigre, ils ont adopté les 
modes arabes ; pourquoi l'Ouest, surtout à l'heure 
des croisades, n'aurait-il pas aussi fourni im thème 
à l'émaillerie byzantine? Tant routinier que soit 
un peuple, laissez tomber chez lui une idée dans 
la rue, un passant la ramassera toujours. Divul- 
guée aux Bj'zantins, n'importe comment, l'allé- 
gorie de l'Église et de la Synagogue était bonne 
à prendre ; un cerveau intelligent l'utilisa. 

L'attitude méditative de saint Jean, le perizo- 
niuin ponctué, l'émaciation exagérée du Christ, 
pourraient, à la rigueur, être compatriotes de la 
formule symbolique des deux Révélations, puis- 
que les plus anciens exemples de ces détails 
appartiennent aux écoles occidentales (=). Mais 
n'oublions pas l'aphorisme : Qitiveiit trop prouver 
ne prouve rien ; recourons à des données moins 
vagues. 

Après le sac de Constantinople en 1204, les 
producteurs d'objets de luxe, ruinés par le pillage 
et l'incendie, dédaignés par la barbarie victorieuse, 
cherchèrent nécessairement un asile au dehors. 
La côte asiatique de la Mer Noire, d'accès immé- 
diat aux fugitifs, et d'ailleurs le seul point qu'ils 
pussent gagner sans risques, devint lein- séjour 
naturel. Or, pendant que Baudouin s'installait 
dans sa conquête, les soldats de Thamar aidaient 
Alexis Comnène à fonder l'empire deTrébizonde; 
Thamar dut profiter de la circonstance, et il 
serait invraisemblable qu'au retour l'armée géor- 
gienne n'eût pas ramené des Grecs, orfèvres, 
peintres, sculpteurs, architectes, pour satisfaire 

1. Ouv. cité, p. 265 et 266. 

2. Le saint Jean de l'ivoire de Tongres appuie la main 
contre sa joue; sur le manuscrit de Florence, la main est 
portée aux lèvres ; sur l'agiothyride de Paris, le geste indi- 
que ou adore, selon qu'on voudra l'interpréter. La pre- 
mière attitude a prévalu en Occident. 



jaout)ellcs et Q9clangcs. 



217 



aux exigences magnifiques de la souveraine du 
Caucase. 

L'attribution de l'émail Svenigorodskoi à une 
période autre que le XI IL' siècle soulèverait 
maintenant d'assez graves difficultés. 

Divers fragments, bandeaux, écoinçons, petits 
disques ornés de figures à mi-corps, ne réclament 
pas un examen détaillé. Articles de commerce, 
ces pièces décoratives offrent des inégalités 
d'exécution ; les personnages et les écoinçons 
sont très réussis, le reste l'est moins. Date élas- 
tique ; Xle siècle ou XII"^^. 

J'userais d'un pareil laconisme à l'égard du 
résultat des fouilles de Kiev, s'il ne me représen- 
tait pas une marchandise d'exportation. D'abord 
une série de disques bombés (diam. o"'03) réunis 
par des charnières ; aux extrémités du système, 
un anneau et une chaînette : c'est le collier que 
les Russes nomment banni. Des six éléments du 
bijou, trois sont ornés d'oiseau.K ; trois de cercles 
et de triangles. Gamme brillante, travail soigné. 
Puis viennent trois objets o^2LX\i\é.s boucles d'oreil- 
/fi'.Forme de sphéroïde très aplati, creux, et analo- 
gue aux montres dites bassinoires ; au sommet, 
une échancrure circulaire, dont les cornes sont mu- 
nies d'œillets où s'adapte une broche de fil métal- 
lique courbé en arc; sur la tranche, une gouttière 
ménagée pour recevoir une garniture de perles. 
Diamètres : o'"059, o'"054, 0'"046. Le n" i, par 
rang de taille, comporte deux volatiles à tète 
humaine — sirènes ou harpies — adossés et con- 
tournés : entre eux surgit une plante, imitation 
écourtée du lioiii perse. N°2: oiseaux dans la même 
j)0sture que les sirènes ; lioin réduit à l'état de 
simple croix. N° 3: disque central inscrivaiit une 
rosace des plus riches ; à l'cntour, quatre tour- 
teaux alternant avec des trapèzes de même style 
que la rosace. Tout le décor de ces bijoux hors 
ligne, animau.x ou végétau.x, est empreint d'un 
cachet oriental incontestable (") ; la tonalité des 
émaux rappelle les tissus de l'Inde et de la Perse, 
où deu.K couleurs tranchantes se heurtent sans 
offenser l'teil ; le cloisonnage témoigne d'une rare 
habileté de main. M. Schulz attribue le trésor de 

I. Des monstres à tête humaine sont brodds sur les 
suaires orientaux de Saint-Lazare, à Autun, et de Sainte- 
Anne, à Apt ; un manuscrit oigour donne une tête humaine 
à Borak, la jument de Mahomet. 



Kiev au XI*^ siècle ; je suis cette fois d'accord 
avec mon savant confrère ('). 

Au sujet des bijou.x de Kiev. M. Schulz fait 
remarquer un détail technique assez intéressant. 
Les matières de deux nuances, parfondues dans 
les jambes et les pattes des volatiles, sont juxta- 
posées, sans filet métallique intermédiaire : on a 
employé le même procédé sur la couronne de 
Monomaque. La difficulté vaincue par les érnail- 
leurs byzantins était légère ; ils n'avaient à 
remplir qu'un simple trait de burin, en suivant 
la méthode de la niellure. A l'aube du XII<= siè- 
cle, les Limousins connaissaient déjà la juxta- 
position, et ils la mirent en pratique sur une 
échelle autrement grande. L'artiste distingué qui 
émailla les disques du coffre de Sainte-Foy, à 
Conques, et qui interprétait aussi, mais bien plus 
librement, des modèles orientaux, sut juxtaposer 
deux tons, sans nulle bavure, dans des cuves 
larges de o™oo2 à o'"oo3. 

Les sphéroïdes de Kiev sont-ils réellement des 
boucles d'oreilles .-" J'admettrai en principe que 
les Russes ornèrent leurs conduits auditifs de 
bijou.x fabriqués pour un autre usage ; néaninoins 
il reste des doutes : essayons de les éclaircir. 

Les échancrures accusent une insouciance 
poussée jusqu'à enlever les deux tiers d'un tour- 
teau émaillé ; le travail des broches et la 
soudure des œillets sont d'une grossièreté qui 
contraste avec l'élégance des appendices du col- 
lier : évidemment une transformation a été opérée 
à Kiev, par un orfèvre maladroit. 

Les exemplaires de M. Svenigorodskoi sont 
isolés ; ce défaut d'appariement peut résulter 
d'accidents, car on a exhumé à Vladimir deux 
sphéroïdes intacts (diam. o'"054) du même genre, 
et, à côté, les débris manifestes de leurs corres- 
pondants. Mais l'un des échantillons de Vladimir 
comporte le buste de saint Georges ou de saint 
Démétrius C), et suspendre aux oreilles l'image 

1. Le manuscrit 1208 (XL' siècle), à la Bibl. nat. de 
Paris, contient des enroulements rehaussds d'oiseaux, et 
aussi de quadrupèdes ;\ tête humaine. Le corps de ces ani- 
maux est ponctué de blanc, détail qu'offrent également 
les bijoux de Kiev. \'oy. Hist. des arts ind. Album, pi. 
LXXXVII. 

2. Voy. Vlad. Stassov, Trésor trouvé a Vladimir (en 
russe), pi. II. fig. A, M, N, O, n. Le style médiocre du 
buste du saint accuse le XI I' siècle, mais l'exécution des 
ornements végétaux est aussi parfaite qu'au .XI'. 



2l8 



îRetiuc ne rart cïjtéticn. 



d'un saint paraîtrait bien osé à Constantinople : 
on doit croire que la noblesse moscovite fut moins 
scrupuleuse. A mon avis, l'industrie byzantine 
expédiait au commerce russe des pendants de 
collier (biilld) qu'une mode fit passer de la poitrine 
aux oreilles : le but des échancrures était de don- 
ner place au lobe charnu et de le soustraire au 
contact chatouilleux des perles. Le rude métier 
indigène se chargea de modifier au goût des 
acheteurs les délicats produits de l'art grec. 

Malgré ses allures, parfois tranchantes, mon 
étude ne peut diminuer en rien le mérite du livre 
de M. Schulz. Aux avantages matériels d'une 
typographie soignée et de 14 planches vraiment 
admirables, ce livre joint une profonde connais- 
sance du domaine de l'érudition aussi bien que 
du terrain expérimental. Je ne prétends pas ici 
me poser en critique, tant s'en faut : la collection 
Svenigorodskoi m'a simplement fourni un thème 
sur lequel j'émets d'autres idées que mon devan- 
cier. Les siennes sont-elles préférables aux mien- 
nes ? Tous deu.x, en face des obscurités byzan- 
tines, nous avons dû recourir à l'hypothèse, et 
l'hypothèse n'entraîne guère à sa suite que des 
incertitudes plus ou moins vagues. 

Cil de Linas. 

-— ^ eCncorc l'email De Boîtiers. — ^ 

ON nous écrit de Poitiers que l'émail du 
Musée, cité dans notre dernière livraison, 
p. 6^, et l'objet dont il a été parlé, en 1884, p. 493, 
col. 2, sont très distincts. Le second aurait cer- 
tainement disparu, tandis que le premier serait 
récemment entré au Musée. Nous enregistrons 
la réclamation, avec l'espoir que l'on s'abstiendra 
d'y répondre et que l'affaire en restera là. 

^iiniaturc Du terrier De rctiêcfjé 
D'Huignon. ^-— ^-^-^-^-^-^.^— .--^^--^ 

ETTE miniature orne un magnifique 

manuscrit conservé dans le riche dépôt 

des Archives départementales de Vau- 

diise (■). Elle représente le cardinal 

Anglic Grimoard offrant à la sainte Vierge le 

\. Archives départ, de Vauctuse, G. 10. 




terrier de son église. La reproduction que nous en 
donnons (pi. X) a sa place marquée dans notre 
Étude sur r église et le monastère de Sainte-Marie 
de Fours ('). Cette reproduction nous dispense 
d'une description qui aurait certainement moins 
de charmes que la vue de celte belle peinture. A 
gauche du douzième feuillet où on la trouve, on 
lit ces vers: 

« Suscipe donapia libroruiii 

Virgo Maria 
Presulis Anglici famidari 

Quem voluisti 
Onis basilicœ tis (^) Avini 

Virgin is Aime 
Ipsi saliiteni serves 

Vitantque perennem. » 

« Reçois, Vierge Marie, l'offrande pieuse des 
livres du prélat Anglicus que tu as appelé au 
service de la basilique de la très haute Vierge 
dans la cité d'Avignon. Conserve-le et donne- 
lui la vie éternelle. » 

Sur le même feuillet, au-dessous de la miniature 
et des vers, on lit qu'Anglicus Grimoard, cha- 
noine du monastère de Saint-Ruf hors les murs 
de Valence, prieur de Saint-Pierre de Die, frère 
du pape Urbain V, fut nommé à l'évêché d'Avi- 
gnon; le lundi 12 décembre 1362, qu'il fut nommé 
cardinal du titre de Saint-Pierre-ès-liens, le ven- 
dredi 18 septembre 1366, que ces deux frères 
étaient fils de noble et puissant seigneur Guil- 
laume Grimoard (^), chevalier, seigneur de Grisac 
et de Bellegarde, au diocèse de Mende, que Guil- 
laume Grimoard, âgé de près de cent ans, mourut 
à Avignon, dans l'hôtel du cardinal Anglic, le 16 
octobre 1366, un mois après l'élévation de son fils 
au cardinalat, qu'à ses derniers moments il bénit 

1. Voir dans la dernière livraison de la Revue : Etudes 
d'histoire et d'arcliéologie sur i/itleneuve-les-Avigtion. 

2. Dans mon dernier article sur V Eglise et le monastère 
de Fours, j'ai donnd ces vers qu'on a imprimés avec quel- 
ques fautes: ipse pour ipsi; tiilam pour î'/Ai/«. J'avais 
cru pouvoir lire « tis » tune. C'est bien tis que porte le 
texte, et l'obligeant archiviste M. Duhamel, nie dit que 
c'est probablement la dernière syllabe tle civitatis. 

3. 11 eut pour mère Élise de Montferrand, d'une famille 
noble ti.\ée à la Canourgue (Lozère) à la lin du XII I"" siècle. 
V. Rcclierchcs sur la famille de Grimoard et sur ses pos- 
sessions territoriales au XIV" siicle, par tabhé J. B. Al- 
banls, docteur en tliéologie et droit canon. Mende, impri- 
merie Privât, 1866. 



i^(^^o;(^ i])(^ jA'^-m^ <^^^^'^'M^^. 



:0U X. 



-^^^> 




jQo uuelles et a^clanges 



219 



Dieu de tous les biens et Je tous les honneurs dont 
il avait comblé ses enfants, et qu'il fut transporté 
à Bedouès (') pour être enseveli dans l'éijlise de 
Sainte-Marie nouvellement érigée en la collégiale 
par Urbain V. Ajoutons, pour compléter ces da- 
tes mémorables de la vie d'Anglic Grimoard, 
qu'il fut évéque d'Albano et vicaire du pape à 
Bologne en 1367, qu'il fit son testament le 11 
avril 1388, mourut le 14 du même mois, dix-huit 
ans après Urbain V, et fut enseveli dans l'église 
de Saint-Ruf de Valence (°). 

Le terrier de l'évêché d'Avignon forme un vo- 
lume in-folio de 182 feuillets, mesurant 0,43 de 
hauteur et 0,30 de largeur. Il fut dressé en 1366, 
par ordre de Sicard de Fressinay, écuyer et cla- 
vaire de la cour épiscopale. Ce manuscrit est pré- 
cieux, non seulement à cause de son parfait état 
de conservation, de sa belle écriture, de sa minia- 
ture, de ses encadrements de page, de ses lettres 
capitales coloriées, mais surtout à cause des indi- 
cations intéressantes qu'il fournit, en faisant con- 
naître les cens et services annuels dus à l'évêque 
da;is la cité d'Avignon. Toute la topographie 
d'Avignon au XI V« siècle est là avec les rues, les 
quartiers, les paroisses, les églises, les monastères, 
les hôtels de la ville papale et aussi avec les noms 
des cardinaux, des prélats, des officiers de la 
cour, des artistes, des marchands, qui la peuplent. 
Citons quelques noms. Des cens annuels étaient 
dus par Michel Granerii et Jean Varni, curseurs 
du pape, par Francisquet, fils et héritier de Bro- 
card de Campanini de Pavie, musicien (Tactor 
instriimentorinn musicorinn), par la veuve de 
Pierre de Gerdon, peintre, qui s'étaitremariéeavec 
maîtreGeminici de la Turre (^) également peintre, 
par Agnès de Beaufort, du diocèse de Besançon, 
veuve de maître Pierre Obreri, architecte et di- 
recteur de l'œuvre du palais apostolique, par 
Jeanne Laure, brunisseuse de vases d'argent (bni- 
7iitnx vasoruui argciiii), par Ugues de Sade, qua- 
lifié de marchand et bourgeois. L'abbé de Sade, 
qui dans ses Mcuioires pour la vie de Pétrarque (■*) 

1. Paroisse du diocèse de Mende. 

2. Baluze, Viiœ papariiin .Ivenion., t. I, p. 365, 374, 3S0, 
t. II, p. 1021. 

3. Ce nom est cité par M. Achard, Notes sur quelques 
anciens artistes d'Avignon. Carpentras. 1836. Voir une 
note de M. E. Muntz sur la statue d'Uvbain V dans la Ga- 
zette archéologique, 1 884. 

4. T. I, p. 40 des Notes. 



attribue à sa famille une illustre origine, n'avait 
pas lu notre Terrier. 

On trouve en outre dans ce Terrier des détails 
curieux, comme celui-ci: « État des cens en pois- 
sons, en aloses et sophes, dus par certaines mai- 
sons sises dans la paroisse Saint-Agricol, dans 
lesquelles était anciennement la poissonnerie d'A- 
vignon. Ces cens sont paj-és chaque année en 
carême et si audit temps l'évêque ne veut les 
poissons et préfère transformer cette redevance 
en argent, son procureur doit se rendre à la pois- 
sonnerie et faire taxer par deux ou trois hommes 
probes la valeur d'une bonne et suffisante alose 
et une douzaine de bonnes et suffisantes sophes. 
Si au temps indiqué on ne trouve pas ces poissons 
ou que les censitaires préfèrent payer la valeur 
en argent, ils pourront le faire, à condition qu'une 
alose vaille toujours une douzaine de sophes et 
une demi-alose une demi-douzaine de sophes. » 
Heureux temps oii une bonne et suffisante alose 
ne valait qu'une douzaine de sophes! Si le ré- 
dacteur du Terrier revenait sur les bords du 
Rhône, il serait bien étonné! Ce rédacteur nous 
apprend qu'on se rappelait encore en 1366 que le 
Rhône passait autrefois près des Angles, formant 
en face de ce village une île appelée l'île de Bar- 
nouin, mais que dans une terrible inondation, le 
fleuve changea de lit, emporta l'ile de Barnouin et 
s'éloigna des collines de la rive droite. Au pied de 
ces collines s'étend aujourd'hui une plaine fertile. 
Voyons là une image des transformations qui 
changent sans cesse l'aspect de ce monde, et au 
milieu desquelles la Providence nous ménage tou- 
jours quelques compensations pour nous consoler 
de ce qui n'e.st plus. F. FUZET. 

Doyen de Villeneuve-lez- Avignon. 

— Une ancienne custoDe à reliques. -— - 



ITcs rcprcscntatioiis Du 
De tïcsus au ru"" siècle. 



Hacrc -' (icrur 




jlE musée d'antiquités de la ville de 
Gand possède une ancienne petite cus- 
ttjde à reliques qui mérite d'être étu- 
diée, non seulement à cause de son 
caractère artistique, mais surtout pour les inté- 
ressants problèmes qu'elle suggère aux archéo- 
logues et aux liturgistes. Cet objet a la forme 



REVUE UE l'art CHRéTlEN. 
1885. — 2"**^ LIVRAISON. 



220 



IRctJiic ûc r^vt cf) té tien. 



d'un disque mesurant o'"054 de diamètre. Le 
fond est formé d'une feuille de carton recou- 
verte, au dos, d'un coupon de soie cramoisie ; à 
la face antérieure, d'un tissu léger posé en dou- 
ble épaisseur sur une feuille de pajjier argenté. 
La partie centrale du disque est occupée par une 
rondelle de vélin, qui se détache légèrement en 
saillie; on y a tracé à l'encre rouge, en caractères 
inicroscopiques, les premiers versets de l'évangile 
selon saint Jean, que le prêtre récite en terminant 
la messe. Le te.\te sacré débute absolument, sans 
titre ni en-tètc ; il est interrompu, vers le milieu, 
par une croisette tracée en bleu, dont les e.xtré- 
mités sont dites dans la langue du blason pattées 
et florencées, et il se termine par ces mots : 





deo i^mcias — ihesiis nazareniis rex judioi uni (sic) 

miserere mei — o boue iesii irahe me post te. 

Les incorrections et les répétitions qui émail- 
lent toute l'inscription, indiquent que l'écrivain 
était peu familiarisé avec la langue latine. 

Une torsade formée d'un cordonnet de soie 
bleue, dont les spirales alternent avec celles d'une 
cartisane de fil d'or, sert d'encadrement à Xiiinbo 
ou partie centrale du reliquaire. Huit petits sa- 
chets recouverts les uns de soie verte, les autres 
de soie rouge, et retenus par des fils d'or, gar- 
nissent la zone extérieure ; ils contiennent cer- 
tainement les restes vénérés de quelques saints, 
mais ne présentent aucune indication qui nous 
révèle le nom de ces personnages sacrés. 

Dans les intervalles des sachets on avait dispo- 
sé des ornements qui ont disparu, peut-être des 
chapelets de petites perles ; ils alternaient avec 
des enseignes de pèlerinage, au nombre de quatre, 
que nous décrirons plus loin. 

La tranche du disque est masquée par un cer- 



ceau de carton habillé d'un tissu d'or sur chaîne 
de soie cramoisie ; cette pièce forme rebord et 
porte à la crête supérieure une légère dentelle de 
fils d'or tressés en résille, qui se rabat vers le 
centre du reliquaire. Une torsade de cartisane, 
dont les spirales sont alternativement garnies de 
fils d'or et de soie bleue, est attachée sur le flanc; 
elle aboutit vers le liaut, à un gland vêtu d'un 
chevronné d'or et d'a/.ur, qui supporte un anneau 
d'attache recouvert de soie jaune. 

Le style de ce médaillon, de même que les 
détails de l'ornementation et les caractères du 
te.xte central, dénotent clairement l'époque où il 
a été exécuté; on ne peut le reporter en décades 
premières années du XVI<^ siècle, et même tout 
porte à croire qu'il aura été exécuté dans quel- 
que maison religieuse de Gand ou de la Flandre, 
pendant la seconde moitié du XV'-' siècle. 

Il reste à étudier les quatre enseignes de pèle- 
rinages qui décorent le petit reliquaire. Ces pla- 
ques, formées d'une mince feuille de cuivre es- 
tampé et recouvert d'une légère couciie d'argent, 
sont, comme la plupart des objets de ce genre, 
de forme orbiculaire et mesurent o'"02 de dia- 
mètre. Les trous dont elles sont repercées, étaient 
destinés à les fixer sur le chapeau ou le vêtement 
des pèlerins qui les emportaient en souvenir des 
lieux de dévotion qu'ils avaient visités, ainsi 
que l'usage en est demeuré dans quelques sanc- 
tuaires des Flandres, jusqu'à une époque récente. 

Le premier médaillon, vers la droite, présente 
l'image de la Vierge-Mère, nimbée, couronnée 
et tenant son divin enfant sur les genoux: elle 
est assise dans une stalle richement décorée de 
contre-forts et de pinacles, dont le style rappelle 
celui des chaises figurées sur les monnaies des 
souverains de l'époque bourguignonne. A l'exer- 
gue les mots ; ûc Ijill. Un triple cercle en mou- 
lures forme la bordure. 

Cette plaque appartient évidemment au célè- 
bre sanctuaire de la Vierge, qui voit depuis six 
siècles, affluer dans la petite cité brabançonne 
des foules innombrables de pèlerins autour de 
l'image miraculeuse léguée à sa fille, la duchesse 
Sophie, par sainte Elisabeth de Hongrie. 

Sur la seconde enseigne on voit la figure d'une 
sainte en costume d'abbesse, tenant de la droite 
un livre, de la gauche une crosse ; de chaque côté 
de la sainte, un animal, dont le type est difficile 



Bouuellcs et s^clangcs 



221 



à déterminer, semble vouloir s'élancer sur elle ; 
autour de la tête les mots : Vuct^n'C. La petite ville 
de Wetteren, entre Gand et Terraonde, honore 
d'un culte spécial sainte Gertrude de Nivelles, à 
laquelle l'iconographie chrétienne donne pour 
attribut caractéristique des rats, par le motif qu'on 
invoque spécialement sa protection contre leurs 
ravages. Il est probable que le graveur de notre 
médaillon, tout en exagérant la dimension de ces 
rongeurs, a voulu rappeler le symbole traditionnel 
de la sainte fille de Pépin de Landen. 

La troisième plaque est d'une attribution moins 
aisée. Elle offre l'image d'un diacre portant dans la 
main droite une grande palme et dans la gauche 
un livre ; près de lui une figure d'homme dans 
une attitude ironique; entre les dcu.x; personnages 
se trouve un objet dont l'aspect est assez confus, 
mais qui pourrait bien être un gril carré. Ce mé- 
daillon serait donc le souvenir d'un pèlerinage à 
l'honneur de saint Laurent. Le saint diacre était 
jadis fort vénéré en Flandre et dans le Brabant, 
oij un grand nombre d'églises sont dédiées sous 
son vocable. La ville de Lokeren, au pays deWaes, 
notamment, située à peu de distance de Wetteren, 
est placée sous son patronage et porte dans son 
blason le gril caractéristique. L'absence d'épigra- 
phe sur cette plaque empêche de déterminer 
avec certitude à quelle localité elle appartient. 

Le quatrième médaillon placé sur notre reli- 
quaire, représente le Sauveur crucifié ; la tête 
est entourée du nimbe et il est vêtu d'une tunique 
qui descend jusque sur les genoux. La croix est 
inscrite dans un encadrement légèrement orné de 
rinceaux, qui accuse très nettement la forme d'un 
cœur et dont les lobes supérieurs sont décorés de 
deux petites étoiles. Sur les côtés extérieurs 
la légende : *toatl * — * luittcl * en minuscules 
gothiques ; en haut cinq étoiles. Le médaillon est 
bordé par un perlé. La reproduction très fidèle 
qui se trouve en regard de ces lignes, permettra 
d'apprécier exactement et dans ses détails, l'objet 
spécial de cette notice. 

En étudiant ce petit médaillon on remarquera 
que le Christ y est représenté vêtu de la longue 
tunique à manches, qui apparaît dans un grand 
nombre de monuments iconographiques anté- 
rieurs au XII>= siècle, tandis que, à partir de cette 
époque, le divin Crucifié n'est généralement cou- 
vert que d'un peihoniiini, dont les dimensions 



diminuent à mesure que l'on se rapproche de 
l'ère moderne. Le type du Sauveur attaché sur 
l'arbre de la rédemption.vétu d'une ample tunique, 
ne s'était guère conservé, pendant la dernière pé- 
riode du moyen âge, que dans certaines représen- 
tations traditionnelles, dont la plus connue est le 
célèbre Sacro Volto, de Lucques. Cette image, 
dont la tradition fait remonter l'origine jusqu'aux 
contemporains de Jésu.s-Christ, était l'objet 
d'un culte très populaire dans nos provinces : 
elle était représentée notamment sur une fresque 
du XV"= siècle, qui décorait l'ancienne chapelle 
des ménétriers à Bruges. 

Notre médaillon offre ensuite un autre pro- 
blème ; quelle interprétation faut-il donner au 
texte que porte lisiblement la légende .' La con- 
sonnance des mots lotDi (^i?//^/ appartient certai- 
nement à l'ancien idiome flamand, mais le premier 
est inintelligible, à moins que l'on n'y reconnaisse, 
par suite d'une erreur de gravure, la préposition 
î'(ï« (de) qui, jointe au mot suivant, indiquerait 
l'origine de l'objet, l'endroit où se trouvait l'image 
vénérée du Crucifix. 

Le nom de Battel est celui d'un hameau voisin 
de la ville de Malines (par conséquent pas trop 
éloigné de Hal et de Wetteren) ; il s'y trouvait 
autrefois un calvaire, formant la dernière station 
du chemin de croi.x qui traversait la cité et dont 
le point de départ était établi au Calvaire du 
Grand Pont. La distance de ce Calvaire à celui 
de Battel mesurait 14903 pas. La gilde des archers 
qui vénérait spécialement la Sainte Croix con- 
damnait souvent ses membres à la peine d'un 
pèlerinage à Battel. Le registre aux résolu- 
tions de cette corporation porte à l'année 1439 ■ 
Jan Speellioven gildenbroer van den kniisboghe 
iverd gecondeinneert by hooftinaiis ende gesxuorne le 
doeii ecne pelgriinagic teii heyligen Cnice te Battele. 
En 1580, la chapelle de Battel fut détruite de 
même que tous les emblèmes de la Passion du 
Sauveur qui se trouvaient le long du chemin pour 
indiquer les diverses stations. L'érudit historien 
des Ki Rues de Malines^ , M. l'abbé van Caster, qui 
a bien voulu nous donner ce renseignement, ne 
possède malheureusement pas d'autres indications 
relatives à ce pèlerinage. 

L'image du divin Crucifié est placée au centre 
d'un encadrement dont la forme insolite n'a 
d'analogie qu'avec celle du cœur. Peut-être l'ar- 



222 



Kcuiic De rart chrétien. 



tiste a-t-il voulu symboliser en quelque façon, les 
sentiments d'amour et de tendre piété que doit 
inspirer le souvenir de la douloureuse Passion de 
l'Homme-Dieu. Il est cependant plus naturel d'y 
voir plutôt une représentation du Cœur du divin 
Maître, qui a aimé le monde jusqu'à l'immolation 
du Calvaire. Cette explication paraîtra moins 
hasardée si l'on veut bien nous permettre d'appor- 
ter ici quelques renseignements relatifs à d'autres 
monuments du culte du Sacré-Cœur,qui semblent 
contemporains de notre petite médaille. 

La dévotion si répandue au Sacré-Cœur de 
Jésus n'est certes pas une nouveauté dans le 
dogme catholique et l'on a pu, en suivant la trace 
lumineuse des écrits des Pères, des vies des Saints 
et des annales de l'Église, en marquer l'origine au 
moment même où le divin Rédempteurconsomma 
son sanglant holocauste sur le Golgotha. Cepen- 
dant jusqu'au jour des révélations confiées à 
la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, le 
culte du Sacré-Cœur était demeuré le privilège 
de quelques âmes d'élite et n'avait reçu ni la sanc- 
tion de la liturgie ni les hommages de la dévotion 
populaire. Les représentations symboliques du 
Sacré-Cœur sont inconnues dans le domaine des 
antiquités chrétiennes, en dehors des images qui 
nous montrent le divin Crucifie frappé au côté 
par la lance du centurion ; il faut descendre jus- 
qu'à la dernière période du moyen âge, lorsque 
une dévotion spéciale aux cinq plaies du Sauveur 
se répandit dans la chrétienté, pour trouver des 
tableaux où le Cœur de l'Homme-Dieu paraisse 
comme sujet spécial, directement offert par les 
artistes à la piété des fidèles. 

Parmi les monuments les plus curieux du culte 
rendu au Sacré-Cœur en même temps qu'aux 
autres membres blessés du corps du Sauveur, 
nous signalerons deux estampes conservées dans 
la collection du Musée germanique à Nuremberg. 
Elles remontent aux âges héroïques de la xylo- 
graphie, comme en témoignent abondamment les 
formes archaïques et imparfaites de la gravure ; 
des reproductions /ac-sù/n/e en ont été données 
dans le recueil intitulé : Die hohschnitte des //- 
und ij Jahtiiunderts in Germanischen Musemn 
(Nuremberg, Soldan, 1874, in-40). 

La première de ces images (pi. XVI du recueil 
cité) remonte à la période de 1420 à 1440 ; elle 
présente un médaillon circulaire dont l'encadre- 



ment est formé par un texte illisible ; au centre un 
cœur blessé, dont l'artère supérieure est remplacée 
par un annelet d'attache : L'image de l'enfant 
Jésus entièrement nu et assis sur un coussin, est 
placée dans le cœur ; il porte le nimbe crucifère 
autour de la tète, un fouet plombé et une verge 
entie les bras. Le médaillon, qui repose sur une 
croix ornée de la couronne d'épines et des clous, 
est accompagné aux angles de quatre disques 
moindres, où les mains et les pieds du Sauveur sont 
entourés de nimbes crucifères; dans les écoinçons 
la lance et l'éponge fixée au bout d'un roseau. 

Quoique d'une époque un peu moins ancienne, 
l'autre vignette du Musée germanique n'est pas 
moins intéressante pour l'histoire du culte du 
Sacré-Cœur. Au centre de l'image, le Cœur divin 
encadré de la couronne d'épines : il est transpercé 
sur toute sa largeur d'une grande blessure béante 
d'où s'épanchent des gouttes de sang : dans les 
angles les images des autres plaies du Sauveur 
encadrées de nuages stylisés, entre lesquels se 
détachent en haut et en bas, des réserves carrées 
portant les sigles : 1» l). 0. et : X- p. 0. Au bas de 
la planche est placée l'inscription suivante : 

^ifiT inUuMiïiiijcr ;^:irlîci in bcm ï>crt:;f lie» 
Ijaiijct bie Iniiijaftiijcn atciigt uiib îTn-aitc dire 
JDunbcn ber .^citcu jryi Uicidjc ein itilidj 
jncuuij mit luarcf iiclii uiib pciiljt ,^ mit 
anbacljt aufidjt Ucrdicnt \ii ^av PL-fijcluifl 
aller .fMiniï tiurLl) licrinjljug dcé Ijeiiiitcn Ta- 
tLTô imnd l)cni îlndicnci/ des acljtcii Patift ai^ 
oft't daû liciïljiiljt 511. 

que l'on peut traduire: 

« Ce cercle à l' intérieur du Cœur pn'sente la 
« longueur et la largeur exactes de la plaie du côté 
« du Christ ; quiconque la considère attentivement 
« avec une véritable contrition et s' étant confessé, 
« mérite sept ans d' indulgences pour tous ses pé- 
<i chés, par concession de notre saint père Innocent 
1 ]^ III et selon ce qu'il a décidé. » 

Le catalogue du .Musée fixe la confection de 
cette gravure entre les années 1.1.84 à 1492, et 
nous apprend que le bois original existe encore 
entre les mains de l'imprimeur Hessel à Altdorf. 

Il ne nous a pas été donné, malgi-é nos recher- 
ches, de retrouver quelque preuve certaine du 
privilège concédé par le pape Innocent VIII aux 
pieux serviteurs de la « plaie du côté » du Sau- 
veur. Lors même que l'indulgence mentionnée 



Jl^ouucllcs et mélanges. 



223 



par la vieille estampe d'Altdorf ne s'autoriserait 
que d'une légende populaire sans titre régulier, 
il convenait, croyons-nous, de la signaler, avec 
la petite médaille de Battel, comme l'un des pre- 
miers monuments de la grande dévotion des 
temps modernes. B. de V. 




LE zélé secrétaire de la Revue, M. L. Cloquet^ 
veut bien nous signalcr,outre ces documents 
xylographiques, les textes qu'on va lire, dans les- 
quels il est fait mention d'objets ayant quelque 
rapport avec le culte du Sacré-Cœur: 

Item, iing aieur d'or csmaillé de rouge cler : ou 
dedens est ung crucifiement de Notre-Dame. — 
Item, ung autre reliquiaire, où il a ung roy et une 
royne qui soustiennent u)i ballay en façon d'un 
cueur, 011 il a dessus une croisette, en laquelle il a 
du fust de la vrayc Croix, et au dcssoulx une grosse 
perle et deux esuieraudes pesant deux onces ('). 



lies anciens Uitraur De ï^Iêtcc. '^— 

[N sait que l'art de peindre le verre et 
de spiritualiser en quelque sorte la 
lumière et le jour, remonte à des temps 
fort reculés. 
« Ac sub versicoloribus figuris 

Vernans hcrbida crusta sappitiratos 
Flectit per prasinum vitnim lapillos (-), )) 
dit Sidoine Apollinaire dans une lettre adressée 
à Hesperius, où il rend compte de la cérémonie 
à laquelle il venait d'assister, en 450, pour la 
consécration de l'église bâtie à Lyon par saint 
Patient.Cette église dédiée aux Machabées fut or- 
née de vitraux coloriés, « où, sous des figures 
peintes, un enduit d'un vert printanier fait éclater 
des saphirs sur des vitraux verdoyants ». D'après 
le poète Prudence, la basilique de St-Paul-hors- 
les-murs montrait dans ses fenêtres cintrées, des 
vitraux ornés de fleurs aux brillantes couleurs. 
La basilique de Ste-Agnès bâtie par la fille de 
Constantin, la basilique de Byzance dédiée à la 

I. E,\t. de l'invent. de Charles V, 1379, n" 25CX3-2930). 
V. Rl'giie lie JÉsus-CHRisr, avril 1884, p. 92. 

2. Œuvres d'Appollinaris Sidonius, traduites par J. I". Grégoire 
et F. Z. Collombet. Tome I, livre II, p. 174. Collection Migne, vol. 
58, col. 487. 



Sagesse éternelle,avaient reçu le même ornement. 
Fortunat décrit les verrières peintes qui de son 
temps ornaient déjà les églises des Gaules. No- 
tre-Dame de Paris, St-Martin de Tours, St-Denis 
étaient célèbres par la beauté de leurs tableaux 
diaphanes. Cet art délicat et gracieux se répan- 
dit dans tout le Nord, et notre Flandre, si riche 
en monuments, si riche en belles églises, qui ger- 
maient de son sein comme des fleurs superbes, 
avait cultivé de bonne heure la peinture sur 
verre ; elle possédait d'admirables vitraux dont 
il ne reste plus qu'un faible souvenir. La fureur 
des iconoclastes, plus barbares que les barbares, 
a détruit les magnifiques verrières de St-Rom- 
baut de Malines, de Notre-Dame d'Anvers, de 
St-Sauveur de Bruges et de tant d'autres qu'on 
ne saurait énumérer. 

Le mauvais goût qui régnait aux XYII" et 
XVII F' siècles condamna à une destruction à 
jamais regrettable d'admirables travaux des âges 
antérieurs et grand nombre de verrières échap- 
pées par hasard au.x coups des hérétiques périrent 
sous les sentences des marguilliers. Il ne reste 
donc en Belgique et dans le nord de la France, 
ces contrées ravagées par les guerres, les luttes 
religieuses et le vandalisme révolutionnaire, que 
peu d'échantillons de cet art précieux. Ste-Gu- 
dule à Bruxelles, St-Jacques à Anvers, la cathé- 
drale de Tournai et l'église de Notre-Dame à 
St-Omer en offrent de remarquables spécimens ; 
l'on ignore généralement que dans un obscur 
village de la Flandre se trouvent d'antiques vi- 
traux dignes des plus beaux temps et des plus 
grands noms qui aient illustré l'art des peintres 
verriers. Le village de Flêtre, diocèse de Cam- 
brai, archiprêtré d'Hazebrouck, patrie de l'his- 
torien Jacques Meyer (1491-1 552), appartenait 
à l'illustre famille de Wignacourt, qui lui donna 
ses armes : d'argent à trois fleurs de lis de sable 
au pied nourri de gueules. Là se trouve une 
église à trois nefs dans le style du XV<= siècle. 
La magnificence de ses anciens seigneurs l'avait 
dotée de plus d'un monument remarquable ; un 
bas-relief ou ex-voto d'albâtre, en style florentin, 
représentant la scène du crucifiement, œuvre 
d'un grand mérite ; un banc de communion en 
chêne sculpté, véritable chef d'œuvre ; de belles 
pierres tombales, aujourd'hui mutilées, d'Antoine 



Van HoLittc et de Jehan de Wignacourt, et un 
ancien tabernacle en forme de tour qui actuelle- 
ment sert de fonts baptismaux'. Ce genre de 
tabernacles, que les Allemands appellent Sacra- 
incntshaiisclien (ou tourelles eucharistiques), était 
commun autrefois, 11 en existe çà et là quelques 
spécimens, notamment, dans la cathédrale de 
Grenoble, dans l'église de St-Jcan de Maurienne, 
dans celle de St-Pierre de Louvain, dans l'église 
de St-Martin à Courtrai, dans l'église paroissiale 
de Dixmudc (Flandre occidentale) qui, comme 
celui de Flêtre,datent de la fin du XVI'' siècle. De 
plus les seigneurs de Wignacourt avaient enrichi 
cette église de vitraux de la plus rare beauté. 
In ecclesia parochia/i cernerc est fcnestras vitrcas 
élégantes adnioduni a viris nobilibiis doniXtas,à\'i 
Sanderus, Flandria illustrât a, tome III, fol. 92. 
Quoique maltraités par les ans et par les hommes, 
ils ont conservé assez de couleur et d'e.xpression 
pour qu'on puisse les attribuer à un maître, mais 
le nom est resté inconnu. Comme les architectes, 
les sculpteurs et les maçons qui élevaient la 
maison de Dieu, les peintres verriers se croyaient 
largement payés de leurs peines, quand ils avaient 
laissé à la postérité quelques chefs-d'œuvre 
anonymes. Ils avaient consacré leur temps et leur 
talent à embellir un pieux édifice, c'en était assez. 
Des hommes compétents considèrent les vi- 
trau.x de Flêtre comme beaucoup supérieurs à 
ceu.x de la cathédrale de St-Omer. Ces verrières 
au nombre de quatre datent de la Renaissance, 
comme le dit en très bons termes un connai seur, 
M.Latteux; elles offrent les trois conditions essen- 
tielles de la peinture sur verre : un agencement 
bien compris de composition, un beau caractère 
dans les lignes ; une coloration harmonieuse et 
douce ; et enfin une exécution facile et large. 

Les quatre verrières représentent V Iininaculce 
Conception, Jcsits an milieu des docteurs, le Cru- 
cifientent et la Résurrection. La croisée de l'/w- 
inaculce Conception, placée au-dessus de l'autel 
latéral de gauche, est une oeuvre admirable. La 
figure de la Vierge est ravissante d'expression, 
une angélique e.Ktase se peint sur ses traits, ses 
vêtements coloriés aux plus douces teintes de 
rose et d'azur se détachent sur un fond d'or 
rayonnant. Dans le haut du vitrail, le Père cé- 
leste plane et semble bénir sa fille bien-aimée ; 



trois beaux anges remplissent les vides au-dessus 
de l'image de Marie, A ses côtés on voit le soleil, 
electa ut sol, la \\x\\ç., pulchra ut luna ; une bande- 
role qui serpente au-dessus de la tête de la Vier- 
ge porte le texte : tota pulclira es aniica mea et 
macula non est in te. Des médaillons d'une déli- 
catesse exquise retracent les emblèmes de la 
Sainte Écriture appliqués à la Mère du Sauveur : 
Porta celi. — Spéculum sine macula. — Exaltata 
quasi cedrus. — Puteus aqnarum viventium. — 
Radix Jesse floruit. — Sicnt liliuminter spinas. — 
Hortus conclusus. — Oliva speciosa. — Civitas Dei. 
Chacun de ces petits tableaux mérite l'attention. 

Les armoiries du seigneur de Flêtre et de sa 
femme sont au bas du vitrail. Cette verrière a 
été exécutée ou plutôt restaurée à l'époque de 
Michel de Wignacourt et de sa femme Gene- 
viève Adornes, c'est-à-dire vers 1650. La figure 
de St Michel, son patron, a disparu, mais l'e.x- 
trémité du fer de la lance est restée ; par contre, 
celle de Ste Geneviève est parfaitement conservée. 

Le vitrail représentant JÉ.SUS au milieu des 
docteurs, se trouve au-dessus de l'autel latéral 
de droite, dédié à saint Nicolas. Au (.lire des 
connaisseurs c'est l'œuvre la plus remarquable 
des quatre. Au sommet, le Père éternel bénit son 
Verbe bien-aimé, et des anges gracieu.x jouent 
de plusieurs instruments de musique. D'autres 
anges placés dans les intervalles du temple écou- 
tent les paroles du divin Enfant. C'est là, il faut 
le reconnaître, une idée bien ingénieuse. Marie 
et Joseph sont à l'entrée du temple et contem- 
plent leur Jésus. Les docteurs l'écoutent, les 
uns avec admiration, les autres avec stupeur. Les 
tètes du pontife et des docteurs sont belles et 
vigoureuses, l'architecture est légère, aérienne, 
la coloration vive mêlée d'or est très réussie. 

Le troisième vitrail, placé à la troisième fenê- 
tre de la nef de gauche, contient deu.x sujets 
superposés. Au sommet, on voit Notre Seigneur 
crucifié, quatre anges reçoivent dans des coupes 
le sang qui découle des plaies. La Ste Vierge 
et St Jean contemplent la Sainte Victime, des 
soldats jouent aux dés les vêtements de JKSUS, 
dans le fond une vue de Jérusalem. Dans la par- 
tie inférieure on voit JÉSUS assis au bord du 
puits de la Samaritaine. Ces deu.x tètes sont 
très expressives, supérieures peut-être à celles 



jl3out)cllcs et a^clangcs 



22: 



qui représentent la scène du Calvaire. Les anges 
auprès de la croix ne sont pas vêtus, ce qui sem- 
ble caractériser l'époque de la Renaissance. 

Vis-à-vis de ce vitrail, dans la nef de droite, se 
trouve la verrière qui représente la Résurrection, 
œuvre remarquable. Le peintre a donné aux sol- 
dats, gardiens du sépulcre, des attitudes variées 
de surprise et de stupeur, et le Sauveur s'élève 
majestueusement au milieu d'cu.x. Dans la se- 
conde partie du vitrail se trouve retracée une 
autre scène rappelant un fait local assez curieu.x, 
dont la tradition a gardé la mémoire. Un fermier 
du nom de Van Naerden frappa au visage le bailli 
du comte. L'action violente se trouve représen- 
tée, à côté celle du jugement, et plus loin celle du 
pardon ('). Les têtes et les costumes de cette 
scène sont pleins de vérité et peints avec une 
expression ravissante. La date 1540 détermine 
l'époque de ce travail. 

Nous pouvons assurer qu'outre les deux belles 
verrières qui se trouvent au-dessus des autels 
latéraux, il en existait si.x autres dans les nefs 
latérales, dont il ne reste intacts que quatre tym- 
pans. De plus, il y en avait aussi dans le chœur 
à côté du maître-autel. Le temps et la négligence 
ont causé des dommages irréparables. 

Le curé actuel de Flêtre, M. l'abbé Van Cos- 
tenoble, ami distingué des arts, restaure l'église 
et les vitrau.x', avec un zèle et une intelligence 
qu'on ne saurait assez louer, on lui devra la con- 
servation de ces remarquables peintures, de ces 
objets antiques et précieux que l'église de Flêtre 
renferme. Les deux premières verrières, qui sont 
actuellement artistement rétablies, nous sont une 
preuve que le cachet artistique de l'époque a été 
aussi bien compris que rendu. Ce zèle sacerdotal 
doit inspirer une bien vive reconnaissance à tous 
ceu.K qui aiment les arts et les doux souvenirs du 
beau pays de Flandre. 

Ignace de Cou-sseiMaker. 

I. Pour perpétuer le souvenir de son forfait et inspirer 
une leçon salutaire. Van Naerden avait été condamné à 
faire faire k ses frais ce vitrail, ou du moins, une partie 
notable. Ceci ne doit pas nous étonner, on en rencontre de 
nombreux exemples dans l'ouvrage de M. Cannaert, an- 
cien conseiller à la cour supérieure de Bruxelles, intitulé: 
Recherches sur l'ancien drcil pénal en Flandre ci particti- 
lièremejk à Garni, pendant les XIV, XV' et XVI' siècles, 
et aussi dans un article intitulé : Ancien droit pé)ial, péna- 
Hté-i singulières, Messager des sciences et des arts, Gand, 
1S34. pa-c 5. 



?^22ji^2^j^H^MMMMMp55 





www. '^i WWWWWWWW. 

Jiz monograminc 3 V} S sur les 
Rostics (')• •■-:-^^-— — --— ^--=^--— ^---^ 

ES choses les plus simples, les plus 
claires, en principe, finissent, peu à peu, 
par devenir les plus compliquées et 
les plus obscures. Tel il en est précisé- 
ment du célèbre monogramme qui nous occupe. 
Rien de plus élémentaire, de plus évident que 
son origine et sa signification primitive; et, ce- 
pendant, malgré l'usage très fréquent que nous 
faisons aujourd'hui de ce beau monogramme sur 
les hosties, son interprétation véritable est des 
moins connues, même des, prêtres qui l'ont con- 
tinuellement sous les yeux. Nous allons donc 
tâcher d'en parler le plus brièvement et le plus 
complètement qu'il nous sera possible. 



S 



I. 

I vous demandez la signi- 
fication de ces trois lettres 




^^ 



à ceu.x qui ne s'occupent point î^ 
d'une manière spéciale d'ar--3^ 
chéologie chrétienne, ils ne ^^ 
savent le moins du monde à 
quoi s'en tenir. C'est tout au 
plus s'ils vous diront que ce sont là trois initiales 
d'une phrase qui veut dire : soit Jésus Homo 
Sahator, soit lu Hoc Sahts, soit enfin Jésus 
Hostia Salutaris. Il en est aussi qui se piquent 
d'archéologie religieuse et qui ne craignent pas 
d'affirmer, bien plus de prononcer ex catltedm, 
que ces trois lettres signifient : /«//j //<'////«///« 
Sahator. Malheureusement parmi ces derniers 
il s'en trouve même de fort savants, et il est 
inconcevable qu'ils soient tombés et demeurent 
dans une erreur si grossière. 

M. l'abbé Raphaël Patroni, par exemple, si 



I. Extrait de mon ouvrage manuscrit intitulé: IJ Hostie 
et son symbolisme. 



220 



Eetiue De l'att cbrétien. 



érudit et si judicieux d'ailleurs, s'exprime ainsi : 
« Les Latins impriment sous la croix et au centre 
de l'hostie ces trois lettres I H S, qui 'peu- 
vent être interprétées : Jésus Hoininuin Sal- 
l'ator (')■ » Sur un socle de tabernacle conservé 
au musée Borély ou Borelli, à IVIarseille, et re- 
produit en phototypie dans la IV"^ livraison de 
la superbe revue eucharistique de Paray-le-Mo- 
nial, intitulée : Le règne de jÉSUS-ClIRLST, page 
283 de l'année 1884 on lit ces deux vers italiens 
qui paraissent être du XV" siècle, plutôt que du 
XVI«, ainsi qu'il est noté sur la planche : 
SE-PER-DILETO-CERCHANDO-TV 
VAI-CERCHA-IHS-CHE-CONTENTO- 

[SARAL 

Or l'auteur de la description explicative, qui 
se signe E. de L. interprète le I H S du second 
de ces deux vers, de la manière suivante: 

Se per dileto cerchando tu vai; cercha 
(Jesuin Hominum Salvatorem)z\\<t contentosarai. 

Je m'abstiens d'autres citations, car elles se- 
raient superflues. 

II. 

POUR bien 
saisir le sens 
authentique de ce 
monogramme, il 
^^ faut en connaître 
'^^\p l'origine. Ces trois 
lettres, en effet, 
n'étaient au com- 
mencement que 
des caractères 
grecs, de sorte 
que I H C était tout simplement le mono- 
gramme de JÉSUS, dit en grec l'/io-oj;, ou bien 
encore en lettres majuscules l'HiO'VS. En consé- 
quence le monogramme I H S n'est que la 
contraction de tout le nom l'yiaiO;, en ne prenant 
que les deux premières lettres et la dernière, 
bien que le monogramme grec soit le plus 
souvent exprimé par ces deux majuscules seule- 
ment I C. Et que ce soit là une véritable contrac- 
tion, on le voit, à ne pas en douter, par le sigle 
qui s'y trouve très souvent au-dessus. 

On pourrait objecter que la troisième lettre de 

I. Esposizione délia Messa, Tratt. I, Lez. ix. 




ce monogramme n'est point le sigma grec, mais 
bien Vesse ou se latin, et qu'en conséquence I H S 
latin n'est pas le monogramme de J ESUS. Or cette 
objection ne fait que confirmer notre opinion, 
car, pour indiquer le nom de JESUS en latin, il 
fallait bien changer le C ou ^ en S. On dira en- 
core que dans ce cas l'H n'était pas nécessaire, 
mais nous ferons remarquer que nos pères pro- 
nonçaient le nom JESUS en aspirant l'e, comme 
s'il y avait Jhesus, ce que l'on voit aussi dans le 
nom Joannes que l'on prononçait et écrivait 
Jolianncs, en tâchant de latiniser au possible les 
mots grecs et hébreux. Cette manière d'écrire et 
de prononcer le saint nom du Sauveur a été 
usitée même dans le vieux français. En effet une 
paraphrase de Y A%'e Maria du XV^ siècle, qui 
est à l'abbaye de Saint-Sauveur de Bologne, a 
cette strophe : 

Fructus veiitris ini. Sans père 
Ihesu fils de toy, Virge mère. 
Me doint user du fruit de vie 
En Paradis sans depestie. Amen. 

III. 

M ON interprétation est con- 
firmée par la grande 
autorité de mon célèbre ami, 
Mgr Barbier de Montault. Ce 
savant archéologue chrétien, 
dans sa description du fer à 
hosties dit trésor de l'abbaye de Sainte-Croix de 
Poitiers, dit: « La première (hostie), à gauche, 
donne le nom de JÉSUS, surmonté d'un sigle 
d'abréviation. Le monogramme est abrégé,suivant 
la forme grecque latinisée, autrement dit, il ne 
conserve que les deu.x initiales et la finale du 
nom. Le S terminal indique bien, en effet, un 
mot latin qui se lit ainsi: IHesuS. Le sigle, qui 
annonce toujours une contraction, prend l'aspect 
d'un dais architectonique, honneur rendu à ce 
nom glorieux et béni ('). » Ce fer à hosties 

I. Le trésor de Pabbayc de Sainte-Croi.v de Poitiers, XI, 
page 394. Voir aussi le mcme auteur : Description icono- 
graphique de quelques fers A hosties de r Anjou. — Le fer 
à hosties du tnonasti^re de Sainte-Croix à Poitiers, dans le 
1=' volume du Règne de Jésus-Christ, p. 39 et suiv. Ces 
ouvrages très savants, comme sont tous ceux de l'illustre 
écrivain, m'ont fourni la plupart des renseignements con- 
tenus dans cet article. Je tiens infiniuiciu à lui montrer 
ma vive reconnaissance. 




JI3oiiticlles et a^clangcs. 



227 



vraiment admirable, est du XIII'= siècle et peut 
donner deux grandes hosties et trois petites, 
différentes les unes des autres. Il a été reproduit 
en similigravure dans le premier volume du 
Règne de JÉSUS-CIIRIST, année 1S83, page 41. 

Cette interprétation devient d'autant plus so- 
lide que sur maints fers à hosties du moyen âge, 
dont j'ai une assez bonne collection, sur l'une des 
hosties l'on voit I H S et sur l'autre X P C, tel 
que l'ancien fer à hosties de la paroisse de Saint- 
Léonard de Campobàsso, ce qui veut dire évi- 
demment Jésus Christus. Bien plus,sur l'actuel 
mais très ancien fera hosties de l'église archiprc- 
trale de Mirabello, diocèse de Bojano (Molise), 
on lit X P I H S, c'est-à-dire ClIRlSTUS JESUS, 
ou bien Christos Jesous en grec. Dans ces 
sortes de monogrammes on met donc en parfaite 
correspondance, comme pour faire pendant, le 
nom Christus avec le prénom Jésus. Et comme 
X Pou bien XPC signifie évidemmentCHRiSTUS, 
de même I H S ne saurait dénoter que le saint 
nom de Jésus purement et simplement. LeMusée 
de Rouen possède un spécimen des fonts baptis- 
maux en plomb au millésime de 1407 avec- cette 
inscription : BENEDICTUS IHS CHRISTUS, 
c'est-à-dire Jesus-Chri.STUS. Cela devient encore 
plus évident par les deux monogrammes IHS MA 

ou bien IHS M qui se trouvent sur plusieurs 
monuments anciens, comme par exemple, le 
premier sur la cloche de Villard-Eymond (Isère), 
fondue en 1632, et le deuxième sur la croix de 
Caravaca de Piano d'Erba, en Brianza (Italie), 
et qui ne peuvent signifier que Jésus, Maria. 

IV. 

ON sera peut-être 
étonné de voir 
ce mélange de lettres 
grecques et latines 
dans le même nom. 
Mais qu'on se rassure, 
c'était l'usage très 
commun de cette épo- 
que-là. On voulait ex- 
primer de la sorte 
l'union des trois lan- 
gues, l'hébreu, le grec et le latin sur le titre de 
la croix ; on voulait désigner l'unité de l'Eglise 
grecque et latine, par la fusion de leurs langues ; 




on voulait symboliser que devant Dieu, comme 
devant le CHRIST et son Église, il n'y a pas de 
différences de nations et de races, mais que nous 
sommes tous un en JESUS-Christ : Non est 
Jndœus, neque Grœcus. . . Oinnes enini vos uniim 
estis in Christo Jesii. (Ad Galat. III, 28.) C'était 
donc une nouvelle et surnaturelle confusion de 
langues bien entendue oîi tous les peuples ne 
devaient être de nouveau que nniiis labii, comme 
avant la Tour de Babel. 

Ainsi, comme la liturgie latine dérive de la 
grecque, nous gardons encore dans la liturgie 
actuelle le Kyrie eleison de la messe et des 
Litanies, l'^^^wj du vendredi saint, et le Domimts 
Dcns Sabaotli du Sanctus. Lisez, s'il vous plait, 
cette strophe de l'office de saint Ithier, évèque 
de Nevers: 

Lucem, doxam et gaudia 
Ouibus gaudet recolentes, 

Ecce prostratos sceleriim, 
Doxe particeps superum. 
Lisez encore ces deux vers d'une inscription 
métrique qui nomme les saints représentés sur 
l'autel d'or de Bàle, et qui est maintenant au 
musée de Cluny: 

Quis ut Hel, fortis, medicus, Solcr, Benedictus ; 
Prospice terrigenas, clemens, mediator, ousias ! 

N'est-ce pas là la \\o\\\q\\ç. fusion des langues 



dans l'Eglise.'' 



V. 



PLUS commun 
fut encore l'usa- 
ge d'écrire même le 
mot latin Christus 
parle X grec, qui se 
changea ensuitedans 
le X latin. Sur la 
reliure byzantine 
d'un évangéliaire du 
XI L' siècle, qui ap- 
partient au marquis de Ganay et qui est gravée 
dans la Gazette des beaux arts, tom. XIX, p. 3 10. 
on dit des quatre évangélistes : 
v< Mattheus, Marcus, Lucas, scsq i^sanctusque) Johannes. 
Vox horum quatuor reborat te XPE redemptor.» 

Dans la prose de l'Annonciation du Missel de 
Nouaillédc la fin du XV' siècle, qui est actuelle- 
ment à la bibliothèque du séminaire de Poitiers, 
on trouve : 




HEVUE DIS l'art CHRÉTIEN. 
1885. — 2'"^ LIVRAISON. 



228 



Ecuuc ne rart chrétien. 




<,< Tu parvi et magni, 
Leonis et agni, 
Sahatoris Xpis/i 
Templum extitisti. » 

A l'extéiieur de l'église de Saint- Sylvestre, à 
Venise, il y a une croix latine avec cette inscrip- 
tion cruciforme, formée de manière à ce que l'X 
soit finale de CRVX et initiale de XFE : 

c 



Sit CRUX vera salus 

w 

o* 
n 

p 

Non seulement nous voyons que même le nom 
latin Cliristus s'écrit par l'X, mais ce qui est plus 
curieux encore, sur le dessin d'un des sceaux de 
l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers l'on voit une 
croix timbrée au centre par un X seulement. Cet 
X dénote évidemment le CHRIST ('). Enfin le 
célèbre M. De Rossi dit : « Dans les hymnes, 
poèmes et rythmes alphabétiques de Fortunat 
(saint Vciiance Fortunat, cvêquc de Poitiers), au 
VP siècle, et plus tard des poètes carlovingiens, 
l'X latin commence toujours le mot Xris- 
tiis (=). » Il avait dit ailleurs que l'X, initiale de 
Xoi(7-o;, « est un signe cruciforme, et par suite 
l'une des vraies formes du signum Christi, main- 
tenue dans la consécration des églises, lorsque 
l'évêque trace les deux alphabets grec et latin 
sur la cendre répandue dans la nef (3). » Après 
tant de raisons, d'exemples, d'autorités, on pour- 
rait aisément, ce semble, me donner gain de 
cause ; mais il y a davantage. 



VI. 




D 



^ANS des questions 
de cette espèce on 
ne saurait absolument 
se passer de l'avis du 
célèbre Guillaume Du- 
rand, évêque de Mende, 
dont le Rationalc di- 
vinoniui officioriim fait 
autorité. Nous le citerons d'autant plus volontiers 

I. Collection de Dom Fonteneau, t. LXXXII,pag. 131. 
1. Huit, di Archeol. crbt. 1881, pag. 153. 
3. Ibid. pag. 152. 



qu'il est précisément un écrivain du XIII'^ siècle 
011 ces sortes de monogrammes étaient très 
en vogue, même sur les hosties. Voici donc 
ce qu'il dit à ce propos: « Hoc autem nomcn 
Jésus, Porphyrius philosophus, grieca et 
latina lingua peritus, scribebat latine JESUS, 
gr;Ece vero per H., quam Grœci pro longa 
sonant. Unde et quidam proferunt GVSUS, (d'où 
le français JÉSUS et l'italien Gesu'): Latini 
vero per elongam. Rectius ergo videtur sic esse 
pingendum Y H S, per graecam abbreviationem, 
quam PIlESUS per latinam aspirationem, sed et 
hoc nomen Christus, cum sit griccum, graeca 
scribitur abbreviatione sic X P C ; nam Grœci 
ponunt X pro CHI, P vero pro RE et C pro S. 
Si autem scribitur per SE, a latina terminatione 
finitur. » Les remarques de cet écrivain célèbre 
sont si sages, si raisonnées, que dorénavant nous 
n'aurons plus aucun doute sur l'origine ni sur 
l'interprétation véritable du monogramme IHS, 
quoique on ait préféré de mettre l'I au lieu de 
l'Y proposé par Durand. 

VII, 

ENFIN, et comme raison \f 
péremptùire contre la 
fausse interprétation de ces 
trois lettres symboliques, nous 
nous servirons des vers mêmes 
du socle sus-nommé, vers qui, ^^^S^^^^V 
malgré l'orthographe fautive et la mauvaise cou- 
pure, sont passablement italiens et de onze 
syllabes, autrement dits endecasillabi à la façon 
de ceux de la Divine Comédie de Dante, bien 
que différemment rimes. A la place donc de ce 
Jesion Hoininuiii .S'rt/iV7A'/r;«,étrangement prolixe 
et qui n'a rien cà voir avec le second vers, mettez-y 
Gesu', tout court, et vous verrez que les deux 
vers, malgré leur orthographe fautive, sont natu- 
rels et assez bons. Il faut donc lire : 
Se per diletto cercando tu vai, 
Cerca Gesu' che contente sarai (')• 

I. Non seulement M. E. de L. a mal interprété ces 
deux vers, mais il n'en a même pas saisi le sens littéral. Il 
les traduit donc ainsi en français : ^< Si pour hicn-aimé \w 
vas cherchant, et que tu cherches JÉSUS, combien tu seras 
content 1 comblé) >, ou bien en vers : 

Tu vas pour /w«-<j//«<' chercher ! ... cherche JÉSUS 
\'a ! lu seras content et ne chercheras plus. 




Bouuelles et ogélangcs 



229 



Il est clair dafic comme la lumière du jour que, 
même ici, le monogramme IHS ne signifie et ne 
peut signifier autre chose quejESUS pur et simple. 

VIII. 




ET maintenant quel 
est la raison sym- 
boliquedece monogram- 
me sur les hosties? Pour 
la bien saisir il faut 
savoir d'avance ou se 
rappeler que les hosties 
sont les monnaies de 
Jésus - Christ. Aussi 
bien, Ernulphe, évêque 
de Rochester en 11 24, nous dit que le pain 
eucharistique était donné alors aux fidèles, comme 
il l'est aujourd'hui, en forme de monnaie : in for- 
niavi ninmiii ('). Et comme sur leurs monnaies 
les princes font imprimer leur nom, voilà pour- 
quoi il était tout à fait convenable que sur les 
hosties, véritables monnaies de JéSUS-Christ, 
on trouvât le nom de notre Roi, qui est le Roi 
des rois : Rex reguni et Doniinus doininantmni. 
Cette raison est donnée par Honorius, savant 
prêtre d'Autun, mort vers 1145 et qui s'exprime 
de la manière suivante : « Le pain reçoit la forme 
d'un denier, car le pain de vie, le CHRIST, a été 
livre pour un certain nombre de deniers, lui, le 
vrai denier qui sera donné en récompense aux 
ouvriers de la vigne. L'image du Sauveur est 
exprimée avec les lettres sur le pain, parce que sur 
le denier on grave l'image et le nom de l'empereur 
et que par ce pain l'image de Dieu est réparée en 
nous et notre nom inscrit dans le livre de vie if). » 
Or le savant Pape Benoît XIV, rapportant ces 
explications, les approuve fort de toute son auto- 
rité d'écrivain ecclésiastique hors ligne (3). 

Seulement il paraît, qu'au temps d'Honorius.on 
se contentait de mettre sur les hosties seulement 
le monogramme du Christ sans son image : cet 
u.sage en effet ne fut introduit que vers le com- 

Or, le vrai sens littéral est celui-ci : Si tu cherches (ou 
vas cherchant) ^-AX agrément, par plaisir {pour te réjouir), 
cherche JÉSUS et tu seras content (satisfait). On aura 
remarqué que l'auteur a confondu diletto : bien-aimé, 
chéri, avec diletto: plaisir, déhce, charme, bonheur, etc. 

1. D'Achery, Spicilegitim, t. III, p. 471. 

2. Gemma anima; lib. I, cap. XXXV. 

3. De Synodo diœces., lib. I, cap. vi. 



mencement du XIIIi^ siècle. Ce fut depuis lors 
donc, qu'en vo)-ant une hostie, on pouvait se 
demander avec JéSUS-Christ à l'égard de la 
monnaie du tribut : Ctijns est imago Iiœc et sitper- 
scriptio ?.... Reddite ergo quœ siint Dei, Deo ('). 

Enfin le monogramme de JÉSUS sur les hosties 
est son étiquette divine pour montrer ce qu'elles 
contiennent réellement. Ainsi, comme les éti- 
quettes Ckai-treuse, Bénédictine, Cognac, Mar- 
sala, Barbera, etc. placées sur certaines bouteilles 
dénotent le vin ou la liqueur véritable qu'elles 
contiennent, de même les mots JESUS, Chkistus, 
ou JesuS-Christus imprimés par monogrammes 
sur les hosties nous apprennent que ce n'est pas 
seulement l'image ou le nom du Sauveur qu'elles 
contiennent après leur consécration, mais le Fils 
incarné de Dieu lui-même, réellement, en person- 
ne cni honor et gloria in sœcula sacidorum. Amen. 
Monacilioni, décembre 1884. 
Profess. Archiprêtre VINCENT Ambrosi.ANI, 
Docteur en Théologie et en Droit Canon, Membre 
de la Commission permanente des Fastes et 
Monuments eucharistiques de Paray-!e-Monial. 




H propos D'une Image Du Sacrc=CCocur. 



Nous croyons opportun de signaler aux 
fidèles de récentes représentations du 
Sacré Cœur qui visent à èXre: populaires, et qui 
ne sont pas conformes au type romain, seul auto- 
risé par le St- Siège. 

On connaiss.'iit déjà les plaies lumineuses et 
rayonnantes, motifs iconographiques que nous 
tenons des peintres italiens pré-raphaëlites. 

Indiquer \a place dit Cœur ne suffit pas, il faut 
le montrer. Si c'est du réalisme, soit; mais, en 
tout cas, c'est le seul moyen de traduire exacte- 
ment la vision de la bienheureuse Marguerite- 
Marie, qui a 7'u le cœur enflammé dans la poitrine. 
D'ailleurs, le décret récent de la Sacrée Congréga- 
tion des Indulgences faisant loi, il n'y a pas lieu à 
discussion. Or, Rome a déclaré formellement que 



230 



IRetîue oe rart cfjrétien. 



tout Sacré Cœur, où le cœur ne serait pas appa- 
rent, était impropre à faire gagner les indulgences 
attachées à la prière récitée devant une image 
du Sacré Cœur. C'est donc tromper les fidèles 
que de leur mettre entre les mains une représen- 
tation /(^«j'i'd' et qui les induit en erreur sur des 
indulgences qu'ils ne peuvent gagner. 

L'autorité ecclésiastique pourrait être plus 
vigilante à cet endroit, et ne pas laisser fabriquer 
et répandre une image condamnée. Je n'y vois 
aucune e.Kcuse : ni d'indifférence, car alors elle 
serait coupable; ni d'ignorance, puisqu'il serait 
étrange qu'on ne se préoccupât point davantage 
de connaître les décisions du St-Siège, même 
les plus récentes et les plus pratiques; ni de sys- 
tème et de parti-pris, car, grâce à Dieu, le galli- 
canisme a fait son temps et n'est plus un obsta- 
cle inintelligent et jaloux à la diffusion des seuls 
et vrais principes, qui sont ceux enseignés par 
Rome. Nul écart n'est possible dans cette voie, 
oi;i l'individualité disparaît pour faire place à 
l'autorité, qui commande à la fois respect et 
obéissance. Erudimiiii qui judicatis. 

X. B. DE M. 

iLz plafonD Du Bccugin, à la salle De 
rincciiDic Du Bourg. — ^-^— ^..^-^-^-.^ 

OUS ce titre, M. le commandant 
Paliard a publié dans la Chroiiiqtie des 
arts de la curiosité (^l'èi^,'^. 276-277, 
284-285), une étude qu'il est bon de 
connaître et dont je détache uniquement la 
description iconographique : 

« On le voit, personne n'entre dans les de'tails, et ne 
cherche à rendre compte des sujets ; nous allons essayer 
de décrire ces saintetés qui intéressaient Rome au temps 
de la Renaissance, et ne sont guère à l'ordre du jour à 
notre époque. 

« La voûte se compose de quatre ronds aplatis à la base; 
ils sont placés entre les nervures et groupés, à leur som- 
met, autour de l'écu de Nicolas \', qu'entoure une couronne 
de feuilles d'acanthe. Il est à croire ici que le plafond est 
fait d'un seul jet, quand Raphaël, aux salles de la Signa- 
ture et d'Héliodore, s'est servi des ornements existants, 
ne remplissant de ses figures que les divisions principales. 
« Le rond placé au-dessus de la bataille d'Ostie repré- 
sente le Père Eternel bénissant le monde ; assis sur des 
chérubins, entouré des esprits formant la hiérarchie 

I. Matth. XXII, 20-21. 




céleste, il tient le globe dans la main gauche et bénit de 
la droite. Cette composition rappelle le tympan de V Ascen- 
sion de Lyon, aujourd'hui à Paris, à l'église Saint-Ger- 
vais, et qui est fort retouché : elle est semblable aussi au 
compartiment supérieur central du retable de l'autel de la 
chapelle de Saint-Michel, à l'église de la Chartreuse de 
Pavie. On sait qu'au contraire de Raphaël, le Pérugin ne 
craignait pas de répéter les mêmes sujets sans presque 
rien changer ; âpre au gain, il tirait souvent de ses pein- 
tures un profit d'autant plus grand qu'elles étaient plus 
connues, ce qui se comprend au point de vue de la 
dévotion. 

« Du côté opposé, au-dessus du sacre de Charlemagne, 
le médaillon contient un sujet relatif au Christ. Notre- 
Seigneur annonçant la venue du Saint-Esprit à ses dis- 
ciples à genoux autour de lui, leur donne sa bénédiction; 
le Père est au-dessus du CHRIST, le Saint-Esprit au- 
dessous pour rappeler l'évangile selon saint Jean, cha- 
pitre XIV, où le Sauveur les avertit qu'ils recevront tout 
ce qu'ils demanderont en son nom, et qu'il leur enverra du 
sein de son Père un autre consolateur; il leur dit en outre 
qu'ils devraient se réjouir de son départ. Cette réunion a 
lieu avant la mort de J ÉSUS ; aussi la trace de ses plaies 
n'existe pas. 

« A la fresque de l'Incendie correspond le jugement par- 
ticulier d'Eve. Eve étant morte, son ân-.e paraît devant le 
Christ; elle implore son pardon avec la plus grande 
humilité, les anges prient pour elle ; l'archange saint 
Michel lui fait pendant, tenant l'épée de la droite, les 
balances de la gauche ; ses actions sont pesées ; il lui est 
pardonné, et les bras ouverts du Christ indiquent qu'elle 
est jugée digne des limbes. 

« Cette composition fait penser au premier péché et 
à sa suite ; quelle scène triste que celle d'Adam et Eve 
chassés du paradis terrestre par l'ange à l'épée de feu ! 
On sait gré à Antonio Vite, au commencement du XV° 
siècle, dans sa fresque naïve peinte au couvent du T à 
Pistoia, de sa pensée consolante. Devant le chérubin 
vengeur, il a placé un deuxième ange qui, accompagnant 
les coupables, tient sa main sur l'épaule d'Adam, en 
signe de protection ; c'est leur ange gardien : il les 
soutiendra dans les misères de la vie nouvelle, et les 
aidera, en sanctifiant leur travail, non pas à retrouver 
le paradis perdu, mais à gagner le paradis céleste, où 
ils se trouvent aujourd'hui. 

« Telle est l'opinion de l'Eglise ; elle a pensé que les 
premiers humains, après leur chute, devaient souffrir, 
mais pour se réhabiliter et arriver à la gloire éternelle. 

« Aussi, Adam, notre premier père, et Eve, notre 
première mère, sont inscrits au nombre des saints par 
les bollandistes. Cette fresque du Pérugin se trouve 
d'accord avec eux, comme la dispute du Saint-Sacrement 
l'est pour Adam placé parmi les douze saints au ciel, 
entre saint Pierre et saint Jean l'Évangéliste. C'est aussi 
pourquoi, dans la représentation de Nôtre-Seigneur aux 
limbes, on voit Adam et Eve au premier rang parmi 
les patriarches délivrés ; après Abel, ce sont eux qui 
attendaient depuis le plus longtemps ; le vieillard Siméon, 



BouDcUes et sgclangcs 



231 



saint Jean-Baptiste venaient d'y pdnétrer. Bientôt, à 
l'Ascension, ils feront leur entrée triomphale au paradis, 
accompagnant le Sauveur c[ui y arrivera le premier, 
suivi de tous les justes élus depuis le commencement du 
monde. 

« Opposé au Jugement d'Eve, après sa mort, on 
remarque le Jugement de saint Jérôme, paraissant, de son 
vivant, devant le tribunal du Christ. 

(,< Ce quatrième sujet est placé au-dessus du serment du 
pape saint Léon III. Ici, on trouve le châtiment au lieu 
de la récompense. 

« Le Christ occupe la partie centrale du compartiment, 
ayant à sa droite saint Jean l'Évangéliste, et à sa gauche, 
celui qui deviendra saint Jérôme. On distingue les quatre 
archanges : Gabriel, Michel, LIriel et Raphaël, et, tout 
autour, les milices célestes. 

<( Jérôme, après avoir été jugé, et avoir subi la peine 
du fouet, fait, en présence de son Dieu, de la main 
droite tenant la pierre dont il se frappait la poitrine et 
qui le désigne, le serment de n'avoir plus de livres 
séculiers et de n'en lire jamais. Après ce serment, il est 
rendu à la liberté. (Lire son épitre XXII'', à la vierge 
Eustochie.) 

« On voit la dissemblance avec le jugement d'Eve ; 
Jérôme vivant est rendu à la liberté pour travailler à 
son salut, mais il n'obtient pas son pardon ; le Sauveur 
n'ouvre pas les bras, comme dans la scène d'Eve ; il les 
retire, au contraire, en signe de réprobation ; les anges 
s'abstiennent de prier ; c'est l'expression de la sévérité 
au tribunal de Jésus-Christ. 

«, Le coupable est présent en réalité devant le souve- 
rain juge, ainsi qu'il l'écrit .1 Eustochie, quand, Eve 
étant morte, son âme seule paraît au jugement particulier; 
l'idée vient de rappeler la différence que Dante répète 
à satiété, entre lui, Virgile son guide, et les âmes qu'ils 
abordent : « Les âmes ne portent pas ombre comme 
les vivants », dit-il sans cesse. Cette distinction, à obtenir 
plutôt par une diminution dans l'intensité de la couleur, 
serait difficile en peinture, et n'a jamais été observée 
qu'accidentellement ; les saints sont toujours représen- 
tés avec l'apparence de la vie au ciel, et lorsque, mysti- 
quement, ils descendent sur la terre, bien que, au point 
de vue catholique, avant le jugement dernier, deu.\ corps 
réels existent seulement au paradis, en toute certitude, 
ce sont les corps glorieusement ressuscites du Christ et 
de la sainte Vierge : je dis en toute certitude, car 
riCglise a pensé à d'autres corps glorieux pouvant s'y 
trouver aussi, mais n'a rien décidé à ce sujet. 

«(Saint Jean l'Evangéliste, celui que Jésus aimait, est 
opposé K Jérôme pour le calme et la pureté de ses 
pensées ; l'esprit de Jérôme était troublé par les visions 
gracieuses qu'entretenaient les chefs-d'œuvre littéraires 
du paganisme ; c'est pour ces lectures qu'il vient d'être 
châtié. Je ne comprends pas trop ce qui est figuré 
au-dessus de sa tête, j'y vois comme une auréole nais- 
sante, interrompue et formant croissant, ou une auréole 
brisée dans sa moitié ; seul, au milieu de la réunion 
céleste, il est privé de ce signe de la sainteté. 



« Telles sont les explications que l'étude du plafond 
de la salle de l'Incendie du Bourg nous a suggérées ; 
nous croyons qu'elles ne sont pas trop éloignées de la 
vérité, c'est-à-dire de ce qu'a voulu représenter l'artiste. 

« Les sujets pèchent par une composition trop 
uniforme ; auraient-ils pu être variés, placés si près l'un 
de l'autre dans des cercles égaux .' On ne sort pas de 
la cour céleste, de la tête du Père Éternel, et des trois 
têtes du Christ dominant une sainte assemblée ; ces 
quatre têtes se correspondent régulièrement près de la 
couronne centrale ; mais la diversité était-elle possible 
avec la forme et la disposition des fresques ? Le tort 
du Pérugin est d'avoir choisi une pareille division de 
la voûte, et l'on peut dire, eu égard à cet arrangement 
ingrat, que son œuvre ne manque pas d'habileté. » 

Dans le volume intitulé Les viusces et galeries 
de Rome que j'ai publié à Rome en 1870, à la 
librairie Spithover, j'ai essayé de déterminer 
l'iconographie propre des quatre tableaux peints 
par le Pérugin, qui ne me paraissait pas exacte- 
ment comprise par Titi, l'historiographe du palais 
apostolique du Vatican. Quand M. Paliard 
déclare que « personne ne cherche à rendre 
compte des sujets », il se trompe manifestement, 
puisque au siècle dernier on s'en préoccupait déjà 
et qu'il y a treize ans que j'ai fait connaître ma 
manière de voir. Voici donc mon interprétation 
sommaire (p. 151): « La clef de voûte est scul- 
ptée aux armes de Nicolas V. Les fresques qui 
décorent ses quatre triangles sont de Pierre 
Pérugin, et, quoique Raphaël ait reçu l'ordre de 
les détruire, pour les remplacer par ses propres 
compositions, il eut le bon goût de les conserver 
intactes. Les quatre médaillons à fond d'or sont 
consacrés au triomphe de Dieu: l° JéSUS-Christ, 
entouré d'anges, apparaît au monde avec les 
personnifications de la Miséricorde et de la 
Justice ; 2° Le Père Eternel, assis sur les nuages 
au milieu d'anges qui l'adorent, tient en main 
le globe du monde et bénit ; 3° le Christ se 
manifeste dans la gloire entre Elic et Moïse ; 
4° La Trinité : Le Père au ciel, sur la terre le 
Fils entouré de ses Apôtres et la colombe divine 
planant sur le monde. » 

Nos interprétations étant singulièrement dis- 
cordantes, qui de nous deux a raison ? J'espère 
que quelque visiteur intelligent voudia bien 
rendre le service à la science iconographique de 
relire nos textes en face de l'original et nous 
transmettre ses observations. 

X. lî. HE M. 



Société de Saint-Jean. — On doit en grande 
partie à nos amis de Saint-Jean la part notable 
faite dans les congrès catholiques à la question 
de l'art chrétien, et tout particulièrement ont-ils 
coopéré à la mémorable exposition d'imagerie 
religieuse de Rouen. Dans le sein de V Union 
catholique de Rouen s'est formée une section per- 
manente d'art chrétien,qui perpétuera les fruits de 
cette belle entreprise. La société commence à 
faire souche; une société de Saint -Jean est 
constituée à Montpellier, en vue surtout d'études 
archéologiques. M. Mallat, que nos lecteurs con- 
naissent, est parvenu à fonder, à Angoulême,des 
cours qui sont le premier élément d'une école 
libre d'art chrétien. A Paris, les confrères s'inté- 
ressent vivement à l'eutreprise du R. P. Clair, qui 
s'est donné la mission de grouper les jeunes 
artistes chrétiens en une société, qui leur procure 
un mutuel appui. La société a proposé des prix 
pour des concours organisés entre eux. Des cours 
d'histoire, de littérature, d'esthétique, seront le 
couronnement de l'œuvre; on annonce l'ouver- 
ture d'un atelier de peinture, l'enseignement 
y sera donné par un maître de premier ordre. 

La société de Saint-Jean tient l'œil ouvert sur 
toutes les manifestations du beau. Ses membres 
se livrent à la critique des travaux de la plume, 
du pinceau et du ciseau qui intéressent l'esthé- 
tique chrétienne. Ils recherchent dans les salons 
les œuvres rarissimes d'un caractère religieux, 
ils mettent en relief et encouragent les artistes 
courageux qui osent par de telles œuvres lutter 
contre les tendances du jour. L. C. 

Société archéologique du Limousin. {Bulle- 
tin, t. XXXI, in-S"). — Celte laborieuse société me 
donne l'occasion d'élucider deux points d'archéologie, 
relatifs l'un à l'iconographie et l'autre au mobilier 
liturgique. 

« M. Arbellot recherche quel est le person- 
nage que l'empereur romain (Constantin) foule 
aux pieds de son cheval. 11 se demande si c'est 
un personnage symbolique ou un personnage 
historique. 1 1 passe en revue et rejette les opinions, 
aujourd'hui abandonnées, de ceux qui ont vu 
dans l'homme abattu et foulé le mendiant de 
S. .Martin, l'Héliodore des Machabées, le démon 
terrassé par St Georges ou par le Christ triom- 
phant Il combat aussi victorieusement cette 

autre opinion, d'après laquelle on verrait dans ce 
monument une représentation de Constantin, 



vainqueur du paganisme ; et, s'inspirant du rôle 
de l'empereur chrétien au Concile de Nicée, qui 
proclama le dogme de la divinité du Christ, 
comme aussi se fondant sur ce principe qu'un 
monument qui occupe dans l'église une place 
d'honneur doit représenter un sujet religieu.x, et 
que l'un des personnages étant historique, l'autre 
doit l'être aussi, il en conclut que le monument 
représente Constantin, vainqueur de l'hérésiarque 

Arius et le foulant aux pieds de son cheval 

MM. Palustre et Rancé ont prétendu que le per- 
sonnage foulé au.x pieds du cheval ne peut être 
Arius et que c'est un personnage symbolique. 
Mais ces messieurs ne peuvent donner une preuve 
de leur opinion et leur assertion à ce sujet ne 
saurait infirmer les déductions de notre savant 
président. » (p. 377, 381.) 

L'opinion de M. Arbellot n'est qu'une hypothèse, 
de date récente, elle n'a donc pas, logiquement, plus 
de valeur que celle à laquelle elle se substitue. Le 
plus ou moins de probabilité qu'on est dans la 
vérité se trouve dans les raisons produites de part 
et d'autre. De ce que Constantin soit un person- 
nage historique, il ne s'en suit nu